A L’ARTISTE
EPITKE.
A l’œuvre! à l’œuvre, artiste! Quoi! les regards coustamment fixés vers uu occident nébuleux?Quoi! toujours accroupi sur
les ruines d’un passé volcanique. Que prétends-tu découvrir? que peux-tu espérer?
Courage ! lève-toi, détourne la tête, regarde , mais domine le vertige que doit d’abord inspirer une apparition miraculeuse.
Vois-tu dans cet océan declarté.cepoint lumineux qui s’avance pour tout envahir?
cest le phare de la vérité; le monument qu’il vivifié est le temple de justice et de félicité. Avance, les ailes du génie bravent le temps et l’espace; avance, le sceptre appartiendra au vaillant qui le premier s’élancera, d’un vol audacieux.
Chaque instant qui s’écoule lorsqu’une
divine promesse a été promulguée est une chance acquise pour sa réalisation ; après tant de siècles d’infortunes, loin de l'espérer, nous devions au contraire prévoir le terme de nos épreuves; vois d’où nous sommes partis et où nous sommes arrivés.
Tous ces prodiges réalisés ne seraient-ils que des éléments destinés à aggraver par une convoitise incessante, la masse des douleurs du plus grand nombre. Quel temps Dieu aurait-il pu mieux choisir pour nous donner un éclatant témoignage de sa puissance et de sa sagesse. Au centre d’une multitude de progrès purement matériels, l’artiste, le savant, le prêtre, succombent sous le poids de la plus affreuse idolâtrie. Leurs déportements ont fait chasser ces demi-dieux de l’Olympe ; et pour vivre ; nous les voyons dans nos cités qu’ils concourent à corrompre de plus en plus, l’artiste transformé en maquignon, le savant en charlatan, le prêtre en augure; si tout est sali, sophistiqué, corrompu, quand donc apparaîtra le VOTANT? alors !
Les âmes pures le reconnaîtront comme on reconnaît un arbre à ses fruits. Si sa bouche dit : je crois en Dieu, ses actions
ne dironl pas ; je crois au démon; il cherchera la loi divine, il la trouvera et consacrera sa vie à la faire comprendre.
Ce seront d’étranges problèmes pour les races futures, à savoir jusqu’à quel point le siècle a pousse sa bestialité, le riche sa duretede cœur, le pauvre sa longanimité,
1 artiste son impiété, le savant sa jactance le pretresa cupidité;et tant de signes né vous ont pas fait pressentir que l’ordre alait sortir du cahos! Vous attendiez donc la ba du monde?
Ah! si vous aviez pu prévoir toutes les inspirations que vont fournir à l’art les voies définitivement religieuses, dans lesquelles votre position d’artiste distin<»ué vous invitait à prendre le premier rang!...
al œuvre, la foi enfante l’inspiration, imspir.ation enfante la vérité, la vérité enfante le bonheur, le bonheur enfante la religion,lareligion enfante les chefs-d’oeuvres, la religion la plus sublime, la religion définitive doit enfanter des merveilles mouies.
Si des femmes, si des enfantâ soulèvent sans efiortun voile qu’on avaitcru d’airain et qui n est que de gaze, l’artiste que sa nature.appelle à être initiateur restera-
t-il sourd, restera-l-il aveugle? Ce chiendent parasite , celle ivraie indestruclibie, \b préjugé a-t-il jelé dans !e domaine de l’inspiration de si profondes racines, que môme les esprits privilégiés soient impuissants à se détourner un instant, un seul instant, pour contempler l’arbre de la science du bien, épanouissant à l’infini les fleurs de la poésie, les fruits de la félicité.
Souvenez-vous, artiste, que les découvertes les plus utiles ont été proscrites à leur naissance, môme par Tes hommes qui auraient considéré comme un outrage d’ôlre classés au rang de ceux,qui se laissent entraîner par l’influence des préjugés érigés en articles de loi.
Oh! si tant d’existences n’étaient pas en cause , combien je rirais de bon cœur de la stupide arrogance des Enfantin.des Lamenais, des Thiers, des Arago , des Lamartine, des Cousin, des Leroux, qui font semblant de chercher, qui cherchent peut-être môme ce qui est apparent pour des enfants; mais l’horreur me pénétre lorsque je vois des vampires de l’intelligence, profanateurs ténébreux,exhumant frauduleusement le génie méconnu, pour s’alourdir d’une orgie sacrilège. Ils per-
siiaderonl pcul-êlre aux badauds qui les écoutent, qu'ils ont eu une idée neuve, alors, que leur importe que l’iiumanilé reste dix ans de plus.dans son égoiit.
Eh bien ! pour mettre un terme à cette bacchanale, que faut-il? Quand j étais fou, quand j étais à Bicètre, j’ai vu des aliénés qui allaient se cacher au moment du repas. îl fallait les Iraîner à table cl les menacer des plus rudes châtiments pour les faire boire et manger.
Eh bien ! il faut qu’un peintre en renom, qu’un poète en faveur, qu’un statuaire inspiré enchaine par l’admiration, autour d’un travail révélateur, les moutons de Panurge.
Je vous crois digne d’accomplir ce miracle. Je vous convie à y consacrer votre génie ; et sûr d’étre entendu cette fois, je vous envoie d’avance votre couronne d’immortalité.
AU LOKD, épitke;
Vous daignez m’enlendre, Milord, vous permeitez que je vous écrive; vous voulez juger avec connaissance de cause, soj'^ez béni !
