‹ JérômeChapitre 4 sur 8 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Quelques portraits qu'on peut reconnaître.

fluiT heures sonnèrent, et tout le monde se retira; c'était Fheiite des chi-* rurgiens, auxquels succédait le repas lé« ger qui oanvient à des malades. }« re-^* pris ma place à la table du général; la beauté en fit les kouBieurs^ et la sènsi* bilité y présida. Monsieur et madame Derneval étaient aussi heureux qu'on peut rétre après plusieurs années de Fuuion la mieiix assortie; nous l'étions, la bien ^ aimée et mot, comme des amans qui n'oi>t encore qu'effleuré la coupe du plaisir; Luvel l'était par l'espoir de se dédomhiager des peines de l'absence :

pour lui l'amour n'avait que des ch$iîneS^ de fleurs,

«Monsieur Luvel, dit le général, lors- » que les domestiques furent retirés, il » y a plusieurs jours que vous voyez chez » moi les mêmes personnes, et je vous » crois très-habile dans l'art de saisir les

» ridicules — Mon général, je ne suis

» pas moins prompt à reconnaître les » belles qualités : mon dévouement pour » vous en est la preuve. — Ce n'est pas » un compliment que je vous demande j » monsieur, mais quelques tableaux ».

Je saisis cette ouverture avec empressement. «Commence, lui dis- je, par ce » chevalier, qui paraît cloué dans son » fauteuil, et qui ne le quitte que pour » aller faire des questions indiscrètes.

» Oh ! réprit le général, je me charlge de » celui-là, parce que je le connais à fond; » j'ai voyagé un an avec lui dans le nord- 30 de l'Europe, et vous voyez, monsieur » le colonel, que cette intimité autorisait » de sa part ces questions qui vous ont » paru déplacées. Vous vous battez eu

» vieux soldat, ipon ami; mais vous ju- 9 gez encore de tout comme on doit le » faire à votre âge. Revenons.

»Le commandeur de Nosari, d'une

» ancienne famille du Piémont, est entré

» à Malte en sortant du berceau. Il a

i> servi dès que Tâge le lui a permis,

i> moins par ambition que par devoir.

00 II s'est toujours distingué; mais il n'est

» pas dans son caractère de solliciter :

j» aussi n'est-il encore que colonel. Il a

» le cœur droit, et les mœurs douces.

jî Son esprit, plus étendu que brillant,

» ressemble à une lumière égale, qui

» éclaire sans éblouir, et se porte sur

j> tous les objets. Des hommes médio-

.»cres peuvent vivre long -temps avec

» lui sans soupçonner sa supériorité; il

.» n'appartient qu'à des gens de mérite

.i»de la reconnaître. Tel est, mon ami,

. » l'homme qui ne vous déplaît que parce

» qu'il vous donne deTinquiétude. Avec

» plus d'usage, vous auriez reconnu la

g4 îéROMC.

» gramd^croix de son ordre, et vons sau* » riez que les dignitaires de Malte font » des vœux qui leur interdisent le majuriage. Mais le commandeur n*a pas » renoncé au -commerce des femmes ai- • mables; madame mérite d'aToir des D amis, et l'amitié du commandeur peut » la flatter s'il la Iwi offre, parce qu'elle »sei*a sincère, et qu'il ne la prodigue » jamais. Souvenez-^ vous , mon ami, de » n'être jaloux qu*après vous être con- » vaincu que vous avez des raisons so- » lides de l'être; et alors vons serez at- » .teiat d'un mal de plus , et vous n'au- » rez remédié à rien.

» Comment, m'écriai-je, dépend-il de » moi d'être ou'de n'être pas jaloux, et » la jalousie n'est -die pas un attribut » nécessaire de l'amour? Hé non, Jé- »TÔme, me répondit Luvel; la jalousie » n'est qu'un préjugé, fortifié par Tbabi- » tude. Si elle était naturelle aux amans, » ils seraient partout également jaloux .

» et il y a des peuples qui 4e strat beauncotip moins que d'aotres; fl j en a » qui ne le sont pas tout; il en est même » qui donnent dans Tcxcès opposé, et » ce qui sérail; un opprobre pour toi, » est un honneur pour un Lapon.

» La jalousie est si peu un sentiment » naturel, qu'elle se soumet facilement » aux usages de la société. Tel homme, «p^r exemple, qui serait jaloux d'un » ri-val jusqu'à la frénésie, ne se permet » pas de 1 être d'un mari, et, en général, » les jaloux sont intérieurement si per- » suadés de leur injustice, qu'il y en a » peu qui ne se cachent de rétre.

» On croit que la jalousie marque «beaucoup d'amour; mais l'expérience » prouve que l'amour le plus violent est » ordinairement le moins soupçonneux.

» La jalousie ne prouve communément » qu'un amoiu' faible, un sot orgueil, le » sentiment forcé de son peu de mérite, » et quelquefois un mauvais cœur. — ■

^6 li&ÔlIE.

