XI.VI
nous voyons son père Caban, au moment de se séparer de ses filles et de son gendre, traiter alliance avec ce dernier au nom de IhuhW. Plus haut, nous lisons qu’antérieuremenl Bathuel et Caban avaient accordé au messager d’ Abraham, pour son fils Isaac, la main de leur fille et sœur Rehecca au nom du même dieu Ihuh (2). Enfin, au temps d’Isaac, Abimelek, roi des Philistins de Guerar, Ahuzat, son ami, et Pikol, son général d’armée, viennent trouver ce patriarche à Beerchebâ et font alliance avec lui parce qu’ils ont remarqué qu'il est béni de //iu/t(3).
Ces Cananéens s'expriment ainsi parce que, dans leur pensée, Isaac jouissait de toute la faveur du Dieu chaldéen qui, au temps de Melkisédek, roi de Salem et prêtre du Très-Haut, avait fait triompher son père de quatre rois de l'Orient, envahisseurs de la Palestine W.
Il ressort en effet des récits de la Genèse relatifs aux aventures d’ Abraham , que c’est lui qui aurait transporté de la Chaldée en Canaan le nom et le culte de Jéhovah O), l'un déjà connu de Noé et de sa famille avant le Déluge et l’autre pratiqué par eux à leur sortie de l'arche (“). C’auteur sacré su p-
(1) Genèse, XXXt, if).
(2) Ibid. XXIV, 31, 50-1.
(3) Ibid, XXVI, 28-9.
(4) Voir Genèse, XIV, 1-24.
(5) Genèse, XV, 7, el Josué XXIV, 2.
(6) Genèse, VI, 8; VII, I, 3, 16 ; VIH, 20-2; IX, 26.
pose que le patriarche a suivi l'exemple de Noé des son départ de l’Ur des Chaldéens jusqu’à son arrivée en Palestine et fondé là le culte de Jéhovah, nommé encore El-Chaddaï, El-Eliôn et Elohim.
Je suis très-porté à croire, quant à moi,qu’Abraham trouva ce culte déjà établi en Canaan, mais dans une situation peu florissante en raison du polythéisme qui y dominait , chaque localité ayant son dieu de prédilection qu’elle mettait à la tête de la hiérarchie divine (*). Il l’y restaura donc, en ce sens qu’il y fit remettre en honneur et en relief la dénomination sémitico-aryenne Yuhuh altérée par les Cananéens, comme par les gens de sa suite euxmêmes, d’abord en Ihô avec //, puis en Iô sans cette aspirée, enfin en Iah ou la, car ces formes se retrouvent tant dans la ponctuation massorélhique des noms propres hébreux composés que dans la prononciation grecque de quelques autres mots ethniques de même nature, soit phéniciens, soit cypriotes ou crétois, soit cartharginois ou numides, que l’Antiquité nous a transmis (2).
Je m’en tiendrais là sur ce sujet, si les noms de
(1) Ce point sera examiné plus tard. L'n attendant, voyez Genèse XXVIII, 12-22. XXXV, 1-14, et Josué XXIV, 2-1 i et suiv.
(2) Les orientalistes Lindberg,Hamaker,Gesenius, Bunsen, duc de Luynes et autres ont cité quelques exemples de ces composés extra-bibliques. On en découvrira sans doute de nouveaux quand l’Académie des Inscriptions aura recueilli, classé et publié les monuments épigraphiques des nations phéniciennes dont elle a chargé une commission spéciale très-compétente.
Xt.Mll
Joseph et de Jokabed que j’ai relevés ci-dessus, joints à celui de Josuê et les récentes découvertes de l’égyptologie moderne ne fournissaient pas de nouvelles armes aux partisans de l'origine égyptienne du Tétragramme hébraïque.
Ici, en effet, certains égvptiauistes de nos jours, sans abandonner les conclusions principales de leurs devanciers, en ajoutent subsidiairement d’autres auxquelles ils paraissent tenir beaucoup. Ils prétendent que si les noms de Jokabed et de Joseph, signalés ci-dessus, n’ont pas été forgés ou modiliés après coup, comme ils le supposent à l’égard de celui de Josué (hébr. Ihuchua), qui n’était d’abord que Hosêe (hébr. Fhich’aO), tout ce qu’on pourrait en conclure, c’est qu’ Abraham aurait précédé Moïse dans l’emprunt fait en Egypte du divin Tétragramme, soit à Memphis, soit à Héliopolis, soit à Tanis, villes voisines de Gessen et célèbres par le culte qu’on y rendait à des dieux ignés ou luni-solaires icprésentés par des génies à corps ou à tête les uns de veau ou de bœuf, et l’autre ou les autres d’âne ou d’onagre.
Comme ces quadrupèdes symboliques sont désignés en égyptien-copte, savoir : les premiers par les substantifs Ioh ou /a/i, //mon lha, etc., relevés ci-dessus, et le dernier ou les derniers par ceux d’£ïd et Eia, souvent abrégés en Iù, la, c’est à ces dernières formes ou qualifications que les égvptia nistes dont je parle
(I) N'omb. Xifl, 0, 17.