‹ Jep, romanChapitre 16 sur 31 · A CONFESSE · texte numérisé non relu

A CONFESSE

Le samedi saint était un jour de corvée pour l'abbé Colomer. Depuis son déjeuner, un déjeuner sommaire, expédié sur le pouce, ilélait encaqué dans son confessionnal, occupé à écouter, à semoncer ses ouailles. A peine si entre deux confessions il se donnait le temps d'ouvrir sa boîle, d'inspecter d'un coup d'œil, tout en humant une prise de tabac, le troupeau des fidèles, hommes ou femmes, qui attendaient agenouillés sur les dalles. Encore une quinzaine à entendre.

L'opération d'ailleurs était simple, les péchés étant à peu près pareils, sans nuances, comme l'âme des pécheurs. Le marchand trichait sur le poids de la marchandise, le cultivateur empiétait sur la terre de son voisin, le pauvre maraudait sur la gerbe du riche. L'abbé Colomer était blasé sur ces fautes, et il ne

sourcillait pas davantage quand la promise s'accusait d'avoir laissé prendre des arrhes à son galant, ou quand la gouge 1 se repentait d'avoir forniqué avec son maître. Vieilles histoires, auxquelles s'appliquait une morale qui avait déjà servi.

Mais l'attention du prêtre se réveillait aux adjurations de FAulari, qui lui confiait ses angoisses maternelles et conjugales. Elle le suppliait d'intervenir, de remettre la paix dans sa famille. Et l'abbé promettait, touché de ses larmes, pressé d'en finir avec elle.

Et c'était le tour de M. Sabardeilh. L'instituteur avait, jusque là, vécu en bons termes avec son curé. La direction du lutrin, l'enseignement du catéchisme, en faisaient un collaborateur du prêtre, un fonctionnaire à demi ecclésiastique. Il était croyant, d'ailleurs, à sa manière, qui était celle d'un certain nombre de républicains, à cette époque. Il adorait un Jésus-Christ révolutionnaire, patron des humbles, apôtre et précurseur de la Sociale. L'abbé Colomer avait été d'abord indulgent à celte ulopie. En haine du régime déchu, autant que par peur des hommes nouveaux, le desservant de Catllar avait, à l'exemple de presque

Page 1