‹ Jehan Perréal, Clément Trie et Édouard GrandChapitre 9 sur 13 · DIVERS OUVRAGES D ARCHITECTU RE ET DE VOIRIE · texte numérisé non relu

DIVERS OUVRAGES D ARCHITECTU RE ET DE VOIRIE

Une période intéressante de la construction des fortifications de notre ville se relie à Perréal, qui y apporta son concours; n'ayant pas encore eu l'occasion de rattacher ces ouvrages à des noms d'artistes lyonnais, nous entrerons dans quelques développements sommaires pour déterminer leur situation au commencement du XV l^ siècle.

Cela esc d'autant plus indispensable que d'autres personnalités, rentrant dans le cadre que nous nous sommes tracé, devront, à leur tour, s'en occuper 5 nous n'aurons, du reste, plus guère occasion de revenir sur les trente premières années de ce siècle.

La partie de notre ville, assise sur la rive gauche de la Saône, occupait dans l'antiquité la colline de Saint-Sébastien, ainsi qu'une ou plusieurs îles, dont l'emplacement de Saint-Nizier est le centre. Nous disons îles, parce que les conjectures les mieux fondées font admettre que la Saône avait, à une époque fort reculée du moins, une jonction

quelconque avec le Rhône au pied de la colline. Mais ce détail importe peu à ce que nous avons à expliquer (lôf).

La ville construite sur la colline et dotée d'édifices importantSj fut protégée par une ligne de fortifications établies au sommet de la déclivité, à peu près vers l'emplacement des ouvrages qui ont été démolis récemment pour faire place au boulevard du Nord.

Sur les deux rivières les défenses étaient naturelles; restait la partie inférieure sur une ligne qu'occupent actuellement la rue Puits-Gaillot, la place des Terreaux et la rue d'Algérie; on y construisit un ouvrage avec fossés.

La muraille fut d'abord établie entre le fossé et la colline; c'est ce qui a pu faire dire que le monastère de Saint-Pierre était entre le Rhône et la Saône dans le faubourg de Lyon, c'est-à-dire au-delà des murs.

Les invasions des barbares ayant ruiné la plus grande partie des habitations^ on les reconstruisit, de préférence, dans la presqu'île sur une ligne qui, partant du pont du Rhône (de la Guillotière), passait vers Saint-Nizier (où fut longtemps l'Hôtel-de-Ville), et aboutissait au pont de la Saône (de Nemours), avec un groupe important au nordouest vers le monastère de Saint-Pierre.

Les fortifications du bas de la colline furent d'abord retournées et l'on éleva en deçà du fossé, porté à environ vingt mètres, d'abord un mur, nommé la douve, qui supportait un terre-plein ou lice d'environ vingt -trois mètres de largeur, puis une grande muraille avec dix tours rondes ou carrées (non compris celles des portes), acccompagnée de contreforts intérieurs, d'escaliers pour aller sur le rempart

(165) Voyez Notice sur la découverte de refîtes de l'autel d'Auguste à Lyojj, lue ? l'Académie impériale des sciences, belles-lettres et arts, dans la séance du 27 janvier i86j, par E,-C. Martin-Daussigny.

et de deux portes^ celle de la Pêcherie ou de Chenevrier, et celle de la Lanterne qui donna son nom à cette défense (i66).

En conséquence^ les maisons au nord-ouest^ autour des Carmes et des Augustins, étaient hors la ville et formaient ce qu'on nommait alors le bourg Saint-Vincent.

Enfin^ pour défendre ces habitations ainsi que d'autres qui avaient débordé le rempart au pied de la colline et le long des montées du Griffon et de Saint-Marcel, on exécuta plus tard quelques murailles qui aboutissaient à un rocher vers la Saône^ où était la tour de la T{oche^ et on barra les montées par des ouvrages qui furent nommées fausses portes (167).

Toutefois, les hommes compétents jugeaient que la ville n'était pas sérieusement protégée sur ce point contre une armée ennemie arrivant par la Bresse, parce qu'il n'existait plus au sommet de la coUine que de vieux fossés à demi comblés, et qu'il devenait ainsi très-facile de s'y établir et d écraser ainsi toute la ville avec de l'artillerie (168).

(166) Noyez Revue du Lyonnais [uowM . &éne), tome XII, le travail de M. Vermorel sur les Fossés de la Lanterne. C'est le vœu des érudits de notre ville, d'apprendre bientôt que les travaux de ce patient investigateur sur la topographie lyonnaise et les fortifications seront livrés à l'impression.

Lorsqu'en 18^6, on démolit le massif de maisons en face de l'Hôtel-de-Ville, on découvrit le mur du fossé sous les fondations des maisons. Le mur au nord fut reconnu comme romain, il avait deux mètres d'épaisseur et était construit sur une fondation de blocs de choin de Fay ; le long de ce mur étaient symétriquement rangées une grande quantité d'urnes sur une ligne parallèle au mur. Le mur au midi parut d'une construction moins ancienne {Revue du Lyonnais, nouvelle série, tome VII, page 384).

{167) Voir le plan scénographique de Lyon au XVI* siècle.

{168) Il est possible que cette ligne de fortifications du sommet de la colline ait été, au commencement du XV siècle, ou avant, l'objet de quelques travaux tendant à y établir un mur avec tours. Nous ne nous sommes pas arrêté sur l'étude de ce point controversé, parce qu'il ne modifie en rien le précis historique que nous venons d'esquisser. En effet, 0 les vieils foffez » du sommet de la colline, qu'ils fussent de construction du X V siècle, ou de celle d'une époque plus ancienne avec

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Vers le commencement de Tannée I^I2 la ville fut en proie à une folle épouvante, laquelle se renouvela à plusieurs reprises et surtout en 1^13 (169), par crainte d'une attaque des Francs -Comtois et des Suisses qui avaient envahi la Bourgogne.

Sans armes et sans artillerie^ mal fortifiée^ à bout de ressources financières, sans troupes régulières, puisqu'elle s'était réservé le dangereux privilège de ne point recevoir de gens de guerre et de se garder elle-même, notre cité était prise au dépourvu

Aussi c'est une étude bien curieuse que de parcourir 4es registres consulaires de cette époque et d'y voir les faibles moyens de défense dont on disposait. Nous sommes à peine remis encore de craintes analogues 5 il est triste de constater qu'au même point de vue, notre position n'était guère meilleure qu'il y a 35*8 ans !

tentative de restauration au XV" sièclej étaient complètement ruinés en 15 12. Il est donc probable que les travaux du XV* siècle, s'ils n'ont été exécutés ailleurs, n'avaient, sur ce point, aucune importance.

Du reste, nous n'entendons rien préciser ici; il faudrait pour cela faire l'histoire complète et détaillée des fortifications. Nous nous bornons à tracer quelques aperçus généraux pour la seule intelligence de notre récit.

(169) Les Suisses ayant assiégé Dijon (7-13 septembre 151^) «firent une belle peur à ceux de Lyon, qui croignoyent, s'ils prenoyent Dijon, qu'ils ne vinffent puis affiéger leur ville ; mais cefl orage s'efvanouit par un pont d'or (400,000 écus) que leur fit le Heur de la Trémouille, lors gouverneur de Bourgoigne. Ceft effroy qu'eurent lors les Lyonnoys donna fubjed plus tard à maifire Barthélémy Aneau, principal du collège de la Trinité, de repréfenter, par gaufTerie, en des jeux publics, une groffe brayette qui faifoit peur à un Lyon (de Rubys, page î$6). » Nous citons l'anecdote, sans trop y ajouter créance. L'armée des Suisses et Francs- Comtois était forte de 40,000 hommes ; pour la levée du siège, les Dijonnais comptèrent 25,000 livres et livrèrent sept otages : M. de Maizières, neveu de de la Trémouile, Jean de Rochefort, bailli de Dijon, Humbert de Villeneuve, premier président au Parlement et quatre bourgeois. Ces otages restèrent prisonniers seize mois et furent obligés de se racheter eux-mêmes, le roi ne s'étant pas pressé de payer. On disait, à Lyon, que les Suisses voulaient brûler la ville et y percevoir une contribution de 300,000 écus.

Cela pourra-t-il nous servir de leçon pour être prêts avant l'heure?

A trois reprises différentes^ les 4 janvier 18 février et 28 avril If 12^ on se crut sérieusement menacé et l'on se mit résolument à nettoyer et creuser les vieux fossés du haut de la colline. C'était en effet le seul point où l'on pût établir une défense convenable, surtout depuis que l'invention de fartillerie avait modifié complètement l'art de la fortification. Déjà même avant 1495', Perréal avait fait, dans ce but et accompagné d'un capitaine, le relevé de l'ensemble de la colline de Saint-Sébastien (170).

Il existait pourtant une autre courant d'idées à l'égard de la ligne à fortifier et cette circonstance donna, comme on le verra, pas mal d'embarras à la municipalité.

Un certain capitaine James qui était allé le 8 janvier, avec le capitaine Thomassin, voir quelle fortification il fallait au bourg Saint-Vincent, mit en avant l'opinion qu'on devait « faire la muraille au droid de la muraille de Foreflz tirant « defpuys le Rofne au Colombier des Carmes. »

Cette muraille de Foresti^ existant déjà, suivait une ligne passant en arrière des maisons bordant le sud de la rue dite de Sainte-Catherine, un peu en contrebas de la rue actuelle des Capucins ; la clôture nord du couvent des Carmes était en effet dans le prolongement de cette ligne (171).

Cette opinion avait probablement pour motif la considération, assez judicieuse du reste, que la construction de remparts, même provisoires, au sommet de la colline, sur un front de plus d'une demi-lieue, ne pourrait être effectuée dans un délai assez court pour pouvoir être utile contre l'at-

(370) Voyez la réclamation au Corps consulaire (page i8 et note 26) où il se plaint de n'avoir pas été indemnisé de ce travail qui dura cinq ou six jours.

(171) Le plan scénographique de Lyon au XVI' siècle indique la maison dite de Foret^, par laquelle passait cette ligne de clôture.

taquc imminente de l'ennemi; tandis que la mise en défense sur le bas de la colline, quoique médiocre, sinon mauvaise, au point de vue militaire, ne laissait aucune lacune pour une surprise et ne nécessitait qu'un temps bien moindre.

On verra, par la suite du récit, qu'en effet on travaillait encore aux remparts de Saint-Sébastien, à l'époque de la mort de Perréal, et que les ouvrages primitifs, exécutés à la hâte, tombaient déjà en ruines et ne fermaient pas la ville, qu'ils ne furent sérieusement achevés que bien plus tard et que, jusque-là, on dut entretenir et réparer les anciennes fortifications et portes du bas de la colline.

Sur ces entrefaites, le roi ayant insisté à trois reprises différentes par ses lettres des 3 avril, 12 et 29 mai, sur la nécessité urgente de pousser avec activité les approvisionnements de la ville, la construction de l'artillerie et la réparation des fortifications, le Consulat jugea prudent de connaître exactement l'avis de la Cour sur le plan à suivre.

Les députés Pierre Chanet , Pierre Paye et Claude Gravier, secrétaire de la ville, furent envoyés à Blois pour régler cette question, ainsi que celle des impôts qui devaient être la conséquence de travaux aussi importants.

