ACTE PREMIER
me laissais entraîner aux superstitions de ma race, je croirais que le jour de nos noces le dard perfide du regard maudit d'un jeteur de sorts nous a touchés.
LOUISE
Moi, non plus, je ne sais. Moi aussi j'ai cherché, je cherche encore. Et je ne trouve pas. C'est la cohue des fantômes d'un mauvais rêve.
ALFRED
Mais ne luttez-vous pas pour vous dégager des étreintes de ces spectres ?
LOUISE
J'ai lutté, mais inutilement. Je ne lutte plus.
ALFRED
Alors, vous tenez ce mal pour sans remède ?
LOUISE, nerveusement.
Sans remède.
ALFRED, élevant la voix.
Ce que vous proclamez là, ma femme, est grave. D'abord parce que vous osez le dire.
ensuite parce que je le ressens moi-même» C'est comme une condamnation à mort de notre union prononcée à l'unanimité de nos deux voix.
LOUISE, fiévreusement.
Qu'y puis-je? Que peut notre infirme individualité lorsque des forces souterraines s'en emparent et jouent avec elle comme le moulin d'un vanneur avec les grains de blé. Quand je vous écoute parler, quand je vous vois agir, j'ai un besoin instinctif et pressant, sinon de vous contredire, au moins de vous rectifier. Jamais une adaptation complète à ce que mon âme souhaite. Tout presque invariablement sous un angle amoindri. Même quand au départ d'une de vos idées un unisson se manifeste, bientôt se produit une déviation et le plus souvent un arrêt. Ma conception va encore quand la vôtre est déjà stationnaire. Votre intelligence, claire je ne le nie pas, ingénieuse, oui, m'apparaît à parois cloisonnées. L'Idéal où volontiers ma pensée pointe en ardent coursier vous demeure étranger et vous fait rebrousser chemin. Le cercle où se meuvent mes rêves se déroule ailleurs que le