» oh! ceci est bien fort, monsieur Lu-

» vel, et un mauvais cœur- — Oui,

» mon ami, un mauvais cœur; je le ré- » pète, et je le prouve. Un amant dégoû- » té cherche un prétexte pour rompre :

j» eh bien, s'il s'aperçoit qu'on peut se » consoler de sa perte avec un atitre, » sa vanité est blessée de ne pas laisser » une femme dans les regrets. La jalou- » sie, ou plutôt Fenvie, le ramène pour »être tyran, sans être heureux. Voilà • » les hommes! leur amour ne vit que » d'amour- propre; il n'y a que des ja- ^ loux d'orgueil.

» — Allons, allons, Luvel; je vois bien ^ que tu n'as jamais aimé. — D'abord, » mon ami, entendons-nous sur le mot.

» Aimer, c'est de l'amitié; désirer la jouis- » sance d'un objet, c'est de l'amour, dé- » sirer cet objet exclusivement à tout y> autre, c'est passion. Le premier sent- » timent est toujours imbien; le second ?> n'est qu'un appétit du plaisir; le troisième,

JERÔHE. 97

» sièmeyétantleplusvîf^ajouteaaplaisir, » mais prépare des peines. Que mabôune » fortune megarde decelui-là! —Oh! je te » réponds qu'à cet égard tu n'as rien à » craindre. Je vais même jusqu'à te croire I) capable de pardonner une infidélité. -^ <c Pourquoi non? L'infidélité est un grand ».mot, souvent mal appliqué. En amitié » c'est un crime; mais si une femme ai- » mable avait du goût pour moi, je ne » prétendrais pas être l'unique objet de » ses attentions. Une ^telle prétention » serait une tyrannie insupportal^le pour » elle, et une folie cruelle pour moi-* » même. Jouissons toujours d'un bien » comme s'il ne devait jamais finir, et » sachons le perdre comme n'y ayant » aucun droit ».

La bien -aimée reçut cette doctrine avec le silence le plus froid, et un mouvement de tête qui marquait une improbation formelle. Madame Derneval ne fut pas aussi maîtresse d'elle-même. « Il IV. 5

vwimé^ tnù^^mutjl^ dk-elltj de jti- » gw lès fekfttttés que "Wùi âv« eoûnties , » et oeï*éé àrj^i tbtMs Vtki^ attacherez relies » dôiVënl îtVèit» le tioèilf ft^oid , le$ Setas » ai^efe <?a4rtiës, «je* là lête déréglée. Ce » n'eAt p&i ia fàîibft qui dëtentiitte leur » chôÈtv té ti^'est pas l'amouf ,. oe tt'e^t » pâS thème le pl&i^i*. G'eàt h folie qui » leut» échauffe l'irtiàginâticm polrt* irti » boAimtt, qui détient sùceesMventettt j> fobjét, l* ctvtti^lfee et la victime d'tin » ^j>i^ice. Un am>ant leur plaît feafts aûtf e » r^isôii que 4e s*étfe préseiité le pre- » miër, et il est bientôt quitté pont tin » autre ^qrtin'kti'autre'mérite qued'ètré )* Venu après.

^ Quand la tête de ces feftjitMÈ se «prend, elles font toutes les aVàtrees, p tatatitt si ce n*était rxt^. La fentaisie »e$t-*elle, palliée, elles s'eii Aéfemleftt, )> eômmè si c^ëlait quelque tho^. ïl ny p a point ators de manœtivtés plateà et 7) usées qu'elles n'emploient Elles com-

umenceiit par insinuer qu'fjn faoïmne »a¥ec qui Ion <nroit qu'elles ont Técu, » s'en est «donné Tair; oc serait le dernier » qu'elles choisiraient; elles ne oonçoi- »v€M pafS €[u<m puisse TaToir. Elles » passent par degrés aux propos les plus A oatrageans, si toutefois dtes peurent » outrager. Elles supposent qu'on ne ik croira pas qu'elles osassent parler ainsi n d'un bomme dont elles auraient qud- » vpie «chose à craindre. Elles ne savent j» pais qa elles sont les seules à imaginer »>qu'elles aient encore quelque chose à x> perdre. Quand on entend ces dédia- » mations, on sait d'abord à (fxioi s'en » teâir ; on l'apprendrait par-là , si on ji l'ignorait. Cet excès de hardiesse ne » tour est étendant pas inutile ; il ne disjftsuade pas, mais il impose, et oblige » k dissimuler en leur présence le méU » i^is qu'ion a pour elles ».

La sortie était vive , et Luvel avait trop d^esprit pour ne pas la sentir. « Je n'ai pas

lOO JEROME.

»prétendu,mesdaine.s, qu'il n'y eût point

» d'exception an% principes que j'ai avan-

» ces, et si j'avais besoin de trouver des

» exemples de la tendresse et de la fidé-

» tité conjugales d'une part, d'un amour

» délicat et sans bornes de l'autre, je n'i-

x> rais pas les chercher loin. C'est sans

» doute un malheur d'être athée en

j» amour; mais je ne suis qu'à plaindre :

» car enfin on n'est pas maître de ses

» opinions. Pas mal, pas mal, dit le gé-

» néral^ voilà qui raccommode bien des

» choses.* J'avoue même que j'ai trouvé

» des idées très-justes dans ce que mon-

» sieur a- dit de la jalousie ; je ne le

9 croyais pas si profond. Je voudrais sa-

» voir maintenant comment un athée en

» mour niera avec quelque vraisem-

» blance l'existence d'un sentiment dont

» il vient de citer un exemple. Voyons ,

» monsieur Lu vel, expliquez -moi cette

» contradiction , qui n'est sans doute

1^ qu'apparente. — Oh! mon général, je

|J1ÊRÔM%. 101

1» n*oserai jamais Ces dames —

» Ces dames ne ressemblent pas aux » dévots , qui détestent tout ce qui n'est » pas de leur religion : la leur est tolé- » rante ; et je vous réponds qu'elles ne » se brouilleront pas même avec vous.

