ACTE TROISIÈME I
LOUISE
Si moi aussi je disparais de cette maison aux habitants étranges oii se déroule un drame sans \isible tumulte, où les convulsions se tordent dans l'immobilité comme des animaux pitoyables bouclés sur la table de vivisection, — si je disparais, mon enfant, quel sera ton sort, hélas ! toi frappé, par le balancier du Hasard, à ma ressemblance corporelle et ps)xhique !
FRÉDÉRIC
Encore une fois, détourne ce présage Quelle douleur pour moi de t' entendre mêler mon avenir à ta disparition ! Parlons-en si tu veux, mais sans cette pensée sombre. — Tu sais que je ne me plais pas ici.
LOUISE
Oui ; ton âme, succédanée de la mienne, souffre des mêmes gênes et des mêmes froissements. Frédéric, combien au moral et au physique tu ressembles à mon Père, le magistrat chevaleresque à la bonté grave. Sans doute qu'un germe formé en lui, n'a fait que cheminer, porté par le véhicule que fut mon corps, pour aboutir à ta floraison charmante.
FRÉDÉRIC
Souvent tu me l'as dit et j'en ressens un ennoblissement et un besoin de générosité valeureuse. Cette maison est trop financière, cette maison est trop hantée d'étroites et égoïstes préoccupations personnelles. Je n'ai pu, comme mon frère Michel, me plier au métier de la Banque, ni vivre dans le lacis de paroles et de projets où incessamment résonne le calcul et halète la soif du profit.
LOUISE
Oui, tu vis en marge de leur existence, avec des apparences, pour eux, d'inutilité, de parasitisme et de fainéantise. Tu es ici un embarras et un superflu. Une critique permanente aussi peut-être, s'ils pouvaient avoir le sentiment de l'inharmonie qui dégrade pour nous leurs actions. Tes études discrètes, tes poussées d'enthousiasme, tes élans vers les devoirs sociaux fraternels, ton inconscience des choses d'argent, tes aspirations au dévouement et au sacrifice, tout ce bagage touchant et tendre qui, d'une si riche cargaison, charge ton adolescence, est pour eux incompréhensible, et