LV I
simulacre d’or, érigé plus tard par Gédéon dans sa ville d’Hophra sous le nom d' Ephod (*), indique à son tour qu’ils l’avaient aussi ramené «à l’âne Set ou Sutekk de Tanis-Avaris.
La Bible n’explique pas la forme de cette idole, mais le nom d \Ephod qu’elle lui donne , sa comparaison avecl'oracle appelé Ïialh-Qol, fille delà voix, dont parlent les Talmudistes, et d’autres indices encore, recueillis par l’exégèse indépendante, portent à faire croire que c’était une tête d’onagre (1 2), disposée de manière à rendre des oracles et, sinon tout-à-fait semblable, au moins très-analogue à la fameuse tête d’àne en or massif et de très-grand prix qu’Antiochus Epipbane et Pompée après lui
(1) Juges, VIII, 27.
(2) Le qualificatif hébreu ’Aphr, d’où a été formé ’Aphr’a, nom de la ville de Gédéon, est équivoque; car il désigne le petit de tout quadrupède champêtre ou sauvage, un veau, un faon, etc. lien est de même du qualificatif 'Agi, latin vitulus; en sorte que l”AgZ zhb d’Aaron et VAphud zhb de Gédéon (pour ’Aphr zhb) auxquels on donne généralement l’acception de venu d’or, pourraient bien a voir signifié pour certains orientaux ànon d’or, comme l’ont soutenu deux érudits allemands, Théod. Hasœus au dernier siècle, et G.-l'r. Damner dans le nôtre. Le mot égyptien Iles ou Hm, { ■' néralement interprété veau, peut offrir la même équivoque s ivant M. E. de Rougé. On peut en dire autant du nom là (an r) que, par confusion avec Ioh (bœuf ou vaehe), les Egyptiens et les Grecs après eux, appliquèrent les uns à la vache Isis, et les autres à la vache Iô. Ajoutez la remarque, je n’ose dire la méprise de Philon portant qu’en Egypte les Hébreux avaient adoré le taureau Typhon : au lieu de soit l’àne Typhon, soit le taureau Osïris. — Dans la stélo dite de l’an 400 dont je parlerai plus loin, le dieu de Tanis est représenté sons une forme entièrement humaine avec la tête couverte d’une mitre décorée de deux peiites cornes qui se terminent par des mains, et le commandant de la citadelle de Tsar lui dit: « Salut à toi, o Sutekh, fils de Nut, toi qui es vaillant dans la barque des siècles, toi qui renverses l’ennemi à la proue de la barque du soleil ! Grands sont tes mugisse-
LVl I
auraient trouvée, disait-on, lors de la prise de Jérusalem, l’un dans le sacré trésor du temple (0, l’autre dans le sanctuaire même de cet édifice religieux (2).
Tout le monde sait comment les Grecs et les Romains expliquaient ces prétendues têtes d’âne du temple de Jérusalem. Ils racontaient qu’après leur sortie d’Egypte, les Hébreux, égarés et mourant de soif dans le désert, auraient été sauvés par un onagre qui, marchant devant eux, leur aurait fait découvrir des sources d’eaux vives et les aurait dirigés dans leur route vers la terre promise. En reconnaissance de quoi Moïse aurait consacré l’image ou les images de cet animal dans son tabernacle (3). Salomon l’aurait imité, puis Zorobabel, l’un en transportant l’arche d’alliance dans son temple, l'autre en remplaçant cette arche dans le sien par une ou par deux têtes d’âne, employées, disait-on, comme sous les juges et sous les rois, à titre d’appareil divinatoire.
Divers passages du Pentateuque, assez mal entendus ou appliqués, avaient fourni matière à ces
ments...». (Revue archéologique, nouv. série, IX, p. 131 et XI, p. 170). Ces cornes et ces mugissements rappellent plutôt le buffle sauvage que l’onagre.
(1) Josèphe a cité et réfuté dans sa Réponse à Appion, II, ch. 4, les colporteurs grecs de celte fausse nouvelle.
(2) Cette seconde trouvaille, plus généralement alléguée que la première et plus répandue chez les Romains, a été contestée même par des païens.
(3) Voy. entre autres Tacite, Histor., V, 4. — Diodore, XIV, I. — Plutarque, Sijtnp. IV, 5. — Notez sur Tacite que l’édition do Groriove porte Asini effigies (et non effgiem ) sacravere, d’où. Théod. Hasœus, a conclu qu’il s’agissait des Krubim de l’arche. Voir sa dissertation de Onolatrià Judæorum dans les Commentationes de la Société royale de Gœttingue, année 1831.