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tre Monarque. Il a passé devant la Petertsthore, dans la plaine de Rosplatze, la revue de troupes dont la tenue et les évolutions ont excité l'admiration des assistants. Les habitants lui ont constitué une garde d’honneur. Civils et militaires ont joyeusement crié : « Vive le Roi ! ». Et la Gazette insèrce le texte intégral de la proclamation de Jérôme à ses troupes : « Soldats, La rapidité de notre marche et la concordance de nos mouvements ont produit sur l’ennemi l'effet d’une bataille perdue. Avant-hier encore, il harcelait nos alliés, menaçant de l'incendie et de la destruction nos villes et nos villages; aujourd’hui, il se retire inquiet devant nous. C’est à peine s’il a pu supporter l'éclat des armes de nos avant-gardes. [1 lui avait fallu huit jours pour venir de Dresde à Leipzig: il ne lui en à fallu que deux pour retourner de Leipzig à Dresde. IT nous croyait eucore sur les rives de la Fulda que nous avions déjà franchi celles de la Saale. Il ne savait pas que nous ne connaîtrions ni difficultés ni dangers. quand il nous faudrait voler au secours de notre vertueux allié, le roi de Saxe. Soldats, vous vous êtes acquis des droits à l'estime et à lPamitié des valeureux Saxons et vous, en pareil cas, pourrez sûrement avoir en eux la chevaleresque confiance qu'ils ont mise en vous » #7, L'accent de ces paroles est français, napoléonien; encore que l'Empereur les aït blamées de loin sans connaître la situation , elles répondent à ce qu'il fallait dire. Eerites dans la joie que dût causer à Jérôme au lendemain de laffaire Dôrnberg ce succès facile, mais réellement inespéré un mois plus tôt, ces lignes ne sont pas d’un homme qui délire. Mises sous les yeux des Varsoviens leur valeur s’est renforcée du contraste qu’elles offraient avec une proclamation de Frédéric-Auguste, adressée aux Polonais, datée de Franefort 24 Jun, Contresignée de Luszcezewski, ministre de l'Intérieur du Duché et insérée dans le supplément du même numéro de la Gazette. Pour terminer, cet intéressant numéro annonçait, non sans malice, que, le 21 juin, le roi de Saxe avait déjeuné avec le Grand-Duc de Wurzbourg, chez le Prince Primat à Francfort. Grand roi pour qui un déjeuner est un événement et
(87) Gazeta Warszawska, n° 54, 8 juillet, p. 954-6. Corresp. de Leipzig, 26, 27, 28 juin.
(88) BRoTONNE, Lettres inédites de Napoléon 1°, p. 185, Schônbrunn, 25 niet 1809, Napoléon à Jérôme. Kleinschmidt (p. 287) blâme aussi ce ton.
(89) Gazeta Warszawsk, n° 54, 8 juillet, supplément, p. 961 et 966.
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qui laisse à d’autres le soin de reconquérir son royaume ! Les Varsoviens étaient trop fins, pour n’en pas plaisanter.
La Gazette de Varsovie ayant annoncé en même temps que l'occupation de Dresde par Jérôme, une insurrection de paysans westphaliens près de Marbourg qu’aurait dissipée du
reste la garde départementale et dont l'envoi d’un régiment
par le Duc de Valmy préviendrait le retour %, Jérôme prenait en Pologne figure de héros ferme sachant risquer son trône pour celui d’un allié; eet allié n’en paraissait que plus piteux. Il fallait réagir; la Gazette fut donc tenue d’insérer le communiqué officiel suivant, daté de Leipzig 5 juillet : « On sait que Sa Majesié notre très gracieux souverain n'a quitté Leipzig, que quand on a su la prise de Dresde et qu'il ne s’est rendu à Eisenach que quand il eut appris qu’une seconde colonne marchait sur Leipzig. Il allait à Eisenach, pour rester près de ses Etats. S'il est allé jusqu’à Francfort, c'était uniquement pour assurer la liberté de sa personne dans l'intérêt de ses sujets, et son libre retour dans le pays : telles sont réellement les causes du départ du roi pour Francfort. Et comme il y a des gens qui ont courte vue et d’autres qui ont de mauvaises pensées, c’est par ordre supérieur que les faits précités sont portés à la connaissance du publie » ‘1. Pour remettre les choses en l’état, le pavé de l’ours : le saxon qui a rédigé cela, dut bien amuser les Polonais.
