‹ Jehovah et AgniChapitre 13 sur 22 · IA · texte numérisé non relu

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effet, à l'époque du séjour des Hébreux en Egypte, le redoutable dieu Sri que les Pharaons conquérants honoraient de longue date comme dieu de la puissance. de la bravoure, de l'audace et de la victoire, comme Dieu des combats en un mot, devait souvent apparaître avec le caractère d'un génie destructeur aux yeux de leurs sujets timorés ou superstitieux, victimes des désastres causés par la guerre, par la famine, par la peste et par les autres fléaux naturels. Aussi est-ce sous ces divers aspects que l’Exode nous présente son dieu dans le récit des dix plaies d'Egypte, tout en faisant de Jéhovah le dieu tutélaire des Hébreux, l’ennemi et le triomphateur des dieux de la vallée Niliaque. Ces fléaux indiquaient aux Egyptiens, laboureurs, artisans ou soldats, que, dans la circonstance, lù-Set se tournait contre eux et faisait cause commune avec leurs voisins, pâtres étrangers et révoltés.

Ce point de vue suffit— i 1 à la critique pour justifier la confusion? Je ne le pense pas. Il me semble qu'il y a ici nécessité pour les égyptianistes auxquels je réponds en ce moment, de choisir entre les deux hvpothèses suivantes :

Ou prétendre avec certains égyptologues, d’ail— Ireurs très-instruits, que le culte du dieu Sel était inconnu en Egypte avant l'invasion des Rois-Pasteurs venant de l'Asie; que ce sont eux qui l’y ont introduit pour la première fois; qu'ils l'ont d'abord installé à Tanis-Avaris, leur premier et dernier camp

retranché, et qu après y avoir construit arl-hoc un temple grandiose, ils ont fait adopter leur dieu asiatique par les Egyptiens, devenus leurs sujets 0).

Ou bien admettre avec le plus grand nombre des docteurs en hiéroglyphes que ce culte existait déjà en Egypte depuis l'époque la plus reculée (2), en sorte que ces usurpateurs n’auraient fait que l’adopter à leur tour et se l’approprier, en considération de ce qu’il représentait à leurs yeux leur puissant et redoutable dieu BciaH-S),.

Or, dans l’une comme dans l’autre hypothèse, à quelque époque que l’on se reporte, fût-ce à celle de l’arrivée de Jacob en Egypte, et même à celle du voyage d’ Abraham à la cour du Pharaon qui régnait alors, il est moralement impossible que le prétendu emprunt imputé aux Hébreux de la terre de Gessen, voisine de Tanis et d’ Héliopolis, eut été fait aux véritables Egyptiens. En effet, de tout temps, ce peuple policé et dédaigneux avait les bergers en abomination 0). Les enfants d’Israël n’auraient pu s’adresser à cet égard qu’à leurs voisins de Tanis,

(1) Voir les Mélanges cgyptologiques de M. Chabas, 1864, p. 190.

(2) MM. Auguste Mariette et Emmanuel de Rougé se sont assurés, dans les tombeaux de Gizeh et de Sakharah, que le dieu Set était connu dans le Delta dès la IVe dynastie égyptienne. C’est désormais un fait acquis à la science.

(3) Voir à ce sujet le résumé fait par M. A. Maury des dernières découvertes sur l’ancienne Egypte, dans la Itevue des Deux-Mondes, cahier du 1er septembre 1867 p. 193.

(4) Voy. Genèse, XI. 111, 32 ; XI. VI, 3i. — Exode, VIII, 26.

étrangers comme eux, originaires des mêmes contrées, parlant des dialectes de la même langue et exerçant des professions semblables ou analogues, car il est aujourd’hui constaté que les anciens habitants de cette ville et du nome arabique étaient des Syro-Araméens dont on a retrouvé lesdescendantssur les bords du lacMenzalez (0, autrefois lac Serbonide, dans celte province de Chargych où l’on disait que Sel-Typhon , après sa défaite, avait fui devant la colère d’Horus , son vainqueur, comme Moïse et les siens auraient fui non loin delà devant celle de Pharaon, suivant les traditions égyptiaques. L’impossibilité morale que je viens de signaler, apparaît plus manifeste encore par les récits de l’Exode, du chap. 1er au chap. XV (2).

Voilà les considérations qui m’ont déterminé à ne point placer l’Egypte en tiers dans mes Eludes Iiiblico- Védiques. En ce point, comme en beaucoup d’autres, j'étais complètement d’accord, et je m’en félicitais, avec mon très-savant ami, M. Alfred Maury, qui,

(1) Voy. l’ Aperçu de l’Histoire d’Egypte depuis les temps les plus reculés, par M. A. Mariette-Dey, p. 27, Alexandrie, 1864.

(2) Necobstat le fameux emprunt des vases d’argent et d’or et des vêtements (sacerdotaux sans doute) efTectné la veille du départ des Israélites. Car, d’un côté, les prêteurs pouvaient n’être (jue des étrangers à demi-égpylianisés; de l’autre, s’ils étaient des égyptiens d’origine, le dernier fléau (la mort des premiersnés) avait dû les rendre accessibles et favorables à des gens qu’ils voulaient mettre dehors au plus vite dans la crainte du courroux d ’lô-Set auquel les emprunteurs allaient sacrifier dans le désert. Voy. Kxode, XII, 29-36.

(lès 1854, dans un premier aperçu succinct, mais substantiel de la religion des anciens habitants de la vallée du Nil, avait repoussé en quelques lignes l'origine égyptienne du Jéhovah des Juifs (G. Depuis cette époque, sans revenir sur celle question spéciale, et même sans parler du peuple d’Israël, l’éminent archéologue, dans une analyse toute récente des dernières découvertes sur l'ancienne Egypte s'est exprimé en termes qui prouvent qu'il n’a pas changé d’opinion. Avant ce second écrit, c’est-à-dire en 18f6, l’illustre successeur et continuateur de Champollion jeune, M. le vicomte Em. de Rongé, dans ses savantes Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties de Manéthon (3), était venu ajouter le poids de sa grande autorité en cette matière à l’ancien système que j’avais adopté sur l’origine asiatique des fondateurs de la monarchie égyptienne. Ils ont ainsi tous deux confirmé implicitement la conclusion que j’avais tirée des récits de la Genèse, à savoir que les Egyptiens, en passant d’Asie en Afrique, soit par l’Isthme de Suez, soit par le détroit de Bab-el-Mandeb, avaient transporté avec eux dans la vallée du Nil, en les altérant plus ou

(t) Voyez l’article Egypte, (Religion) de V Encyclopédie moderne, dirigée par M. Léon Renier, XIII, p. 573-4.

(2) Voyez Ren/e clef: Deux-Mondes, n° cité du 1 pr septembre 1867, p. 206-7.

(3) Voy. le t. XXV, seconde partie des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, publié en 1866.

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