IV
^^iQuiu^ filait àise hs
■Mot c«Bi&& :ieciûie; et pifijifit qu'il pwcuuiaiiî Ib^ bi MtMli> JTi— inf I, qu*3 lEnu^eoil: le ièti: il^stiiicr^ ^"^ sorveil- I«u^ r:iiT3oçnBaLt JTtÊm ^miiitw! ambi- ^ . <{a JL Jbaœicfc 4is ovdves po«r k 1^ i^ttà «{errait »■ Mil lier b ■nit,. je causais, ntn:« :$<tr «k bivae de ^aon, dans on Hil^miiiiMMi ihiMrtn— r\ an Ibod d ane ;ji>^tte <^uict»e — je cans^! — 5e faîsaKâ^^ ^die cetiL? ObLbfien peu de oMtse de pbe^. ea Twile. £Ue
iiiffiç-
Ettem
ém
i46 jimoMB.
des fiUes jdlies et sages, à des jeunes gens honnêtes et laborieux. lis n'ont f9is çomm les pisisirs bru^ans d'une mût tjiHaultueitse ; ils s'éveîilaient ponr F€%»fttlre au bonheur : leiir premier mot ^Uît mmow, k second reconnaissance.
Le général nous dit en se levant, qu'il sft proposait de partir le lendemain pour Pariç. « Madame Biid«r, ajouta^t^l, n'en » s^a pas fâchée, elle a remis son coai* V laerçe ^n des mains sures; mais rien •» ^'est t>el <sfm l'oeil du maître; le bon »]ua Fontaine l'a dit Au reste^ si l'on »etva4t abusé de sa confiance^ elle a » d'a^eurs de quoi vivre commodément » Prenea ced, belle dame ». C'Aait un Ibrevet d^ pension, à laxpMile le grade du son mari ne lui permettait pas de prétendre ; on la ^aitait oomme ie preux Fratiçois I^ eut traité la veuve de Bayard.
Je n'avais jusqu'alors éprouvé pour le général qu^une affection sincère, tem-' péiéfi par k respect k plus Ibndé. Je ne
JBHÔMB. 147
kîs pas maître de moi; je lui sautai ati cou, et je ie serraéi dans «les bras aussi long «^ temps ^ aussi fort que si j'enssie embrassé LuTel. Etonné de ce qfM j'air^s fait, je reculai de lAx pas ; j'aurai reottlé de six toises, si la ehe«' minée ne «i'eùt arrêté, tf Pardon, lut »dîs^, mille ptrdons, général; poiH^ » penser à l'étiquette il fistut «e posséder, » et le sentiment fait tout oublier, tiors » le bienfait. — Payez toujours ainsi, ïéw rônïe; votre mstfiîèreest la bonne pour » ceux qm n'obtîgent point par Vanité ».
Madame f)^^neval félicitait, erabras* sâittabien-aimée. La femme charmante ne^is^it rien; mais ses yeux, ses étrein-^
tes*!. La réponse du général lui avait
fait ato9si oublier les distances : nos bienfaiteifrrs n'étaient pas descendus; ils nous auraient permis de monter jiasqii'à emL
Om donna un magnifique et der*nier dînera rhat€!l;ie commaiideur était du nombre de ceux qui devaient l'em^
l48 JÉRÔME.
bellir. Il s'était placé à la droite de la bien -aimée; mais j'étais à sa gauche, et si je ne pus rien dire de. particulier, du moins fut-il forcé de donner à la conversasation une tournure générale. Monsieur Derneval avait raisoq; je n'ai pas connu d'homme fait pour plaire comme celui, là, quand il en voulait prendre la peine.
Il fit le charme du dîner, et je ne trouvai pas mauvais que la femme charinante éprouvât du plaisir à l'entendre. Mais au dessert, il déclara qu'il piartait avec nous, et cela me déplut excessivement. « Je viens de quitter le » service , dit-il au général ; ainsi je ne 2) tiens à rien. J'ai un revenu considé- » rable; je puis le dépenser à Paris comme » à Milan. Je vous arme, je vous estime, » et j'irai vivre avec vous. Je vous avoue » franchement que madame Ruder entre » pour quelque chose dans mon projet:
» si oh vieillit auprès d'elle, ce doit être » du moins sans qu'on s'en aperçoive.
» Permettez - moi d'espérer , madame , » qtie vous m'accorderez votre amitié » quand vous me connaîtrez mieux ». Je n'ai jamais cru à une amitié désintéressée entre une femme charmante et un homme aimable : je ne sais quelle mine je fis; mais elle devait rendre d'une manière bien significative ce qui se passait en mioi, car le général me regarda d'une façon à me faire baisser les yeux.
Je sentis bien qiie j'avais manqué aux bienséaùces; mais que me faisaient des us^lges comparés aux intérêts démon cœur? Après tout,ipensai-jej si ma mine a déplu au commandeur , il n'a qu'à le dire ; nous avons chacun une épée , et je ne serais pas fâché de me défaire de cet ami- là. : '^
La I^ien-aimée ne lui fit pas de mine, et cela me choqua, encore; elle donna à ce qu'elle répondit une tournure douce, attirante /qui 9 selon moi $ se réduisait à ceci : Monsieur, je vous rennercie de
l5o ^ÉftÔKB.
VOS offres, et je les accepte avec sb scSdsîble plaism EUe n'avait pas dit un mot qui e^ût un rapport direct à eela; mais .il me plaisait d'eateadre aiii»«
Ma tête se monta. Un an plus tôt, j'aurais éclaté en pubHc; mms je dere* naîstoiit-à'fait Français : je craignais le jîdicule. Je me {M*éparii à une de ces scènes conjugales où l'épouse inuocetite est toujours lictime de l'injustice du mari Oh! les. vilains hommies^ les vilains hommes!
a Je VOIS, Madame... '^Madame! Li^ » cie n'est phis avec nons , mon amL ««^ j» Je vois 9 madame avec le <iiagrm le xphis prokmd^ ks progrès du com« 3»mandeur près de vous— Ah moiH » sieur continue d'avoir de l'humenr. — j» J'en ai, madame, e€ beaucoup^. Yotre » réponse à monsiéiir deNosari^;. *^Wé^ » tait que polier -^ Affectneuse. -^ Je me s suis mitùe attachée k la isiire froide.
» »*- C'egl qu'elle ne Tétait pas madame;
T^ÔME. l5l
1» eUe ne Tétait pars du tout — Voulez* » TOUS, monsieur, qpe j^ vôiis rappelé » les mots? *~ Eh, madame, c*e9t bien » des mots qu'il s'agit! Âurézs^toi» aussi, » la bonne foi de rappeler ce regard »qm portant la satisfaction dans son * cemr et le désespoir dans le mien? — » Jérôme, je n'ai jamais eu de tort enreris i^ vous, et je me sms promis de n*en ja- » mais avoir. Il |i*est pas d*amour sans a» confiiJBnce, et si vous m'aimez autatnt >que j'ai lieu de le croire, notre expli- » cation doit finir là. ~-]!Toft, liiadame, »nan; je ne suis pas de ces hommes s i|tD s'arrangent du partage d^un ecrar.
