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fluence du sire de la Trémoïlle éloignait du roi , venait le rejoindre avec une armée. En effet, le connétable, qui était jeune et brave, et de plus Français de cœur, s'était ennuyé du repos où le tenait une intrigue de cour tandis que s'accomplissaient de si grandes choses ; il était, en conséquence, parti de Parthenay avec grand nombre de gentilshommes des premières familles de Bretagne, et il venait, comme on l'avait dit au duc d'Alençon, mettre son épée fleurdelisée au service du roi, et, si besoin était, servir Charles VII malgré lui-même.
La situation du duc d'Alençon se trouvait des plus embarrassantes : il avait l'ordre positif du roi de ne pas accepter les secours du connétable, et le connétable, déjà arrivé à Amboise, envoyait les sires de Rostrenen et de Carmoisen pour retenir des logis pour lui et ses gens dans la môme ville où se trouvait le duc. Placé entre ces deux extrémités, de désobéir au roi ou de se faire un ennemi du connétable qu'il estimait, le duc d'Alençon était sur le point de se retirer. Quant à Jehanne, comme elle ignorait parfaitement ce que c'était que le comte de Richeniont, et qu'elle le prenait, au trouble qu'il causait dans l'armée française, pour un ennemi, elle proposa tout d'abord de marcher contre lui et de le défaire. Mais cette proposition souleva une grande clameur contre elle, et beaucoup de chevaliers et même la Hire, qui était de ses meilleurs amis, dirent tout haut que si l'on marchait contre Arthur
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de Richement il ne fallait pas compter sur eux, attendu qu'ils préféraient de beaucoup le connétable à toutes les pucelles du royaume.
Sur ces entrefaites, on apprit que lord Talbot ap^prochait avec sir Jean Falstaff. Alors , la Pucelle, qui s'était fait instruire de ce qu'était le connétable, dit la première que, bien loin de se diviser et de se battre, il fallait se soutenir et s'entr'aider les uns lesautres ; en conséquence, elle déclara qu'elle prenait tout sur elle vis-à-vis du roi ; et le duc d'Alençon, qui ne demandait pas mieux que de se réunir au connétable pourvu qu'un autre prît la responsabilité de cette réunion , convoqua les premiers chefs de son armée pour marcher avec eux au-devant de lui. En rencontrant l'armée bretonne, les chevaliers français mirent pied à terre; et la Pucelle, s'avançant la première et en avant de tous, s'inclina pour embrasser les genoux du connétable ; mais le connétable la relevant aussitôt : « Jehanne, lui dit-il, on m'a assuré que vous me vouliez combattre : je ne sais si vous venez de la part de Dieu ou non. Si vous êtes de Dieu, je ne vous crains en rien, car Dieu sait mon bon vouloir : si vous êtes du diable, je vous crains encore moins. »
Après Jehanne vint le duc d'Alençon; les deux princes se serrèrent franchement et loyalement la main; puis Français et Bretons se mêlèrent, et chacun commença à parler des choses merveilleuses qui venaient de s'accomplir; tous y puisèrent un
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nouveau courage pour la rencontre qui ne pouvait manquer d'avoir lieu prochainement.
Le premier effet de cette réunion fut de causer un tel effroi à la garnison de la forteresse de Beaugency que le sire de Gueten, qui la commandait, demanda à traiter. Le lendemain une capitulation fut signée, par laquelle chaque Anglais enfermé dans la forteresse en pouvait sortir gardant son cheval, son armure et la valeur d'un marc d'argent.
Pendant ce temps, lord Talbot, lord Scales et Jean Falstaff s'étaient réunis et marchaient sur nous avec l'intention évidente de nous proposer la bataille en rase campagne : c'était donc un grand bonheur que ce bon accord qui régnait entre les Bretons et les Français; Jehanne s'en réjouissait plus que personne :u Ah! beau connétable, disait-elle, vous n'êtes pas venu de par moi. mais vous n'en êtes pas moins le très-bien venu. »
Les encouragements de la Pucelle ne se bornaient point là ; elle réconfortait jusqu'au dernier soldat qu'elle rencontrait, disant : u Les Anglais viennent, il faut combattre sans hésiter, car, fussent-ils pendus aux nues, nous les atteindrons ; Dieu nous a envoyés pour les punir. )> Et ainsi elle allait encourageant tout le monde, si bien que chacun, oubliant les journées de Yrevent, de Verneuil et de Rouvray, pour ne se souvenir que de celles d'Orléans et de Jargau, demandait à marcher à l'ennemi.