La Gazette intéressée à rassurer son public sur les entreprises des amis de la Prusse, s'étend sur celle de Brunswick- OEIs qui « s'était juré de recruter 40.000 hommes en Saxe, n’en leva pas 40 et finira comme Schill », ceci emprunté au Moniteur westiphalien ©. Elle relève le fait que les Autrichiens avaient promis à leurs soldats qu’ils n'auraient pas à se battre, 30.000 westphaliens étant prêts à se joindre à eux contre leur roi, et que pour insurger les paysans westphaliens, on leur avait promis l’arrivée de 30.000 autrichiens %. Cette situation assez analogue à celle du Duché de Varsovie, suffit à expliquer l'intérêt que prend la Gazetie aux affaires westphaliennes. Elle suit Jérôme, pas à pas vers Chemnitz, à Freiberg, à Lichtenstein, le voit surveillant Brunswick « qui doit vouloir en-
(90) (Gazeta Warszawska), n° 55, p. 977-8. 11 juillet, Corresp. de Dresde, 1°" juillet, et supplément, Corresp. de Magdebourg, 28 juin.
(91) Idem, n° 56, 2° supplément du 15 juillet, Leipzig, 5 juillet.
(92) Idem, n° 57, 18 juillet, p. 1017, De Cassel, 29 juin.
(93) Gazeta Warszawska, n° 57, De Cassel, 1 juillet.
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trer en Westphalie », nettoyant le territoire saxon des Autrichiens qu'il contenait et paraissant avoir un autre dessein important : sans doute l’attaque sur la Bohême * que lui prescrivait alors Napoléon. Derrière tout cela, Brunswick-OËls et sa troupe en apparence dispersée par groupes de 20 à 30 hommes, sont insaisissables %. De Cassel viennent dès le 6 juillet, des phrases suggestives : « La libération du royaume de Saxe par les armes de notre aimé Monarque va si rapidement que nous espérons le voir arriver d’un moment à l’autre, non que la distance et les opérations aient détourné son attention du gouvernement de l'Etat (suivent deux décrets) » °6, mais l’on sent que le retour de Jérôme à Cassel ne serait pas contraire à ses intérêts. Le 11, tout en annonçant que les Autrichiens se renforcent à Theresienstadt et fortifient Prague; que Jérôme ordonne au Colonel Thielman de rejeter en Bohême les patrouilles ennemies, la Gazette rapporte très tranquillement de Cassel : « Etant donné que cette guerre se réduit maintenant à la poursuite de coureurs isolés, il est clair que le roi, après avoir donné des ordres convenables, va rentrer dans sa capitale » 97.
Ce qui semble étonner la Gazette, ce n’est pas que Jérôme, lieutenant de l'Empereur, quitte de lui-même le théâtre des opérations % : elle l’ignore et quand elle publie cet entrefilet le 25 juillet, on est en plein armistice. Maïs ce sont les choses qui se passent en Saxe. Que l’arsenal de Magdebourg ait envoyé 12 fourgons de munitions d’artillerie à la Saxe le 4 juillet, soit; mais que la cavalerie saxonne, réfugiée à Magdebourg et sans chevaux, n'ait quitté cette ville que le 2 juillet pour rentrer en Saxe en voitures, voilà qui paraît peu honorable *. Que, le 1° juillet, le courageux roi de Saxe, averti par Jérôme de la libération de Leipzig, annonce de Francfort son retour avec sa famille « pour un jour qui n’est pas encore fixé » et se fasse précéder par ses bagages 1%, ce n’est pas brillant. Mais
(94) Idem, n° 57, 18 juillet, Supplément, p. 1027; n° 58, Supplément, 22 juillet de Leipzig, 4 et 6 juillet, p. 1045.
