ACTE PREMIER
la finance, mais c'est la ruine, tout au moins l'impuissance. S'il fallait toujours la suivre, les banquiers crouleraient ou refuseraient de traiter. Comment s'éclairer sérieusement sur ce qui se passe aux bords de l'Amazone? On a produit des récits d'explorateurs, des rapports d'ingénieurs. Puis-je m'assurer si tout cela est sincère et sérieux ? On communique ces « documents » aux journalistes, ils en tirent ce qu'ils veulent, ils sont enclins à être favorables puisqu'on les paie (sans autrement les influencer), et puis vogue la galère ! A chacun de se renseigner et après de souscrire ou de s'abstenir. On ne force personne. Il en est qui prennent des actions : tous les goûts sont dans la Nature. Si vous me demandiez de vous dire ce que vaudront les actions de cinq cents francs de l'Amazone dans six mois, si ce sera mille francs ou zéro, je jetterais ma langue aux chiens. C'est comme si vous m'interrogiez sur la récolte des nèfles de la prochaine année bissextile. Aussi, en gendre soigneux et affectionné, je ne vous les garde pas, belle-maman, je vous les écoule, je les « bazarde », dirions-nous, en bourse, dans les trois jours en profitant de la hausse.
LOUISE, hautaine.
Mais pourtant, le commerce loyal...
ALFRED, agacé.
Cruche, il ne s'agit pas de commerce mais de Finance, te dis-je. Le commerçant, l'industriel, ce sont les producteurs. Le Financier, c'est le déplaceur.
DAME RÉGINA, très sérieuse, et lentement.
Mon cher Alfred, vous allez me taxer d'imbécillité.
ALFRED
Pourquoi ?
DAME RÉGINA
Parce que je veux que vous me replaciez mes cent mille francs en fonds sur l'Etat... dans les trois jours.
ALFRED, interloqué.
Hein! Replacer... les cent mille francs... sans bénéfice,... en subissant la hausse et en , perdant la double commission de vente et de rachat désormais sans résultat?