Ces personnages réussirent dans leur démarche et rapportèrent, le 19 juillet, des lettres patentes du 50 juin dans lesquelles il était expliqué que les fortifications se feraient « à ce Pendroiél des vieilz fofi^ez, ou aultrement (172). »

Malheureusement, les tribulations n'étaient pas finies : le roi invita les conseillers à confier la direction des travaux au sieur de la Voulte, son chambellan, qui arriva à Lyon le 29.

Ce personnage reprit la question du tracé des fortifications et exphqua que le roi voulait qu'on les fit « au bas de la

(172) Louis XII dit dans ses lettres patentes, qu'on peut lire dans Lyon ancien et moderne (t. II, page 489), que pendant qu'il était à Lyon, il avait visité en personne les défenses de la ville en compagnie de gens experts.

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ce montaigne <5c au droicl des Carmes & non au deffus de ce icelle montaigne, ains que Ton laiiTe la fortification com- « mencée en delTus la dite montaigne (173). »

On peut juger quelle consternation cet ordre jeta dans ladministration consulaire; depuis deux ou trois mois, i^o à 200 ouvriers étaient occupés sur la colline, et il fallait abandonner des travaux, convenables à tous égards au point de vue de Favenir et en cours d'exécution, pour suivre un tracé qui, en allant au plus pressé, pouvait entraîner la ruine de toutes les habitations qu'il laissait en dehors des remparts !

On dépêcha de nouveau le secrétaire Gravier à Blois; celui-ci s'entendit avec Perréal et ces deux personnages manœuvrèrent avec tant d'habileté auprès du roi, qu'ils obtinrent de lui confirmation des lettres patentes du 50 juin ; Gravier rapporta cette bonne nouvelle le 17 septembre (174)-

Ainsi s'explique la faveur, exceptionnelle pour ce temps, que le Consulat accorda à Perréal, dans la séance du 30 septembre ; celui-ci l'avait largement méritée :

« En confidéracion des fervices qu'a faid à la ville, Jehan « de Paris, varlet de chambre du Roy noflre fire, derrenie- « rement, le fecrétaire de la ville eftant en Cour, mefmement ce pour les remontrances qu'il feit au Roy pour non abatre « le bourg Saint- Vincent a eflé à luy tauxé lèmblable fomme « que monte fon impofl des quatre defniers derrenièrement (( mys pour la cloilure de la dide ville (175').»

Du reste, la question de l'assiette de ces fortifications était bien connue de Perréal, puisque nous avons vu qu'il s'en était occupé pendant plusieurs jours à une époque bien antérieure à cette affaire.

(173) 17 août; Registre consulaire, EB 30.

(174) Registre consulaire BB 3 1, folio 16, recto et verso.

(175) Registre Consulaire, BB 30,

De la Vouke se fit rendre compte de la situation des travaux, de la quantité de pièces d'artillerie et engins de guerre, des poudres et enfin des rôles de la milice bourgeoise (eftablies). L'achat de quatre pièces d'artillerie et la fonte de dix autres, la confection de leurs affûts et des boulets nécessaires donnèrent lieu à une série de délibérations et de démarches laborieuses, qu'on peut comparer à des opérations analogues qui appartiennent à notre histoire locale contemporaine. C'est presque le cas de dire encore : Autres temps, mêmes mœurs !

Notons en passant, que ce n'était pas seulement le corps consulaire qui faisait construire du matériel 5 les particuliers se mettaient aussi en mesure de se défendre et faisaient provisions d'armes et d'engins de guerre.

On avait déjà, avant l'arrivée de de la Voulte, le 21 juillet, nommé Jehan Sève (176), contrôleur ordinaire des travaux, sous la haute direction de Catelan Thoard (177).

On leur adjoignit, pour l'administration plus directe, six préposés : Anthoine Bonnevault, Pierre Besson, Etienne Gauteret, François des Forces, Pierre Girard et un nommé le Pape.

En octobre (i5'i2) de la Voulte devant s'absenter, on confia ses fonctions au capitaine Lantier (Latier, Lante ou Lanti), avec le même titre de commissaire député par le Roi à la fortification de la ville de Lyon.

(176) Jehan Sève resta contrôleur ordinaire jusqu'au mois de mai 1516, époque à laquelfe il fut remplacé par Antoine Chaste).

(177) Cathelan Thoard, ainsi que Jehan Sève, était un des principaux notables de la ville. Ils figurent tous deux constamment dans les Délibérations consulaires provoquées dans les circonstances graves et exceptionnelles. Cathelan, Caîhelin ou Catherin Thoard ou Stuard fut le mari de Sibille Cadière, célèbre par sa beauté et ses talents, Jacqueline Stuard, leur fille, épousa Georges Grolier, trésorier général ; on trouve une pièce de vers d'elle dans les œuvres de B. des Periers. Voyez Catal. du Lyonnais^ etc.

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Le commandement en chef de la ville fut donné à de Tournon, par lettres patentes du 2 y juin if 13 ; ce personnage fit prendre au service de la ville le capitaine Pommereux (178) et le comte Galias (179), « experts en remparts 6c fortifications » ; plus tard on leur adjoignit de Montdragon et le capitaine Tarlatino (180). Toutefois, ces ingénieurs ne restèrent pas à Lyon au-delà de l'année et furent congédiés dès qu'on eut appris que de la Trémouille avait traité avec les confédérés Francs-Comtois et Suisses. ,

Le capitaine Tarlatino nous a paru être celui qui, parmi eux, jouissait de la plus grande réputation de capacité.

Le moment est venu de donner à nos lecteurs quelques éclaircissements sur l'organisation du personnel employé dans l'exécution de ces travaux.

Les fonctions d'architecte, d'ingénieur et d'officier du génie, telles qu'elles existent de nos jours, centralisant en une même main la conception, la direction et surveillance, puis le règlement des mémoires et la comptabilité des ouvrages, n'existaient pas en France avant le XVI^ siècle. On ne les rencontre qu'exceptionnellement au début de ce siècle, dans des personnalités importantes.

(178) Il y avait un Pommeroul capitaine des bandes de Louis XII, à la prise de Gênes, en 1^07. Paul Lacroix dit : Pommereui! ; selon lui, c'était Jehan, seigneur de Plessis Brion, qui fut grand maître de l'artillerie. Brantôme a parlé d'un Pommereuil (Voyez Chroniques de Jehan d'Auton, tome III, pages 311, 325 et 3^8). 11 signe Pommereux.

(179) Un messire Galéas de Salazar était capitaine du château de Gênes pour les Français, en 1 506 et 1 507 (voyez Chroniques de Jehan d'Auîon, tome III, pages 245 et suiv.). Il y avait aussi le comte Gayas Jean-François de Saint-Severin, comte de Gaiazzo, grand seigneur de Milan, qui vint au-devant du roi Louis XII avec d'autres le 6 ociobre 1499. La signature autographe est Galéas Varesin.

(180) Un Ternatin, capitaine pisan, fut employé par les Génois dans leur défense de 1507 (voyez Chroniques de Jehan d'Auîon, tome IV, pages 217 et suiv.). Paul Lacroix pense qu'il faut lire Tarlatino; il signe en effet Tarlatino.

Voyez les pièces de comptabilité de Jehan Sève aux archives de la ville.

Les travaux particuliers, religieux^, civils et militaires se trouvaient donc encore, dans la période de notre notice surtout, entre les mains des maîtres de chaque métier de la construction et notamment des maîtres maçons et charpentiers.

L'administration municipale, comme on Ta vu au chapitre précédent pour le pont de la Guillotière, était à la merci de ses maîtres jurés 3 on conçoit donc facilement qu'elle devait se méfier de l'opinion de gens intéressés à faire valoir souvent leurs propres ouvrages, puisque, par une contradiction curieuse , ces maîtres étaient presque toujours chargés d'exécuter ceux qui étaient entrepris, au lieu de se limiter à donner leur avis dans les questions générales de voirie et de travaux publics. Aussi le corps municipal demandait des conseils de tous les côtés et surtout aux personnages compétents de passage dans notre ville.

Cette prédominance du maître de Lœuvre, persistant encore au commencement du XVP siècle^ affaiblie vers sa fin, mais subsistant toujours dans la première moitié du XVII^^ est très-intéressante à observer. Nous lavons signalée déjà dans nos publications précédentes (181), et nous y revenons avec insistance^ parce que les contem.porains^ qui ignorent généralement cette organisation des travaux pendant les XV^, XVI^ etXVlP siècles^ sont entraînés^ malgré eux, à considérer les artistes de ces époques comme investis de fonctions analogues à celles dont jouissent nos collègues actuels, et cela peut obscurcir considérablement pour eux l'histoire des anciens artistes constructeurs.

En effet, parmi les nombreux personnages que nous venons de citer comme ayant pris part aux ouvrages de défense de

(181) Lettres sur l'Architecture au XIX' siècle, 1864; pages 8, 23, et 41. Sébastien Serlio, 1869, pages 20 et 36 et la présente notice pages loi et 106.

la ville en ifi2, quel était Fofficier du génie, l'ingénieur ou Tarchitecte ? Nous allons présenter les conjectures résultant de nos études et de nos investigations.

La direction officielle et générale de ces ouvrages était entre les mains du gouverneur ou sénéchal de la ville, haut et noble personnage jouissant de la confiance du souverain. Aussi nous voyons de la Voulte et de Tournon, prendre la haute main sur ces questions. Plus tard, Chabannes de la Palisse, Henry Bohier, Trivulce et Saint-André;, agissent de même. Pour obvier à leur incompétence, ces seigneurs prenaient les avis et envoyaient aux ouvrages des gentilshommes et capitaines de passage, qu'on peut considérer comme des officiers du génie actuels : James, Lantier^ Pommereux, Galeas Varesin, Tarlatino, de Montdragon^ en I5'I2 et i^^^', Claude Laignel de Symandre, Nazet ou Nazzi de Sanverino^ Constantin Barbet ou Brocarlo dTmola, en 1^25'. Les capitaines de ville en titre Thomassin, Sala, émettaient également leur opinion. Mais ces officiers, n'étant attachés que temporairement à ces ouvrages, donnaient plutôt des conseils, qu'ils ne dirigeaient l'exécution technique des travaux. C'est alors que les praticiens lyonnais apparaissent- Nous trouvons, en effet, les principaux maîtres maçons et charpentiers de la ville (i 82), travaillant à vacations en tête des ouvriers et Edouard Grand dirigeant l'exécution des ouvrages, reconnaissant les matériaux et signant la plupart des rôles d'ouvriers, depuis 1^12 jusqu'à sa mort en i fj i .

Même notre Perréal est souvent consulté ; il fait surtout

(182) Jehan de Lorraine;, Antoine Goyet, Claude Paluel, Jacques Béranger, Guillaume de Chessieu, Jehan de Bire, maîtres maçons; Lucas Cochin, Jehan de Salles, Anthoine Courtois, maîtres charpentiers.

