ACTE PREMIER
lancé qu'un regard. Mais ils m'ont blessé cruellement.
A propos de cette combinaison d'argent?
Vous exagérez.
ALFRED
Je n'exagère pas. Je parle de ce que je sens là, (il montre son front), au moment même OÙ je parle, — en flagrant délit , pourrais-je dire.
LOUISE
Qu'ai-je fait sinon laisser entendre la résonnance en moi d'un vif, noble et prompt sentiment qu'exprimait ma mère?
ALFRED
Vif, noble et prompt pour vous deux, oui, mais pour moi peu compréhensible. . . et offensant. Là est le mal, car il atteste un dangereux et douloureux désaccord.
LOUISE
Douloureux, vous l'avez dit.
ALFRED
Au moins là-dessus nous nous entendons, mais apparemment comme des duellistes qui s'enfeiTent en même temps. Louise, quoique nous en parlions aujourd'hui pour la première fois avec cette netteté, ce trouble dans le contact de nos esprits remonte loin déjà.
LOUISE
Vous l'avez senti comme moi ?
ALFRED
Comme vous. Mais pendant que je me taisais, j'en cherchais la cause comme le mot d'une énigme. Car nous nous sommes unis par ce que je crois avoir été de l'amour; refroidi, soit, éteint peut-être, mais ayant existé. Notre vie me semble avoir été normale et avoir obtenu de la Destinée des chances suffisantes pour lui accorder le titre d'heureuse et profitable. Quel mauvais sort a donc pesé sur elle pour que, presque sans interruption (nous pouvons nous l'avouer en cette heure teintée de solennité triste), elle ait été imprégnée de malaise; pour que jamais une intimité pénétrante se soit établie entre nous? Lune de miel, lune de fiel. Si je