ACTE DEUXIÈME I3I
plus belle lune d'entre toutes les lunes », Kamaralzaman, prince dans le pays de Khaledân... Je voudrais te voir drapé dans les longs plis souples d'un vêtement arabe.
ALFRED
Et toi, pétrie de délices, ruisseau continu de douceurs et de charmes enivrants, je voudrais te voir drapée dans les soies et les mousselines lamées d'or des sultanes^ à Baghdad, reine de l'Irak, cité magnifique des Khalifats !
DÉBORA, le baisant lentement sur les yeux.
Au toucher de mes lèvres je vois noircir tes prunelles qui sont ma folie et rougir tes joues qui sont toute mon âme.
ALFRED
Tes lèvres nues, ô bien aimée, et ta beauté fleurie me rendent fou quand elles me touchent Et tout le reste a disparu ! Tes yeux sont ceux des colombes ; tes dents sont comme une bande de brebis qui remontent du lavoir, toutes jumelles, sans qu'aucune soit privée de sa compagne ; ton cou est pareil à la tour de David. A ta vue, à ton contact, vibre dans
ma mémoire la Chanson des Chansons de Schelomo célébrant la reine de Sabah. Il y a du miel et du lait sous ta langue.
DÉBORA
Sache que partout où la Destinée, jalouse de mon bonheur, te poussera, tu ne pourras trouver la chaleur d'asile que t'ont réservée et mes bras et mes seins.
ALFRED, la baisant sur les lèvres.
O chair poreuse qui filtre la boisson pour mes lèvres, ô chair poreuse si douce à mes lèvres ! (ils se détachent.)
DÉBORA, encore troublée.
Laisse-moi!... Laisse-moi me retrouver !
ALFRED, se laissant tomber sur un siège.
Louanges à Jéhovah qui a créé la femme pour mettre le baume dans le cœur de l'homme et le feu dans ses entrailles! Tu m'anéantis, tu me brises !
DÉBORA, elle a repris son calme.
OÙ se verra-t-on, bientôt ?
ALFRED, tout à coup gouailleur.
Se voir... ou s'avoir?