» — Si en effet ces dames le permet-

wtent — Nous faisons plus, mon-

» sieur, nous vous y invitons, dit madame » Derneval. — Cette invitation est un » ordre, madame. Je commence. — Mon- » sieitr, j'écoute, mais tenez- vous bien.

» — Les passions qui agitent les hom- »mes se développent presque toutes j> dans leur cœur avant qu'ils aient la )» première idée de l'amour. La colère, » Venyie, l'orgueil, l'avarice, l'ambition, » se manifestent dès l'enfance. Les ob«* » jets en sont petits, mais ce sont ceux » de cet âge. Ces passions ne paraissent 'jT violentés que lorsque l'importance de 2> leurs objets les rend véritablement » remarquables.

IÛ2 JKRÔMS.

» Il vient un âge où ce qu'on appelle » amour se fait vivement sentir. Mais » est- il, en effet, autre chose qu'une yi portion du goût général que les hom- » mes ont pour le plaisir? Cette passion » prétendue se détruit par son usage; » les passions réelles se fortifient sans » cesse. La première est bornée à un » temps quelconque ; les autres s'éten- » dent spr tout le cours de la vie. L'a- » mour enfin n'est qu'un besoin des sens, » et le plus court desplaisirs* Je vais déi^velopper ces idées. — Elles sont ab- •» surdes , mon ami. --^Pas tant y» pas tant, » monsieur Jérôme»

»D€ ce que la sensation du plaisir 31^ qu'on nomme amour est très -vive, » il ne s'ensuit pas que ce soit une pas- » sion. On la suppose m elle n'estpas; on )» croit même de bonne foi Réprouver; 3» on se détrompe par l'expérience. On* » a vu des gens, épris en apparence de x> la plus violente passion, prêts à sacri-

)» fier leur vie p^w un? I^mqie» qw l*att^ » raient fait p^iit- 4tre cpnime oii iait J9 dans l'ivresse dçs extravag anoea dont » OD rougit lorâqi^eHe «si dîi^^ipée; on » a vu ces genç $<içr4£i^r cette mêoie » f^mmei à Vt^npibitipQ» à Tavarice, à la » vanité 9 et même h H moàt. Citez<-moi » un ambiû^ui^i Mu «y^r^, wn orgueilleux » qui 9^ soit qprrîgt, Pourquoi cette diffé- » r^uce? C'est qu? les passions réelles vi- » vent çle Wur propre substance. L'amour, » m contraire; uou^ieulement s'use par » son us9g^9 ^ip^i que }e le disais tout-* 9 à-l'heure; m^ifl peudâut sa courte duï^rée il a be§oiu d'un peu de contvadie- » tÎQn , «t filor^ îl s'wsoeie l'amour- » propre, (|ui le soutient quelque temps.

» IV^sieui?, f éprit la bien - aimée, il p est des amans eupgbles de tout aaori-^ A fier k leur pa^^n* r^Madame, qu'est* » ce que cela prouve? 11 n'est pas de » goût sérieux ou frivole qui n'ait aussi » ses fanatiques La musique, la chasse^

I04 liEÔMtlJ

» la danse, peuvent devenir le goût ex- » clusif de quelqu'un , et fermer son cœur » à toutes les passions. Mettrez-vous pour 3) cela 9u rang des' passions la danse, la ^ chasse et la musique?

» Les grands et rares sacrifices^- que ^l'on connaisse, ont pi^sque tous été » faits par des femmes;' presque tous les » bons procédés leur appartiennent en » amoiu* , et même en amitié , surtout » quand elle a succédé'à l'amour. — Ah!

» monsieur veut se rétablir dans notre » esprit. — Non, madame; je velix sim- D plement remonter à IsL caùà^ dé la difnférente manière d'aimer des deux 3; sexes, et ce que j'ai à dire & ce sujet » ne vous plaira peut-être point Mais » qu'il me soit permis de présenter dans » toute son étendue un système que vous » n'adopterez pas , mais qui n'est poiilt •» aussi chimérique que vous paraissez » le croire. Je reprends.

p On. dit, et les femmes aiment à

» entendre dire qu'elles ont l'amé plus » sensible , plus sincère , plus coura-^ » geuse en amour que les hommes. Cela »viçnt uniquement de leur éducation, 3» si l'on peut donner ce nom au soin «qu'on prend d'amollir leur cœur, et » de leur laisser la tête vide. Les fem- » mes ne sont guère exposées qu'aux » impressions de l'amour, parce que les » hommes ne cherchent pas à leur ins- »pirer d'autres sentimens. Ne tenant » point à elles par les affaires, ils ne » peuvent former avec le sexe d'autres » liaisons que celles des plaisirs. Aussi, » la plupart de ces héroïnes de tendresse » passent leur vie à être flattées, gâtées, » séduites, abandonnées, livrées enfin » à elles-mêmes , et n'ayant pour resi) source qu'une dévotion de pratique, » d'ennui et d'intrigue. Cette dévotion » les occupe alors exclusivement, et n'est » pas. plus une, passion que l'amour au- » quel elle a succédé.