Jehan, dit de Lorraine, se nommait Tabourin; il possédait, grande rue de l'Hôtel-Dieu, une maison valant 128 livres en fonds (voyez ce que nous avons dit de ce maître, note 92 et le registre CC 22.)

nombre de portraits ou de tracés indispensables pour ces

divers travaux (183).

Faut-il en inférer qu'il a réellement rempli l'ofTice de commissaire général et maître des œuvres sur le fait des réparations des villes et places du Lyonnais, Forez, Beaujolais et Dombes, auquel il aurait été nommé en 1^22 par François I^*"?

Nos recherches sur ce point, resté obscur, ont été singulièrement laborieuses (184) et nous n'avons encore que la délibération consulaire du 15' mars 1^24 dans laquelle, en effet, il aurait résigné cette commisssion. Il y est dit : « A eflé veue certayne renonciation faiéle , gettée & préfentée par M. le contrerolleur Perreail, didl de Paris, touchant la commifTion que le Roy luy a donnée par lettres patentes de conduyre les fortiffications de cefle ville, faire les marchez 6c autres chofes contenues en fes diéles lettres 5 pour laquelle renonciation il eft content nefoy méfier des dids priffaicfts & marchez pourveu qu'on ne (185'). >>

La phrase malheureusement s'arrête là dans le registre, et, le reste de la séance étant consacré à d'autres affaires, il devient impossible de se rendre entièrement compte de la portée de la démarche.

On comprend que l'administration municipale de Lyon, constamment hostile aux offices et charges donnés par le pouvoir central pour des fonctions ayant trait aux travaux exécutés avec les deniers de la ville, n'a pas cherché à conserver dans ses papiers les faits qui se rattachaient à ces em-

(183) Voyez plus loin Perréal affranchi de ces contributions, par suite des services qu'il a rendus à cet égard. (CC zôy, 1 524, et CC 271, 1 521-1 ^27.)

(184) Elles nous ont entraîné jusqu'à parcourir, feuille à feulle, tous les registres consulaires et une grande quantité de papiers de comptabilité, depuis 1 5 lojnsqu'en 1532J il est vrai qu'en passant nous avons fait une riche moisson sur d'autres faits; mais, nous devons le dire pour notre excuse, c'est une besogne à la fois longue et pénible, dans laquelle des erreurs de copie peuvent arriver.

(185) Registres consulaires BB 41, folio 132, ou BB 42, folio 168, verso.

plois^ qu'en conséquence^ le secrétaire du Consulat s'est arrêté court dans la rédaction de la séance du i y mars, s'apercevant qu'il allait en écrire trop long. Puis, suivant le même ordre d'idées^ ne peut-on pas supposer aussi que l'administration de cette époque a fait disparaître les rôles et autres papiers qui pouvaient établir que l'office a été rempli?

Mais^ d'un autre côté, de 1^22 à 1^24, il s'est fort peu exécuté de travaux, les inquiétudes à l'égard d'une attaque possible ayant disparu. De cette façon, Perréal n'a presque pas eu occasion d'exercer, et c'est seulement à la fin de 1^25 et en mars ij2/[ quand, par suite de fausses manœuvres de l'amiral Bonnivet en Lombardie et en Piémont (186), la ville se trouve de nouveau menacée et qu'il faut sérieusement agir, qu'alors Perréal trouve convenable de renoncer à un emploi qui enchaîne son indépendance, pendant qu'il lui est facile de rendre, quand même, à sa ville natale, les services dont il est capable.

En effet, nous le retrouvons, deux mois après, à la disposition de la défense :

t< Auffi mon dit feigneur le fenefchai (Henry

Bohier feigneur de Chenay ou Chanaye, de la Chapelle, etc.), a adverty qu'il fera bon que monfieur le contrerolleur Jehan de Paris, voyre vifiter de l'œuvre des murailles 6c clauftures de la ville, fi tout fe conduift bien .... (187). »

Il ne faut point oubher que la ville était encore prise au dépourvu 5 la trahison du connétable de Bourbon avait forcé François I^*" à pourvoir de tous côtés à la défense des frontières. Les capitaines en renom étaient employés dans les trois armées qu'il avait fallu opposer, dès 1^23, en Guyenne, en Franche-Comté et au nord de la France.

(186) En avril 1524, l'armée de Bonnivet était en pleine retraite, repassait la Sesia et regagnait la France.

(187) Registre consulaire^ BB 43, folio 205 ; 25 mai 1524,

Le titre de contrôleur que nous voyons donner à Perréal jusqu'à sa mort^ implique-t-il qu'il conserva jusqu'à la fin la haute main sur des travaux ou sur des deniers?

Nous ne le pensons pas : le titre de contrôleur qu'il avait pu obtenir antérieurement pour les travaux de Brou ou même par un office de perception de quelque impôt qui lui aurait été donné dans le but de le récompenser indirectement de ses services (de même qu'on donnait des abbayes aux artistes célibataires)^ ce titre, disons-nous, avait probablement fini par lui rester à Lyon.

Les fonctions de valet de chambre du Roi lui avaient conféré la noblesse et, cependant, nous le trouvons rarement qualifié de sire; tandis qu'on verra Edouard Grand le porter constamment.

Il ne faut point, non plus, confondre la charge de contrôleur des deniers publics, réparations et fortifications, avec celle de maure des réparations et fortifications, qu'ont porté Edouard Grand, depuis I5'28, puis Humbert Paris, en I5'3r, et ensuite la plupart des voyers de la ville et qui était conférée par le pouvoir central.

Les protocoles, procès - verbaux et autres papiers du XV I*" siècle, donnent volontiers ce titre à tout individu ayant eu ou possédant encore la charge de contrôler quelque chose, ou de dresser un rôle d'impôt, quoique au point de vue des travaux publics, ce n'ait jamais été qu'un emploi plus financier et administratif que technique, comme nous l'avons déjà dit plus haut (i 88).

L'examen sommaire de la comptabilité des travaux de fortification le démontre d'une manière absolue.

Ainsi Jehan Sève fut commis au contrôle des dépenses de fortifications, dès I5'i2; il recevait les fonds de la main des

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receveurs spéciaux préposés à la perception des impôts mis dans ce but et payait les dépenses des états que des surveillants, dont E. Grand a fait partie dès le début, vérifiaient et qui étaient visés finalement par un contrôleur en chef (189).

Plus tard, le roi, craignant, et avec quelque raison, que ces préposés, nommés par le corps municipal, appliquassent à des travaux particuliers de la ville, les deniers autorisés dans un intérêt général, nomma un contrôleur en titre. A l'exemple de Paris, Rouen, Bourges et Tours, Lyon s'empressa de poursuivre le rachat de cet office, pour pouvoir y nommer. Malgré l'insistance du pouvoir central la ville eut gain de cause ; l'office fut aboli par lettres patentes du 28 avril i)'22, rétabli encore subrepticement plus tard , et aboli de nouveau par celles du 19 novembre i.^'^J (190) 5 mais nous ne voyons jamais figurer Perréal parmi les noms des titulaires de cette charge.

Il ne peut donc y avoir aucune confusion entre la fonction de contrôleur général et celle de maître général des œuvres.

C'est à l'occasion de la surveillance tout exceptionnelle qu'il fallut exercer pour l'exécution rapide des ouvrages de défense en iyi2, qu'Edouard Grand, depuis maître des œuvres de réparations et fortifications, entra au service de la ville.

Nous ne pouvons rien préciser sur sa famille, bien qu'il en ait existé une de ce nom dans le quartier Saint-Paul : un

(189) Nous avons fourni leurs noms plus haut, page i6o. Nous pourrions ajouter d'autres noms de contrôleurs principaux, contrôleurs ordinaires et de conducteurs de travaux, cela est inutile ; l'inventaire des papiers de comptabilité aux archives de la ville donnera forcément une liste complète et exacte de ces préposés.

(190) Voyez Registres consulaires 15 février 15 17, le registre-recueil de lettres patentes, AA 151,28 août 1 523, i j juillet 1537, et portefeuille BB 394.

Anthoine Grand a été conseiller de ville en 1419 ; un Gonon Grand en 1441, et un Jehan Grand en 1451 , ^4^2? ^^)^y i45'9 et 1460. Il y avait une tombe d'une Antoinette Grand

de 1474, à Saint-Paul; cette famille portait d à trois

étoiles d , et c'est probablement elle aussi qui possédait une maison sous le nom de l'Epine, qui avait un jardin joignant par derrière l'entrée du cloître Saint-Paul et se trouvait dans une rue dite du Griffon (191).

E. Grand possédait, dès 1495, «un grand jardin nommé Paradis et une maison dedans en la rue Ferrandière, le tout estimé annuellement 40 livres... (192). »

En admettant que Grand fût majeur à cette époque, il pouvait avoir environ trente ans au moment où il entra en scène en 1^12, et il serait mort âgé d'environ soixante ans en if3i.

Cette conjecture nous semble possible; car, en if 13, son écriture est pleine, régulière et très-lisible. Elle dénote même un homme lettré pour cette époque; on peut en juger par la signature autographe que nous donnons ci-dessous (193) :

(191) Manuscrit de Breghot-du-Lut. Voyez Quincarn on et Steyert. Celte Antoinette Grand était épouse de Jehan de Mordelles; leur sépulture était dans la chapelle dite de la Cadière.

(192) Nommées de la ville de Lyon, en 1493; Registres CC 6, archives de la ville.

(193) Reçu du 30 mars 1513 : «Je Edouard Grand certifie que tous les manœuvres ont efté a adoubé le chemin de saind Sébaftien, par le commandement de MelTeigneurs, SiC »

Plus tard^ en 1^26^ déjà il supprime ces paraphes si réguliers, et l'écriture de ses visas est alourdie et un peu hésitante, comme celle d'un homme âgé.

Mais tout cela n'est que conjecture, et nous n'osons insister.

Grand est cité presque constamment, jusqu'à sa nomination, parmi les notables que les conseillers faisaient appeler, comme on le sait, dans toutes les délibérations importantes 5 il figure parmi ceux du côté de Fourvières, ce qui indique qu'il résidait sur la rive droite de la Saône.

En i5'23 il habitait la rue de Bourgneuf, entre le port Saint-Heloy et le port Saint-Paul, c'est-à-dire dans la rue devenue le quai de Bondy actuel, et dans la partie comprise entre la place de la Douane et la rue Gerson.

Par délibération consulaire du 16 juillet if 13, son père, Loys Grand, ou lui, déjà attachés aux travaux de défense, furent délégués à la direction spéciale des charpentiers nombreux que nécessitait la construction de ces ouvrages de fortification provisoire, où l'on employa, ainsi que dans les défenses exécutées à une époque récente, de nombreux assemblages en bois devant contenir les terres.

Grand le père ne figure plus désormais, et le 29 août c'est le fils qui écrit au Consulat (194) pour :

« Advertir qu'il y a des différents fur la façon des cannonnières qui fe font au petit boulevart devers l'eglife Saint- Sebaflien, lefquelles Prefibrt (fans doute le condudeur de cet ouvrage) a traflees d'une forte, Ôc Galias (l'ingénieur des fortifications) d'autre forte, à caufe de quoy l'œuvre demeure (reste suspendue). »

Nous ne savons comment ce conflit peu important fut résolu 5 toutefois, cette circonstance dénote de la part d'Edouard Grand une certaine initiative.

