‹ Jéricho; comédie-drame en trois actes et 24 scènesChapitre 69 sur 99 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

LOUISE, dans le même fauteuil, à la même place, dans la même attitude que Dame Régina au premier acte.

Ah! quelle lassitude!... plus dans l'âme que dans le corps, si ces deux parties de notre individualité misérable sont séparables... et si l'apparence qu'elles prennent dans notre conscience peut être confondue avec la réalité... Frédéric^ mon cher Enfant, ta pauvre mère est bien bas!... bien bas! .. Je respire sans satisfaire ma respiration ! Combien mes poumons, ces soupiraux pourvoyeurs de la vie, sont devenus étroits, insuffisants, pitoyables!

FREDERIC, assis très près d'elle, lui tenant les mains..

Quand la maladie s'est installée en nous elle incline notre jugement au découragement et au pessimisme. Dès qu'elle s'éloigne, l'espoir, précédant la joie, revient vers nous, vif et clair.

LOUISE

Me voici blottie, faible et languissante, dans le même fauteuil qu'habitèrent ma Mère et ses soucis durant de longs mois; et la canne qui aidait ses pas chancelants, je m'en sers, plus chancelante encore. Ma vie, pareille à une mousseline déchirée, ne tient plus à moi que par des fibres fragiles. Mon âme, au souffle de la Mort, se soulève pour l'envol, pauvre feuille desséchée. Ne te semble-t-ilpas, Frédéric, que je suis le même chemin qu'elle vers le terme bienvenu des détresses humaines?

FRÉDÉRIC

Que tu es cruelle, mère chérie, d'interroger sur cette noire prévision mon cœur filial, déjà meurtri par ta maladie opiniâtre ! Chasse ces pensées de ténèbres qui déferlent sur moi.

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