K>6 J^KÔMS.

ji L'éducation des hommes, tout tm- 3tpar&ite qu*elle est, a du moins Fa- A^vantage de les occuper, de reitiplir »kurs tètes d'idées lyonnes ou mau- 3» Taises, qui les détournent long-temps » de celle de s'attacher. Les affaires , n les emplois , les occupations qùel- 9 conques viennent ensuite , et ne lais- :xrseiit à l'amour qu'une place subor- » donnée à des intérêts plus puissans , D à de véritables passions. Ce qu'alors » les hommes nomment amour, est l'u* » sage de certains plaisirs qu'ils saisisr » sent d'abord avec ardeur, qu'ils varient > par dégoût et par inconstance , et aux- » queb ils sont enfin forcés de renoncer » quand ce plaisir cesse de leur conve- » nir ,ou quand ils n'y conviennent plus.

» Observez, mesdames, que si cet at- D trait du plaisir , qui séduit les deux ^ sexes, était vraiment une passion, les » effets en seraient précisément' les » mêmes , comme il est de fait que les

liRÔnc. a 07

» avares courent d'uoe mamère iavaj» riable aprèfi l'or^ et les ^bîtueux après p le» graades places. Tout Jbien exaimné^ x> il me semble que ramoiur n'est que » Taffaîre de ceux qui n'en ont point.

» ^-^ Âs^tu jamais Eût, JUivel, de ces 9 raisannemeos-Jà à too amante de Pa* .« ris? lui as^u laissé entrevoir que la » diéyotion serait un jour sou unique 9 ressource?-** Non, mon ami. Mon inp térét personnel, flus fort que Tamour , j» parce q^'il est passion :, ne me permet j> pas de donner des armes contre moi.

D Que j':épouse Ou non, je me conduirai » en falant homme ; voilà tout ce qu'une P femme raisonnable peut exiger. — > £t p si ces bons procédés s'étendent jus<i- 9» qu'à la fin de ta vie? ~ Ils prouveront y^ l'absence absolue de la passion , car il >»n'y a plus d'amour où les procédés >iieofnmencânt Mais je te vois venir.

» Tu veux m'opposiçr .ces liaisons qu'une p longue suite d'années a rendues xes-

Io8 JÉRO»S.

9 pectables , parce qu'on suppose que le » temps ne le% a point afiaiblies* Sais- B tu à quoi se réduit cet argument? Je

• vais te le dire. Les liaisons dont tu

• parles, sont celles que l'amour a pu » Êûre naître, mais que l'amitié a consa- » crées. En gâiéral, elles ne cessent 9 d'être oragteus<es que lorsque l'amour » est éteint. Ce sont des amans qui , tan- » tôt ivres de plaisir, tantôt tourmenj> tés par des caprices, des jalousies d'hu- » meur, ou de fausses délicatesses, pas- 9 sent quelquefois en un même jour des » caresses au dépit et à l'aigreur ; s'ofFen- » sent, se pardonnent, et se tyramiisent » mutuellement. Après ai^ir usé les plai- » sirs et les peines de l'amour, ces amans » se trouvent heureusement dignes d'être D ami$, et c'est de ce moment seul qu'ils » vivent heureux.

p Un état si rare et si délicieux serait »le charme d'un âge avancé, etempé^ />cherait de regretter la k jeunesse; La

» réflexion, qui détruit ou affaiblit les y> autres plaisirs, parce qu'ils consistent » dans une espèce d'ivresse, augmente » et consolidé celui-ci : notre bonheur »est doublé, quand' la raison nous en » démontre la réalité.

» A l'égard d'un autre genre de vieilles » liaisons que le public a la bonté de » respecter sur parole , que verrait-on , » si l'on pouvait voir de près? Des gens y> qui continuent de vivre ensemble , » parce qu'ils ont long-temps vécu ainsi.

» La force de l'habitude , l'incapacité de » vivre seul, la difficulté de former de » nouvelles liaisons, l'embarras d'un rôle » quelconque à remplir dans la société, n retiennent beaucoup de ces amans sans » amour, et donnent à l'ennui même un » air de constance. Ils ont cessé de se » plaire, et se sont devenus jiécessaires; » ils ne peuveint se quitter; iquelquefois » même ils ne' l'oseraient; ils soutiènr .)) Bent un rôle pénible par* pur respect

IIO JÉfiàut*

» humain. On s'est pris avec renjouc* » ment de l*ainaur; on a annoncé hau^ » tement son bonheur; on a contracté 3» un engagement devant le public; on s> Ta ratifié dans des occasions d'éclat 3) Le charme se dissipe avec le temps; » nilusion cesse ; on s'était regardé ré* » ciproquement comme parfaits; on ne D se trouve plus même estimables. On * se repent, on n'ose l'avouer, on s'obs- 9> tiue à vivre ensemble en se détestant^ }> et l'on tremble de rompre un engageai) ment dont on a fait gloire.