Le duc d'Alençon et le connétable résolurent de
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profiter de ces bonnes dispositions, et ordonnèrent à l'armée de se préparer, non pas à attendre les Anglais et à se défendre, mais à marcher au-devant d'eux et à les attaquer. On forma une avant-garde choisie parmi les meilleurs hommes d'armes et commandée par Ambroise de Loré, le sire de Beaumanoir, James de Tillet, la Hire et Xaintrailles. La Pucelle demandait à toute force d'en être, car c'était son habitude, disait-elle, de marcher au premier rang; mais on exigea d'elle qu'elle demeurât au corps de bataille avec le connétable, le duc d'Alençon, le comte de Dunois, l'amiral de Culant, le maréchal de Broussac et les seigneurs de Laval, d'Albret et de Gaucourt.
On se mit en route. L'ordre était donné à cette avant-garde d'attaquer les Anglais aussitôt qu'elle les rencontrerait, afin de ne leur point laisser le temps de se ranger en bataille, notre grand désavantage avec eux ayant toujours tenu à leur habileté pour disposer leurs armées. On marchait donc ainsi droit devant soi, dans les belles plaines de la Beauce, où l'on savait rencontrer les Anglais, lorsqu'en arrivant près de Patay, à un endroit nommé les Coignées, d'où la vue ne pouvait s'étendre bien loin, à cause des petits bois qui la masquaient, l'avanl-garde fit lever un cerf. La Hire et les chevaliers qui étaient près de lui suivirent quelque temps des yeux l'animal, avec l'attention d'hommes qui, après la guerre, ne connaissaient pas de plus noble besogne que la
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chasse, lorsque, quelques minutes après que le cerf eut disparu dans la lisière d'un bois, on entendit de grands cris et on le vit reparaître épouvanté : il avait été donner en plein dans l'armée anglaise, et ces cris qu'on entendait, c'étaient ceux de l'ennemi. La Hire rangea aussitôt son avantgarde en bon ordre, et fit dire au duc d'Alençon , qu'il venait de rencontrer les Anglais , demandant si , comme la chose avait été convenue d'abord , il lui fallait attaquer. Le duc d'Alençon était près de Jehanne lorsque le messager vint lui apporter cette nouvelle. Se retournant alors vers elle :
— Jehanne, lui dit-il, voici les Anglais en bataille ; combattrons-nous?
— Avez-vous vos éperons, gentil duc? demanda à son tour Jehanne en souriant.
— Pourquoi cela, nos éperons, Jehanne? Pensezvous à nous retirer et nous faudra-t-il fuir?
— Non point, dit Jehanne, au contraire ; car ce sont eux qui s'enfuiront et non pas nous ; ce sont eux qui seront déconfits, et le gentil dauphin aura aujourd'hui la plus grande victoire qu'il ait jamais eue , car mon conseil m'a dit qu'ils étaient à nous ; c'est pour cela que je vous demandais si vous aviez vos éperons, car vous en aurez grand besoin pour les poursuivre.
— C'est bien, c'est bien, Jehanne, répondit le duc ; nous pouvons donc aller en avant?
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— Allons-y au nom de Dieu, dit J^ehanne, car )e vous réponds d'avance qu'ils sont à nous.
Et le messager reporta aussitôt à la Hire l'orcke d'attaquer.
La Hire ne se le fit pas dire deux fois : il fondit sur les Anglais si précipitamment, que ceux-ci ne sachant pas les Français si près d'eux, et n'étant nullement préparés à cette attaque, n'eurent point le temps d'ordonner leur bataille : d'ailleurs , la discorde était dans leurs rangs : les uns voulaient accepter, les autres voulaient refuser le combat ; lord Talbot était du premier avis, et sir Jehan FalstafF était du second : mais déjà il était trop tard pour battre en retraite, et force leur fut, bon gré malgré, de faire face aux Français. Alors une autre discussion s'établit : les uns voulaient combattre à l'endroit même où ils se trouvaient, prétendant être suffisamment défendus par une forte haie qui s'étendait sur leur droite, les autres voulaient prendre une meilleure position, afin de s'appuyer, d'une part sur l'abbaye de Patay, et de l'autre sur un bois : comme ceux qui soutenaient ce dernier conseil étaient les plus nombreux, ils l'emportèrent. Alors chacun se mit à courir pour gagner l'endroit proposé; mais pendant ce temps l'avant-garde française avait gagné du terrain, nos chevaliers, voyant courir les Anglais crurent qu'ils prenaient la fuite sans les attendre ; leur courage s'en augmenta encore, et ils pressèrent tellement leurs chevaux qu'ils