ACTE PREMIER
vôtre. Jamais vous n'y êtes à mes côtés, jamais vous n'y voguez avec moi.
ALFRED, tranchant.
Romanesque I Bâtisseuse de palais artificiels !
LOUISE, agressive.
Mais non, mais non, mais non! C'est du roman pour vous qui êtes un manieur d'argent, ou plus exactement un manipulateur de matérialités sans auréole. Mais pour moi c'est la Vie dans sa réalité la plus vivante et la plus chaude. Palais artificiels, non, non, non! Vrais palais de la vraie Nature dont le sens exact vous échappe. Votre argent, vos meubles et vos immeubles, votre luxe, vos bibelots, vos objets d'art, vos femmes peut-être, vos distractions, vos plaisirs, tout cela vous l'acquérez, vous le possédez, vous en jouissez, bruyamment, sans exaltation tendre et brûlante, sans aucun goût qui corresponde au mien. Vous aimez le faste qui brutalement s'affirme, les clinquants orientaux, les couleurs tapageuses. Voyez lameublement de cette pièce, témoin de ce colloque. Moi j'aime les harmonies douces et sans extra va-
gance des paysages du Nord. Ces discords dans l'extérieur des choses, doutez-vous qu'ils existent aussi dans l'intérieur de nos mentalités ? Et cela ne vous explique-t-il pas nos hostilités et nos antagonismes ?
ALFRED, nerveusement.
Ces discords expliquent ces hostilités. Mais qu'est-ce qui explique ces discords?
LOUISE, de même.
Je n'en sais rien. Y a-t-il quelqu'un qui le sache ? Qu'importe la clef du mystère quand les effets du mystère nous tourmentent. Et, effrayant imprévu, cela se prolonge en nos enfants. Votre aîné, Michel, c'est vous-même. Le même œil noir, saillant et froid, le même \isage au rire très rare disparaissant comme par un déclic, le même cerveau calculateur, le même cran d'arrêt dans l'enthousiasme, la même insuffisante profondeur dans la sensibilité et les affections Ah! je le sais, moi, sa mère. Dès son enfance il fut votre abrégé. Frédéric, le dernier, c'est moi, cent fois vous l'avez dit, c'est moi avec ma blondeur et ce que vous