ACTE TROISIÈME I4I
ils ne le voient qu'en marque et attestation de ton infériorité.
FRÉDÉRIC
Je le sens à leur froideur et à leur indifférence, à leur façon de me traiter en quantité négligeable. D'eux à moi pas d'échange intellectuel possible. Nous nous sentons si loin les uns des autres, sur des planètes séparées par des espaces si larges et si profonds, que nous agissons comme s'il ne valait pas la peine d'essayer de communiquer. Et incessamment, à mesure que grandit mon intelligence et qu'augmente son mobilier d'idées, l'écart semble s'accroître En moi comme en eux augmente la défiance, facile à transformer en crainte et en haine, qui surgit entre des êtres en lesquels se meuvent des sentiments inconciliables.
LOUISE, se parlant à elle-même.
Toujours le même phénomène î Ah ! je la connais désormais trop bien cette dérive où, sous les dérisoires conversations humaines, filles de la politesse ou de l'habitude, on ne sent pas d'adaptation ; où, même quand on ne se plaint ni ne proteste, les chocs se multi-
plient, empêchant fatalement l'adhérence des vraies sympathies ; où, quand on se rapproche, c'est pour bientôt se repousser comme des fluides ennemis. (A Frédéric) Ta peine est sœur de la mienne, et les chagrins semblables se comprennent si bien !
FRÉDÉRIC
Mère, l'idée de partir m'est souvent venue.
LOUISE
Partir! Me quitter ! Toi, ici mon seul écho !
FRÉDÉRIC
Laisse-moi en parler comme d'un rêve.
Laisse-moi exprimer les idées qui défilent dans ma tête bourdonnante et me donner ainsi le soulagement des projets qui trompent l'attente.
LOUISE
Parle donc. Vide ton âme comme on renverse une mue.
FRÉDÉRIC
Partir! Se libérer d'un esclavage! Pourquoi hésiter quand la seule solution est la brisure parce que l'assemblage est contre