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ryski dont « l'unique pensée avait toujours été l'union de la Prusse et de la Russie » *. Les efforts de Czartoryski en 1806- 4807 n'avaient pas empêché Alexandre de continuer à se dérober à la même invite à se âéclarer roi de Pologne. L'offre a Alexandre par Napoléon de la Pologne, si elle eut été acceptée, eut autorisé Napoléon à supprimer la Prusse, donné à Alexandre un trop redoutable voisinage, et des sujets qui à cette date eussent bien compliqué sa tâche de gouvernant. Au reste, simple coup de sonde de Napoléon répondant à celui d'Alexandre. On sait qu’en 1806 (novembre), Napoléon a offert au roi de Prusse de lui rendre ses provinces polonaises aecrues
peut-être de la Galicie et destinée à former dans la monar-
chie prussienne restaurée l'élément prédominant; d’abandonner et même de combattre Alexandre, à la tête d'un royaume réorganisé et plus fort : or en février 1807 un assaut de Bertrand en vue d'obtenir une réponse, est repoussé %. À cette date, Frédérie Guillaume propose de créer un royaume de Grande Pologne pour lui-même, un de Lithuanie pour le tsar, un de Galicie et Lodomérie pour François 4 : irois royaumes de Pologne au lieu d’un, donc. le maïntien des partages **. En juillet 1807, à l’instigation de la Prusse, des Polonais proposent à Napoléon de consulter les habitants du duché pour savoir s'ils veulent rester sujets de Frédéric-Guillaume; l’Empereur répond : « Trop tard » %. Il n’y a done pas eu réellement de candidature prussienne.
I n’y a donc pas eu en 1806-7 de candidat étranger à une couronne royale ou ducale d’un état polonais indépendant.
Le Polonais qui eût mérité à tous égards de devenir sous un nom quelconque le chef de la nation renaissante, Dombrowski, nest pas äppelé à jouer ce rôle : le Prince Joseph, aidé de Murat, l'a même écarté du Ministère de la Guerre pour lequel il était tout désigné et malgré le désir soutenu qu'avait Napoléon de l'y installer %, Le Prince Joseph de son côté poussé par Wybicki à hausser ses ambitions jusqu’à la couronne, a
(2) Wariszewskr, Le règne d’Alexandre 1°, tome 1, p. 162-168. Askenazy, Napoiéon a Polska, tome 3, p. 347-350.
(93) VArbar, Napoléon et Alexandre : J’Alliance franco-russe sous le Premier Fmpire, tome 1°: De Tilsit à Erfurt. Plon 1891, XXLIXL, 527, P. 1n-6°, n. 13-14. Bourceois (Emile), Manuel historique de Pulitique étrangére, Paris, Belin, 8 édition, 4 vol. in-16, tome 2, Les Révolutions, 1925, 606 p p. 288.
(94) Askenazy, Xiaze Jôzef, p. 252.
(95) HaNDELsMAN, Napoléon et la Pologne, p. 259.
(96) Askenazy, Xiaze Jôzef, p. 248-251: p. 256-257.
l'homme qui ne met en avant la candidat r
contre lui Dombrowski, Zajaczek et tous les « Jacobins »; dans le parti russe, ce que prisent en lui les Czartoryski, c’esi son dilettantisme désintéressé; son nom de Poniatowski évoque contre lui dans le peuple l’écrasant souvenir de Stanislas Auguste. Koseiuszko, réputation militaire surfaite, intellectualité que jugera peu favorablement Mickewicz, personnalité inférieure à celle de Pulaski en Amérique, général peu entreprenant, peu prudent, peu doué en 1794°7, qui se eonfine en-
suite dans une jalouse inactivité, quand le grand Dombrowski
fait des légions le palladium de la patrie, est, de l'enfance à la mort, l'homme lige des Czartoryski qui le caressent à Paris et lui font une légende en Pologne. Ce pur républicain qui craint plus pour sa patrie l’absolutisme de Napoléon que celui d’un tsar, s’est refusé à venir à Varsovie à l’appel du libérateur de son pays. « Un sot »%® a dit Napoléon comprenant que, Kosciuszko paraissant à Varsovie, il y avait toutes chances pour qu'il y parût lPhomme nécessaire qu’on ne peutl
> pas ne pas mettre à la tête du pays et que ceci eût suffi pour
que Ja Pologne fut refaite à tout jamais. Il a manqué l’occasion qu'on ne retrouve plus, parce que, Hamlet tenu en lisière
…… par René-Czartoryski, il est noyé par ce dernier et les siens
dans les fantasmagories sur « l'ange blanc Alexandre » et « l’ange noir Napoléon » 1%, En paraissant, il eût rejeté dans l'ombre ses eréateurs, les Czartoryski, il eût été le Napoléon ou le Washington de la Pologne, il eût été Kosciuszko, il eût été Pilsudski : ce ne fut qu’un auire La Fayette 100 bis, Ses protocieurs plus habiles, après avoir eu l’idée de l’appeler à Pulawy en 1805, y avaient renoncé. Maintenant que Napoïiéon Pappelaïit, ils l’arrêteraient au seuil de la voie triomphale, lui faisant préférer le plaisir de faire pièce au Corse, à la gloire de regrouper le peuple polonais autour de Kosciuszko.