9 *^ Votre intenlioD, monsieur, est-elle 3» de m'oistrager?-^Mon intention, ma- » dfame, est de vous dire tout ce que je 9 pense. Vous intéressez trop le com* )>m»id6ur pour qu'il ne me déplaise vpas infiniment, et je me flatte que » vous cesserez de le voir. — Ah , Jérôme!
9 Jérôme! Si jeune encore, vouloir être
J Sa JÉRÔME.
» tyran! — Je le sais, madame; c'est ainsi »quon nomme ceux qui soutiennent » leurs droits. — Des droits, monsieur!
» des droits! Quels sont les vôtres, s'il » vous plaît, que ceux que je puis res* » treindre ou supprimer à mon gré? — » A' votre gré, madame! Ah! cet effort » est en votre puissance! Il est donp dé- » montré que vous ne m'aimez plus? — » Je ne t'aime plus, ingrat! je ne t'aime » plus! Eh bien, si tu n'as pas reconnu » dans tout ce que j'ai fait pour toi cet » amour brûlant, désintéressé, invariar » ble, qui fit jusqu'à ce moment le bon- » heur de ma vie; si, pour te convaincre j> de sa réalité, il faut que je sois une » femme bizarre, extravagante, injuste, » que je rompe ouvertement avec l'ami » de ton bienfaiteur, avec un homme » que son âge et, ses qualités devaient omettre au-dessus du soupçon, je suis 5) prête à le faire; j'aurai même la gé- » nérosité de me chargea seule du blâme
jërÔme. i53
39 qui doit suivre une démarche de cette » nature ». .
Elle se leva, et se mit devant un secrétaire. « Dictez, monsieur, je vais » écnife t. : .:
Ce dévouement absolu, cette soumission au caprice le plus inexplicable; m'inspirèrent un retour sUr moi-même, un mouvement de honte, qui ne me permirent plus d'ouvrir la bouche. J'étais debout devant elle, atterré, con*tristé de la sottise que je venais de faire, mais ti'op orgueilleux encore pour en innplorer le pardon. Sa poitrine était oppressée;, ses yeux étaient gros de larmes, qu'elle s'efforçait de retenir : je savais cependant qu'il ne fallait qu'un mot pour, ramener le calme dans son ame et le sourire sur ses lèvres, j'eus la cruauté. de ne pas le dire.
«Vqus n'êtè3 point, répéta-t-elle avec » le tpQ d'une tristesse profonde, de ces » hommes qui s'arrangent du partage
|54 JSBÔMB.
» d'un cœur! Voilà de ce$ traits qui dé« 3>chirent, et que doit attendre mie 9 femme qui oublie sou deroir. On ne » doit reconnaître de cause de sa £»•« 3> blesse que l'attrait du plaisir. Et où ]» est en effet le terake où elle s'arrêtera? 9 Son complice lui-même, qui a cessé » de l'estimer au mome&t où ont cessé » ses espéranees> n'a que trop de raîsosis j>i^e croire que ce qu'elle a ieit pour j> lui, eUe le fera pour ceux qui cher* ^ cheront à lui plaire, et bientôt le mé- » pris et l'abandon deviennent la jusie 9» punition de Sâ faute ».
Je ne pus en écouter davantage. Je tombai à ses pieds et le front courbé {dans la poussière : « Grâce, grâce, m'é- 1» criai-je. Je suis un insensé, je suis un . }6i monstre, puisque )'ai pu tous offenser, n Mais vous mépTiser, vous abandonner, . ]» vous pourriez le croire! vous avez pu ^^jone le dire! point d'amour vrai sans 9 estime, et le mien est teMement lié à
» mon être, qu'il ne peut me qnitter sans. » emporter niâ vie »b Je me levai, je pris la plume, j'écrivis i
a Monsieur,
» Un mouvement de jalousie ra*a fertt » outrager ttne femme que j'aime avec » idolâtrie, et qui mérite mon |3l«s pro^ '»fond respect Je lui ai demandé im » pardon qu'elle m'accordera peut-être, » et je ne rougij point de vous faire des » excuses, à vons, monsieur, envers qui fi je me suis comporté de la manière la » plife répréhensiblé pendant ce n^al- » heureux dîner. Croyez ».
Elle était restée assise, et j'avais commencé à écrire debout. Elle lisait ce que j'écrivais, et à mesure que je |ne soulageais par Taveu de mes fautes, des larmes douces coulaient de ses yeux.
Je posai la plume pour lès recueillir, •pour tes essuyer. « Ab! laisse-les couler, » dit^elle; celles-ci sont les larmes en
l56 JÉRÔME.
» plaisir d. Elle s'approéhait de moi, elle m'attirait doucement; j'étais sur ses genoux et ma lettre elle Ja déchira.
ce C'en est assez, c'en est assez, l'amour » est satisfait, et tu n'as pas eu envers le » commandeur de torts qui nécessitent » une réparation de cette nature. Cher » enfant, plus de ces scènes -là, je t'en 3» supplie ; tu ne sais pas quel maltu 3> m'as fait ». Je ne savais pas ce que je devais admirer davantage de ses charmes ou de sa bonté; je ne sais ce que je lui répondis; mais ce feu divin, comprimé un moment, s'échappa de nos cœurs avec une égale violence.... L'amour avait remplacé Lucie, et ce témoin -là n'est jamais indiscret.
« Ah, dit-elle, en revenant de la plus » délicieuse ivresse, elles existent donc, » ces douceurs si vantées d'un raccom- »modement! mais elles coûtent trop » cher. Mon ami, ne nous raccommo- > dons plus. — Non, femme céleste; que
» rien n'altère désormais les charmes de » notre union. Rendons-la solide autant »que respectable. Forçpnsies méchans » eux-même^à convenir que vous avez » mis le comble à vos bienfaits : je vous » demandé votre main; accordez-ia-moi.
w — J'attendais. cette proposition; lu » me la devais, mon arai... — Aqui lafait- » on, qu'à celle qu'on estime et qu'on » veut aimer toute sa vie ? — Depuis long- » temps je suis préparée à te répondre.
» 3'ai pris une détermination réfléchie, » invariable. Je jure, par l'amour et l'hon- » neur, de ne point m'en écarter.
»Mon ami, je suis assez bien, je le » sais , pour ne pas mettre d'amour- » propre à en convenir franchement; » je n'ai encore que vingt-quatre ans; » mais tu n'en as pas dix-sept. La beauté, » passe vite; les passions s'éteignent len- » tement^, Il ne me restera rien de ce » qui te séduit maintenant, que tu seras «jeune encore pour l'amour. .Quelle sc-
1 56 liaèiCK.