(194) Registre consulaire, BB y

Toutes craintes étant dissipées^ on prit quelques résolutions mieux réfléchies à Tégari des fortifications, le samedi 29 septembre 1^13, dont nous donnons ci-après le libellé, qui peut donner une idée de la disposition de ces ouvrages : ce A efté rapporté l'ordonnance faiéle aujourdhuy matin, par A'ionf'' de Tournon^ en préfence du d. mefme Chanet & du fecrétairCj touchant l'œuvre des remparts & bolevarts qui s'enfuyvent :

ce Tremïèremem a ordonné continuer les plants commencés fur le Rofne^ près Sain6l-Cler au droid du folTez ôc illec fonder un bolevart qui foit de pierre de taille, alTez hault jufques à ce que leaue n'y puyflfe nuyre Ôc alentour faire ung foifé & fond comme faiél a efté aux autres bolevarts 5

« Item a advifé & ordonné profonder le foiïe depuys le Rofne jufques à la cafemate prochaine, tellement qu'on puifle veoir d'un lieu à autre le bord (?) du d. foiïé & continuer la dite cafemate jufques à ce qu'elle foit ainfy faide Ôc y faire ung foffé au devant comme es aux autres bolevarts;

« Item a advifé & ordonné clorre de muraille le bolevart didl de Saind-Sebaftien, entre la cannonnière 6c le dit bolevart devers le Rofne, en forte qu'il foit cloz & en déflfence, pareillement continuer la muraille du d. bolevart d'un lieu à aultre & faire fentrée par deifoubz comme a efté propofé (la porte Saint-Sébaftien ?) ;

« Item a advifé ôc ordonné faire ung foffé au devant les baffes cannonnières des bolevarts ayant regard devant les foffez, comme avoit efté commencé au grant 6c premier bolevart Sainél-Sebaftien.

c( Item a ordonné parachever le rempart, commencer 6c continuer jufqu'icy entre les deux derreniers bolevarts Saind- Vincent, auquel la befoigne d. préfent jufques à fautre rapport prochain ;

« Item a efté advifé 6c ordonné continuer la voulte 6c

ouvraige du ditbolevart Saind-Vincent jufques à ce que ibit y faid (Se y faire l'entrée voultée par le bas 6c auffy vers le haut (cette porte ne figure pas dans le plan du XVI^ siècle; l'on y voit qu'une poterne vers le fort Saint-Jean^ nommée poterne de Saint-Vincent).

« Item a ordonné faire profonder le foiïe qui eft depuys le dit bolevart jufqu'à l'œuvre du clergé (içf). »

Les ouvrages de fortifications dont Edouard Grand s'est occupé, peuvent se diviser en deux séries : les travaux d'entretien des anciens ouvrages et les constructions des nouveaux qu'on poursuivait avec les ressources ordinaires.

Nous signalerons pouf les travaux dans les anciennes fortications :

Ouverture d'une porte à la tour de la « chefne foubs Pierre- Scize, pour fortir devers Saonne, pour tendre la chefne quand befoin fera (i2 octobre I5'i7))).

Rétablissement du pont de la porte de Saint-Georges^ qui était tombé (7 juillet ifiv).

Réparation de la tour du port de rue Neuve (3 juillet i ^20).

(195) On nommait probablement œuvre du clergé la partie des fortifications, du côté de la Saône, que le chapitre finit par entreprendre lui-même, d'où efl venu le nom de fort de Saint-Jean. On peut voir, dans les notes 6* documents de Péricaud, année 15 12, la répartition des travaux de défense entre les diverses corporations religieuses et Lyon ancien et moderne^ tome II, page 492.

Boulevart (boluvert, boulevert) était, au XYT siècle, ce que nous nommons bastion ; ce genre d'ouvrage construit en avant des murailles ou clôtures, remplaça les anciennes barbacanes. Le boulevart apparut avec l'artillerie & fut d'abord élevé à la hâte en terre gazonnée, et c'est peut-être à son apparence verdoyante à l'extérieur qu'il doit son nom. Il passa à l'état de terrassement permanent, revêtu en maçonnerie épaisse, défendu par un fossé. Pour protéger ces murailles, on donna d'abord aux boulevarts construits à Lyon la forme d'un pentagone irrégulier, afin d'avoir latéralement au boulevart des batteries couvertes ou casemates, avec embrasures ou canonnières, placées à la gorge du boulevart pour enfiler les fossés. Des batteries barbettes étaient établies sur le sommet des boulevarts. Quelques années plus tard, ces ouvrages furent remplacés par des bastions avec faces formant un angle très-aigu et des orillons pour protéger les embrasures

Réfection à neuf du pont-levis de la porte de la Lanterne (mars ij'22).

Continuation de l'œuvre de la porte Saint-Marcel; on refait deux grilles du pont-levis de la porte Chenevier et de la porte de la Lanterne (16 juin 1^22, mémoires visés par Grand).

Démolition d'une vieille tour ^ fur la porte qui eft au bourg Saint-Vincent, au coing du couvent de la Déferte, jouxte le dit coing devers matin & le jardin de M^' le juge de Lyon, melfire Pierre Chanet, devers le foir, la rue publique entre deux & partant par la dite porte » antiquité prête à tomber, car ce la clofture de la ville de ce quartier a efté puis nagueres incommancée plus avant, aiTavoir au deiïus la montaigne Sainél-Sebaflien (2^ octobre I5'22). »

Etablissement d'une porte aux escaliers par lesquels on montait sur la tour et portail de Pierre-Scize « lefquels degrez fervent aulTy à monter au chaiteau, pour affin de non perdre la poflefïïon & autorité de la ville audiél lieu, 6c pour obvier à l'advenir à l'empefchement que les officiers de l'arcevefche y pourroient faire (2 janvier I5'23). n

des batteries couvertes; enfin, l'art de la fortification s'étant amélioré, l'on établit entre chaque bastion des ravelins ou demi-lunes, dont le but était de défendre & de relier ces bastions ; ces demi-lunes ne furent pas conservées lors de la restauration de ces fortifications au XIX° siècle ; mais leur forme se retrouve encore dans la division des propriétés construites à l'approche du boulevart du Nord, qui a remplacé l'ancienne ligne de fortifications. On a pu remarquer dans le plan scénographique de Lyon au XVT siècle, que l'aire supérieure des boulevarts qui y sont indiqués, est parsemée d'une série de petits pieux, en forme de pyramide trèsaiguë. Nous nous sommes souvent demandé l'explication de ce fait, au point de vue de la défense. Un examen attentif nous a fait reconnaître que ces pieux n'étaient que l'extrémité supérieure des charpentes, en forme de chevalets, qui servaient de corps à ces ouvrages en terre. On a dû leur laisser dépasser l'aire du boulevart, soit pour servir de points d'appui à des épaulements, lorsqu'il deviendrait nécessaire d'y placer les batteries en barbette, soit pour empêcher de s'y établir en attendant. Remarquons, enfin, que ces boulevarts n'ont jamais dû être garnis d'artillerie, notre ville n'ayant pas eu à subir d'attaque sérieuse à cette époque.

Démolition de la tour et galerie étant sur le chemin qui joint au ténement de Sainte-Catherine (lo juillet 1^2^).

Construction à la porte de Pierre-Scize d'une porte avec pont-levisj fossé et rempart entre le château et la Saône (29 juillet 1^28).

Réparation des murailles près de la porte de la Lanterne (20 octobre i5'3o).

En ce qui concerne les ouvrages nouveaux sur la colline de Saint-Sébastien^ nous citerons :

Construction de la tour sur le Rhône (16 février Ifi4).

Mise des travaux des remparts à l'entreprise (16 mai 1 f 14).

Remblai en terre avec fossé^ au-dessus du boulevart Saint- Vincent (18 juillet If 14).

On doit noter ici^ qu'en décembre if 14, le grand boulevart Saint-Sébastien était tombé en ruines. E. Grand fit a abiller les chemins fur les remparts >3 , en vue d'une visite de ces travaux par le connétable de Bourbon (i^^ juillet ifif); François P*" visita aussi ces ouvrages le 21 juillet 3 il était à Lyon depuis le 1 2 .

c( A efle ordonné befoigner cefte prochaine carefme à la conftrudlion de la muraille de la ville vers Saindl-Sebaflien^ & y emploier les deniers provenant du préfent quartier (9 février I5'i8). «

Le boulevart appelé « de Preffort » s'écroule ; Grand en avertit l'administration municipale le 17 juin (ifiS)^ demandant s'il faut abattre le couvert de ce boulevart afin d'empêcher qu'il ne tombe et pour pouvoir conserver les bois dont il est composé.

Grand fait démolir le portail du grand boulevart de Saint- Sébaflien, « qui va par terre v , et fait entreposer la porte dans la recluserie de Saint- Sébastien^ pour servir là où Ton décidera (10 juillet I5'23).

Les dix années écoulées de 15' 13 à i5'23 ne furent donc

pas employées d'une manière très-active ; aussi ces ouvrages construits en terre et à la hâte, s'écroulaient tour à tour.

Mais le 14 septembre 1^)2^, le roi étant à Lyon, le sénéchal, Henry Bohier, se rendit au Consulat pour l'avertir que les lansquenets attaquaient la Franche-Comté, pourraient venir sur Lyon et qu'il fallait se mettre avec diligence aux fortifications. Comme les nouvelles devinrent de plus en plus funestes, en 1^24 et ij'lj', ces ouvrages furent poussés avec activité et dès ce moment la besogne de Grand se trouva considérablement augmentée.

Les charges étaient si bien, quoi qu'on en ait pu dire, réparties entre tous les citoyens à cette époque, que nous trouvons notre ingénieur des fortifiations taxé lui-même pour ces ouvrages.

« La rue de Bourgneuf

(tDefpuys le port Saind-Heloy au port Saincfl-Pol, « Edouard Grant, fix hommes (valant) xxxiii S. (196). >> On a dû dans cette période, si nous nous en rapportons aux délibérations consulaires : voûter et élever la tour de Saint-Clair, et y faire des cannonnières ; faire un fossé et une muraille jusqu'à la tour de la casemate ; élever la tour de la casemate et faire une muraille avec fossé jusqu'au petit boulevart Saint-Sébasden 5 condnuer la muraille depuis le grand boulevart Saint-Sébastien jusqu'au boulevart Saint- Vincent ; voûter le boulevard Saint- Vincent et en refaire les cannonnières des deux côtés; élever la tour entre ce boulevart et

(196) Chartreau (pour le côté de Fourvières) d'une collecte des hommes imposés sur la ville de Lyon, au mois de septembre 1523, pour payer les frais de construction des remparts de Saint-Sébastien, chaque homme représentant une journée de travail du prix de 4 sous (CC 259, folio 2<,). Humbert Paris, le successeur de Grand, est taxé à dix hommes, lui et sa femme, dans le même registre. Pierre Laurencin, qui est le plus chargé, est taxé à cinquante hommes.

celui de Notre-Dame et enfin réparer ce boulevart. On sait que Fœuvre du clergé commençait à ce point.

