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dez rien ; car c'est le bon plaisir et la volonté de Dieu qu'on leur permette de s'en aller, s'ils veulent partir. S'ils vous attaquent, défendez - vous hardiment ; car, dans ce cas, vous serez les maîtres. »
Alors elle envoya chercher des gens d'Église, avec leurs habits sacerdotaux; et tandis qu'ils chantaient des hymnes et des oraisons accompagnées en chœur par le peuple, elle fit apporter une table et un marbre bénit. Aussitôt , à l'aide de ces deux objets , on improvisa un autel, où les prêtres dirent deux messes que Jehanne écouta dévotement et à genoux. A la fin de la seconde , elle demanda si les Anglais avaient le dos ou le visage tourné vers la ville.
— Ils. ont le dos tourné , et ils font retraite , répondit-on à Jehanne.
— En ce cas, laissez-les aller, dit Jehanne ; car il ne plaît pas à Messire qu'on les combatte aujourd'hui. Une autre fois, Dieu vous les rendra.
Quel que fut le désir des chefs de poursuivre l'ennemi, il y avait une telle inspiration dans la voix de Jehanne , que cette voix les arrêta , et qu'ainsi qu'elle le désirait, ils laissèrent les Anglais se retirer tranquillement ; seulement les soldats et les communes gens sortirent de la ville, et s'en allèrent piller les deux bastilles qui restaient encore debout ; puis on les rasa après en avoir retiré les canons et les bombardes, que l'on ramena à Orléans.
Une partie de la population et la garnison tout entière étaient sur les remparts , du haut desquels
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ils regardaient s'éloigner les Anglais. Au moment où la cloche sonna midi , on les perdit de vue : le siège d'Orléans était levé.
Neuf jours avaient suffi à la Pucelle pour accomplir la première promesse qu'elle avait faite au nom de Dieu.
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Une fois le siège levé, Jehanne n'avait plus rien à faire à Orléans ; aussi quitta-t-elle la ville qu'elle venait de sauver si miraculeusement le 15 mai suivant. Le bâtard d'Orléans et presque tous les chefs de guerre l'accompagnaient; car en la voyant si brave pendant la bataille, si modeste après, si pieuse toujours, ils avaient cessé de la jalouser, et c'était à qui lui rendrait justice. Ils chevauchèrent ainsi jusqu'à Tours , où était le roi , lequel fit grande fêle à
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tous , mais particulièrement à la Pucelle, et c'était justice, car elle avait fait tout ce qu'elle avait promis ; et ce qu'elle avait promis , il n'y avait pas un chef dans toute l'armée, si grand et si hardi qu'il fût, qui eût osé seulement concevoir l'espérance de l'accomplir.
Alors de grands conseils furent tenus pour savoir ce qu'il y avait à faire. Jehanne insistait fortement pour conduire à l'instant même le roi à Reims , disant qu'à partir de l'heure où il serait sacré , la puissance des Anglais dans le royaume irait toujours en diminuant; mais il fut décidé que l'on commencerait d'abord par nettoyer la Loire, en prenant les quelques villes que les Anglais possédaient encore sur cette rivière. En conséquence , on convoqua une grande assemblée de nobles, que le roi mit sous la conduite du duc d'Alençon, en lui recommandant cependant de prendre le conseil de la Pucelle en toutes choses ; puis on marcha sur Jargau , la plus forte de ces villes. La duchesse , comme la première fois, était fort désolée de voir partir son mari; mais, comme la première fois, Jehanne lui jura qu'elle le lui ramènerait sain et sauf. Comme en effet pareille promesse s'était déjà accomplie, la duchesse reprit bon courage, et embrassa Jehanne en recommandant le duc à ses prières.
On arriva le 20 juin devant Jargau , et le lendemain, qui était le jour de la Saint-Barnabe, on com menca le siése. Les Français avaient dans leur armée
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fe duc d'Alençon , qui en avait le commandement en chef, Jehanne, le bâtard d'Orléans , le sire de Boussac, le sire de Gravelle, le sire de Culant, messires AmbroiseDeboré et Etienne deVignoles. Quant à la ville, elle était défendue par le comte de Suffolk en personne, et Alexandre et Jehan de la Poole, ses frères. On devait donc s'attendre que si elle était bien attaquée , elle serait bien défendue.