»TsAt ma dodieur si^ m'étant flattée » d'être aimée aussi conslamment qpe »j'ahneraî& moi-même, je te voyais » remplacer le sentiment par des pro- » cédés d'autant pli]$ cruels^ qu'ils in»
» terdiàent la plainte, doitt ils sont le émotif le plus amer? Je connais cette D sorte de respect dont certains maris »font métier, et dont ils ont^l'atidace » et la lâcheté de se faire honneur. Une » femmfC pour qui son mari a des égards » n'est aujourd'hui qu'uite inibrtonée 3» trop décente pour se plaindre, et assez » forte pour dévorer ses chagrius. Que » gagnerait -elle, d'ailleurs, à réclamer » l'équité naturelle, si différente de là » justice des hommes , puisque le mari » le plus injuste et le plus authentique* >m«nt méprisable trouve souvent de » la protection dans les lois, et toujoufrs 9 des approbateurs parmi ses^ sembla^ 3» bles? Il faut qu'il ait bien scandaleu- » setnent tort^ avant que le monde l'atp-
7£&6icie. iSg
»cu$e. Tu as ua exceUent cceur, aion y ami; mais la vivacité de tes passioas ]> me fiait trembler. — EUes a'out qu^ua 2>objetvy ma boDoe amîe; jamais elles «n'en auront d^autre, et leur vivacité » même doit vous rassurer Je n'aurai » jamais le moindre Irait de ressem^ » blance avec le tableau que vous venez » de m'opposer : c'est celui d'uu homme » abominable. -—Tu le croîs chargé , » cher enfant, et je ne £siis que généra- D liser mes idées : çie di^ais-tu si je les y^ (particularisais? Tu cesseras de m'aimer »on jour. Cette prévoyance, pour être )> cruelle, n'en est pas moins fondée sur ^ l'expérience. .D'abord tu craindras de i>ûi'affliger; tu me cacherais tes dé**- 9 marches, et la C(mtrainte que tu t'im* M poseras te fera bi^itot passer de l'ini>4ii£érence au dégoût. Alors, si j'étais j» ta femmie, naîtraient les chagrins do* j^mestiques^ l'ennui dass l'intérieur, »lea tracasseries réciproques, l'aigreur
dbyGoosle
i6o jÉRÔMiri
» d'une 'part, et peut-être la haine de » Tautre. Je veux, à l'époque fatale, qu'il » m'en coûte ou non, pouvoir te rendre » ta liberté. Je veux que tu portas par- » tout un cœur que personne ne fixera, » que tu uses, pour ainsi dire, le plaisir, » et c'est alors que le vide de ton ame » te fera sentir le besoin de l'amitié. Tu » reviendras à moi, à moi, toujours dis- » posée à écouter tes plaintes, à parta- » ger tes peines, à doubler- tes jouis- » sauces par l'intérêt qu'elles m'inspi- » reront. Ce moment sera celui de mon >) triomphe, parce que mon empire, in-* » dépendant ' des passions, sera établi » sur l'estime, la confiance, et ne s'af^ » faiblira jamais. Voici donc quelle est » ma rés»olution; je la prononce avec le » calme 'de la raison : ainsi il serait inu- » tile d*entreprendre de me la faire chan- » ger. Ce que ramante la plus tendre » peut proidiguer de prévenances, d'àt- «tentions, d'égards, de faveurs, t'^ap-
JEROME. l6't
»partiendra sans partage; mais jamais » tu ne seras mon époux ».
Je Técoutais avec un étonnement qui tenait de la stupéfaction. Je ne concevais; point qu'elle refusât l'offre laplus flat-' teuse que puisse faire un homme aimé*.
Si le commandeur n'eût été engagé irrévocablement dans son ordre, j'aurais pensé que les motifs qu'elle m'opposait, et qui ne me paraissaient que spécieux, tendaient à m'éloigner d'elle itisensibler ment Je rejetai cette idée, et j'entrepris de la convaincre par le plus fort des raisonnement. <r Pouvez-vous vous abuser, » ma bonne, ma tendre amie, sur le plan » de vie que vous me proposer? Ignorez- » vous de quel blâme on charge une fem* » me libre, qui a un amant avoué, auquel » elle ne refuse que de légitimer son » amour? — Tu ne me diras rien là-dessus, » que je ne me sois déjà dit. Je n'ai plus » qu'un sacrifice à te faire, celui de ma » réputation; je te le fais, cher enfant d.
i69 fiÊiàwc.
Je répiîqaai, j'insistai^ je la {cessai* «Ma chambre toudie k la tieimey la Importe en est ouTerte; sois dès ce béo- » ment mon ami^Bi ta ne veux pbs être » que cela ». Je courus, je Tofaii, et le jour me trouva dans ses bras.
Koos deseendimes diex le générai Les Yoitiues étaioik à la porte Moi^ sieur, madmne Deraeval et le comiBaii^ deur montèroït dans la première. H y restât une place. Ule {'«urait prise que je n'eusse pas miiirmwé : la scène de la Ycitte était encore si près de mcÂl Lirrel sauiàdans laberUne* Qnel pbiûr il nie fil!
Je me retournai, je la cfawdiai. JEUe était montée dans vx» chaise de poste à deux plaoea. Le secrétaire du générai tmait la portière; il aHait mettre le pied à l'étrier. Mille pardons, monsieur, lui dis*je en passant entre lui et la clmise.
Il m'entendit à merveilles, et prit un cabnolet de moitié avec f intendant. Ja
me* plaçai auprès d'elle, bîeB persuadé que l'on considérerait cet arrangement conmie un effet du hasard* Les amans seulfl s'imaginent que Ton croit à ces ba* ^âotls-là.
Nous couBrûmes jour et rniît tfous ar*rivâmes à Paris très4atigiiés> mais sibeufeux! Je la conduisis à sa rae die Bussy , et le cabinet c|ui'oci a^vaôt préparé pour moi y et la chaise de poste, et le boudoir de madame Derneral, tout cela était la même chose. Il esit un âge où l'on se délasse pair Texeès meoae du bonheur.
Son commevoe s'était accru avi'delà de ses espârances. UnefiUe de ipiairante au») dont la probité n'était comparable qu'à sa laîdeury et que peul'étre elle agirait choisie exprèa, avait conduit ses afiBûres pendant son aîbs<6nce. Sa pension ajoa-»
tait considérablement à son bien-«tre« £Ue garda cette fille, afin que je pusse iK>ir le monde: c'est qu*eHe comptait le voir avec moi» « Un peu de bruit, me
i64 jjérôme.
» disait-elle, repose l'amour un moment; » et il peut être avantageux de se lais- » ser quelquefois aller au tourbillon.
» Toutes les femmes aimables voudront » te plaire; je m'efforcerai de le «lériter.
» Tu me quitteras avec peine ; tu me » chercberas dans la foule, tu me re- » trouveras avec transport, et ton cœur » sera long -temps neuf auprès d'une » amante qui saura rajeunir sans cesse » le plus délicieux des plaisirs ».
