‹ Jehovah et AgniChapitre 9 sur 22 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

livré bataille aux étrangers et aux rebelles, les avait vaincus et poursuivis jusque sur les frontières de Syrie (0.

Nos modernes égyptologues et M. le vicomte de Rougé à leur tête, placent l'Exode sous le règne de Menephtah. surnommé Séti 11, 4° roi de la XIXe dynastie, fils de Ramsès II Miamun, le Sésostris des Grecs, petit-fils de Séti I et arrière-petit-fils de Ramsès I, chef de cette dynastie. Je ne mentionne ici ce grand événement que pour ordre et mémoire, sans prétendre ni en fixer la date précise, ni mettre en accord les deux récits biblique et manélhonien, et je passe de suite à une autre légende égyptiaque qu’on lit dans le Traité d' I sis et d'Osiris.

Celle-ci était relative, non plus aux démêlés de Moïse avec Pharaon, mais à ceux de Seth-Typhon avec Horus, son neveu. Elle représentait le premier dieu combattant le second sans succès, vaincu par lui, fuyant sur un àne roux à travers les marais du lac Serbonis 'aujourd'hui lac Menzalez), et poussant sa retraite jusqu’en Palestine où il aurait engendré Jliérosvlymus et Judœus , roux et pasteurs comme lui (2).

Le bon Plutarque s'étonnait qu'on eût mêlé les Juifs en cette affaire, mais c’est qu'il n'était pas au

(1) Manéthon dans Josèphe, ouv. et lieu cités. — Comparez Kxode XII, 38, pour le ramas de gens de toutes sortes qui suivirent les Israélites à leur départ de Ramsès.

2) Yoy. là-dessus Religions de l' Antiquité, I, p. 490-9.

courant de l'histoire écrite par Manéthon. H ignorait que la ville d’Avaris où Moïse se serait retranché avec ses troupes suivant les Égyptiens, s’appelait en leur langue ville de Set et en grec ïyphonopolis , ville de Typhon (0; que le dieu y avait un temple solide bâti par un roi Hyesos et restauré par Ramsès ü Miamun, père du Pharaon de l’Exode ; qu’enlin les Alexandrins accusaient Moïse d’avoir abandonné le culte d’Osirispour celui de Selh-Typhon, son frère.

Ajoutons que , sur les monuments pharaoniques, le terrible dieu Set ou Sut-ckh est ordinairement représenté par un génie à forme humaine, mais avec une tète équivoque soit d’onagre, soit d'aigle-griffon, soit d’antilope-orvx à cornes gigantesques (2), mais quelquefois aussi par l'homme seul ou par l’animal entier; qu’au temps des Lagides et même bien auparavant (3>, le peuple prenait la tête ou forme de quadrupède pour celle de l’àne en général et qu’en égyptien cet animal portait, entre autres noms, ceux d’/ô,

(1) àJ. le vicomte K. de Rougé a prouvé qu’Atam n’était autre que l’antique ville de Tanis, située sur un bras oriental du Nil du côté des lacs amers ; fait admis aujourd’hui par les autres égyptologues.

(2) M. le vicomte de Rougé ne la précise pas autrement dans son Examen du livre de Bunsen sur l’ancienne Egijpte.Voy. Annales de Philosophie chrétienne, 3e série, XIV, p. 362-4.

(3) On raconte que le roi de Perse Ochus, traité d’àne par les liiérogrammates au moment où il voulait reconquérir l’Egypte, leur fit répondre : Prenez garde que cet âne là n’avale votre boeuf, par allusion à Set-Typhon, alors réputé ennemi d’Osiris- Apis.

à'ia, par 0 ou À long sans II final. C’est, à ce qu’il parait , le premier de ces noms là que le papyrus hiératique du Musée de Leyde donne au redoutable dieu Set avec l’épithète de grand destructeur (*).

Ces préliminaires posés, voici en abrégé comment raisonnent ou peuvent raisonner les égyptianistes que j’ai maintenant en vue :

« Durant leur séjour sur le territoire de Gessen, les Israélites avaient pour voisins des peuples qui adoraient ou vénéraient des dieux à formes animales, soit entières, soit partielles. Tels étaient, d’une part, les habitants d’Héliopolis et ceux de Memphis qui avaient pour dieu tutélaire ou patronal, les uns le Taureau Mnevis-Horus, incarnation ou seconde vie de Ra ou P lira, le Soleil, les autres le Bœuf Apis- Osiris, incarnation ou seconde vie de P ht a h ou Ptnh, le feu (2). Tels étaient, d’autre part, les habitants de Tanis-Avaris, adorateurs de l’âne Set ou Sut-ekh fils de A7tt ou de Nul, l’abime céleste au féminin.

Les Israélites donc, peuple essentiellement imitateur et idolâtre (3), n’avaient pu manquer d’adopter ces noms et ces symboles. Le veau d’or du Sinaï. érigé par Aaron, en l’absence de son frère, prouve qu’ils avaient voulu ramener le Ihuh de Moïse soit au taureau d’Héliopolis, soit au bœuf de Memphis. Le

(1) Voy. la dissertation citée du dr Lepsius.

(2) Sur l’interprétation égyptienne de ces deux symboles divins, voyez un article de M. le vicomte Km. de Rongé dan le Journal Asiatique, 3e série, XI!, p. 123, en note.

(3) C’est le reproche que leur fait le livre de .Josué, XXIV i et I 4.

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