‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 19 sur 99 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

DAME REGINA

Parfaitement ! En subissant la hausse, en perdant la double commission de vente et de rachat.

LOUISE, en une explosion.

Ah ! chère Mère que tu me fais plaisir !

ALFRED, avec humeur.

Comment, toi aussi ! Tu n'es donc plus la femme d'un banquier ?

LOUISE, agressive.

Du moins je ne veux pas l'être tant que ça.

ALFRED, colère.

Se refuser à soi-même de gagner de l'argent qui s'offre, c'est tout de même un peu fort ! Mais c'est s'infliger un jeûne le Mardi gras devant une table où il y a des perdreaux truffés et du Champagne. Refuser de gagner de l'argent! Mais avoir l'argent, c'est avoir raison quand même. C'est plus que réussir, c'est commander le succès '

LOUISE

Oui, je sais. On pourrait même citer Gœthe à l'appui qui fait dire à Hasebald, l'un des

trois vaillants qu'il substitue aux trois vaillants de la Bible : « A prendre sois impitoyable; quant au reste ne t'en informe qu'après; aux fariboles des vaines querelles de vertu on perd sa journée ! »

ALFRED

Bas-bleu! Je connais cette historiette du second Faust. Je sais même qu'il y est ajouté : « Prendre est fort bien, mais conserver est mieux encore ». Je retiens aisément ces dictons et je les approuve. Belle- Maman, songez donc : c'est si bon, cette affaire, que j'y ai mis moi-même trois cent mille... insinuant) Puis (vous le disiez tantôt) votre fortune est un peu la nôtre.

DAME RÉGINA

Mon gendre, attendez s'il vous plaît ma mort qui ne saurait beaucoup tarder. Alors cette fortune sera tout entière la vôtre et vous en ferez tel emploi que de conseil. Et là-dessus (elle se soulève) je m'en vais déjeuner, ou du moins essayer ; car ces conversations financières ne sont guère apéritives, et, à mon âge, tous les sens, même celui de l'appétit, sont

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