La plus grande partie du jour était consacrée au devoir et à l'amitié respectueuse. Je la passais entre monsieur et madame Derneval. Le soir, Luvel et moi nous sortions. Il courait chez celle pour qui, d'après son système, il ne pouvait avoir qu'un goût léger. Il l'avait trouvée grandie , embellie , et elle lui tournait la tête, quoiqu'il n'en voulût pas convenir. Moi, je courais à ma rue de Ëussy, « Ah! te voilà! — • J'ai bien » tardé. — Oui, jamais assez tôt. — Et
J£RÔM£. l65
» jamais assez long-temps ». Nous nous cachions dans un fiacre : nous allions entendre ou Molière, ou Corneille, ou Grétry, dont le talent honore l'Institut, ou Guillard, qui peut-être l'honorera quelque jour : les dieux sont lents à faire justice; mais enfin ils la font
Si le spectacle n'est pas toujours l'école des mœurs , il est certainement la meilleure école dû monde ^ quoi qu'en dise l'atrabilaire Geoffroi, qui prend des sophismes pour des raisonnemens, et qui se sert de son esprit, quand il en a, comme un mauvais dessinateur prodigue Te coloris. Nous sortions enchantés du Misanthrope y diOEdipe à ColonnCy de Syhain ou du Cid. Nous sout pions. La laide fille se mettait en tiers, et cette contrainte passagère donnait un nouveau charme à la nuit. Elles étaient toutes les mêmes, ces nuits de bonheur, et cependant celle de^ la; yeille ne ressemblait pas à celle du* lendemain.
f66 jMbohe.
Cette félîcîlé pore, inaltérable, darait depuis deux ans. Le commandeor de Nosari luinnêflie senblmt la respecter.
Il se conduisait en homme qui attrad, qui prépare Tamitié. Toujours ane ex«* tréme réserTe était jointe à la plus pi^ quante amabilité. Il «voyait tous les jours la bien-* aimée chez le générsd. Elle ne manquait pas d'aller rendre ses deToirs, ifétaît ie prétexte; fj étais, c'était le motif; et si les nuits sont courtes quand en les passe ensemble,* il est assez naturel de gagner quelque chose sur Id longueur des journées. Si le oommàn* deur Tenait à la irue de Bussy, c^était lorsque j'y retournais, <f était avec moi.
Ses visites étaient comtes; il parlait peu, et tout se réduisait à ceci : La fièvre n'est pas un état natord. Elle passera; l'amitié aun| son tour. Ses espérances ne m'alarmaient plus. Il était cependant le même qu'au ^(yur de cette scène extravagante; mû^ fêtais sûr d'avoir là
JÉftÔME. 167
fièvre le reste de ma vie : je le croyais du moiiiB. Ua évéaement bien imprévu, bien lextraordînaire m'ouvrit enfin Les yeux , et me prouva que le système de Luvel, bien qu'exagéré, n'était pas du tout sans vratseroblance.
Il vi^t un jour en grande cérémonie dbez le général Assez embarrassé, dV près les principes qu'il ttvait avancés^ il fit, en rougissant^ et de la manière la plus gauche, l'annonce de son fîitur mariiige. Madame Demeval et la bien* aimée rirent de mainère à le déconcerter touit-à-fait « De plus grands hommes »que moi, leur dit- ii, mesdames, ont » été en contradidtion avec eux-mêmes.
«Je tie sais s'ils ont &ai comme uni » par ne savoir ce qu'ils disaient^ ni 1 même œ <iu'ils faisaient; mais je vous >» avotte que j'ai abjuré mon athéisme iiauic piedb de mon Emilie, et je me » flatte que vous me ferez tous l'hon^ »mur d'éttû de ma noce. Voilà ce que
: l68 JÉRÔME.
» je cherche depuis un quart-d'heUre, et » ce que j'ai eu tant de peine à trouver; » les gens d'esprit ne sont pas toujours » en veine ».
Il était bien singuher que Luvel regardât son système comme une chimère quarante-huit heures avant qu'il dût me paraître raisonnable autant que je l'avais trouvé inSensé.
Nous y fûmes, à cette noce. Madame Ruder avait emprunté de l'art tout ce qu'il peut ajouter à la plus belle nature:
j'étais paré de ses mains, et elle n'avait rien oublié. Le jgénéral lui donnait là main; le commandeur conduisait madame Demeval; Emilie radieuse de joie et de désir, ouvrait la marche avec son père. Dix femmes et autant d'hommes cherchait des yeux ceux ou celles qui pouvaient leur convenir. Je présentai inon bras à une femme jeune comme Hébé, jolie comme elle, et dont Toeil était espiègle comme celui* de la folie.
Nous
Kous desceudimes , et nous primes les Toitures au hasard. Nous nous trouvâmes , madame de Vernon et moi, avec un oncle sourd, et une mère qui n'était pas sortie de chez elle depuis dix ans, pour cause 3e rhumatismes. Nous avions laissé le fond aux grands parens, et à chaque mouvement du carrosse, la maman d'Emilie poussait un cri. On se permet de tout dire quand on n'est pas entendu; d'ailleurs, madame de Vernon saisissait à merveille, et elle n'avait besoin que de s'expliquer à demi. Je ne fus pas dix minutes à être convaincu que ma jolie compagne était positivement ce qu'annonçaient ses yeux. Elle unis** sait le caractère le plus inconcevable, la déraison la plus complète, à l'esprit du plus rusé lutin. Il me sembla qu'une teinte de cette gaîté folâtre ne messiérait pas à madame Ruder, et je m'aperçus pour la première fois de la monotonie d'un sentiment raisonniable et raisonné.
ivJ S
J'JO JÉBOME.
On dîna, et sans y penser je me trou- Tai à côté de madame de Yernon. On dansa , et elle me prenait qnand je ne Tinvitais point On allait servir l'ambigu; le jour allait reparaitrç, et je n'avais pas pensé à danser avec madame Ruder. Je m'empressai de réparer cet oubli impardonnable, et je lui proposai une walse. « Non, me dit-elle a l'oreille; 9 les grelots de la folie ne vont ni à mon » âge ni à mes habitudes. Tu es bien; » amuse-toi ». Le général vint s'asseoir auprès d'elle. Il n'avait point sans doute l'intention de me favoriser; mais je fus fort aise de l'à-propos, et je walsai avec madame de Vernon,
Kous n'avions pas fitri, qu'on vint dire qu'on avait servi. Madame de Vernon se donna une entorse, ou en eut l'air. Elle jeta un petit cri si doux, elle se laissa aller dans mes bras avec tant de grâce, que je ne savais plus ou j'en étais. Je la conduisis, je la portai dans
une salle yoisine. Ses petits cris ne finissaient pas. Je ne pouvais la délacer, par une raison très -simple : c'est qu'elle n'avait pas de corset. Mais Je détachai les épingles d'un fichu déjà fort indiscret, et j'essayai le magnétisme. Son effet est sûr entre jeunes gens de sexes di£Pérens* « Remenez-moi à l'hôtel, me » dit-elle. Vous me soulagez beaucoup; »mais votre manière de traiter exige » du mystère , et vous vous comportez }) conune un enfant ou comme un fou.