La mise en défense de la ville, du côté de la Saône vers Trio n, fut confiée aux capitaines Nazet ou Nazzi de Sanseverinoj Constantin Barbet ou Brocarlo d'Imola; elle fut exécutée en terre et charpente. Grand n'y fut pas employé d'une manière suivie 5 c'est un nommé Hieronyme Henry qui dut s'en occuper plus spécialement; toutefois, Grand signa quelquefois les états et rôles.

En 1^28, les fortifications étaient fort avancées, sans être finies, depuis Toeuvre du clergé jusqu'au boulevart Saint- Sébastien ; il restait à exécuter ' quelques ouvrages entre celui-ci et le boulevart vers le Rhône (197). Du reste, on sait que François P*" ne permit qu'en 1^59 de démolir l'enceinte dite de la Lanterne; ce qui indique que la ville devait être close alors à Saint -Sébastien (198); on dut surtout travailler de préférence à revêtir de maçonnerie les ouvrages en terre et à remplacer par des voûtes les couvertes des casemates établies provisoirement en bois ; ce qui nécessitait des des opérations d'une extrême difficulté, ne pouvant être effectuées qu'avec prudence et perte de temps. Les changements qui pouvaient résulter de cette transformation d'ouvrages de bois et terre en murailles, ainsi que des perfectionnements du système de défense, ont donc contribué considérablement à accroître l'importance du travail et de la dépense et à retarder lachèvement des travaux.

(197) Délibération consulaire du 15 avril 1^28.

(198) Lettres patentes de Paris, 2 juin, insérées dans Lyc-n ancien eî moderne, tome II, page 497.

Hieronyme Henry s, remplaça Grand à la surveillance des réparations, Fortifications, fossés, etc., pendant une maladie de celui-ci, qui l'empéclia depuis le 1" octobre ipj, jusqu'au i" mai 1 524. Henrys reçut 80 livres tournois pour cette suppléance par mandat du ij avril 1525 (BB 41, folio 249, verso.)

Pour donner une idée de la tâche qu'on s'était tracée^ nous citerons les chiffres que Grand présentait au Consulat le 1 2 mars 1^25'. A cette époque^ il restait à faire 400 toises de longueur de murailles, de sept pieds et demi d'épaisseur et de quatre toises de haut, soit une dépense de 44,000 livres, outre l'achèvement des tours et boulevarts et le curage des fossés.

Cette activité déployée par notre personnage, dans ces entreprises considérables, fut enfin couronnée par une juste récompense qui lui conférait le titre d'une fonction qu'il exerçait effectivement depuis au moins dix ans. Avec l'adhésion des gens du roi, il fut nommé enfin maître des réparations et fortifications de la ville :

«Ce mefme jour (vendredi 51 juillet if28), mefdids feigneurs les confeillers, par la voix dudid M^ Bellievre ont requis Monfeigneur M. Jehan du Peyrat, Heutenant général du Roy en la lenéchauffée de Lyon, commecflre ung perfonnaige à veoir conduire & contreroller les ouvraiges des réparations, mefmes celles ou ils entendent emploier les fd. deniers que le Roy noile fire a donnés à la dite ville en dernier décembre dernier pafTé, faifant partie des xv mil livres que le didl fire a données pour convertir en icelle à la prendre & paier fur la recepte des aides en la dite ville, en troys années, dont les fd. v mil livres efl le premier paiement qui a efté commis dient les fd. confeillers receue le IIII^ de ce moys, pour & fuivant fordonnance du Roy & bon plaifir du fd. feigneur, qui eft d'emploier les fd. v mil livres es dides réparations & que par les lettres du don eft faiéle mention de y envoyer ung contrerolle ad ce commis, & que les fd. confeillers ont aperceu que le fd. feigneur y ait aucunement commis. A cefte caufe ont, comme dit efl, requis le dit feigneur lieutenant y commede; le quel fd. lieutenant, après avoir veu le contenu des fd. ledres ôc fatisfait au vouloir &

intention du Roy & avoir eu Fadvis de Monfeigneur André Baronnat, procureur du fd. fire en la didle fénéchauffée & autres illec^ eftans de trouver perfonnaige expérimenté en tels affaires 6c du confentement du didl procureur du Roy, a commis pour contreroUer les fufdits ouvraiges honorable homme Edouart Grant, bourgeois citoien de Lion^ duquel & de fa perfonne, il a eflé reconnu eftre à ces poynes fouHifant & comme bien expérimenté à la dide conduire des dids ouvraiges^ & ce jufques autrement il en foit pourveu & ordonné par le Roy. Lequel Grant a eflé déclairé le faiél de fa charge 6c commiffion qu'il a acceptée, promis 6c juré y vacquer 6c atteindre journellement 6c de ce faire bon 6c loyal regiftre 6c certiffier les payements que pour la d. caufe feront faidls^ moyennant fallaire compedent^ 6c que luy a efté accordé fellon fa vaccation.

« Préfents ad ce Guillaume Bollet 6c Symon Raverat. Receu le préfent a6le par M^ Mathieu Sannuyer, notaire royal. »

Parmi les nombreux mémoires de travaux visés par Grand, pour les fortifications, nous relevons la mention ci-après, qui présente quelque intérêt :

« A Pierre de la Place, pour quatre jours qu il a vacqué à tailler les ymages du Roy 6c de la ville, à fept folz par

jour, 6cc » Ce détail est extrait d'un rôle pour le portail

etpont-levis du grand boulevart Saint- Sébastien^ du 30 octobre 1^30. Cet ouvrage était donc terminé à cette époque.

Les travaux de fortifications exécutés sous la direction de Grand, de i^'iS à 1^31, n'étant que la continuation ou Fachèvement de ceux qui avaient été entrepris^ nous n'insisterons pas sur leur détail et nous fournirons à présent la nomenclature des ouvrages d'architecture et de voirie auxquels il apporta son concours^ en insistant surtout sur ceux où il s'est trouvé le collaborateur de Perréal.

Les travaux au pom du T{h6ne ne furent guère que d'entre-

tien ordinaire, depuis ceux dont nous avons parlé au chapitre précédent; voici toutefois ce que nous avons relevé à à leur égard.

Des réparations furent effectuées en iyi4; les conseillers devaient s'y rendre l'un après l'autre pour visiter l'œuvre deux fois par jour. Était-ce aux arcs ou aux digues? Il semble, à notre avis, que ce soin pris par le Consulat indique qu'un homme spécial n'y était point encore préposé (i 8 juillet 1^14).

En I f 16, Grand proposa de mettre des clefs de bois et de fer aux 2™^, 5'"^ et 4^"^ arches, en partant de la ville, qui étaient en très-mauvais état. Ce travail fut poursuivi l'année suivante ; mais il présenta de sérieux obstacles, vu la nécessité de cintrer ces arcs pour l'opération (29 avril, 3 mai i f 16, 12 et 17 mai ifiv). Ces clefs devaient avoir surtout pour but de relier entre eux les arcs accolés ensemble pour élargir le pont, qui avait été antérieurement entrepris un plus étroit (199).

En décembre ifiS, on reconnut que la pile de la tour du milieu était fendue ; Grand y fit exécuter une forte reprise de cinq pieds environ d'épaisseur. Il paraît que le centre de cette pile était purement & simplement rempli de terre.

La partie du pont établie en bois, où déjà, en i y 16, on avait dû remplacer des plateaux, donna lieu à des réparations importantes ; cet ouvrage, sérieusement endommagé, fut compromis par une crue du fleuve (12 janvier I5'23). On trouve en conséquence de nombreux mémoires de fournitures et de journées de charpente, vérifiés et visés par Grand, de ipi à i5'2f.

La Chapelle du Saint-Esprit était aussi, à cette époque, dans un état d'abandon et de délabrement qui indique qu'on avait cessé, en quelque sorte, d'y exercer les cérémo-

(199) Voyez chapitre III, page 135.

nies du culte. « Elle efl: pleine de pierres <5c d'ordures, » explique Grand aux Conseillers, dans la séance du 8 mars i p f, « & l'on réclame fa mife en état, à caufe du pardon qui va avoir lieu. » Plus tard, le maître des ports (Guillaume de Noble .^) prend intérêt à cet édifice et contribue d'une manière presque complète à sa réparation et à son ornement. Le Consulat s'y transporte le 23 juin 1^175 il consent à payer 100 livres pour aider à la construction d'un petit «reveftière (sacristie) forgeélé entre les deux piles qui font hors la didle chapelle, du côté devers bile » , et il autorise à prendre de la pierre blanche appartenant à la ville, soit pour la voûte, soit pour les cloisons.

Enfin, un coup de vent ayant emporté, le 2 février i y 18, la couverture du portail, puis les tours ainsi que ce portail se trouvant presque en ruines. Grand reçoit tour à tour l'ordre de faire les réparations convenables, d'élever un peu les deux chapelles, de couvrir le portail avec du ferblanc, d'acheter une cloche, d'y placer des « bannerelles (girouettes) » et d'y faire « les armes du Roy au-deflus, 6c, au-deffous, celles de la ville (200). »

Toute cette restauration fut donc inspirée et dirigée par notre voyer, et nous avons vu précédemment (201) le peintre Boute faire six écussons, aux armes de la ville, qui furent placés sur cette chapelle, dans le but de bien constater qu'elle appartenait à la cité.

Notons, en passant, que le pont de la Saône fut aussi l'objet des soins de Grand 5 les eaux étant devenues très-basses en novembre 161 6, il fit exploiter et enlever les roches qui gênaient la navigation. En 1^17, il fit remailler les arches et piles de ce pont, et le 4 octobre 15*30 il en fit réparer les

(200) Registre consulaire, BB 39, folio 40, verso; 17 juillet 1520.

(201) Page j5 et note 36.

parapets. Enfin, le 6 juillet 1^31, il commanda une porte pour le grand arc qui était du côté de THerberie ; il n'a pu probablement faire achever ce dernier ouvrage.

V Hôpital du Tout du T{hône donna lieu également pendant cette première période à de nombreuses réparations.

Dès If 14, on avait entrepris d'en clore le périmètre le long du Rhône, afin qu'on ne pût s'introduire dans l'intérieur; cette construction dut présenter quelques difficultés à cause des fondations. Jehan Coyaud y contribua de son argent; mais cette clôture ne fut guère terminée qu'en 1^29 (202).

La délibération consulaire suivante, qui indique que Perréal fut aussi consulté, nous fournit des détails intéressants.

« Mefdits fieurs les confeillers, avec eulx maiftre Benoît Berton, procureur gênerai de la dite ville, Edoard Grand, commis aux ouvraiges 6c réparations de la dite ville, appeliez ôc eflans avec eulx Jehan de Salles & Nycod Cabé, maiflres jurés charpentiers de la d. ville, fe font tranfportés à Thofpital du Pont du Rofne, 6c ont 6c vifité la plante qui fe faid on dit hofpital pour la clouflure d'icelluy fur le Rofne 6c icelle bien veu 6c vifitté après avoir ouy 6c entendu fadvis 6c rapport des dits maiflres charpentiers, ont refoulu que la d. plante fe doit continuer ainfi qu'elle eil commencée pourfayre la d. muraille avecques les degrés de pierre pour laver les liffives, à faifan du d. hofpital, félon qu'il a elle autreffoys arreflé 6c le protraidl fur ce fait par Jehan de Paris (203). »

Les degrés ou marches, dont il eft queftion ci-dessus, se voient parfaitement dans le plan scénographique de Lyon au XV I^ siècle]; on trouvera plus loin la délibération consulaire qui régla les honoraires qu'on devait à Perréal pour ce travail.