»Les vieilles liaisons exigent, pour n être heureuses , plus de qualités qu'on p ne Timagine. T^amour tient lieu de tout ».attx amans, son objet lui suffit; mais » Tobjet s'use , l'amour s'éteint, et il n'est 1» pas d'esprits assez féconds pour rem- 3> placer l'illusion et servir de ressource ï> contre la langueijr d'un téte-à-téte conn tînueL S'il existait de l'esprit de cette » espèce, il faudrait que les deux amans

nie possédassent au même degré, car 7> la stérilité de l'un boufferait la fécon- » dite de Tautre. Il n'y a q|ie l'esprit qui 9 serve toujours d'aliment à l'esprit : il » ne produit pas long-temps seul.

D On cherche, on aroit avoir trouvé, » et l'on cite des exemples de constance >i dans les hommes d'un âge avancé :

» cette constance n'est qu'extérieure. Un :0 vieillard ^excite au désir par la crainte « seule de ne plus paraître jeune; il ne » jouit qu^avec inquiétude, parce gu'il » tremble de laisser échapper ce qu'il » n'est pas sûr de retrouver. Dans la » jeunesse, on ne sent que les désirs; » ils s'éteignent par la jouissance, mais M ils renaissent à l'instant. La jeunesse » désire avec force, jouit avec confiance, »se dégoûte promptement, et quitte y> sans crainte , parce qu'elle remplace » avec facilité. Voilà, le secret de la lé*»

x>gèreté d'un âge et de la constance d'un » autre. *

1 1 !2 J1SRÔME.

»Jeme résume. J'ai démontré, je crois, » que les hommes naissent avec toutes » les passions, hors celle de l'amour; » que cette prétendue passion n'occupe «l'homme qu'un temps limité, tandis » que les passions réelles s'affermissent » par l'âge; que l'amour, comme la dé- » votion, n'est communément chez les » femmes que l'effet du désœuvrement; » que ce qu'on appelle pas'sions cons- » tantes n'existe que par des causes in- » dépendantes de l'amour, et je conclus » de tout cela, que nous avons tous plus » ou moins le goût du plaisir, que l'amour » n'est pas une passion, que même il » n'existe pas, et que le mot amour n'ex- » prime que le désir ou l'espèce d'ivresse » qui suit la première jouissance.

» Et moi, dit madame Derneval, sans » entreprendre de réfuter vos argumens, »je conclus tout le contraire. — Cela » doit être, madame; et je conviens qu'il » n'est pas de temps plus mal employé

JléRÔME. Il3

» que celui qu'on passe en disputes mé- » tapfaysiques. On a beaucoup parlé, et » chacun conserve sa première opinion.

» Mais permettez-moi, madame, de finir »par une question, et promettez - moi » d'y répondre avec sincérité. — Je vous » le promets, monsieur. — • Vous aimez » beaucoup notre général ; le fait est » constant. Mais l'aimez - vous précisé- » ment comme vous l'aimiez pendant » lès six premiers mois de votre ma- » riage? une demi-heure d'absence vous » paraît-elle insupportable? le retour de » l'objet aimé fait-il encore battre votre » coeur? un de ses regards allume-t-il ce » feu brûlant que décèle une aimable rou- » geur? passez -vous à parler de votre » amour des heures entières qui s'écou- » lent comme des secondes ? retrouvez- » vous en présence l'un de l'autre ce sini lence-qui occupe si délicieusement des » cœurs repliés sur eux-mêmes? Vous ^ écrivez-vous, quand vous êtes séparés,

Ij4 JCBÔMK'

» avec ce style inégal , mais rapide, qae 2) donne l'ivresse du désir? avez -vous » seulement pensé à comparer vos pre- 2) mières lettres à celles que vous avez » écrites il y a un an, il y a six mois, » il y a huit jours ? — Monsieur, je ne j> répondrai point à cela. -«-Prenez garde, » madame, ne pas répondre, c'e^t me 9 donner gain de cause. -^ Âbie, ahîe, » ma chère amie, dit le général. — Mais, D. monsieur, il semblerait, à vous en* » tendre, que je pourrais dans dix. ans » ne plys aimer mon ms^ï dw tout — j» L'aimer d'amour, m^dam^, la ^dK)se » est impossible; mais vous conserverez 9 pour lui un sentiment doy$,i moins » tumultueux, par cela même plus &*vcile à satis&ir^; et heureux les époux » qui, comme vouSi se préparent mus » s'en douter k remplacer l'amour par » des vertus. -^ Monsieur Luvel , vous » êtes affligeant. ~ Je vous assure» ma^ » dame, repris-je avec vivacité et sans

liaOME. 1 1 o

qu'il -ne m'afflige pas du

is répondu affirmativeroent

questions qu'il vous a faites,

hui, mon ami, je n'en doute

verrons plus tard. Oh, par

.isieur Luvel, reprit la bien-

ssez-nous notre erreur; elle

rme dç notre vie. Il est sûr,

e général, que ce monsieur

semble à un dénicheur de

)nsieur, laissons Dieu à l'in-

à Topprimé, saint Michel à

craignent le diable, et Ta-

-tant à ceux qui y croient.

loiis un peu aux dépens du

ce passe "» temps est assez

i)(l on n'y met pas Vacri-

coffroi- Yoyoqs, que]

• ces deux jeunes-gj

^ belles dames,

elles enlèvent à^

<ivec un souri:

'oiir?

le

Il6 JERÔMlf.