» — Quoi donc, monsieur de Vèrnon
» trouverait-il mauvais —Monsieur
» de Vernon , dit-elle en se levant et » m'entraînant avec la rapidité d'Àta- » lante, monsieur de Vernon est la meil- » leure pâté de mari qui existe ; mais ce » n'est pas devant lui que vous devez » mtignétiser sa femme »-
Elle me poussa dans son carrosse, elle y sauta après moi, elle monta ses escaliers quatre à quatre, et elle renvoya
1 ']2 jiROME.
ses femmes. Apparemment, pensai- je, que le mystère est pour monsieur de Vernon tout seul. « A propos, me dit- » elle, voulez-vous un consommé? — Je » n'ai besoin de rien. — Comme il vous » plaira, beau colonel. » Elle tourna la
clef, et ma foi
J'avais été, pour ainsi dire, enlevé :
je n'avais pas eu le temps de réfléchir; mais le moment du réveil! C'est celui où la conscience, que rien ne distrait encore, nous présente le miroir et le tient avec un bras de fer. Je pensai que depuis deux ans cette nuit était la première que j'eusse passée loin d'elle; je me rappelai mon défaut de procédés pendant la journée précédente; je sentis la nécesssité et la honte de retourner à elle : j'étais sincère en ce moment Mais qu'il est impuissant le souvenir d'une femme dont on cesse d'être amoureux! Madame de Vernon réveilla avec elle le désir, la gaîté, le plaisir et la dé-
ménce^ Elle se leva enfin, et m'aida à m'habiller. Elle s'arjrétait à chaque instant devant ce qu'il lui plaisait d'appe-»
1er mes charmes, et elle riait de tout son cœur du tribut forcé, disait-elle^ qu'elle offrait à chacun d'eux.
Elle nous fit servir à déjeuner aussi tranquillement que si elle eût été en tête-à-tête avec son mari. Cette conduite était nouvelle pour moif je concevais si peu ce que je voyais, que je passais de la surprise à la stupéfaction.
Je déjeunai fort bien cependant, et pour cause. Je voulus ensuite me retirer; elle me notifia, en faisant une petite moue si drôle i et en me tapotant les joues, qu'elle entendait prendre l'air. Elle sonna : Les chevaux, dit-elle. Elle me prit la main, me fit descendre aussi lestement qu'elle m'avait fait monter , et ordonna de toucher aux Champs-Elysées^
Là, il lui passa par la tête de manger un melon. Elle voulut ensuite aller
174 JÈRÔjtfB.
dîner au bois de Boulogne; elle revint prendre des glaces» aux Tuileries; elle finit par me conduire à l'Opéra. Elle y avait une loge grillée, où du moins on était plus commodément que dans les tavernes que nous avions parcourues.
Elle me ramena chez elle, étourdi des événemens de la journée. Elle me déshabilla beaucoup plus lestement qu'elle ne m'avait habillé, et elle me dit le lendemain matin : « Mon cher » colonel, tout s'use. Vous n'êtes j^u$ » en argent comptant. Allez à vos affai- » res : je vous attends demain soir. »
Dès que J'eus perdu de vue cette espèce d'Armide, je me réveillai comme Renaud. Je m'étais aperçu , pendant nos course$ de la veille, que les hommes la saluaient assez cavalièrement, et que les femmes détournaient les yeux. Je me sentis humilié de Tinconvenance du rôle que j'avais joué, et pour la troisième fois, le remords vint bourreler
JERÔHX. 175
ce cœur trop faible. Allons, rae dis-je, allons trouver celle qui pardonne tout,
et avouons-lui ce que ce que ce
qu'il ne m'est pas possible de lui cacher.
J'entrai en tremblant dans la rue de Bussy; je tremblai bien davantage eu entrant dans le magasin. Je crus m'apercevoir qu elle avait pleuré, et je ne sus quel maintien prendre, Vene;^, me ditelle d'un d'un air aisé qui ne s'accordait pas ajvcc mes observations. Je la suivis, elle me ipena dans sa chambre :
a Pourquoi cet embarras, cette rouge^ir 70 mon ami? Ils lie 9pVLt pas causés par le' » regret de ce qui s'est pass4 : ce goût j> est trop nouveau pour qu'il vous per- » mette d'écouter la raison» Vous êtes » donc agité par ia crainte de m'afïli- » ger? Soyez tranquille à cet égard. De- » puis six mois vous n'avez plus d'amour, » et je me suis lentement,, péniblemeat » préparée à ce qui m'arrive aujour- » d'hui ». J'entrepris de la rassurer par
176 JÉRÔMH.
ces expressions de feu qui jaillissaient autrefois de mon cœur : je ne trouvai que de ces lieux communs , qui ne prouvent que delà politesse, j'essayai le moyen, plus puissant, des caresses. « Arrêtez , me dit- » elle. Je m'estime assez pour ne pas vou- » loir de partage. Yous n'êtes plus mon » amant : ne m'avilissez point. Je ne » crois pas beaucoup vous désobliger en » vous refusant des faveurs que vous ne . » désirez plus; et en supposant qu'elles » ne vous soient pas absolument indif- » férentes; je voué* offre un' dédoninià- » gement supérieur à ce que vous per- » dez. Embrasse , Jérôme, ton amie sinjîcère, affectueuse, compatissante, qui » gémît de tes travers, et qui t'en cor- » rigera sans peine du moment où tu » seras certain que ses conseils sont dés- » intéressés. Va chez le général; colore » ton absence. Ne lui dis rien de ce qui » s'est passé entre toi et cette femme, » qui ne te fixera point. Taire une vé-
» rite fâcheuse à qui ne la demande pas, » est quelque fois prudence.
» — Me sera-t-il au moin|S permis, » madame... — Madame, dis-tu! Mon » ami, l'amitié a ses expressions comme i> l'amour : elles sont moins brûlantes, » mais peut - être aussi pouces. — Ma » bonne amie*, me sera-t-il permis de j> vous voir toujours? — Eh! que devien- » drais-je moi-même si j« ne te voyais » plus! Tu m'as détrompée des illusions » de Tamour; mais tu m'as rendue à ce » sentiment simple, pur, que m'inspi- » rait Jérôme enfant. Ce sentiment, qui y) suffisait à mon bonheur, qui avait la » puissance de me faire oublier ce que » le vice a d'abject pour une femme dé- » licate , ce sentiment su£Gira encore à »mon cœur. Ne me néglige pas trop :
» voilà tout ce que j'exige en échange » de l'affection que j'aurai pour toi jus' » qu'à la mort. »
J'aurais donné en ce moment lamoitié
fjS JÉROMK.
des jours qui m'étaient réservés poiu* pouvoir l'adorer l'autre. Mais Tamour n'allume pas deux fois son flambeau devant le même autel.