95) Idem, n° 59, supplément, 25 juillet, 1068.
(96) Idem, n° 58, supplément, p. 1049-50, Cassel, 6 juillet.
(97) idem, n° 59, supplément. Corresp. de Cassel, 11 juillet.
(98) Gouvion STt-Cyr en Espagne, où il n’y a pas d’armistice, fera pis : il quittera l’armée sans permission, sans passer son commandement à un maréchal, et cela devant l’ennemi. (Corresp. de Nap. t. 20, 16 oct. et 14 nov. 1809, n°5 15.958 et 16.004, p. 1 et 38).
(99) Gazeta Warszawska, n° 57, 2 supplément, 18 juillet, p. 1032, de
Magdebourg, 4 juillet.
(100) Idem, n° 58, 22 juillet, supplément, p. 1045.
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que le 19, ce roi, pressé d’embrasser son sauveur, en soit encore à faire savoir de Francfort « qu'ayant reçu la nouvelle de l’armistice, il fait ses préparatifs pour rentrer dans ses Etats et ira d’abord à Leipzig » 11, c’est lamentable. Le 24 juillet, Frédéric-Auguste et le Prince Primat, assistent à un Te Deum en l'honneur des victoires de l'Empereur, et le soir à la représentation de Titus. Entre ces deux auditions, ces deux comiques assistés de la reine de Saxe soulignent en un grand diner leur triomphe, par des toasts bien appropriés aux circonstances. Frédéric-Auguste boit au Prince Primat, premier personnage de la Confédération du Rhin; le Primat boit « Au roi de Saxe modèle des souverains et à la reine de Saxe en laquelle s'unissent les vertus et les charmes » 12. La Gazette du 12 août nous apprend que Frédéric-Auguste avait amené à Francfort outre ses bagages et les bijoux de sa femme, son pare d'artillerie, qui n’a repris le chemin de la Saxe que le 23 juillet 1% : évidemment ce pare ayani une certaine valeur, il était bon de ne le faire voyager qu’en des temps calmes. Jérôme et le Colonel Thielman eussent peut-être été contents de s’en servir; mais peut-être l’eussentils abimé. Toutes ces nouvelles sont insérée par la ‘Gazette sans commentaires : elle respecte les rois et fait, à bon droit, confiance à ses lecteurs et lectrices polonais. Si désireux qu’on soit d’habiller Jérôme en bouffon, il n'aura jamais dans ce rôle le naturel de Frédéric-Auguste.
Et voici précisément qu'une des bouffonneries reprochées par Napoléon à Jérôme 1%, nous apparaît comme un simple acte de prudence. En entrant à Leipzig, Jérôme était accompagné de son corps diplomatique, ce contre quoi s’est emporté l'Empereur qui fait remarquer que lui n’a emmené que son ministre des affaires étrangères et l’a laissé à Munich. La Wesiphalie n’est pas la France et entre l'affaire Schill et la randonnée de Brunswick-OEls, Jérôme se demandait que faire de ces ministres étrangers qui eux-mêmes ne devaient pas se sentir plus en sécurité à Cassel que Catherine qui s’en était allée à Strasbourg fin avril. Les envoyer à Strasbourg eut été se déconsidérer presqu'à l’égal de Frédérie-Auguste. À la suite
(101) Idem, n° 62, supplément, 5 août, De Francfort, 19 juillet, p. 1127.
(102) Idem, n° 63, 8 août, supplément, p. 1149.
(103) Idem, n° 64, supplément, p. 1168.
(104) BRoOTONNE, Lettres inédites de Napoléon 1°, p. 185. Schônbrunn, 25 juillet 1809.
