‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 39 sur 99 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

RUBEN, pensif.

C'est vrai. C'est un devoir vis-à-vis de notre race... aussi longtemps que notre race vivra en promiscuité difficile avec une autre.

ALFRED

Il sera fait ainsi que vous le désirez. . Et, vu... comment dirais-je? la sainteté du but, j'espère que nous réussirons.

MICHEL

Amen ! Je dis amen parce que c'est un mot hébreu. Et si nous réussissons, je crierai Hosannah! Alléluia! parce que ce sont aussi des mots hébreux Ces Chrétiens! ce qu'ils nous ont chipé de vocables, de personnages, de légendes, en les accommodant à leur goût, à leur ragoût, à leur bagout! Oh! les pillards! Ça nous justifie de piller leurs écus.

ALFRED

Reste la question annuelle des dons et charités. C'est Muhlenschild qui a mis ce procédé à la mode. Il a son budget de la Bienfaisance.

MICHEL

Qu'il nomme aussi son Assurance contre la malveillance publique. Ses commis disent:

le compte Paratonnerre. Muhlenschild ! il se croit grand parcequ'il fait, le pauvre, de petites choses avec de grands capitaux.

ALFRED

Il donne aux indigents, il donne aux musées, il donne aux villes, il donne aux écoles, il donne aux hôpitaux, savamment, avec une adroite réclame. Vous connaissez ses entrefilets périodiques : — « Oh ces Juifs! » M. Ephraïm Muhlenschild vient de donner » un million pour être distribué aux pauvres » de Jobardopolis. » — Il a fallu suivre. A notre dernier exercice, il a été porté vingtcinq mille francs envoyés à un hospice d'aveugles, dix mille à la Fédération des sauveteurs, trente mille pour un tableau de Luca d'Olanda oifert à l'Etat: c'est Spronckheim, l'antiquaire, qui nous l'a vendu.

Oui, sans garantir l'authenticité; mais au Musée, comme c'était un don Israélite, (il rit,) on l'a accueilli en bavant de crédulité, de satisfaction et de reconnaissance! Comment vous êtes-vous couvert de cette dépense? On assure que chaque fois que Muhlen-

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