Un seul candidat polonais : Adam Georges Czartoryski, Vami et ex-ministre du tsar, l'amant de la tsarine Elisabeth. L’entourage du tsar et parfois le tsar lui-même voient en lui ature d'Alexandre où faire surgir ia sienne,
celle de son frère Constantin que pou
(97) Skalkowski (A. M.), Kosciuszko w swietle nowszych badan. Poznan, Fiszer i Majewski, 1924, 50 p. in-8°. :
(98) Askenazy, Xiaée Jézef, p. 250; Napoléon a Polska, t. 3, p. 336.
(99) Corresp. de Napoléon, t. XIV, p. 334, n° 11836, A. M. Fouché, Lilbsadt 20 février 1807. — « C’est un pauvre homme, dit Napoléon à Gourgaud à Ste-Hélène; on n’a jamais rien pu en faire ». (Journal inédit de 1815 à 1818, t. 1, p. 136-7).
(109) Askenazy, Napoléon a Polska, t. 3, p. 334-337 et 348. :
(100 bis) En 1799, il est pourtant chargé à sa demande d’organiser la désertion des Polonais sous les drapeaux de Russie et d’Autriche (Lefebvre, Guyot et Sagnac: La Révolution française, Alcan 1930, 577 p. in-8°, p. 435).
quand toute autre sera devenue impossible "7. [is lui font confiance, en s’en défiant; lui laissent émettre des suggestions et. s’y dérobent, quand elles deviennent pressantes : ceci coniribue à développer le parti russe en Pologne; de nombreux Polonais ent pu ainsi tomber à Austerlitz en fidèles sujets du tsar 102, Adam Czartoryski déteste Napoléon sans lavoir jamais vu : dans sa famille aussi bien qu'à Pétersbourg, on avait porté le deuil du due d’Enghien 1%. Il n'est le candidat, ni d'Alexandre, ni de Napoléon : il attend que sa candidature se pose d'elle-même; en attendant, il s'applique à grandir son rôle et sa personne. Pourtant cette candidature flotie en Pair : elle se devine et parfois s'affirme. Lucchesini, bénéficiaire des partages de la Pologne, la dénonce dans un moment de peur hypertrophiée, en juillet-août 1806 1%. Falkowski a relevé que dans ses tractations avec Murat, le Prince Joseph aurait posé d'abord comme conditions à son ralliement à Napoléon la reconnaissance immédiate de la liberté de la Pologne et d'Adam Czartoryski comme son roi » 195,
Mais il eüt dû ajouter que Napoléon répondit à Murat : «Quant à ce que Poniatowski vous a dit de mettre le Prince Czartoryski roi, c'est pour se rendre important : La Russie, je vous assure, n'a jamais rêvé à se dessaisir de la Pologne »1%6, L’inconnu que M. Handelsman croit être Malachowski, écrivant à Wielopolski, le 2 janvier 1807, appelle le Prince Adam « le futur roi » 17 : c’est déjà, alors, un futur passé. Alexandre redoutait la candidature du Prince Adam et celui-ci le sachant, Napoléon affectant de la bagatéliser et le Prince Adam le sachant aussi, ce prince ondoyant et faible n'est pas l’homme qui la posera quand même, en affirmant son indépendance et ceile de sa nation. Czartoryski s'épuisera à
(101) Askenazy, Napoléon à Polska, tome 3, p. 333-4.