Dès le jour de l'arrivée, on commença à tirer contre les murailles. Toute la journée du lendemain, qui était un samedi, on continua si bien que le dimanche au matin, la brèche fut praticable, et que l'on ordonna l'assaut. En effet, il n'y avait pas de temps à perdre, car les Anglais attendaient de Paris un renfort considérable , lequel devait être amené par le fameux sir Falstaff , qui avait si cruellement battu les Français à la fameuse journée des Harengs.
La veille de ce jour, Jehanne avait donné une nouvelle preuve de l'esprit de divination qui l'animait. Comme le duc d'Alençon s'était avancé avec le sire de Lude pour diriger le feu d'une batterie dont les pierres passaient par-dessus le rempart, Jehanne lui cria tout à coup de se retirer en arrière, et, comme il ne l'écoutait pas, elle courut à lui, le prit par le bras, et le fit reculer de deux toises environ. Au même instant, une bombarde anglaise fit feu, et le sire de Lude, qui avait repris juste la place que venait de quitter le duc, eut la tête emportée. Le
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duc d'Alençon aimait déjà fort Jehaiine , en laquelle il avait, dès le commencement, eu confiance entière, mais à partir de ce moment, son amitié s'augmenta encore d'une reconnaissance suprême, car il n'y avait aucun doute à faire qu'elle venait de lui sauver la vie. Au reste , comme cet événement s'était passé aux yeux de toute l'armée , chacun cria au miracle , et s'en prépara à combattre plus hardiment.
Au moment où l'assaut allait commencer, le comte de Suffolk demanda à parlementer. Les Anglais n'étaient plus ces mêmes hommes qui, deux mois M auparavant, attaquaient les Français partout où ils < les rencontraient, fussions-nous trois contre un : maintenant , au contraire , ni leur nombre ni leurs murailles ne les rassuraient, et ils évitaient autant que possible le combat.
Plusieurs étaient d'avis de ne pas même écouter le parlementaire et de continuer l'assaut; mais Jehanne et le duc déclarèrent qu'il devait être entendu. Le parlementaire s'avança donc entre les deux armées, et demanda, au nom du comte de Suffolk à traiter , promettant de rendre la ville dans quinze jours s'il n'était pas secouru. Il fut répondu par le duc que tout ce qu'il pouvait accorder à la garnison , c'était la vie sauve , les nobles ayant de plus la permission d'emmener leurs chevaux ; mais le m parlementaire dit qu'il ne pouvait accepter une pa- ' reille proposition.
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— Alors nous vous prendrons d'assaut, répondit la Pucelle.
Le parlementaire se retira.
— En avant, gentil duc! cria alors Jehanne; à Tassant !...
— Mais , dit le duc , croyez-vous la brèche assez praticable, Jehanne? et ne vous semble-t-il point que nous devrions attendre encore ?
— N'ayez aucun doute, reprit Jehanne, et marchez hardiment ; l'heure est prête, quand il plaît à Dieu. Or , Dieu veut que nous allions en avant , et se tient prêt à nous aider.
— Cependant... dit le duc hésitant encore.
— Ah ! interrompit Jehanne, as-tu donc peur, gentil duc, et oublies-tu que j'ai promis à ta femme de le ramener?
— Allons donc, dit le duc, puisque vous le voulez absolument , Jehanne, qu'il soit fait selon votre plaisir. Puis, élevant la voix : A l'assaut ! cria-t-il; à l'assaut !