Je jôtai les yeux dans mon cabinet entr'ouvert. Mon lit n*y était plus; cette chaise longue pétait enlevée; ces gravures voluptueuses étaient disparues.
Une bibliothèque, un métier à broder, une guitare... « C'en est donc fait, lui » dis-je avec un serrement de cœur af- » freux, je suis banni de ce toit si long- » temps hospitalier. — Mon ami, les nuits » appartiennent à l'amour : les journées » suffisent à l'amitié. Va, va chez le gé- » néral ».
Je m'y présentai avec l'assurance naturelle à un jeune homme persuadé qu'on ignore son inconduite. Il se leva dès qu'il me vit,^ et me tira à part.
» d'où venez -vous, monsieur? Si vous » pouvez être deux jours sans me voir, » savez-vous si pendant cet intervalle,
3B vos services ne me sont pas néces- »saires? — Je viens, mon général, je ^» viens.. . .. — Hë ! je ne le sais que trop, » ârveugle enfant ; vous sortez des bras >i d'une folle. Monsieur, on n'est pas i> maître , j'en conviens, d'aimer ou de » n*aimer plus : on Test toujours de méj> nager les bienséances , et celui-là les » viole sans pudeur, qui rend une.femme » belle, aimante, respectable malgré sa- » faiblesse, qui la rend témoin dutriom*^ a phe d'une rivale indigne de toute es- » pèce de comparaison. Je vous ai par-^ » donné votre aventure avec mademoi- » s«lle Rinaldi, parce que personne ne » peut se garantir d'une surprise des » sens. Mais je n'excuse pas ua oubli de » quarante - huit heures^ , parce que » vous avez eu cent foi» pendant ces » deux jours des occasions de réfléchir.
» Vous n'êtes plus mon aide-^de-camp.
»I1 ne* me reste plus rien à vous dire,* yy et vous êtes le maître de vpus retirer.
t8o lERÔME.
9 — Et vous aussi, mon général! Ah!
» je le vois, madame Ruder a parlé, et }» l'intérêt qu'elle inspire à tous ceux qui -
)» la connaissent — Vous accusez votre
}» bienfaitrice , ingrat jeune homme !
» Croyez-vous que celui qui vous doit i>la vie, qui a préparé, qui a ùit cou- » ronner vos succès, n'ait pas un cœur » aussi? Les yeux de la reconnaissance M et de l'amitié sont-ils moins pénétrans » que ceux de l'amour? d
Je tombai à ses pieds, je les baisai avec humilité. « Elle m'a éloigné, ^ous D me chassez, je suis sans asile. Qui donc?
» garantira des écueils de son âge tm «jeune homme trop facile, si ses amis /> les plus respectables le rejettent? Quel » droit auront-ils alors de lui reprocher » des fautes qui seront leur ouvrage?
» Abandonne-t-on un insensé sur le bord » d'un précipice? Oh, par grâce, sauvez- » moi.
» Je ne suis pas insensible, monsieur,
J^AÔMC. l8l
» me dit le général en me relevant, aox » dispositions où je vous vois , et je dé- *sire, sans m'en flatter, qne vos véri- » tables amis' n'aient à Tavenir que des » éloges à vous donner. Ma maison sera » désormais la vôtre ; mais souvenez- » vous qu'en vous recevant chez moi je y> deviens en quelque sorte garant de «votre conduite. La première preuve » que j'exige de votre retour est votre » rupture avec madame de Vemon , et D le moyen le plus sûr de ne pas la ren- » contrer est de vous attacher à son mari.
»Il occupe une grande place, il a des » qualités, beaucoup de crédit, et cette y> espèce de liaison est toujours utile à j)un jeune homme à qui il .reste une » longue carrière à parcoiu^ir. Allez de- » main voir monsieur de Vernon : vous » n'avez qu'à vous nommer pour être » accueilli partout ». Il m'embrassa affectueusement et nous rentrâmes.
Je voulais être sage, je me le pro-
l82 JÉRÔME.
mettais, et je me le prouvai à mo^même en commençant ma journée du lendemain par une visite à la rue de Bussy. Je m'attendais à une troisième mercuriale, et je la reçus. Elle me fit sentir de nouveau le danger de s'atta^ cher à certaines femmes; mais elle avait un ton qui sJlait à l'ame, et des expressions si ménagées !.... Oh! que la sagesse est douce, qu'elle est puissante, quand elle passe par une belle bouche!
J'attendis auprès d'elle l'heure convenable pour me présenter chez monsieur de Vernon. Je me fis annoncer, et je fus reçu avec une bienveillance et des égards , qui me flattèrent infiniment. Je m'empressai de les justifier en prouvant par ma conversation que je n'en étais p9S indigne. Monsieur de Vernon avait des connaissances. Il parut surpris que je susse autre chose que me battre, et il se plut à m'entretenir de matières qu'il n'était pas présumable que j'eusse
ràKÔMÈ., i33
approfondies à mon âge. Très-probablement je répondis avec autant de jus* tesse que de modestie, car il m'Invita à m'attacher à la diplomatie ^ et il me reconduisit, en m'engageant à le voir souvent.
J'allais sortir, lorsque madame de Vernon entra. Quoiqu'il arrive, pensai-je, on ne me reprochera d'avoir cherché l'occasion. On ne m'a pas prescrit de brusquer une jolie , une très-jolie femme. Tout ce que peut faire un jeune converti en pareille circonstance, c'est d'être sur ses gardes, et de voir venir. Je saluai respectueusement. La politesse est d'un usage si général, qu'elle ne signifie rien qu'elle n'engage à rien.
Jamais madame n'entrait chez monsieur que dans des occasions de la dez^ nière importance. Ce jour-là elle avait besoin de cent louis, et elle les demanda, comme elle faisait tout, en riant, en sautant, en déraisonnant « Madame,
t84 JÉRÔME.
»Jui dit monsieur de Vernon, nous » avons chacun notre bien, et le vôtre » est plus que suffisant pour vous sou- » tenir d^^une manière convenaWe. Vous » prêter de l'argent, c'est autoriser des » prodigalités au moins inutiles. Trou- » vez bon que je vous refuse ». Elle lui tourna le* dos en levant les épaules, me prit par la main, et m'entraîna chez elle. Si le général avait été là, que m'eûtil conseillé? Il ne m'eût pas ordonné de lui dire : « Madame je renonce à vous , » je ne veux plus de vous, laissez -moi «tranquille j>. Aussi ne dis -je pas un mot de cela : je me laissai conduire.