» — Mon général, je ne doute pas » que bientôt on ne voie la Êituité pé- » rir comme périssent les grands em- » pires, par Texcès de leur étendue. Il » n'est point de travers qui ne puisse »étre considéré; il n'en est point qui jo ne finisse par tomber dans le mépris.

dLcs gens dont vous me parlez sont 9 ce qu'on appelle gens à la mode y àe- »puis qu'il n'y a plus de petits - matj> ires. — Il a raison, mon aide-de-camp; x>il a raison, mesdames. On appelait vpetitS'maitreSy des jeunes-gens d'une » haute naissance, d'un rang élevé, d'une V figure aimable, d'un« imagination bril- » lante, d'une valeur éprouvée, remplis » d'ailleurs de grâces et de défauts. Dis- » tingués par des actions d'éclat, dàn- » gereux par leur conduite, ils jouaient » un rôle dans l'état, ils avaient du crév dit auprès du maître, ils méritaient «des éloges, avaient besoin d'indul- » gence , et possédaient l'art de tout

» obtenir. Tels furent les d'Epernon, les » Caylus, les Maugiron, les Bussy-d'Am- » boise. — Et tels ne sont plus leurs suc- » cesseurs,mon général. IN'ajant de cornx>^mun avec les premiers que le, ridicule, »le titre de petit-maître ne se donne »plus que par dérision à de pauvres » sujets qui cherchent, sans le*s attein- » dre , les travers distingués de leurs » prédécesseurs. En voilà assez, je crois, » sur les jeunes-gens dont vous me par- »lez. — Il a encore raison, mesdames, )} il a encofe raison. La galanterie est » morte avec la chevalerie , et le der- »nier des Français aimables, dans la » personne du duc de Nivernois. — Mon » général, la folie humaine, en amour » comme en modes, n'a qu'un cercle à » parcourir. Quand elle est revenue au » point d'où elle était partie, il faut » qu'elle recommence ; et qui sait si l'on » ne verra pas bientôt la chevalerie re- » naître, comme on a vu se reproduire

ii8 jerôheJ

» la fraise de Gabrielle d'Estrées? -^ 5c » vous avoue, monsieur Luvel^que j*cn x> serais fort aise. On se moque des siè- » clés reculés , pour se dispenser de con- » venir combien on est au-dessous de » ces gens4à. Ils Élisaient tout avec nO" » blesse,, et je m'aperçois à regret que » le vice lui-même peut dégénérer; par 3t exempte, ce qu'on appelait jadis un » homme à bonnes fortunes y ne pouvait » l'être que par les grâces de la figure Si et de Tesprit. Avant que d'oser se pré- » senter sur ce pied-là, il était persuadé » de son mérite par les prévenances » dont il était l'objet. Trop recherché » pour être constant , il était entraîné » par la quantité de femmes aimables, » qui venaient, pour ainsi dire, s'offrir.

» L'inconstance était souvent moins l'ef- » fet de son caractère que celui de sa » situation. Il était léger, sans être per- » fide : hé bien , c'est tout le contraire » aujourd'hui

» Il semble que la plupart île ceux » qui veulent être homjnes à Id mode , » hommes du bon ton y hommes du bon T» genre, aient une vocation opposée au » rôle qu'ils prétendent jouer. C'est une » profession qu'on prend, qu'on étudie, » qu'on exerce, comme on prend le par- » ti. du barreau, du service, ou comme A^u se faisait homme d'église quand le » lâétier valait quelque chose, sans s'infttet^oger sur ses moyens, sur ses ta- » kns^ sur ses qualités. Ce qu'il y a de » très-^fôtenant, c'est que tout cela est » toùt-à*-feit indifférent pour le succès.

» Pour réussir dans cette carrière, il suf- » fit de s'y présenter. On y voit briller » des jeunes*gens à qui l'on conseilie- »rait volontiers d'acquérir quelques » qualités qui puissent faire oublier » leur -peu d'agrément On commence » à jouer ce personnage-là sans figure, » on le* soutient sai^s esprit, on le «pousse jusqu'à la vieillesse : on ne.

laO TIÉROME.

» croirait pas qu'il pût y avoir presmp^ » tion en ce genre. Tout cela n'est pas » du tout à l'bonneur des femmes , je » le sais; aussi me garderai-je bien de » dire ce que j'en pense devant toute x> autre que madame Derneval ou son » amie.

