‹ Jehovah et AgniChapitre 14 sur 22 · LXV · texte numérisé non relu

LXV

moins, le nom et le culte d'un dieu commun aux trois races de Japheth, de Sem et de Kliam.

Cette digression est déjà bien longue, et il semble ‘ que je devrais la clore en cet endroit. Cependant, comme quelques égyptologues doutent encore, soit de la parfaite identité du dieu Sutekh des Hycsos avec le dieu Set îles monuments pharaoniques antérieurs ou postérieurs à la domination de ces étrangers en Egypte, (M. Mariette), soit de l’authenticité de la lecture Sutekh (M. Chabas); comme, d'un autre côté, M. le vicomte de Rougé, qui admet l'une et l’autre, donne de ces deux noms une étymologie sémitique ou mieux syro-araméenne qui les rattache tous deux à Y El-Chaddaï des patriarches, en hébreu Al-Chdi , c’est à dire à un ancien nom biblique de Jéhovah, je ne crois pas pouvoir me dispenser de résumer sur ce sujet les nouveaux éclaircissements de notre célèbre professeur d’égyptologie au Collège de France.

En identifiant ci-dessus le Set des pharaons égyptiens au Sutekh des rois lit/csos et des princes fî hélas , leurs successeurs selon toute apparence, je n’ai fait que suivre l’opinion générale de nos modernes égyptologues, adoptée et confirmée par M. le vicomte Em. de Rougé. Or, d’un côté, il est reconnu aujourd'hui que les Hycsos expulsés par la XVIIIe dynastie et les Khètas contre lesquels la XIX* eut à lutter, étaient des Syro-\raméens. D’un autre côté, l’égyptien-copte n'offre pas de racine à laquelle on puisse

rapporter les deux qualificatifs Set et Sut-ekh. Enfin M. de Rougé prouve, par la comparaison des noms ethniques, que les Egyptiens primitifs étaient venus d'Asie en Afrique par les côtes de la Mer-Rouge; qu'ils avaient dû traverser des pays habités par les Syro-Araméens, et qu'ils avaient sans doute habités eux-mêmes dans l’origine à en juger par l'appareil grammatical de F égyptien comparé à celui de l’hébreu. C’en était assez pour autoriser notre grand égyptologue à recourir ici à l'idiorne hébraïque qui lui offrait deux radicaux curieux, savoir: Chud et Chdd. signifiant tous deux « être fort ou puissant, agir avec violence, dévaster, détruire». Ce savant rapproche donc Set, tant du pluriel Chdim (lisez Chêdim), les puissants, les seigneurs, employé dans ie Deutéronome (XXXïl, 27) pour désigner des démons ou des idoles, que du nom divin Chdi, (ponctué (' huddaï , grec et latin Saddaï),le Tout-Puissant . SI fait remarquer que les Egyptiens confondaient souvent le T) avec le T, le I. avec le H et le Ch avec le S, qu’ainsi ils pouvaient très-bien rendre Ched par Set, de même qu’ils rendaient Baal par Baar 0).

Quant à Sut-ekh, il va de soi que la première svllabe. Sut, répond au Syro-Araméen Chud, variante dialectique de Chdd, ce qui la justifie suffisamment. Mais la seconde, Ekh, reste inexpliquée Le caractère hiéroglyphique qui la représente et que l’on rend par kh, étant partout ailleurs employé comme

(I) Voir les Recherches citées, p. 232-:t, avec les notes.

Livin

signe phonétique (et non idéographique) et supposé mù par une voyelle vague, (a, e, o), cette syllable peut très-bien être lue Akh. Ne pourrait-on pas voir dans celle-ci un très-vieux substantif Akh, synonyme de l’hébreu Ach, feu? Un prophète juif, voisin de la captivité, se sert encore de ce mot Akh pour signifier brasier ou poêle ardent O, de sorte que Chud-Akh , chez les Hycsos, les Khetas et les habitants de Tanis, aurait signifié à la lettre ou le puissant feu ou le seigneur feu, car ces Asiatiques qualifiaient Sul-ckh roi du ciel et 1 iaal ou Seigneur par excellence, en même temps que grand destructeur. C’est ainsi que le Deutéronome qualifie Jéhovah de feu consumant C2), de dieu gui fait mourir et gui fait vivre P), et que le Psalmiste le nomme quelque part le roi des êpouvantements. Ces titres convenaient parfaitement à Sel ou Sulekli, dieu de la puissance et de la dévastation, suivant M . de Rougé.

A ce sujet, l'illustre égyptologue nous révèle une particularité importante qu’il est bon de relever, c’est que Set, qui fut appelé le mauvais génie, le principe du mal ou de la force brutale, l’ennemi d’Osiris et d’Horus, à partir d’une époque qui paraît dater de la fin de la XXIe ou de l’avénement de la XXIIe dynastie (U, n’avait point ces caractères dans les temps

(1) Jérémie XXXVI, 22-3. Voir là-dessus, Gesenius, p. 60 R.

(2) Ach-Aklh, Oeutér. IV, 24, et IX, 3.

(3) Deutér. XXXII, 33.

(4) l.e premier roi de celle-ci, nommé Çiçaq dans la Bible, fut contemporain de Salomon, de Roboam, roi de Juda, et de Jéroboam, roi d’Israël. Voyez Rois XI, 40, et XIV, 25-6.

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