(202) Voyez registre BB 47 ; 10 novembre 1528 et 13 janvier ipg, et B B 49, 7 juin 1^9.

(203) 9 octobre 1^17; BB 37, folio 1 17 verso.

Cet ouvrage fut entièrement exécuté sous la direction de Grand, ainsi que des retraicts (lieux d'aisance) du côté du pont du Rhône pour le service public, dont les courriers et conseillers de la Sainte-Trinité payèrent les frais, ce qu'ils firent constater par une inscription (i 6 août ifiç). Enfin, il dirigea les constructions, au même hôpital, de deux dortoirs, l'un pour les filles repenties, et l'autre pour les enfants trouvés. Claude de Chessieu en fat le maçon 5 ces ouvrages se faisaient à la journée, ainsi que l'indiquent de nombreux rôles de journées visés par Grand.

Notre voyer a apporté son concours à l'exécution de l'édifice qu'on dut établir, à cause de la disette, et qu'on nommait le Grenier du poids des farines. Les travaux de maçonnerie furent entrepris par Antoine Goyet (7 mars 1^225 voir les pièces de comptabilité de la Bessée et Coulaud; 1^22 et

On renfermait les farines dans des arches ou coffres dont l'établissement fut très-coûteux, ainsi que l'engin destiné à opérer les pesées.

Cet édifice était situé à la porte de la Lanterne, au-devant des Carmes.

Le 7 août i)'22, Grand reçut l'ordre de faire réparer la fontaine de « Siolen » (Choulans), qui fournissait à l'hôpital Saint-Laurent. Nous avons vu, au chapitre précédent, qu'un Clément Trie avait fait don d'une rente aux confrères de la Trinité pour l'entretien de cette fontaine; il paraît que le souvenir de cette munificence était si bien effacé que les conseillers, par la délibération que nous relatons, priaient Grand en même temps de rechercher qui est-ce qui avait une pension assise sur une maison près la porte de Saint-Georges, destinée aux frais de cette réparation. Notons, en passant, que l'hôpital Saint-Laurent, que nous aurons à citer plusieurs fois, fut fondé en iyo8 par la confrérie de la Trinité, pour y placer

ses confrères atteints de la peste. Cet établissement^ trop exigu, fut ou réuni à un autre ou agrandi, en ifio, avec Faide de la ville qui, plus tard, y installa ses malades atteints par la même épidémie.

On a vu, au chapitre précédent, que Buillardier (ou Vuillardier) avait remplacé Trie dans la conduite du pavé. L'administration consulaire décida ensuite que Grand y serait préposé à sa place; mais M'' Bardin, les i8 janvier et 8 février i f i f, réitéra ses instances au profit de son protégé ; il assurait que Grand, occupé aux fortifications, négligeait l'exécution du pavé, et notamment celui de « Veyse. » Malgré cette influence, le Consulat, qui avait des motifs sérieux pour ne plus employer Vuillardier, se borna à répondre qu'on inviterait Grand à faire mieux son service.

En fait, des rôles de travaux de pavage en 1^14 indiquent qu'ils ont été exécutés sous la direction de Grand 3 il est donc certain que c'est à dater de cette époque qu'il a pris la direction de ce travail.

Il régnait probablement encore, malgré cela, dans la direction générale du nivellement et du pavage de la ville, une certaine tolérance, pour ne pas dire de l'incurie. Une affaire, qui se passa en 1^27, indique que des ouvrages de ce genre avaient été exécutés sans le concours des hommes de l'art ou de la ville, de manière à soulever de vives réclamations.

Les deux délibérations suivantes, fournissent l'exposé de la situation :

(( Maiflre Ennemond Poncet, les frères Breton ôc plufieurs voyfins font venus plaintifs du pavey qui fe faid en labrefec, requérant qu'il foit veu par mefdits fieurs, lefquels ont ordonné y aller au partyr du Confulat, 6c après qu'ils ont veu le dit lieu & l'abaiflTement qu'on a commencé fayre defpuys le Rofne tirant contremont la d. rue, demeurent en l'air fans

fondacion en danger de tomber, a efté ordonné y retourner dès demain matin (204). »

c( Pour ce que la rue tendant de labreflec au Rofne a efté par quelques gens chaucée fi bas que les maifons eftans fur icelles rues fe tumbent^ aulTi que la d. rue eft inhuntille^ 6c quon n'y peut paiïer, a eflé ordonne infter devers juftice, que la didle rue foit remife au premier eftat par manière de provifion, 6c que les voifyns foient contraints a ce faire, ôc que le fire Edoard le fait médire a exequution (2oy). »

L'adminiilration consulaire visita les lieux le 10 février ipS, et prit, le lendemain, la délibération suivante :

« Mes dits feigneurs ont ouy le rapport de monfîeur le contrerollcur Jehan de Parys, qu'il a faicfl & avec luy maiflres Jehan de Sceller, Nycod Cabé, Guillaume de Cheyffieu, & Anthoine Goyet, maiïons jurez du dit Lion, qui ont vifité & nyvellé la rue de l'Arbre Sec jufqu'au Rofne^ pour la faire paver 6c conduyre les eaux au Rofne; 6c veu par eulx un portraidl fait par le dit contrerollcur de Parys, pour faire ledit pavey félon le diél portraiél, a eflé ordonné par mes didls qu'on doit faire faire le dit pavey félon le diél portraiél, 6c comme il a efté marqué sur le lieu par les dits de Paris 6c maiftres jurés. Et ainfi a eflé ordonné le faire à Edoard Grant, commis 6c ayant charge du dit pavey, 6c pour ce luy a eflé baillé le didl portrai(5l (206). "

Le pavé exécuté fut payé cent sols à Claude Vauderay par mandat du 7 décembre if 18; c'était, est-il dit, vers l'extrémité joignant le Rhône. Grand, comme on peut s'en douter, avait fait le marché.

Perréal reçut un poinson de vin clairet pour les travaux

(204) Registre consulaire BB 37, folio 112 verso; 24 septembre 15 17.

(205) Registre consulaire BB 37, folio 142 verso; 21 janvier i<;i8(N.S.).

(206) Registre consulaire BB 37, folio 146; 11 février i5i8(N. S.).

qu'il avait faits, est-il dit : « Tant a nyveller plufieurs rues qu'après le badliment de rhofpital, auffi après l'eflat de rentrée du duc d'Urbin (207). » Il s'agit ici de l'hôpital du pont du Rhône, comme on l'a vu plus haut, page 180.

Cette affaire ne nous l'aurait pas indiqué que nous aurions su néanmoins qu'en août ifi7 Perréal séjournait à Lyon; cela résulte d'une lettre adressée de cette ville, par un personnage dont nous n'avons pas trouvé le nom, à Cornélius Agrippa, le 3 de ce mois :

« Le feigneur Jehan de Paris, valet de chambre du Roi, » dit-il, « vous falue (208) »

Peu de temps après, une affaire semblable se présenta, et l'on suivit encore la même marche, comme on le voit ciaprès :

" Après avoir veu la requefle verbalement faicfle par Jehan de Tourvéon, Gérardin Cathellan pour eulx 6c leurs voyfins ayant maifons fur le port de rue Chalamon, tendant à fin d'avoir permifîion de paver le dit port, chacun devant fa maifon, Se avoir ouy le rapport de MonF le contreroUeur

(207) Le 28 mars i ^ i8 furent lues les lettres du roi annonçant le passage du duc d'Urbin, neveu du Pape ; on décida qu'on ferait tendre les rues, qu'on dresserait quelque « triumphe » au portail du pont du Rhône, qu'on tirerait des salves d'artillerie, enfin que les notables lui iraient au-devant.

C'était le dimanche ; dès le lundi, l'entrée devant avoir lieu le mercredi, on arrêta d'acheter six aunes de taffetas rouge et bleu pour habiller deux filles a qui feront & joueront à l'entrée de la ville à la louenge des f. d. feigneurs. »

« Et pour ce que Monf le contreroUeur Jehan de Paris a promis penfer poynes pour la ville tant à nyveller plufieurs rues qu'après le baftiment de l'hofpital auffi après l'eflat^de l'entrée du d. duc d'Urbin a elle ordonné luy donner ung poinfon vin cleret (Registre consulaire B B 3 7, folio 1 5 8 verso ; 29 mars 1 5 1 8) . »

Nous avons déjà parlé de cette entrée, chapitre III, page 124 et note 135. Notre Perréal, voyant qu'on avait besoin de lui pour cette cérémonie, se fit indemniser, au préalable, des peines qu'il devait avoir et en même temps de celle? qu'il avait déjà eues au service de la ville. C'était un excellent moyen de s'éviter des réclamations dans le genre de celle faite pour l'entrée de Charles VIII.

(208) Voyez note 127. Epi>tolarum Liber I, Episî. F/, pag. 72^.

Jehan de Paris difant avoir baillé le lineau pour faire le dit pavey^ a cefte caufe a eflé ordonné permettre 6c a efté permys paver rhin devant fa maifon félon le lineau baillé & que baillera le d. d. Paris & de contraindre ceulx.... » La phrase est inachevée (27 avril ifi8).

Notre Grand fut probablement encore ici obligé de veiller à l'exécution des instructions fournies par Perréal. On voit donc qu'il devenait indispensable, pour la clarté de notre récit^ de développer^ dans cette notice, tous les faits qui pouvalent donner quelque idée de cette personnalité de Grand, entièrement inconnue à notre époque, et qui nous révèle un fonctionnaire doué d'une rare activité.

Nous compléterons notre aperçu sur les ouvrages relatifs au pavé, par le détail de trois faits qui peuvent présenter quelque intérêt.

Les Cordeliers, que E. Grand avait obligés à paverleiong de la muraille qu'ils avaient faite pour clore leur cloître dans la partie qui tendait au Rhône, demandèrent le 7 avril (15' 18) que ce travail fût payé par la ville, en raison de leur peu de ressources, ce qui leur fut accordé. La dépense de ce pavé s'éleva à i y livres i f sous tournois, qui furent réglés par mandement du dernier avril, à Nicolas Carret, « paviiT'eur. »

Le ij* février i^ii. Grand fut invité à requérir auprès de Meffieurs du conseil de l'archevêque pour qu'ils fassent paver la rue à l'issue de la porte de Bourgneuf et au droit de Pierre- Seize (209).

Il rapporta, le 2^ septembre 1^22, que les gens de l'archevêque ne voulaient le faire que « jusqu'à la rase (210) de leur côté ; » le consulat accepta et fit paver tout le côté de le Saône depuis l'axe de la rue.

(209) Registre consulaire BB 39, folio 103 verso.

(210) On nomme ainsi, à Lyon, le ruisseau qui forme le centre d'une chaussée qui est formée de deux pentes se dirigeant sur le milieu de la rue.