Je m'attendais à des agaceries, et même à des avances, qui ne manquent pas de mettre en dé&ut la sagesse la plus austère. « Mon cher ami me dit- » elle, prenez cet écrin, et trouvez-moi » cent louis à l'instant, à la minute. — » Vous ne pensez pas, maftame, au genre » de proposition que vous me faites-
dbyGoosle
JEROME. l85
» — - Je ne pense jamais, monsieur; cela » fatigue, et la résistance m'aigrit. Cent 3» louis, vite, dépêchez -vous. Je les ai » perdus hier avec uû homme qui me » déplait , et il faut que je le paie. — » Madame, il. est un moyen qui me ré- » pugne beaucoup moins que celui que . » vous me pressez d'employer. Donnez- » moi l'adresse de cet homme; je vais le » payer. — Comment , mon cher ami , » vous avez cent louis! Un jeune colo- » nel avoir cent louis? mais c'est admi- » rable-. Voilà l'adresse , allez payer; moî » je vais dîner en ville : vous me pren- » drez ce soir aux Italiens ».
Elle avait à peine fini, que je ne la voyais plus ; je n'avais pas eu le temps de prendre mon chapeau que sa voiture l'emportait avec la vitesse du vent. Parbleu, pensaî-je, voilà une singulière petite femme. Le plaisir auprès d'elle doit être toujours nouveau, car elle n'est jamais la même , et sans les remontrances
l86 JÉRÔME.
du général Irai-je aux Italiens? Ohl
non, non Cependant on ne sait pas
tout.... A la bonne heure; mais j'ai pro* mis Allons d'abord payer; nous verrons ensuite.
Je rentrai pour prendre de l'argent* Ija somme en question faisait plus de moitié de mes petites éconcmiies, et un jeune homme assez raisonnable pour économiser tient un peu à ce qu'il a. Je me rappelais d'ailleurs certaine phrase relative à l'homme qui ne plsdt pas, et que par cette raison il ^t payer. C'està-dire qu'elle ne me paiera poÂnt^ mot qui ai le bonheur de lui plaire* Diable^ diable, cent louis pour deux nuits, c'est trancher du grand seigneur, et je suis encore loin de l'être. Je mç frottais l'oreille, j'ouvrais mon tiroir, je le refermais. J'aurais donné autrefois, j'eusse donné encore à madame Buder tout ce que je possédais ;j'eussie versé mon sang pour elle sans balancer : amour, amitié «
reconnaissance, elle avait mérité, elle avait obtenu , elle m'avait prodigué ce qui parait à Thomme sensible tellement au-dessus des richesses de convention , qu'il dédaigne de s'en occuper. Ici, mon incertitude était une preuve incontestable de la légèreté de mon goût pour madame de Verhon, et je crois, en vérité, que j'aurais définitivement fermé le tiroir sans le chien d'amour-propre , démon des gens du monde.
Il me sou£Qa qu'il était très -flatteur pour moi qu'une femme du rang de madame de Yernon eût recours à ma bourse^ que la vivacité de son caractère ne lui permettrait pas de tenir la chose secrète, et que cela me ferait le plus grand honneur^ Je pris donc mon argent, et j'allai chez le créancier de ma jolie espiègle.
, Je ne m'étonnai point, en le voyant,, de l'éloignement qu'il inspirait. C'était un homme de quarante ans, dont ^ameu^
blement et la mise annonçaient l'aisance, mais dont Fair rébarbatif s'accordait avec son ton et ses manières. Il me reçut assez cavalièrement, ce qui me choqua. Il serra son argent en plaisantant d'une manière très -crue sur ma mission, et sur Tintimité qui seule avait pu y donner lieu. Révolté de l'insolence de cet homme, je le traitai avec la dernière dureté. Il mit le verrou, et me montra du doigt une collection d'épées de toutes les formes, depuis Clovis, je crois, jusqu'à nos jours, j'en pris une, lui une autre, et il me passa la sienne à travers le poignet et le haut du bras.
«J'aurais pu vous tuer, me dit-il; j'ai « seulement voulu vous apprendre qu'un D homme de votre âge ne doit pas se » charger de payer les dettes d'une écer- » vélée. J'ai commencé comme vous, et » je me suis réduit à la nécessité de vivre » du superflu de ces femmes -là. Si j'aj> vais trouvé à vingt ans quelqu'un qui
tlÉRÔME. 189
» se fût chargé de me donner une pa- » reille leçon, je me fusse probablement » corrigé. Votre figure m'a plu, et je me » suis conduit paternellement. Je vais » appeler votre cocher ». .
Il m'aida à descendre me remit dans mon fiacre, me souhaita le bonjour, et ferma la portière. La franchise de cet escroc me parut originale, et dans tout autre circonstance je m'en serais amnsé; mais je perdais beaucoup de sang, et je n'avais pas de temps à perdre pour me faire panser. J'eus d'abord envie de me faire mener rue de Bussy :
Non, non, pensai-je; ménageons la sensibilité de la plus estimable des femmes.
Le général grondera; hé bien, qu'il gronde s'il le peut un enfant qu'il aime, qui n'a rien à se reprocher, et qui vient de recevoir deux coups d'épée.
Le sang dont mes habits étaient couverts donnaient à mon extérieur quelque chose de plus qu'inquiétant. Mon*
igO JEROME.
sieur et madame Derneval pâlirent en me voyant, et ils ne trouvèrent d'expressions que celles du plus vif intérêt et d'une douleur profonde. Quand ils se furent assurés que mes blessures n'étaient pas dangereuses, ils essayèrent de prendre un autre ton. Ils s'aperçurent bientôt qu'il n'était plus temps de me tromper sur leurs véritables sentimens; ils se bornèrent à s'informer des détails, et je m'empressai de les satisfaire.
J'avais tout à gagner à celfte explication, et je ne leur cachai que le nom et la demeure de mon spadassin.
«Le -coquin qui vous a blessé, me » dit le général, a conservé quelques » principes^ et je ne doute pas que sa » le çonne fas^e pins d'impression que les » miennes. Cependant, malgré les obli- » gâtions que vous lui aurez, il est bon » que je connaisse celui qui fait métier « de ruiner des femmes , et qui châtie » si paternellement les jeunes gens ».
Je prévoyais que le général lui ferait un mauvais parti. II s'était battu en galant homme^ et je refusai de le faire connaître. Monsieur Dernevat sentait intérieurement la délicatesse de mon procédé , et il n'insista que faiblement; mais il se rendit aussitôt près des premières autorités; il sollicita et obtint des recherches qui firent transpirer mon aventure. Madame de Vemon acheva de la rendre publique.
Ennuyée de m'attendre aux Italiens, elle était revenue chez «lie. Piquée de ne m'y pas trouver, elle m'avait envoyé une femme -de -chambre avec sa voiture. Mademoiselle Lucie, selon l'usage, raconta à sa camarade ce qu'elle savait, et peut-être ce qu'elle ne savait pas. Madame de Vcrnon, désespérée de mon accident, cria, pleura, courut pendant deux jours déposer sa douleur dans le sein de toutes ses bonnes amies, et à la fin de la semaine , elle ne pensait plus à moi.
IQ'k J]£}IÔM£.
Revenons. Il n'était pas possible de cacher mon état à madame Ruder. Il était à craindre qu'elle ne fût instruite par la voix publique , qui aggrave toujours les choses, et madame Derneval prit la peine d'aller chez elle pour réassurer que je ne courais aucun danger.
