‹ Jehovah et AgniChapitre 8 sur 22 · XL1X · texte numérisé non relu

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s’attachent plus particulièrement , par la raison qu’elles s’appliquent au terrible dieu Set, Sot , Sut ou Svtekh des monuments pharaoniques, c’est-à-dire à ce personnage divin que les Grecs avaient confondu avec leur mauvais génie Typhon ou Typhoé. C’est ce dieu qu’ils choisissent de préférence pour en faire le type de Jéhovah, en raison du rôle Typhonien , suivant eux, que le rédacteur de l’Exode fait jouer au dieu des Juifs dans son récit des dix plaies d’Egypte.

Ce point de vue plus spécial et plus déterminé de la prétendue origine égyptienne du Tétragramme hébraïque n’est pas nouveau. Il est tellement ancien qu’on peut le (aire remonter jusqu’à Manéthon et, (jui plus est, soupçonner le moine portugais Oléaster d’en avoir eu connaissance lorsqu’il donnait au nom Jéhovah le sens de destructeur. Mais aujourd’hui les rapprochements se présentent sous un aspect, avec des couleurs ou des nuances qu’ils n’offraient pas assez clairement d’abord et qui les rendent plus spécieux. Sous ce rapport, ils méritent d’être examinés de près. C’est ce que je vais essayer de faire au § suivant, au risque d’anticiper un peu sur certaines discussions mythologiques que j’aurai à reprendre et à compléter plus tard.

Tout le monde sait que, sous les Ptolémées, les Séleucides et les Romains, on reprochait généralement aux Juifs d’adorer un dieu à tète d’âne: imputation triviale qui a même rejailli sur les premiers Chrétiens, à telle enseigne que, par dérision, on représenta le Christ sous cet aspect jusque sur son calvaire 0).

Les érudits des derniers siècles, et Bochart entre autres (1 2), n'ont pas hésité à signaler l'Egypte comme point de départ de ces calomnies. Selon eux, elles proviendraient d'un quiproquo, bientôt transformé en calembourg. Nos modernes égyptologues semblent accepter celte conjecture (3). Mais certains égyptianistes y voient quelque chose de plus. Ils s’en prévalent en les prenant dans deux sens également favorables à leur système d’emprunt du Tétragramme aux mythes égyptiaques ; car, pour prévenir les objections, ils ne refusent pas de remonter, au moins par hypothèse, à une époque anté-

(1) Voir à ce sujet dans les Annales de Philosophie chrétienne, XY, p. 101-18 (année 1837), la curieuse dissertation du P. Garucci, traduite de l’Italien par l’abbé André.

(2) Herozoîeon, chap. 18.

(3) Voyez une dissertation allemande du dr t.epsius, imprimée dans les Mémoires de V Académie de Berlin, vol. de 18.72, p. 1G3 et 210.

rieure, non seulement à Moïse et à Joseph , mais encore à Abraham.

Essayons d'exposer tout ceci le plus brièvement possible.

Sous le gouvernement des Gagides, il y avait à Alexandrie, devenue alors capitale de l’Egypte, deux écoles critiques, rivales l’une de l'autre, celle des philosophes grecs, plus ou moins partisans de la zoolàlrie symbolique des Hiérogrammates 0), et celle des rabbins hellénistes qui mettaient bien au-dessus la sage prudence de leur législateur ennemi des représentations figurées de la Divinité. Il va sans dire que ces grecs égyplianisants renvoyaient leurs antagonistes à l’histoire égyptienne qui représentait les anciens hébreux comme des esclaves lépreux et révoltés. En réponse, les docteurs juifs, dans le désir de relever l’antiquité de leur nation, s’avisèrent de confondre les hébreux de la terre de Gessen avec les Ihjcsos ou pasteurs qui les avaient précédés dans la \ allée du Nil, y avaient dominé en maîtres pendant une période ue 511 ans, et en avaient été expulsés par Ahmos ou Alirnès . chef de la XVIIIe dynastie indi-

(I) « L’usage des symboles tirés de la nature animée, qui a ’ laissé des traces si nombreuses dans l’écriture hiéroglyphique, avait conduit à donner pour emblème à chaque divinité l’animal qui rappelait ses énergies et ses vertus. On fut ainsi amené à vénérer ces animaux comme les images \ivantes des dieux. Mais cetle zoolàtrie purement symbolique dégénéra en une idolâtrie abjecte.» J’emprunte cette remarque à M. A.Maury. Voir Revue des Deux-Mondes du 1er septembre 18fi7. p. 107-8.

gène (*). Les Egypto-Grees jugèrenl l'assimilation inadmissible de tous points, en raison de la différence des temps, des lieux, des personnages et des événements (-). Ils opposaient les traditions égyptiennes rapportées par Manéthon et formellement contraires aux assertions judaïques dont Josèphe s’était fait l'écho.

Manéthon racontait, en effet, que Moïse, ex-prêtre d’Osiris , selon lui, avait été chassé d’Héliopolis avec d’autres à cause de la lèpre dont ils étaient infectés; que ces malheureux ayant obtenu de se retirer dans la ville d’Avaris, nommée autrefois ville de Typhon et ancienne résidence des rois Hycsos, s’y étaient mis en révolte, y avaient changé de religion et appelé à leur secours les pasteurs de Jérusalem. Il ajoutait que ceux-ci n’avaient pas demandé mieux que d’y rentrer dans l’espoir de reconquérir bientôt tout le pays; qu’en effet ils en étaient venus à bout et qu’ils avaient dominé de nouveau en Egypte pendant treize ans, parce que le Pharaon de cette époque, qui n’osait les combattre, s’était retiré en Ethiopie avec une grande partie de son peuple. Manéthon terminait par dire que ce monarque qu’il nomme Aménophis., était enfin rentré en Egypte avec de granles forces, et qu’aidé de son fils Sethos, devenu adulte, il avait

(1) Voy. la Réponse de .losèphe il Appion, 1, ch. 9 et 10.

(2) Elle a pourtant été reproduite de nos jours par certains exégètes de diverses communions, en France, en Anglelerre et même' en Allemagne.

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