NB
de l’armée, ils étaient à l'abri : leur entrée à Leipzig près du roi, sauvait leur dignité ! Qu’on s’imagine au contraire quels précieux otages eussent été aux mains d’un nouveau Dôrnberg, le nouveau marié, Lecamus, comte de Furstenstein, les Ministres de France, de Bavière, de Wurtemberg, de Hollande et de Saxe 105 dont la Gazette de Varsovie annonce à ses lecteurs l'entrée à Leipzig. Le même journal note d’ailleurs, lors du retour du roi à Cassel, un fait que l’auteur des Mémoires du roi Jérôme eut dû relever. Il n’y avait pas alors à Cassel de représentant attitré du « cousin » de Pétersbourg et d'Erfurt, pas de Ministre de Russie; il y avait pis : quand le 3 mai Schill entrant en Westphalie avait affirmé que Blücher et 14.000 Prussiens le suivaient, il avait ajouté que l’armée russe du « Grand-Due Constantin, après avoir repris le duché de Varsovie pour le roi de Prusse, allait entrer sous dix jours sur le territoire westphalien » 1%, A la vérité, rien de tel ne s'est produit : les petites trahisons masquées de Galitzine en Gallicie ont suffi aux Russes en 1809. Mais voici qu’en l’absence de Jérôme est arrivé à Cassel, l’envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Russie en Westphalie; et il s'appelle Repnine. La Gazette qui nous donne les détails de la cérémonie de remise des lettres de créanee 197, paraît avoir été plus impressionnée par ce nom redoutable en Pologne, que Jérôme et son entourage. Encore une fois l’intérêt que le publie varsovien prend au sort de Jérôme est basé sur sa propre expérience. Le Gouvernement westphalien n’hésite pas d'ailleurs à affirmer ses sympathies pour celui du Duché qui lui semble un allié sincère et agissant. La Gazette garnit deux colonnes et demie de son n° 64 à l’aide d’un extrait du Moniteur West-
phalien tout à l’éloge du Prince Poniatowski et de l’armée polonaise 198,
Les relations étant telles, inutile de penser que l’incursion de Brunswick-OEls en Westphalie ait couvert Jérôme de ridicule, tout au moins en Pologne. La Gazette qui depuis longtemps en à fait prévoir la possibilité et annoncé l'issue, note
(105) Gazeta Warszawska, n° 54, 8 juillet, p. 954.
(106) Mémoires du roi Jérôme, tome 3, p. 40. Jérôme à Napoléon. Cassel, 5 mai. En juin un officier du duc de Weimar explore la Saxe à cause du départ de la grande duchesse de Russie princesse héréditaire de Weimar. Mémoires de Jérôme, tome 4, p. 247. Thielman à D’Albignac.
(107) Gazeta Warszawska, n° 63, supplément, p. 1149.
(108) Idem, n° 64, 12 août, 2 supplément, D. 1168.
PAS TEE
te qu'avait de précaire cette aventure : Brunswick-OEls a occupé sa capitale, mais en y entrant par surprise à 10 heures du soir; ses troupes y ont logé sur les remparts à la belle étoile, aucun homme n’a dormi sous un toit; lui-même a dormi
sur le rempart enveloppé dans son manteau; le lendemain, ne
croyant pas prudent dattenäre le choc des troupes westphaliennes, il est parti après avoir publié une proclamation recommandant le calme, l'ordre et l’obéissance aux autorités actuelles 1%. Le Directeur de l’Académie de Halle félicite les étudiants d'avoir été assez avisés pour résister aux tentatives d'embauchage de Brunswick-OEls 110. Après avoir été acculé à prendre de force des vivres, de l'argent, des voitures, des chevaux pour gagner au plus vite la côte, il échappe à grand peine, son arrière-garde ayant été happée par les troupes de Jérôme qui « non seulement occupent Hanovre, mais tiendront aussi garnison dans les villes Hanséatiques, notamment à Hambourg; le roi Jérôme va se rendre de sa personne dans les villes . de la Hanse » 11. La réputation de Jérôme en Pologne a done plutôt gagné que souffert en 1809, et les sympathies du roi pour ce pays se sont accrues.
