‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 11 sur 97 · AS D LUE · texte numérisé non relu

AS D LUE

vait de songer d'abord à son Empire, et de n’en pas sacrifier le repos pour relever une Pologne intégrale que tant de Polonais ne voulaient pas ei où tant d’habitants n'étaient pas Polonais. 1l ne s'agissait pas © de restaurer l’ancienne Pologne avec les malheureuses traditions dont elle était morte. Il fallait plus de temps pour fonder la Pologne nouvelle » H#. Napoléon ne pouvait que déposer sur les bords de la Vistule un germe de Pologne dont il assumerait la protection et qu’on verrait végéter et périr ou s’enraciner et grandir. Le 11 décembre 1806, il avait fait espérer au roi de Saxe un morceau de Pologne. En juin-juillet 4807, Hardenberg conçoit un projet d'abandon par la Prusse de sa part de Pologne dont on ferait un royaume pour le roi de Saxe et de ses pays wesiphaliens qu'elle céderait à Napoléon, en échange de quoi elle eût reçu la Saxe, Bamberg, Wurzbourg, Brème, Lubeck, Hambourg et la suzeraineté d’une confédération du nord de l’AIlemagne 14. La création du Grand Duché de Varsovie et son attribution au roi de Saxe, mise au point de ces deux projets, sont justifiés par eux : le vainqueur et le vaincu ont tendu vers une même solution provisoire du problème.

Jérôme fut roi de Westphalie : iei aussi, solution pleine de bon sens et qui eut pu devenir féconde avec un régime de paix durable. Un empire français puissant entouré d'états feudataires : la Hollande sous Louis et Hortense; le Grand duché de Berg sous Murat et Caroline; la Westphalie sous Jérôme et Catherine de Wurtemberg; le Grand duché de Bade dont le prince héritier a épousé Stéphanie de Beauharnais; la Bavière dont le roi a donné sa fille à Eugène vice roi d'Italie; le Wurtemberg dont le roi est le beau-père de Jérôme; l'Italie gouvernée par Eugène; Naples ayant pour roi Joseph. Tous ces Etats, appuyés à la France, n'ayant aucun intérêt commun contre elle, tirant d'elle leur force, d’auire part la couvrant, la renseignant, étant ses clients; ce faisceau d’unions mairimoniales ajoutant aux relations officielles l'intimité d'affections dont quelques-unes furent réelles; l'édifice napoléonien en consiruction paraît d’une architecionique si belle et Si puissante qu’on ne peut s’imaginer que l'Empereur au lieu

de créer ia Westphalie pour Jérôme, ait songé sérieusement

. (12) DriauLT, Tilsit, p. 204: « Napoléon qui en somme ne devait rien aux Polonais. »

(113) Idem, p. 205.

(14) Sorez, L'Europe et la Révolution française, tome 7, p. 126 et 171.

à jeter son frère en sentinelle perdue à Varsovie entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. Sans doute, il y a le mot de Napoléon à Goltz, successeur de Hardenberg : « Sans l’empereur Alexandre, la dynastie royale de Prusse aurait perdu le trône et j'aurais donné la Prusse à mon frère Jérôme » 145. Mais il n'implique pas forcément que l'Empereur ait eu des conceptions de rechange : il eut pu seulement donner aux siennes plus d’ampleur ; l'Etat de Berg fut devenu probablement plus grand et la Westphalie se fut étendue d’un seul coup jusqu’à lOder.

Après Iéna, note Sorel, Napoléon ayant décidé que l’électeur de Cassel cesserait de régner, manda le 17 octobre 1806 à son frère Louis d'occuper cet Etat dont il ferait un royaume pour Jérôme qui épouserait une princesse de Wurtemberg 116. Napoléon ignorait encore de quelles complieations serait chargée la question de Pologne. Plus il est entré dans le sujet, plus il a dû craindre d'exposer le jeune Jérôme à jouer sinon les Conti, du moins les Henri de Valois en face des mécontentements mobilisés en Pologne contre un Napoléon par les copartageants. Ce finale auquel on eut pu s'attendre et que Napoléon n'eut pas admis, eut été pire que tout comme solution du problème polonais. Jérôme fiancé à une princesse allemande, vainqueur de troupes prussiennes à la tête d’une armée allemande dans la très germanisée Silésie, avait au contraire tout ce qu'il fallait pour devenir un roi allemand, « le roi providentiel, élu pour le bonheur des peuples » #7,

115) DrrauLzrT, Tilsitt, p. 196.

(116) Sorez, L'Europe et la Révolution française, t. 7, p. 103.

(117) BourGzoïs (Emile), Manuel historique de politique étrangère. 2° volume, (1925). Les Révolutions (1789-1830), p. 297.

CHapriTRE II.

Jérôme, roi de Westphalie et les Polonais.

Jérôme, roi de Westphalie et mari de Catherine de Wur-.

temberg eut certainement comme principale préoccupation de rester prince français en faisant figure le roi allemand; mais les circonstances ne lui permirent guère de perdre de vue la Pologne. La présence de soldats polonais aux côtés du roi, ses relations de famille russes et polonaises, les mésaventures de Frédéric Auguste, roi de Saxe, grand duc de Varsovie, imposent fréquemment à son imagination des visions de Pologne; au reste, dans l’état Varsovien frère jumeau de l’état Wesiphalien, on s'intéresse aux faits et gestes de ce jeune roi un instant entrevu.

La lettre de l'Empereur annonçant à Jérôme qu’à Tilsit il a été reconnu roi de Westphalie, le trouve prêt à marcher contre le roi de Suède précédé d’une avani-garde de 600 lanciers poionais !, Le 18 août, jour où est nommée la commission chargée d'organiser le nouveau royaume ?, le chef d’escadron Lubienski, avec 126 chevau-légers de la garde, arrive à Magdebourg, stationne jusqu’àu 22 octobre près de Minden, puis se rend à Paris, après s’être bien plu en Westphalie #. Six autres détachements le renforcent ou le suivent‘. Ces groupes qui contribuent en passant à maintenir l’ordre dans ce rovaume

() Mémoires du roi Jérôme, tome 3, p. 3, Breslau, Jérôme à l’Empereur.

(2) Idem, tome 3, p. 34.

(3) LuBienxski: (ROGER HR.), General Tomasz Pomian Hrabia Lubienski, 1899, Varsovie, Gebethner et Wolff, 2 vol. in-8°, tome 1e, p. 105-108.

(4) REMBOwSKk1 (Alexandre), Sources documentaires concernant l’histoire du Régt des Chevaux-légers de la Garde de Napoléon 1‘, 1899, Varsovie, Rubieszewski, in-8°, CLXVIII-829 p., p. 631 : 17 Gorajski (101 cavaliers) parti le 30 août de Varsovie; 2° Kozietulski (136) parti le 15 sept.; 3° Radziminski (123) parti le 16 nov.; 4° Dziewanowski (156)

parti le 16 déc.; 5° Krasinski (175) parti le 12 janvier; 6° Dautancourt (198) parti le 3 mars.

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