Ma main tremble, mon cœur bondit; jamais débals plus graves ne se sont agités dans le monde. 11 ne s’agit plus d’une frontière, d’une province, d’un empire, c’est le salut de l’humanité qui doit surgir des efforts de mon éloquence, de l’étendue de votre magnanimité.
Nous sommes bien malheureux, 3Iilord ; la misère dévore les pauvres, le vide écrase les riches. La fourberie, l’oppression , le carnage nous débordent tous ; et pourtant Dieu est bon, cl pourtant Dieu est fort ! !
Créés libres et intelligents, la régie du globe devait nécessairement être l’apanage de CCS facultés providentielles; et, afin qu’elles s’exerçassent dans toute leur intégralité, nous devions pouvoir engendrer le'raal, ou constituer le bien. La loi pri-
niordialc, la loi que Dieu nous avait donnée pour guide et moteur, étudiée avec intelligence, pratiquée avec liberté, nous aurait conduits à cette dei-nière période :
mais l’orgueil mondain, sourd à la voix de Jésus-Clirist, sourd à la voix de la nature, nous a plongés et maintenus dans le bourbier social.
L’éternel géomètre ne peut pas employer deux ressorts, quand un seul lui suffit, et si le sublime Newton a découvert l’attraction planétaire, qui régit harmonieusement l’univerSj l’attraction passionnelle doit régir les sociétés humaines.
Jusqu’ici les passions, sous la loi de l’homme, ont été les instruments de notre perversité ; mais le fer peut tuer ou féconder la terre, mais le feu peut incendier ou réchauffer nos membres engourdis, mais 1 eau peut ravager ou fertiliser nos plaines. Sous la loi de Dieu, les passions doivent enfanter des miracles, et par l’association compesée nous devons décupler les produits, centupler notre bien-ètré.
Et alors plus d’armée dévastatrice, plus de douanes prohibitives, plus de marine militaire; quatre marchands remplacent quatre cents marchands parasites; un
sciil foyer, un seul grenier, une seule cave, une seule bibliothèque, desservent quatre cents familles harmonisées; un seul but dirige mille efforts; l’abondance, la paix, le bonheur, la volonté de Dieu régnent sur la terre !
La constitution physique et passionnelle de l’homme nous démontrent qu’il est créé pour le travail ; le travail donne la richesse; la richesse donne la moralité; la moralité donne le bonheur! Dieu est bon, le travail doit être le bonheur ! Et il restait à trouver le moyen selon lequel Dieu veut que nous organisions le travail !
Peut-on comprendre là quel point s’élèveraient les produits : «si les hommes, femmes et enfants travaillaient par plaisir dès l’àgc le plus tendre jusqu’à l’âge le j)lus avancé; si la dextérité, la passion, la mécanique, l’unité d’action, la libre circulation, la vigueur, la longévité des hommes et des animaux », si tous ces moyens étaient combinés ?
Et il est extrêmement facile de les combiner.
Que vous dirai-je, Milord,.un investi, gateur profond, un mathématicien indompté, un logicien sacré, Fourier, enfin,
ii tout cherché, tout trouvé, et la France^ marâtre implacable, patrie qu’il venait combler de gloire, inonder de bonheur, la France l’a tué sous le poids du mépris, sous l'étreinte de ta faim !
A mon tour d’occuper la brèche! Je ferai tant d’clYorts, que quelque esprit intelligent, quelque cœur généreux, voudra me connaître, voudra m’entendre, voudra concourir à l’intronisation de la loi de justice et de vérité, voudra inscrire son nom entre celui de Fourier et de Newton, voudra remplir de sa gloire la plus profonde postérité!
Je ne vous demande rien pour moi, Pvlilord, et si vous n'aviez pas été malade, voici ce que j’attendais de vous; vous m’auriez écouté. La naïveté, la logique de ma conviction vous auraient touché ; vous auriez souffert ma>visile trois ou quatre fois, et peut-être pénétré d’une sainte admiration , heureux de la nouvelle vie qui se déroulerait devant vous, vous auriez consacre la millième partie de votre avoir, quelque coin de terre que nous vous aurions défriché, complanié, embelli, oùeniin nous aurions pratiqué la loi deDieu.
Vous auriez été notre père, le bienfaiteur
du genre humain ! A la vue de tant de miracles inouïs, (ouïes les nations se seraient empressées d’imiter notre religieux exemple; aussilôt plus de sauvages , plus d’esclaves, plus de pauvres, plus de malfaiteurs, et l'hymne de reconnaissance entonnée par mille et mille voix eût porté votre nom jusqu’aux pieds de l’Eternel qui l’aurait béni !
La mère ne fait pas, pour son enfant malade, des vœux plus ardents que les miens, pour votre retour à la santé.
Adieu, Milord ! Je vous salue, comme les mages et les bergers durent saluer le Rédempteur diï monde spirituel ; j’attends votre réponse avec une confiance fébrile !
-IKi — l'alal deslin !
Le compagnon de l’enfanl de Tobio, Lui leiid la main,
Oui, lui tend la main.
Le scrapliin à la douce parole, L’ange du ciel,
A'icnl présenier la salulairc obole, Le lait, le miel,
Car le Seigneur a dévoilé Mario Au pèlerin.
Le compagnon de renfaiil do Tobie Lui lend la main.
Oui, lui lend la main.