‹ Jep, romanChapitre 8 sur 31 · JEF · texte numérisé non relu

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saient avec les filles occupées à remplir les jarres.

Ce soir-là, c'était aux Malhibern de presser leur récolte. Elle n'était pas copieuse. Une partie de leur olivette avait été vendue ; ils n'avaient gardé que la quantité d'arbres nécessaire à leur provision de ménage. Une couple d'heures devait suffire à l'opération, que le contremaître — le sote-abbat — avait réservée pour la nuit. Cependant la chambrée était nombreuse : outre le Dragon, sa petitefille et Jep, il y avait là M. Sabardeilh et Jojotte, sur qui l'on comptait pour égayer la veillée. Galdéric était entré après les autres, comme par hasard, en flânant, et avec lui Jean Cadène et Félip des Ortes, et tous avaient les yeux fixés sur le sote-abbat qui, en tenue de travail, le tablier en peau de bouc noué à la ceinture, commandait ses aides, gouvernait la manœuvre.

La première pressée finissait de descendre; l'huile nouvelle, d'un bel or vert, ruisselait des cabas, s'égouttait dans le bassin. L'un après l'autre, le Dragon et Bepa avaient saucé le doigt dans le liquide, l'avaient dégusté gravement : la saveur était forte, sans amertume. Le sote-abbat dégustait à son tour, approuvait. Les olives de Malhibern, recuites aux soleils

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d'été parmi la pierraille ardente de la montagne, étaient d'une qualité supérieure.

— Dommage qu'il n'y en ait pas davantage !

— soupira le vieil homme.

— Elles n'ont pas tout rendu, — prononçait le contremaître.

Il ouvrait un cabas, examinait la pâte, en pétrissait une pincée.

— Additionné d'eau bouillante, ce marc vous donnera bien encore une jarre.

Pendant que l'eau chauffait, prête à bouillir, M. Sabardeilh s'entretenait avec le contremaître. Il connaissait les procédés de fabrication les plus nouveaux et les expliquait en termes scientifiques, qui étonnaient cet homme simple. Dans les grandes brûleries de Provence, on retravaillait le marc réduit en tourteaux, pour en tirer de l'huile de recense, presque aussi abondante que la première.

Ah! il y avait bien des progrès à faire : on était en retard, dans le Roussillon; les cultivateurs n'étaient pas sufisamment instruits, affranchis des vieilles routines. Là-dessus, l'instituteur partait, développait son utopie d'un prochain âge d'or, réalisé par la Science et par la République.

iWais il était temps de procéder à la manœuvre du treuil, — du tourn, comme on dit

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là-bas, — pour la seconde pressée. Au commandement du sole-abbat, le chapeau du pressoir s'abaissa lentement sur la pile des cabas, écrasée déjà sous le poids de madriers énormes. Les deux aides, deux gaillards musclés et râblés, avait empoigné le pal qui, emmanché dans la vis, actionnait la machine. Les bras raidis, les jarrels tendus, le corps en avant, soulevé sur les orteils, ils poussaient de toutes leurs forces. Mais rien ne bougea : la masse résistait, la vis refusait de tourner. Une fois, deux fois, dans un ahan désespéré, les hommes se ruèrent sur le pal. Impossible.

— Un homme de renfort! demanda le contremaître.

Ensemble, d'un même élan, Jep et Galdéric s'offrirent. L'un à la forge, l'autre au travail des champs, ils ne s'étaient pas rencontrés depuis quelques jours; ils se fuyaient, d'ailleurs. Une pudeur les retenait de laisser voir en public la jalousie qui les animait, frère contre frère. Mais là, en présence de Bepa, ils se piétaient comme déjeunes coqs, prêts à se jeter l'un sur l'autre.

Galdéric avait déjà saisi le pal.

— Pas besoin de toi ! — dit-il en écartant son cadet.

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— Y êles-vous, monde?... Allez-y! — ordonna le sote-abbat.

Ce fut si vite fait que Xep n'eut pas le temps de protester : les trois hommes, arc-boutés, se jetèrent en avant. Mais pas une goutte ne jaillit du pressoir, la vis ne descendit pas d'une ligne. Galdéric écumait.

— Encore, ira de Deu\ x encore, — ordonna-t-il.

Les dents serrées, il se raidit de nouveau, poussa avec les camarades. Mais cette seconde tentative ne fut pas plus heureuse que la première.

— Elle est ensorcelée, ta mécanique ! — dit l'aîné des Bernadach au contremaître.

— Inutile de s'entêter, — répondit l'autre.

— Un homme de plus, ça marchera !

— Celui-ci en a assez, — dit Jep en toisant son frère ; — laissez-le souffler. A nous trois, on s'en charge.

Galdéric se rebiffait ; il se ravisa : ce qu'il n'avait pas pu faire , Jep sûrement n'en viendrait pas à bout. 11 déchanterait tout à l'heure.

— Soit ! — dit-il en cédant la place à son cadet ; — mais je t'en avertis, c'est plus dur

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