(102) Idem, p. 355.
(103) Poroexa (Ctesse Anna), Mémoires, p. 55.
(104) Wariszewskr, Le règne d'Alexandre 1°", t. 1°, p. 195.
(105) Faikowski (Juliusz), Obrazy z zycia kilku ostatnich pokolen w Polsce. Zupanski, Poznan 1877, 5 vol. in-8°, tome 1°, p. 274.
(106) Correspondance de Napoléon, t. XIV, p. 13, n° 11350, Posen 2 déc. 1806. Au grand duc de Berg à Varsovie, Comparer ceci avec la légende, arrivée à son maximum de naïveté en 1862, dans la bouche du P. Félix, panégyriste du Prince Adam : « Le Prince Adam se persuada que la Pologne ne pouvait revivre que par la puissance même qui l'avait fait mourir, c’est-à-dire par la Russie. La droiture de son âme ne lui permettait pas un doute sur celle de son tout puissant ami. ». vo me Prince Adam Czartoryski. Paris, Dillet 1862, 116 p. in-16, p. 41-45.
(107) Handelsman, Pomicdzy Prusami a Rosia, p. 37.
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jouer sans fin les Tantales : l’homme qui, en 1805, a proposé à Alexandre marchant contre Napoléon de jeter d’abord le gros de ses forces sur la Prusse M$, n'avait pas le sens des réalités et n'était fait ni pour être roi, ni pour être ministre. Son retour d’Austerlitz avec Alexandre qu'il réconforte, est plus comique que tragique : il sacrifie son amour-propre à l'espoir qu'il doit taire, de son impossible royauté. En 1807, il est difficile de le prendre au sérieux : il est typique qu'il n’ait plus été là quand on dut « noter l'air de Tilsit »; il était arrivé d’ailleurs à Alexandre de signer telle convention qu’Adam ne soupçonna pas mêmel®. Sa seule force vient de ce que, chef de la noblesse polonaise, on n’a pas d'intérêt à le maltraîter. Mais ce n’est là qu’une force sans emploi pour un candidat qui n'a jamais eu l'audace de jouer cartes sur table. Waliszewski, jugeant cet homme d'action, dit : « Aïnsi vaticinait Czartoryski » 110, Bref, Czartoryski, lui non plus ne paraît pas - avoir posé sa candidature en 1807 11.
__ La Pologne est alors, au point de vue des candidatures lintervalle entre les tranchées, le no mans land. Cette carence générale s'explique par l'énormité de l’œuvre à accomplir pour relever un pays que ses ennemis avaient mis un quart de sièele à anéantir, contre lequel ils s'étaient unis pour en assurer la destruction et restaient unis pour en empêcher le relèvement. Des étrangers inconscients, des ambitieux enfiévrés à l’idée d'une couronne, pouvaient en rêver : un instant suffisait pour faire évanouir le mirage. Il eut fallu un homme de foi qui fût un audacieux et un organisateur : faute de cet homme, aucune solution n’était possible pas même le statu quo ante bellum. Les faits, non les hommes, sont à incriminer : quand tant de Polonais avaient partie liée avec les copartageants, Napoléon qui devait encore fort peu aux Polonais 1, se de-
(108) Wariszewsxi, Le règne d'Alexandre 1°, t. 1, p. 157-9.
(109) Idem, t. 1, p. 114 : la convention du 10 octobre 1801. Comparer avec la légende : « La situation du Prince Adam ft de Jui ie seul Polonais pouvant servir encore efficacement son pays et elle lui prépara pour l'avenir les éléments de la plus puissante et de la plus féconde influence. Il mit la main sur les ressorts du gouvernement, eut le secret de tous les cabinets d'Europe (Félix : Le Prince Adam (Czartoryski, p. 45).
(110) Waziszewski, idem, t. 1, p. 71. ; ss
(111) Le seul fait qu’il est associé à Novosiltsov dans sa politique panslaviste, atteste qu’il se disperse trop pour tendre fermement vers son but (G. Vernadskij, Alexandre 1°’ et le problème slave pendant la 1re moitié de son règne. Revue des Etudes Slaves, tome 7, fascicules 1 et 2, 1927, Prague mars 1926, p. 94-111).