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La mauvaise chance

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des cistes, la reprise des nourritures catalanes, l'accueil de ï « ouillade », éloflee d'un quartier de porc, la joie de l'ailloli, pure essence du terroir, la cordialité du vin rouge de la montagne, un ami avec lequel Jep était content de refaire connaissance.

Le patron s'excusait de n'avoir rien de mieux à lui offrir, et il le regrettait pour luimême autant que pour son hôte. 11 était porté sur sa bouche, le vieux forgeron. C'était un vice de famille. Tant qu'il y avait eu de l'argent, on avait vécu largement chez les Malhi- » bern; on ne s'était pas refusé les bons morceaux. Les profits s'en allaient en « bougnettes », qui sont des beignets frits h l'huile, ou en «estouffals », qui sont des gigol s accommodés en daube, farcis d'ail et parfumés de muscade « Caxn fa carn y vi fa sang ! — (La viande fait de la chair et le vin fait du sang!) » — dit un proverbe roussillonnais. Les Malhibern metlaient le proverbe en pratique. Us mastiquaient dur et biberonnaient à gueule que veux-tu. Ils avaient toujours un poro, une bouteille sous la main, pour boire à la régalade quand le feu de la forge leur desséchait la luette, et un barriquaut de vin blanc en perce à la cuisine, pour trinquer avec les clients, en croquant un a tourteil » à l'anis.

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Ce train avait duré jusqu'à la mort du fils, jusqu'à la décadence de la forge. Et maintenant, le Dragon ne se résignait guère à son nouveau régime, à la nécessité de ménager la bouteille, de rationner le tabac. Ces privations l'incitaient à mal penser des riches, de ceux qui peuvent s'empiffrer à leur faim et se gargariser à leur soif. Sa mauvaise humeur exaspérait au rouge vifla couleur de ses idées politiques. Républicain, il l'était de la veille et même de l'avant-veille. Tout jeune, presque enfant, il s'était enrôlé avec les patriotes du Confient, il avait bataillé contre « le tyran de Castille » et, aujourd'hui encore, il se déclarait prêt à marcher, s'il le fallait, contre les bourgeois et les nobles. Au risque de fâcher sa clientèle, il ne se gênait pas pour (dire à qui voulait l'entendre, — et c'était Jep qui l'entendait, ce soir-là, — ce qu'il pensait de ces « réaç^ », de ces ennemis du peuple, qui travaillaient à démolir la République au profit du neveu de « l'Autre », ou du Roi des Culsblancs.

— Et toi, — demandait-il à Jep, — pour qui tiens-tu? Pour Bonaparte ou pour Marianne?

Je ne voudrais pas te vexer, mais les Bernadach, jusqu'ici, c'est tout ce qu'il y a de plus mauvais, de plus enragé contre nous. Ton père

nous pendrait tous, s'il le pouvait, à condition de ne pas acheter la corde. Et ton frère ne vaut pas mieux que lui.

— C'est leur affaire; moi, je suis pour la Sociale.

— A la bonne heure! — approuvait Je Dragon. — C'est que, vois-fu, nous sommes quelques-uns qui nous retrouvons ici le soir, histoire de causer, de nous tenir au courant île ce qui se passe...

— Un, club, alors, le club de Calllar!... Ça va bien, je demande à être affilié.

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