ACTE TROISIÈME I
nature? Le devoir, alors,estnon de temporiser, d'essayer des rapprochements et des raccords impossibles, qui se rompent à peine rétablis et sont à recommencer toujours, mais de fuir sans marchander avec l'Inéluctable. Je rêve, oui, je rêve devenir un explorateur, ce métier rare autrefois, qui, à notre époque, a besoin de recrues incessantes. Quel asile pour les vaillants et les souffrants qui souhaitent se libérer d'tm milieu cruel. Cruel, dis-je, car ce n'est pas seulement parmi les miens et dans cette demeure que je suis opprimé L'hostilité contre la race dont je suis, du moins par le nom que je porte et la famille où je suis né, se généralise en ces temps contemporains. Les hommes sont plus indociles que jamais aux directions étrangères qui dénaturent l'originalité de leurs instincts. Il de%-ient difficile à qui doit s'intituler Fiédénc-Samuel Jacob de ne pas subir les défiances ou les vilenies d'une société où gronde une lutte surexcitée. Mon frère Michel les brave. Moi, je n'y puis réussir. Et peu à peu je sens, devant ces inimitiés outrageantes et persécutrices, ma douceur s'aigrir et mon caractère descendre et s'a\'ilir vers la colère et la rancune. Dans la solitude
des voyages aux pays inconnus, je me retrouverai moi-même en retrouvant la paix.
LOUISE
Partir, s'éloigner, fuir! Un grand voyage! Bientôt un grand voyage! Pour toi... pour moi aussi. Oui, c'est bien, c'est guérisseur, c'est consolateur, et cela peut tout liquider. Mais où ? Mon doux enfant, nous voici donc, tous deux, près d'un mélancolique départ.
FRÉDÉRIC
Encore tes insinuations inquiétantes. Tu fais trop de signes à la Mort. J'ai peur qu'elle ne finisse par comprendre. Toujours pour moi, par toi qui m'as donné la vie, cet appel à la mort !
LE LAQUAIS, entrant.
M. Fabricius et M. Boudard viennent prendre des nouvelles de Madame et seraient heureux si Madame pouvait les recevoir.
LOUISE
Faites entrer. (Le laquais sort. 'Reste, Frédéric.