‹ Jehanne la Pucelle, 1429-31Chapitre 4 sur 12 · LE SIÈGE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LE SIÈGE D'ORLÉANS

qu'il n'y eut de sauvés que quelques Anglais qui , ayant trouvé dans la sacristie des costumes de prêtres , essayaient de fuir sous ce déguisement ; encore la fureur des Français était telle, qu'ils allaient les mettre à mort sans pitié , lorsque Jehanne, en l'honneur de l'habit dont ils étaient couverts, ordonna qu'il leur fut fait grâce. Ils furent donc reçus à rançon et ramenés à la ville comme prisonniers de guerre, J^QudLnt à la bastille , afin qu'elle ne pût servir davantage de rempart aux Anglais, elle fut brûlée et démolie après qu'on en eut tiré les vivres et les munitions qu'elle renfermait.

La Pucelle rentra à Orléans avec les autres chefs, mais personne ne pouvait se dissimuler qu'à elle appartenait la gloire de toute la journée : elle avait été miraculeusement avertie par ses voix ; elle avait trouvé le chemin de la bastille Saint-Loup , qu'elle ne connaissait point, sans que personne le lui indiquât, et une fois arrivée là elle avait, par sa seule présence , et sans faire autre chose que marcher la première en écartant les ennemis du bois de sa lance ou avec la petite hache d'armes qu'elle tenait à la main , changé la déroute en victoire : aussi , à son entrée , toutes les cloches sonnèrent , comme si des mains invisibles les balançaient dans l'air, et les Anglais, de leur camp, purent entendre ce bruit insultant , qui célébrait le premier triomphe de celle qu'ils avaient traitée de gardeuse de vaches et de sorcière.

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Jehanne en rentrant le soir avait demandé qu'on ne laissât point de relâche aux Anglais, et que, profitant du trouble où ils étaient, on les attaquât encore le lendemain. Mais les chefs de guerre firent observer à Jehanne que le lendemain était jour de grande fête et que, pour la gloire de Notre-Seigneur, il était bon de passer ce jour en prière ; Jehanne se rendit à grand' peine, disant que la meilleure façon de prier Dieu c'était de lui obéir, et que Dieu lui ordonnait de combattre ce jour-là ; mais comme elle vit que l'avis universel était contraire au sien , elle décida qu'elle profiterait de ce jour de repos pour sommer une fois encore les Anglais de se rendre. En conséquence elle se rendit sur le bout du pont qui était rompu aux trois quarts à peu près , et en face duquel était une forte bastille commandée par Gladesdale , et là , ayant fait attacher une troisième copie de sa lettre au bout d'une flèche, elle ordonna à un archer de la lancer dans les retranchements ennemis ; l'archer lança la flèche au milieu des Anglais en même temps que Jehanne leur cria : Lisez î Mais au lieu de lire ils prirent la lettre et la déchirèrent. Alors Jehanne s'écria : Au nom de Dieu, je vous dis que vous avez tort, car le plaisir de Notre- Seigneur est que vous leviez le siège et que vous vous en alliez ! Mais, comme la première fois, les Anglais ne répondirent que par des injures , et ces injures étaient si grossières et si off"ensantes, qu'en les entendant Jehanne ne put s'empêcher de pleurer,

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