» — Monsieur Luvel, et cette dame qui » donne quatorze ans à sa fille qui en a dix- » huit , pour qu'on ne la soupçonne pas » d'en avoir qiiarante; qui a toujours quel- » que chose à me dire à roreille;qui parsdt » vouloir me parler d'affaires , et qui ne » me fait que des contes pour rire; qui, » enfin, veut persuader à tout le monde » que ce rire est une marque de protec- ))tion, ou, pour parler plus modeste* » ment, de bienveillance? — Oh, mon » général, cette dame est ce qu'on ap- » pelait, il y a quelques années, une in- )» trigante , et je ne sais si l'on a donné » à ces femmes-là un titre plus expres- » sif; mais celles d'aujourd'hui ressemblent

» blèpt aux intrigantes que j*ai connues:

» dès que j'ai pu apprécier les choses , »et (^les-là ressemblaient probable^ »iaeiit aux intrigantes de la coih* de »Pharamond, s'il y en avait^ ce dont » je doiM:e un peu. Elles sont en assez » grand nombre, sans cependant former » un corps. Si elles se connaissent -tou-^ » tes,, ce n'est que pour s'éviter, de peur » de se trouver en concurrence. Il en » est de toutes les. classes, et toutes ont » le même tour d'esprit , souvent les » mêmes vues, mais des intérêts oppo- » ses. Elles prennent chacune un dépar- » tement, comme si, par une conven- » tien tacite , elles s'étaient partagé Les » affîtires. Cependant, elles n'en rejet* » tent aucune. Hles connaissent des pré^ » férences et jam'ais de bornes. La dé- » vôtion et l'amour s'allient parfaitement » avec l'intrigue. Ce qui serait pour d'au- >} tr^sjoilissapos pu habitude, n'est qu'un, jt rassort pour les intrigantes. Elles n'aïv. 6

adoptent rien comme principe; elles D emplotetit tout comme moyen.

non les AiépriM, on les craint, oti 3» Us ménage, on les rectierdhe^ Il s'en » fimt bien cependant que letir crédit 3» réponde à l'opimon qu'od en a , ni »méme anic apparences^ On leur fait >^faonneur d^ bien des choses où elles 39 n'ont aucune part, quoiqu'elles ne né* ?> gligent rien po«Rr le &ire croire ; c^est » ta fatuité de leur état. Elles cachent » sûigneuBemenl le peu d'égards-, et 7^ même le tnéprts qu'ont pofir eMesceux )> dont elles s'appuient hautement Que }>de gens en place dont le nom seul est mutile, ou nuit à letjo: insu!

V On commence le métier d'io^rigasile ^pair ambition, par avarice ^ par inquiet i^tudc; on le continue par nécessité, 3i poisrcoiifiierver la seule exisitet^cequ'on » ait au monde< Une ii^riganto, tant 2^ qu'elle edt à la H»^e, est l'ol^j^t '^s n déikins et des isards : (ïUe tombe daos

» un avilissement décidé du moment où » elle reste t>isîve, parce qpe cette oisim veté dévoile son impuissance.

. 9 On est souvent étonné du pett d'es« n prit de la plupart des femmes qui se 1^ mêlent d'intriguer^ et ce ne sont pas » celles qui réussissent le tnoiiis.' U est » encore cetlaitL que Tintrigaiste la plui y habile ne l'est jamais assez pouf en évi* j> ter la- réputation. Cette réputd^ti^ii nuit j> quelquefois à leurs projets; mais elle » leur sert aussi comme une enseigne à

* un bureau d^adresse.

» **- Monsieur Luvely et ee joK lieutenant 91 de draigons , si assidu près deT moi, si » empi^esséafvecmadameDertieval,hem^

• qu'en pensez-voiïS?---Mon général, ]> celui-là edt iln jeuue ofôdiei^ Mûçàils A dans toute Tétendue du met Bti FrStti6t » on exerce cette professio^n avec hon- »ueur, ^rarement avec applicatrd^, et n presque jamais comme un d^jet d'é- >» *ttde* La plupart de ceux qui s'y livreiat

1 24 J£RÔX£.

» avec le plus d^ardeur, ne soupçonnent »pas avoir besoin d'autre chose que de 5> courage,.et.croientqu'avoir vieilli c'est » avoir de l'expérience.

» jLes officiers en sous-ordre roulent » de garnison en garnison , et l'oisiveté > 2> &it leur existence, Ils connaissent 1»

» régiment où ils servent, et ne se dou* » tent pas qu'il y ait un art de guerre.

».Ceux que les circonstances placent » dans un ordre plus élevé n'en ont pas 3>plus d'idée, et remplacent l'oisiveté 9 par les plaisirs. Ainsi , la valeur natun relie à la nation lui serait souvent inu- »J:ile, et quelquefois funeste, s'il ne s'é- » levait des génies heureux, nés avec D des talens, et sachant acquérir l'art p d'employer utilement tant de bras et f de courage.

» — Je vois, monsieur Luvel, qu'un 7> très-petit.uQmbre des personnes que » je reçois échapperaient à votre coup- » d'œil rapide, et je suis forcé de con-

JIÉRÔMÉ. 125

» venir de la jastesse de votre jugement.

» Cependant /on ne peut vivre seul, et » il faut passer bien des choses aux «•autres, puisqu'il est à*peu-près impos- » sible de composer ce qu'on appelle si 1? improprement partout une bonne so- » ciété. Pour mériter vraiment ce titre, » il faudrait, ce me semble, qu'une so- » ciété fût peu nombreuse, choisie, et.

