XXXVI II
thon, cité par l’historien JosèpheC). Ils ajoutent que ce législateur s’est borné à en modifier la forme poulie faire accepter de ses compatriotes parlant hébreu.
Au nombre des arguments qu’ils font valoir à l’appui de leur système, il en est deux surtout qui leur paraissent péremptoires, comme étant puisés dans la Bible elle-même. Arrêtons-nous y un instant. Ce sont, d’un côté, l’application du Tétragramme Ihuh au veau d’or du Désert, dressé par Aaron au pied du Sinaï, trois mois après la sortie d’Egypte (2), et de l’autre, la déclaration expresse qu’Abraham, Isaac et Jacob n’avaient pas connu Dieu sous son nom de Jehovab, révélé seulement ù Moïse dans le buisson ardent du Mont-Sinaïi3).
Tous les commentateurs anciens et modernes de la Bible, sauf trois à ma connaissance (D, reconnaissent que le veau d’or du désert était imité soit du Bœuf Apis de Memphis , soit du Taureau Mnevis d’ Héliopolis (5), représentant l’un Osiris et l’autre
(1) Contre Appion, I,ch. 9 et 10. Peut-être, au lieu d'Osarsiph, Manéthon avait-il écrit Arsaphès, c’est-à-dire noms générateur selon l’interprétation de MM. Charles Lenormant, Ephrem Poitevin et Emm. de Rongé {voir Revue archéologique, lre série, IX, p. 272-3) ; car Héliopolis était la ville du soleil de jour ou vivant, et Memphis celle du soleil de nuit ou mort.
(2) Exode XXXII, 1-6.
(3) Comparez Exode 111, 14-5 et VI, 3.
(4) Ces dissidents sont Ewald, Movers et A. Réville qui prennent le veau d’or pour une imitation du taureau Molok des Ammonites, descendants de Lot, neveu d’Abraham.
(5) Outre Apis et Mnevis, les Egyptiens avaient le Taureau
Horus, c'est-à-dire le soleil dans ses divers rôles durant le jour ou pendant la nuit 0). Comme je trouve les dénominations de Veau et de Taureau appliquées dans le Rig-Yéda aux dieux Sûrya, Indra et Agni, et, dans toute l'Asie intermédiaire, aux grands dieux de la nature . je ne vois pas la nécessité de recourir ici à la zoolâtrie égyptienne. La Perse et la Chaldée avaient pu fournir des modèles aux peuples de la Syrie , de la Phénicie et du Canaan dès le siècle d' Abraham et même antérieurement.
A première vue, l'argument tiré de la comparaison des chap. III, vers. 14-15, et VI, vers. 3. de l'Exode, parait beaucoup plus embarrassant; car ces textes, pris à la lettre, seraient en contradiction flagrante avec plusieurs récits de la Genèse. Parmi les exégètes orthodoxes, les uns répondent que l'historien sacré de la vie des patriarches avait nommé Jéhovah par anticipation , et cett-e réponse est généralement acceptée aujourd’hui. Les autres, plus rigides, n'admettent pas que le rédacteur de la Genèse se soit permis de mettre dans la bouche de ses personnages humains
Bakis ou Paki$, a Hermonthis, et le taureau Onuphis ou Omphis dans une ville de ce nom probablement ; ce qui leur faisait quatre veaux sacrés, selon M. le vicomte Emmanuel de fiougé. (Voir Athéuéum de 1856, c° G, p. 46).
(t) Tout le monde sait qu’après la Scission des dix tribus, Jéroboam établit en V honneur et comme symboles de Jéhovah d.eux veaux d’or, l’un à Béthel et l’autre à Dan où ils sont restés debout jusqu’à la déportation des Schismatiques par les rois d’Assyrie.
un nom divin qui n'aurait pas été connu de leur temps. Mais, comme les versets cités de l’Exode, tels qu’ils les entendent, ne sont pas faciles à concilier avec les énonciations de la Genèse, ils se perdent ou se contredisent dans leurs explications et finissent par dire : Crux interpretumiï) . Il y a là pour eux une croix que je ne me condamne pas à porter, n’étant pas théologien. Je serais plus disposé à admettre partout le langage par anticipation, si la critique des textes ne me fournissait une autre réponse déjà entrevue, mais non suffisamment élucidée, par un rabbin juif et par un ministre protestant. Cette réponse consiste à traduire ainsi le malencontreux verset 3 du cliap. VI de l'Exode : « J’apparus à Abraham, à Isaac et à Jacob comme Al-ChJi, mais sous mon nom Ahuh (et non 7/iu/t) je ne leur ai pas été connu. » C’est ce que j'expliquerai plus tard en simple philologue, au moyen du remplacement de 1/ par IM aux trois formes Âhih des versets J 4 et 15 du chap. III auxquels se réfère évidemment le verset 3 du ch. VI, cause et objet de la difficulté.
Pour le moment, je me borne à rappeler mon axiome Ab Oriente Lux ! Je ne vois pas aussi clair du côté de l’Egypte que du côté de l’Inde ; et je ne suis pas le seul dans ce cas. La raison en est que le Panthéon égyptien n’a pas encore été mis dans tout son jour par nos égyptologues hiéro-
(1) I.e Père Souciet et Rosenmüiler, entre autres, lui ont consacré nombre de pages peu concluantes, à mon avis.