Nous avons encore, — qui le croirait? — des anomalies de ce genre. Nous connaissons un quai de notre ville où la chaussée esc de la grande voirie de l'Etat^ pendant que les maisons sont de la voirie municipale.

H paraît que Grand, sans en avoir reçu encore le titre, remplissait, dès le mois d'août i y i y , les fonctions de voyer (211). Qualifié de sire Edoard, il fit remarquer (le 6) que la grande digue faite pour retenir le Rhône au-dessus du pont devait être rechargée, parce que le fleuve qui avait été très-gros avait dérasé ces digues. Faute d'argent, on ne lui donna, pas mieux qu'on ne l'a vu plus haut, aucune instruction positive ; cependant l'ordre fut donné le 16 octobre. Il y a lieu de remarquer ici que, dans les déhbérations consulaires, on emploie tour à tour les expressions d'arches ou de plessières pour ce que nous nommons des digues ; cela a sans doute causé quelques méprises.

Nous trouvons, le 29 du même mois, mention d'un autre terme lyonnais : notre voyer est chargé de faire abattre et démolir les « esquediers i> de la ville qui menaçaient ruine. Il s'agissait probablement de ces pierres dont un bec fait saillie sur la voie publique et qu'on nomme encore éviers. N'oublions pas que les tuyaux de descente n'existaient pas encore, et qu'ainsi ces becs étaient fort saillants afin de jeter au loin les eaux ménagères.

La voirie moderne, en prohibant bien des constructions qui pouvaient donner aux villes du moyen-âge un aspect pittoresque, a fait table rase pour toutes ces infirmités.

La suppression de ces éviers durait encore en ifji ; nous trouvons, à la date du 15' septembre ifiS, y livres tournois taxées au prévôt et aux sergents de l'ordinaire de Lyon, pour

(211) En conséquence, le 29 novembre 15 15, E. Grand est cité quand même parmi les notables du côté de Fourvières appelés au consulat.

vacations dans le même but, ce qui témoigne qu'on ne sVxécutait pas de bonne volonté.

Sans entrer dans des développements qui nous entraîneraient trop loin^ nous fournirons encore quelques faits relatifs à l'exécution de la police de la voirie à cette époque. Le 8 août i^iSj le consulat se transportai « la maifon de MonP Champier, prochaine des Courdelliers^ où il baftit & ontveu ung mur en rue tendant du grand portail du d. couvent à la petite porte^ lequel mur le d. S. Champier a abbatu avant d'avoir premier prins la mefure dicelluy par Edouard Grant, lequel mur eftoit enfoncé bien la dite maifon environ de dix pie ou meilleu, comme a eilé rapporté & monftréfur le lieu par le dit Grant, lequel mur le d. MonP Champier vouldroit baflir à droidl fil & a nyveau„.. »

Le consulat empêcha à Champier d'avancer et le fit maintenir dans l'alignement du vieux mur. Il paraît résulter de cette circonstance que Champier était à cette époque à Lyon, fait sur lequel son historien, M. Allut, paraît n'être pas fixé (212) 5 on sait que Champier fut élu conseiller de ville pour I5'20.

L'établissement des fortifications de Saint-Sébastien détermina plusieurs propriétaires de la colline à utiliser leurs terrains pour des constructions. Ce mouvement paraît s'être prononcé d'une manière toute particulière le long du chemin qui tendait de la porte Saint-Marcel à Saint-Sébastien (213).

Grand dut intervenir le i^"^ septembre 1^19 et le 10 jan-

(212) Etude biographique et bibliographique sur Symphorien Champier, par M. Allut. Lyon, MDCCC LIX, page 30.

Voyez, dans le même ouvrage, le dessin de la maison de Champier, sur la place des Cordeliers.

(213) Cette voie est la Grand-Cote actuelle; nous ne savons pour quel motif on a transporté à une autre le nom de Montée Saint-Sébastien, nom que celle qui nous occupe a porté au XVI' siècle et devait conserver.

vier If 20, pour empêcher aux riverains de bâtir sans alignement.

Le consulat ne fixa que le 19 mars if2i, à vingt pieds (dimension qu'elle a encore), la largeur de cette rue au droit de la vigne de Claude Besson où Ton voulait bâtir des deux côtés (214).

On avait clos la ruelle tendant de la grande rue des Changes à la Saône ; les voisins se plaignirent ; le consulat commit, le 27 septembre ifig, E- Grand pour la faire ouvrir, «à moins que ce ne soit du consentement de tous les voisins qu'elle ne soit fermée. »

ce A(5le palTé le 1 1 janvier 1^20, entre le coniulat <5c Vincent Prochonaris, libraire, propriétaire d'une maifon fur le port de rue Chalamont, voifine à bife de la maifon de Polemieu & à vent de celle dite de Saint-Louis, appartenant à Mons*" de Belmont, d'avancer vers la rivière à droit fil de la maifon du Maillet (la maison du iMaillet est actuellement rue Mercière, n*' yo) ôc de celle du couvent de Saint-Antoine, à charge de faire un terre plein (un quai) au-devant, » etc.

E. Grand fut témoin ; à ce moment, le consulat autorisait volontiers la plupart des propriétaires qui avaient des maisons dans les rues latérales au quai de la Saône, entre le pont de Saône et le couvent de Saint-Antoine, à avancer sur la rivière et à augmenter ainsi considérablement leur immeuble, à charge de faire un remblai qui devait former plus tard le quai Saint-Antoine. On avait donc déjà constaté que la rivière était beaucoup trop large sur ce point; et, récemment, on a augmenté encore la largeur du quai par des remblais qui ont créé une belle promenade. Ces faits anciens, relatifs aux premiers embellissements de la ville, nous ont paru d'un tel intérêt que nous n'avons pas hésité à les insérer dans nos notices lorsque nous les rencontrions.

(214) Registre consulaire B B 39, folio 114 verso.

Edouard Grand est commis, le 26 mars 1^21 , à signifier aux Cordeliers qu'ils ne continuent pas à construire une petite chapelle au milieu de h première et grande place des Cordeliers, c( à caufe que la dide place cû comode à la chofe publique pour faire monflre afiemblées Se aultres chofes néceflaires (215'). »

11 est invité, le 28 mai 142 1 , à faire réparer le port Saint- Eloy et en ôter les immondices qui s'y trouvent.

Le 29 octobre if2i, Jehan Bellement, tonnelier, ayant construit contrairement aux règlements dans la rue des Carmes, on le laissa faire à condition qu'il donnerait 100 sols à l'hôpital Saint-Laurent. Edouard Grand et Claude Bergeon furent témoins de cette transaction. On voit que les faveurs de cette nature remontent à bien loin.

(4 juin 1^22.) Ordre d'abattre « la porte qui eft entre rhopital Sainde-Catherine & les Carmes, adendu qu'elle ne fert de riens & que le grant mur qui y e(l efl en danger de tumber 6c bleffer les paifans & que la matière de pierre & bois qui y efl: foit employée en la louge qu'on faid près des folTez pour le poix des farines. >>

(18 décembre 1^22.) Grand reçoit ordre d'examiner les galeries des maisons sur la Saône depuis Saint-Paul jusqu'à Vaise, et faire son rapport pour démolir celles qui se trouvent en contravention (216). Ce fait se rattache à l'exécution des lettres patentes de Louis XII, dont nous avons parlé au chapitre précédent.

Jehan Clareton ayant demandé, le 27 janvier if 23, à faire trois ou quatre marches en pierre, à l'entrée de sa maison faisant l'un des carrés de la Juiverie, tenant à Saint-Barthélémy, pour dix ou douze mois pendant lesquels il refera sa maison,

(21^) Registre consulaire BB 39, folio 116 verso. (216) Registre consulaire BB 39, folio 322.

on lui répond que^ vu Tédit du roi, par lequel tous avancements doivent être abattus, on lui refuse (217).

Le même fait se reproduit le 1 2 mars 1^25 pour vingt degrés de pierre, vers la place et cimetière de la Platière existants, et que le propriétaire M^ Antoine Decroys entendait refaire tels quels. E. Grand s'y oppose 5 le consulat y va et refuse (218).

Le 24 mars 1^23 il est commis avec J. Salla, Capitaine, et Jehan Camus, conseillers, à voir la maison de Pierre Colon, couturier, dans une rue joignant la chapelle Saint- Eloy, pour une ouverture ; on la lui refusa.

(28 mai i5'24.) Il est commis à faire abattre les auvents . en saillie dans les rues et à les faire remplacer par des tentes ce fur liteaux de boys qui fe lèveront de nuyt contre les murs fans eftre forgedées & qu'ils ne foient tellement attachez qu'on ne les puyfle du tout ofter (219). »

(9 août 1^25'.) On permet aux propriétaires de la rue Saint-Eloy d'y faire établir un puits « contre un fépulture joignant les degrez de la dite chapelle devers le vent, w

Le 16 mai 1^28 on permet à Jacques Teste, teinturier, de bâtir sur la « pye « (parcelle) d'une vigne de l'hôpital à lui louée, ce la première faifant le carré du chemin allant à Saint- Sébaftien & le chemin par où l'on va de la porte Saint iMarcel à Saint-Cler, le long du tènement de Fourefl, félon le pourtraid & advis faid par le S. D. Sala, Paquellet, confeillers, ôc Edouard Grant (220). w

(12 décembre if 28.) Michel Dufournel fait, sur le chemin Saint-Vincent conduisant au boulevard Saint-Vincent, un

(217) Registre consulaire B B 59, folio ^^5 verso.

(218) Le nouveau règlement de voirie qui interdit les perrons en saillie sur la voie publique a, comnfie on le voit, des ancêtres vénérables qui ne furent guère

respectés plus tard.

(219) Registre consulaire BB41, folio 151 verso.

(220) Registre consulaire BB 47, folio 23.

mur qui avance ; Grand Farrête ; le consulat députe des conseillers pour vérifier (221).

(28 avril ly^o.) Grand fait enlever du pavé mal fait en divers endroits et abattre des a eguiers tombant ez rues publicques (222). ?> Le 8 juillet il fait encore démolir des éviers et notamment derrière la maison du Porcelet (223).

Cette sériC;, déjà bien longue et que nous aurions pu étendre encore, de faits relatifs à la voirie, prouve surabondamment que nos ancêtres éprouvaient déjà bien des difficultés pour l'exécution des règlements. Si E. Grand n'a point porté le titre de voyer, il en a certainement rempli les fonctions d'une manière parfaitement correcte. Nous achèverons sa notice en citant quelques circonstances dans lesquelles il dut agir, non plus comme spécialiste^, mais plutôt comme officier de la commune.

La peste qui était à Saint-Genis venant à menacer la ville en 1^183 le consulat ordonna à Grand, assisté de Philibert de Villars, conseiller, de tout préparer à Saint-Laurent-des- Vignes pour recevoir les pestiférés (y octobre); en même temps on fit procéder à des quêtes dans le but de subvenir à ces frais. Biaise Maussard, « barbier « de Lyon, se chargea de leur donner des soins nécessaires dans fintérieur de cet hôpital, et devait recevoir pour cela vingt livres tournois par mois (224).

