ACTE DEUXIÈME I
DÉBORA, de sang-froid.
D'abord l'un, puis l'autre, naturellement. Je n'ai pas que des yeux...
ALFRED
D'abord ce soir à l'Opéra. C'est une reprise de Tristan et Ysolde. (S'exaltant) J'adore te contempler en toilette, les épaules nues, décolletée avec la libéralité des femmes qui savent leur corsage richement meublé. J'adore, ô ma belle iuive, Débora l'Abeille, dans cette salle encombrée par Israël, comme toutes les premières, t' entendre proclamer parmi les plus rayonnantes. J'ai une jouissance délicieusement acre à te deviner convoitée, déshabillée en imagination par tous ces mâles à l'abondant poil noir des Ninivites ou des Carthaginois, alors que mon orgueilleuse jalousie sait que tu es à moi seul et que nul ne te toucherait sans me faire monter à la poitrine une fureur de carnage.
DÉBORA, lui tapotant la joue.
O corsaire, en appétit de luxure ! O Lion lybien guettant et menaçant sa lionne l
ALFRED, haletant.
Et après?... Chez toi, n'est-ce pas?... telle que tu rentreras... coiffée. . avec tes bijoux, tous tes bijoux... avec tes odeurs,... avec ton odeur de sérail,... en robe de soirée... le buste offert...
DÉBORA, fermant les yeux.
Oui,... en robe de soirée . le buste, .. le corps tout entier offert.
Rideau.