C'est ainsi quelquefois qu'on nous prépare à apprendre la mort de ceux, qui nous sont chers, et madame Ruder s'abandonna à ce que son imagination frappée lui représenta de sinistre. £Ue accourut, et ne se remit qu'en me voyant debout, et me promenant dans ma chambre. Elle s'établit de nouveau ma garde, et ma garde unique. En vain je m'y opposai, en vain je lui représentai l'inutilité des fatigues qu'elle allait supporter. «J'ai pris soin de mon amant blessé, s> dit -elle, je ne ferai pas moins pour » mon ami ».
Monsieur de Nosari venait souvent embellir notre petite société. Il me marquait
quait une affection sincère depitis le jour où j'avais cessé d'être amant L'ami le plus désintéressé n'aime pas à rencontrer Tamour : ce fripon^là lui yole toujours quelque chose*
Qu'elle est auguste, qu'elle est consolante, la véritable amitié! L'exemple de madame Ruder et du coiîimandeur me convainquit qu'elle peut suffire seule au bonheur; et si je n'étais pas d'âge à m'y livreu exclusivement , je sentais combien elle est au-dessus des passions tumultueuses : c'était déjà un grand pas, de fait
Sans paraître en avoir le projet, sans que je m'en doutasse, ils ne pensaient qu'à me rendre à la raison, et à développer les qualités d'un cœur que la diâ* sipation avait comprimées un moment Le baume restaurateur était caché sous»
l'appas d^une gaîté décente et d'une sagesse que semblaient inspirer les grâces.
Le troisième jour, monsieur de Vernon ïv. 9
194 lÉRÔMK.
fit «ne visite au gén^n^l, à la suite de laquelle il entra chez moi. Après les cô^plimens d'usage, il marqua le désir de me parler en particulier. L'éclat qu'avait fait madame dç Vernon m'annonçait "uifie stène' orageuse, et, selon ma coutume, je me préparai à tout
J'attendais qu'il parlât. «Cette ré- >tsîetve-là, me dit* il, ne vous est pas » ordinaire : vous craignez donc de vous » expliquer. Voua avez tort# Vous poujivez me parler de certaines choses, » dont «lô autre peut-étire ne se soucie- » rait pas de s'entretenir. — Il est vrai, «tiyonsieuï*, que vous m'avez marqué iff a$sM debienveillatice pour que je fusse , a |ier9uadé que vous prendriez quelqu'in- i » térét à mon acccident. — Ce n'est pas i » ctJa, mon ami, ce n'est pas cela ; votre » accident n'est ici que secondaire , et « vous prenez le change ». Je voulais le lui faire prendre à Iiii-méme.
• Il xxmtinua. « Personne ne prend plus
TÉRÔME. 1^5
• d'intérêt que moi à ce qui vou$ regai'de; » mais, monsieur, il faut savoir n'estimer » leschosesq\ie cequ^^lles valent, et pour » iûela il faut leà connaître : Je vais vous *> TneRre au courant. — Permettez,'mon- » sieur : qtfentèïidez-vous d'abord par » ce -qui me t^arde, puisqu'il n'est pas #) question de mes blessures? -** Eh , par- » bled,monsieur,ii1êtes-^tiè |)as Pâmant » de ma femme? Et qui doit être piqué » d'une conduite qui vous a valu deux »c6Qps Jépée; serait-ce moi? — Mais, «monsieur, favais assez peu d'usage » pour lé croire, et je vous avoue que » vous me soulagez beaucoup. — Il y a » long- temps, monsieur, que madame » de Vernon et moi n'avons rien de com- 9 mun qufe le nom. Vous êtes, après plu- » sieurs autres, en j>ossession de mes » droits : àyez^la bonté de vous charger » aussi du ridlctÔe de votre maîtresse.
» ïc suis persuadé qu'au fond vous pen- » sez, ainsi qxte moi, que cela vousre-
» garde. J'aurais même très -- mauvais»
3 opinion de votre probité, si après vo- » tre intention manifestée de vous atta* »cher à moi, vous aviez eu celle de a m^outrager en séduisant ma femme-. Je »vous déclare donc que ses extra va* » gances les plus outrées sont indiffé- » rentes iiour moi, ridicules pour vous, » et déshonorantes pour elle, en sup»- » posant qu'elle puisse encore étr^ désho^ » norée ».
» — Je n'examinerai pas, monsieur,
^jusqu'à quel point vos principes, sont
,x> fondés; j'observerai seulement que
» votfS êtes peut-être le seul toari qapa^
.» ble de se prononcer avec autant de
i) courage.— Siles autres maris ne s'expli-
» quent pas aussi cbttrement, c'est qu'iU
» ne supposent pas seulement qu'op
,yi doute de lenr façon de penser. Vous
» seriez encore dans la même erreur à
^ ;> mon égard, si je n'avais cru devoir à
^ votre âge une explication qui peut vous
» être long-temps utile. L'activité de vo- » tre vie ne vous a pas^ permis encore j) de rien remarquer : je vais vous éton- » ner davantage; je prétends voœ con- )3i vaincre que les choses sont préci^é- » ment ce qu'elles doivent être, d'après « notre dépravation*
» Les lois sont faites pour régler nos » actions, et les préjugés décident de » nos opinions. Ces préjugés naissent » des usagesr, et ceux du grand monde » diffèrent tcM:alement de ceux de labour- 3igeoisie. Un sitnple particulier, par » exemple, est-il trompé par sa femine?
» le voilà déshonoré, parce que s'étant 19 marié à son gré , il est convaincu d'un » mauvais choix. Les gens d'tin certain »ton, au contraire, ne voient dans le ;s> mariage qu'une e^èce de traité éta- ^ ibli sur les convenances de la nais- »*sance et de la fortune. Voilà pourquoi 9 nous ne connaissons point parmi nous ? cette qualification burlesque que don-
» nent les bourgeois k un inari,tix>inpé.
D Remarquez même quç pèrmi ces gens- » là y il u'y a que la première if^délité de via f^fume qui donne du ridicule au » mari. Que les amans se suocèdênt, et » que les i^ts éclatent, Tépoux est bien* ]»tôt détrompé; il prend son parti, et » jouit de nos jH'iviléges.
y> C'est par une conséquence de cette j» façon de voir qu'un boui^eois qui » s'est séparé de sa femme se couvre de » honte en la reprenant, parce qu'il s^ea » déclare le complaisant et l'esclave» Pea » de gen$ de distinction quitteitt leurs » femmes, parce que leur manière de » vivre est un diverce continuel; c'est » un commerce frcHd , où l'aigreur ne ^> se mêle jamais, et la position où Ton xt s'est mis, permet^oujours de se rap* yi procl^er sans que l'époux en rougisse :
» c'est alors un tour qu'il joue aux amans.
» L'épouse a bea*i faire, il faut qu'elle » cède. La plus di?cidée subit toujours