Les dépenses de fhôpital étaient mandatées et réglées par deux conseillers et par Grand.

(22 î) Registre consulaire BB 49.

(222) Registre consulaire BB 49, folio 165 verso.

(223) Registre consulaire BB 52, folio 14.

(224) Biaise Mausart ou Maussart était mort dans son ministère, à la date du 12 juillet 15 19, puisqu'on accorda alors à sa veuve, Rose, 100 sous tournois en à compte des 60 livres qui lui avaient été votées à titre d'aumône, pour la nourrir elle et ses enfants.

Cette fonction, de s'occuper de la police des pestiférés, n était point sans difficulté ; ainsi, notre voyer fut obligé de faire requérir, par le consulat, le prévôt et les officiers de la cour séculière pour faire fermer les maisons et boutiques des nommés Perroquet et Mechault, où était mort de la peste un barbier nommé Philix, lequel, disait-on, Pavait prise de « la dite Perroquette. »

Le fils Perroquet et Mechault, associés de Philix, s'y étaient opposés.

De nouveaux cas de peste se manifestèrent en if 19 ; elle dura jusqu'à la fin de 1^20, époque ou il n'y avait plus que sept à huit pestiférés à Saint-Laurent 5 elle avait complètement disparu le 19 avril i ^21 .

Elle fut constatée encore en juillet if^o, et E. Grand fut de nouveau requis pour organiser les services ; ce fléau se trouva, par une fataUté effrayante, doublé d'une famine exceptionnelle qui désola toute la contrée (22^). Heureusement, la générosité des citoyens fut telle qu'il resta des quêtes un reliquat qui servit, comme on le sait, à fonder PAumône- Générale.

La recherche des blés ne fut pas une des moindres occupations de Grand pendant les années ip7, if28, ij'29, 1^30 et I f^ I3 soit qu'il fit des démarches et des voyages pour les amener à Lyon, soit pour faire cuire chez les boulangers, avec la farine de la ville, du pain pour les pauvres.

Si nous ne savons pas à quelle époque peut remonter Péclairage public, nous pouvons, du moins, constater ici qu'il existait en i)ij, puisque Grand reçut, le 23 juillet. Tordre de faire poser, de concert avec Jehan Sala, conseiller, les « fallots, » qu'on fit faire Pannée précédente,

(235) En 1530, le barbier fut Ânthoine Giraud ; il fut remplacé par Prosper Rydet. Ces praticiens touchaient 20 livres par mois.

aux carrefours de la ville, comme aux Changes et ailleurs (226).

En If 18^ il remplaça Cathelan Thoard, pendant une année;, dans le contrôle des aides et des deniers communs, et reçut, pour cette circonstance, une augmentation de traitement de cinquante livres (i^*" octobre if 18).

S'il nous fallait citer toutes les circonstances 011 nous avons rencontré cet homme si actif, pendant une carrière de plus de vingt années, nous n'en finirions pas ; nous terminerons par un fait qui se rattache aux représentations théâtrales et dont nous avons déjà parlé au sujet de C. Trie.

« M. f. fleurs ont ordonné à fire Edouard Grand qu'il face villter les efchaffaux du jeu de la Conception N''^-Dame (227), qui font faits aux Cordeliers, pour favoir s'ils font bien aiïeurez, affin d'obvier aux inconvénients qui s'en pourraient s'enfuivre (19 août i f 1 8) »

Grand y envoya, le lendemain, les maîtres jurés de la ville: Jehan de Salles, Antoine Tortoron, Pierre Genyn, charpentiers, et Antoine Goyet, maçon, qui les trouvèrent bien exécutés, et conseillèrent seulement d'y ajouter quelques gorges.

Cette représentation devait durer cinq jours, et l'autorisation de la jouer avait été accordée le 8 juillet à M* Muret, Guillaud Mollaris, Jehan Tissot, etc.

Les clercs de la bazoche accédèrent aux conseils donnés par Grand et par les maîtres jurés.

Le consulat, voulant assister à cette représentation, fit louer par Grand, à raison de 6 livres tournois, une toise[des estrades dressées dans ce but.

Comme on le voit, de tous temps, les architectes de ville

{226) Registre consulaire BB 57, foHo 102. (3271 Et de Saint-Jean-Baptiste.

ont dû vérifier la solidité des estrades et échafaudages devant supporter la foule des curieux.

M. Brouchoud a expliqué, au sujet delà même représentation, que l'administration consulaire chercha, mais sans succès, à s'y opposer; il paraît^ du reste, que les habitants s'y portaient en foule, laissant les maisons désertes, ce qui devait être nécessairement pour l'administration une source de soucis et de désagréments (228).

On peut constater, d'autre part, que, dès qu'elle avait présenté ses observations et pris ses mesures, elle s'empressait de louer et de payer des places par un intermédiaire, afin de jouir aussi du spectacle. Les choses ne se passent plus ainsi de notre temps : la ville, au lieu de payer des places pour ses magistrats, a été amenée à subventionner fortement les acteurs !

Quel était le traitement d'un fonctionnaire aussi occupé.'^ On ne le croirait guère, même en tenant compte delà diminution de la valeur de l'argent.

Grand touchait 100 livres tournois par an, pour tout salaire (229), ainsi qu'il résulte de tous ses mandats de paiement que nous avons vérifiés, année par année, depuis 1^17 jusqu'en I5'29. A dater de ce moment, il reçut 10 ou 20 livres de supplément, « pour le récompenfer des collations qu'il faifoit à plufieurs gentilshommes ôc autres qui vifitaient les rempars (230). »

Il est vrai que ses frais, vacations et déboursés accessoires

(228) Voyez registre consulaire BB 37, folios 178, 181, 182, 187, 19061202.

(229) Selon M. de Valous, la livre tournois, de i$oo à 152^, valait 16 francs de notre monnaie; en conséquence, Grand touchait de 1,600 francs! C'était pourtant un traitement habituel pour l'époque ; le fameux Pierre de Valence recevait 90 livres tournois par an, à Tours, pour l'établissement des fontaines de cette ville.

(230) 2 décembre 1529; registre BB 49, folio 88 verso.

La délibération que nous donnons ci-contre est un curieux exemple de l'atten-

i9f lui étaient remboursés. Nous ne pensons pas qu'il eût des honoraires sur les travaux ; les contrôleurs des deniers, seuls, étaient payés alors à tant par livre perçue.

Grand touchait son traitement par semestre, fin mars et fin septembre ; le dernier mandat est daté du 28 mars ifj ^ •

Nous le voyons encore, avec son activité ordinaire, exercer ses fonctions multiples vers le milieu du mois de juillet; il est mort peu après, aux derniers jours de septembre, ainsi que le témoigne le livre de comptes de Jacques Coulaud ;

« A luy <5c à fes hoirs p. mandement du xiii*" jour décembre mil V xxxi & quidance cy rendue la fomme de cinquante livres tournois à lui ordonnez eftre payez pour fes gaiges d'avoir vacqué à ce que deffus, depuis le temps deflus jufques à la fin de feptembre enfuivant, auquel temps il alla de vie à trefpas (231). )>

Dans le même compte figurent les soixante livres de traitement qu'il avait reçues à la fin de mars.

Les pièces justificatives de Coulaud nous ont aussi conservé de Grand peut-être la dernière de ces signatures si

tion méticuleuse que le corps consulaire apportait dans tous les détails de son administration ; il s'agit d'une mince gratification :

« Le fire Edouard Grant, ayant la charge de la conduire des Rempars &. fortiffications de la ville, a requis Meffires les confeillers luy donner un gros caillou de chuyn (choin) trouvé aux rempars en face la chaifne des fondations, pour luy fervir en quelque ouvrafge qu'il a à faire pour luy, ce que luy a eiïé accordé, attendu que ne c'ejî pas chofe de grande valeur (samedi 4 décem.bre i $29 ; BB 49, folio 91 verso), n

(231) Série ce, compte de Jacques Coulaud pour 1 530-1 53 1 . La comptabilité de ce receveur allait du i" octobre à fin septembre de l'année suivante: nous avons remarqué qu'il est fait mention du visa de Grand dans tous les paiements de rôles de travaux effectués du 1" octobre 1530 au 30 septembre 153 1 ; notre fonctionnaire a donc fini son existence exactement à la clôture de l'exercice. On doit enfin remarquer que son traitement n'est point porté à la suite de ceux des officiers de la commune ; il est relégué à la fin des sommes payées pour les réparations et fortifications, tant le consulat craignait qu'on ne transformât ces fonctions en office ou charge vénale et transmissible.

régulières, qu'il a apposées pendant sa carrière sur les nombreux rôles ou mémoires. C'est un reçu autographe de vingt livres tournois que Coulaud lui avança sur son traitement, le 13 septembre if^i (232).

A la suite est Tétat des sommes qui lui étaient dues et de celles qui lui revenaient, état dressé après sa mort, duquel il résulte qu'on lui était redevable de trente livres, en tenant compte des vingt avancées par Coulaud.

Cette circonstance nous fournit deux renseignements : le premier, que Grand fut marié, puisqu'il laissa après sa mort une fille qui est qualifiée veuve Clémence Mulat ; le deuxième, que Grand, taxé à quinze livres pour la rançon du roi, n'avait pas encore payé cette cotisation que nous trouvons excessive, à moins que Grand n'eût, d'autre part, une certaine fortune. Sa fille solda immjédiatement ces quinze livres dues^ avec ce qui lui revenait, pour la moitié des trente fournies par Coulaud, et un second héritier, du nom de Delalande, toucha les autres quinze livres. Probablement ces personnages avaient pris entre eux des arrangements à l'égard de la succession de Grand.

Clémence Mulat, la fille d'E. Grand, pouvait être l'épouse de Clément Mulat, docteur, cité dans les nommées de 1493 et figurant dans celles de i f 1 8, comme possédant des domaines à Saintc-Foy et précédemment dans la partie de ce territoire qui est devenue depuis le faubourg dit de la Mulatière.

Grand fut remplacé, dix jours après sa mort, par Humbert Paris, comme on le verra ci-contre :

{2] 2) Parmi les nombreuses pièces que Grand a dû viser dans les derniers temps de sa carrière, la dernière que nous trouvions avec sa signature est du 4 septembre 1 53 1 ; celles des 1 1, 28, etc., septembre sont visées par Jehan Sala, qui l'avait remplacé provisoirement dans cette mission.

'97 ce Après avoir veu les roolles des requérans pour avoir la charge & conduïcÏQ desp3.vez S^rèpamnon au lieu de feu Edouard Grant ont, fuyvant la pluralité des voix, ordonné y coinmecflre Humbert Paris tant qu'il plaira au Confulat, car ce n'efl: office ains charge (5c commilTion a volenté 6c par temps aux taxations de xxv l. pour les pavez & pefle ôc xxv l. pour la conduire des réparations dont en fin de chaque année il viendra requérir mandement & taxation & a fait ferment accoftumé de fidélité ôc diligence (233). «

On remarquera qu'il n'est pas question des ouvrages de fortification, à la direction desquels le roi devait pourvoir, sauf à choisir la même personne.

(233) BB 52, folio 5} verso; lo octobre 1 5 3 1 .

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