Chacun alors courut aux murailles avec une admirable ardeur. Comme l'avait pensé le duc, la brèche était trop haute encore , et il fallait se servir d'échelles pour y atteindre ; mais ce n'était chose facile : car il y avait à l'endroit le plus abordable et par conséquent le plus attaqué, un grand et fort Anglais armé de toutes pièces , lequel faisait merveille, tantôt avec une massue, tantôt avec de gros quartiers de rocher qu'il lançait avec la même force
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qu'aurait pu le faire une machine de guerre. Alors le duc d'Alençon, voyant le ravage que ce géant faisait parmi nous, alla à un maître canonnier qui passait pour un très-habile pointeur, et, lui montrant l'Anglais, lui demanda s'il ne pouvait pas le débarrasser de cet incommode ennemi. Le canonnier, qui se nommait maître Jehan, et qui en effet était digne de sa réputation, chargea aussitôt sa coulévrine, et la dirigeant contre l'Anglais, qui justement se découvrait fort en ce moment, l'atteignit au milieu de la poitrine si rudement , que du coup il fut rejeté de quatre ou cinq pas en arrière, et, du haut de la brèche où il était, s'en alla tomber mort dans la ville. Aussitôt, profitant du désordre que ce beau coup avait jeté parmi les Anglais, Jehanne descenr dit dans le fossé son étendard en main, et dressant une échelle au lieu même où les Anglais faisaient la plus âpre défense, elle mit le pied sur le premier échelon, appelant et encourageant ses compagnons. En ce moment, elle fut reconnue parles Anglais, et l'un d'entre eux, prenant une grosse pierre qu'il avait peine à soulever, la lui lança sur la tête avec une telle force, que la pierre se brisa en mille morceaux sur son casque, et que Jehanne, étourdie du coup, fut contrainte de s'asseoir. Mais presque aussitôt elle se releva, et avec uue énergie et une foi plus grandes encore qu'auparavant :
— Montez hardiment, montez! dit-elle; et enr Irez dedans ; vous n'y trouverez plujs de résistance i
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car leur heure sonne et Messire les a condamnés î A ces mots, donnant l'exemple, elle monta la première, et en effet les Français eurent à peine fait un dernier effort, que tout céda devant eux, et que les Anglais commencèrent à fuir. Les assiégeants les poursuivirent l'épée dans les reins, et le comte de Suffolk , qui venait de voir périr son frère , Alexandre de Poole, fuyait comme les autres, lorsque , se voyant serré de trop près par un gentilhomme nommé Guillaume Renault, qui tout en le poursuivant lui criait de se rendre, il se retourna :
— Es-tu gentilhomme? demanda le comte à son ennemi.
— Je le suis, répondit celui-ci.
— Es-tu chevalier? demanda encore le comte.
— Non, mais je suis digne de l'être, puisque le comte de Suffolk a fui devant moi , reprit Guillaume.
— Eh bien ! sur mon âme, dit le comte , tu le seras, et de ma main encore... A genoux !
Guillaume Renault obéit et s'agenouilla devant le comte ; celui-ci lui donna alors sur l'épaule trois coups du plat de son épée , en lui disant : Au nom de Dieu et de saint George, je te fais chevalier. Puis aussitôt il lui rendit cette même épée avec laquelle il venait de lui donner l'accolade.
Cette bonne nouvelle futaussitôt transmise au roi Charles, tandis que l'armée française, après avoir laissé garnison à Jargau, se retirait à Orléans, où
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elle comptait se reposer et se rafraîchir. Le roi tout joyeux d'une si riche prise, après en avoir grandement remercié Dieu par des messes et des processions, fit une nouvelle convocation de nobles et de gens d'armes, et comme à cette heure que la fortune revenait à lui, il lui arrivait des renforts de tous côtés, il les envoya tous tant qu'il en vint à Orléans, où, comme nous l'avons dit, se tenaient le duc d'Alençon et la Pucelle ; les principaux parmi les nouveaux arrivants étaient le seigneur de Retz, le seigneur de Chavigny, le sire de Loheac, son frère Guy de Laval et le seigneur de Latour d'Auvergne.
A peine le duc d'Alençon se vit-il renforcé ainsi, qu'il résolut de continuer cette période de succès ouverte par la prise de Jargau. Il marcha vers Meungsur-Loire, où commandait lord Scales ; mais celui-ci, ne se jugeant pas assez fort pour résister, abandonna la ville et se retira dans la citadelle. Les Français continuèrent alors leur marche sur Beaugency, où commandait lord Talbot; mais, de même que lord Scales, celui-ci n'osant point défendre la ville, laissa une petite garnison dans la forteresse, et s'en alla joindre la compagnie de gens de guerre qu'amenait de Paris sir Falstaff, et qui arrivait trop tard pour secourir Jargau.
Le duc d'Alençon était donc devant Beaugency, lorsque la nouvelle lui arriva que le comte Arthur de Richemont., connétable de France, et que l'in-