» variée sans être mêlée; que les caractè- » res offrissent dés difïérences,sans oppo- 9 sition; que les esprits eussent une tour^ » nure singulière et naturelle, sans afFecy> tation ni bizarrerie. Il faudrait delà raî- » son sans pédantisme, et de la liberté sans » extravagance; que rien ne fût exclus » de la conversation; que rien ne fût pré- » féré ; que lé discours y sans être ni froi- » dément compassé ni follement décousu, » traitât tous les sujets qui peuvent se » présenter à des personnes d'états difx) férens , toutes instruites ou aimables, 9 mais surtoutestimables dans leur état.

ia6 lÉROMlE.

]> — Mon généial , si un hasard beureirx 1» réunissait une telle société, il serait :» inutile de ]H*endre des précautions V pour qu elle subsistât : elle resterait n unie par un attachement que la mau^ 9 Taise compagnie ne Tiendrait point al« 9 té|*er. On croit communément qu'il faut 9 des soins pour l'éloigner : pas du tout; 9 la mauTaise compagnie se fait justice )» elle-même; die s'éloigne delà bonne^ » parce qu'elle s'y ennuie autant qu'elle 9 y est déplacée. Et si cela n'était ainsi, » quelle ressource aurait-on contre cer- » tains importuns à qui leur rang ouTre » toutes les portes ? Leur propre ennui » eit une sauTe - garde contre leur im- A pprtuoité.

» — ' Hé, monsieur Luvel, que nous 9 sommes étourdis! En passant en re- »Tue certains personnages remarqua- »bles, nous aTons oublié un original » qui s'estime beaucoup, mais dont tout »le mondç se moque, excepté proba-

» blement ceux qui mangent sa soope.

.»Qiie dites-* TOUS de cet homme qui t) vous aborde k centre en avant et le » jarret tendu, autant qu'il peut le ten- » dre; qui écoute avec dignité .ce que 9 vous lui répondez dans son cornet; » qui salue à peine ses supérieurs, ja*- 3> mais ses égaux, et qui tutoie tous les y> autres; qui oublie qu'il a fait le mé«ja tier de ^int £loi^, et ne se doute point p qu'on d^ouvre sa crasse c»*iginelle « sous son style et son orthographe de » servante de cabaret? -^ Hé, c'est mon- V sieur Molint, qui se persuade que son » ventre et un peu d'argent bien ou mal y> acquis sont des qualités essentielles. 3» Monsieur Molini est un sot.

j> Monsieur l'athée, dit madame Der- »neyal,.je crois que c'est assez disserx> ter pour ce soir. Permettes que nous j» nous occupions un peu de nos chers » blessés. — J'espère, madame, que mon

* Orfèvre.

IftS . JÉRÔME.

» athéisme n'influera ni sur votre es- 9 time ni sur votre bienveillance. Les » athées sont toujours de fort honnêtes » gens, parce qu'ils sont livrés à des ré^ y> flexions, à des recherches, qui prou- ;i^ vent l'absence des passions, et que les » gens passionnés seuls troublent l'or- » dre public. — Cela se peut, monsieur; » mais certainement il n'en est pas de 7» même des athées en amour. Le sys«- » tème de ceux-ci pourrait fort bien •5). n'être qu'ûiie suite du besoin de l'in- » constance onde quelque chose de pis- ^>Ma chère amie, reprit le. général, je >> vous dehxatide grâce pour ce pauvre ».Luvel. N'attachons pas à ses discours ys plus d'importance qia^on n'en doit mel- » tre à dès jeux d'esprit.

i>Oui, oui, disais -je pendant que la » femme charmante m'aidait à me metj» tre au liJt, que madame Derneval lui » fasse grâce si elle veut, moi je ne lui » pardonnerai jamais. Un homme qui

» veut me persuader que je ne sens pas yi ce que sens; que je puis ne pas éprou- » ver demain un sentiment qui depuis » six any, ne fait que s'accroître! Il n'a » donc pas d'yeux , car faut - il d'autre » garant d'une passion éternelle que cette » figure céleste, et ce cœur si sensible « et si bon, d'où jaillissent des torrent » de feu qui viennent se fondre dans le

»mien?. Oui, oui, nous formons

» un tout de deux corps qu'anime une » seule ame. O, monsieur Luvel, je fe^ »rai justice de vous, et )e vous dénon-^ »'cerai à toutes les femmes. Puiss^nt- » elles vous trouver une physionomie » sans expression , ne pas sentir votre )> esprit, ne jamais vous croire sincère, » et toujours rejeter votre hommage! »

Quelle humeur peut résister au baiser le plus doux? La mienne s'évanouit au premier que je reçus. Celui-là m'en fit désirer un second , qui me fut accordé. J'en voulais un troisième, un

1 3a ' J^EÔMEr

quatrième ; je voulais ne pas finir; mais Lucie était là;

Je suivis de l'œil la toilette de la bienaimée : il y a toujours quelque* chose à gagner pour Tamour. Il glane où il ne peat moissonner; et si le plaisir n'est qu'une situation , il laisse entrevoir le bonheur, qui est un état pour l'ame.

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