Par contre, ses soucis n’ont pas pris fin : sa situation effective est une moyenne proportionnelle entre les idées qu’on s’en fait à Varsovie, à Dresde, à Berlin, à Cassel et à Paris. Après ses sujets rebelles, après le Prussien Schill, après son cousin dépossédé Brunswick-OEls, voici maintenant son frère, l’'Empereur Napoléon, qui, sans notification préalable, fait passer une ligne de douanes à travers son royaume, nuisant au Com-
merce de ses sujets, à la liberté des communications. Les doua-
niers commettent d’horribles abus, vendent des marchandises confisquées, les confisquent à nouveau et les revendent encoret!?. Jérôme éprouve un dégoût dont on peut sourire, mais qui se conçoit.
C’est le moment que choisit Frédéric-Auguste pour se rappeler à son bon souvenir. Après s'être longtemps tapi dans
(109) Zdem, n° 65, 15 août, supplément, p. 1183, de Hanovre, 31 juillet et de Brunswick, 2 août.
(110) Idem, n° 66, 19 août, p. 1202, etc, 4 colonnes, de Cassel, 5 août.
(111) Gazeta Warszawska, n° 66, 19 août supplément, de Brunswick, 8 août; n° 67, 22 août, p. 1219; n° 67, supplément, de Brême, 7 août, p. 1225; n° 68, supplément, 26 août, p. 1245, de Cassel, 12 août.
(112) Mémoires du roi Jérôme, tome IV, Reinhard à Champagny, Cassel, 12 octobre 1809, p. 302; Lefebvre à Champagny, Cassel, 30 octobre, p. 303-313.
LEÉSONEE
Francfort, le digne homme est redevenu roi de Saxe et souverain d’un duché agrandi, récompense bien due à ses vertus. Le Prince Joseph lui a conquis une deuxième capitale polonaise, Cracovie, à la fois sur l'Autriche ennemie et sur la Russie alliée : quels sujets sympathiques ces Polonais let fidèles ! même à ce perpétuel absent ! Quel objet de réflexions pour Jérôme ! Or voilà que Frédéric-Auguste lui dépèche, en témolgnage d'amitié et de gratitude et aussi pour procurer des armes au Duché, non un Saxon, mais son aide de camp polonais, Pakosz. A celui-ci, le jeune roi fait don d’une tabatière; puis tout en lui refusant les armes, il se livre à des confidences qu’il pousse assez loin : « Je n’ai rien à moi; vous pouvez m'en croire; mon frère me fait payer le moindre fusil, sans égard pour la gêne dans laquelle se trouve mon pays et sans tenir compte du mécontentement du peuple. Mon frère enserre mon Etat, et quand il doit me donner quelque chose, il me le vend ». Après quoi, aveu de son peu (de confiance dans les Westphaliens et de son estime pour les Polonais ##. Ceci se passe en octobre.
Dans le même temps, il se rassure sur les intentions de la Russie et voit avec joie s'établir des relations intimes entre Repnin et Reinhard, ministre de France 14.
. Le 2 novembre, il part pour Paris où l’appelle l'Empereur. Le 3 Lefebvre, remplaçant Reinhard alors à Hanovre pour l'affaire des douanes, écrit à Champagny : « Tous s’accordent à désirer une situation meilleure qui arrache le royaume de Westphalie à l’état de marasme et de consomption où il se trouve... Mais ce qui comblerait les vœux du roi, ce serait à ce que jai pu voir, d'être appelé par le choix de S. M. I. à régner sur la Pologne, soit qu’il ait quelque raison d’espérer que cetie couronne pourrait tomber dans ses mains, soit que ce ne soit qu’une idée passagère, inspirée par la lecture du traité de paix avec l’Autriche. Il est certain que, depuis que S. M. en à connaissance, elle m'a parlé avec chaleur et même une sorte d'enthousiasme de ce pays et qu’Elle est toujours revenue à la charge, il est vrai par forme de conversation et sans y attacher d'autre intention; mais comme elle a également entretenu M. de Furstenstein dans le même sens et avec la même vivacité, je ne serais pas étonné, quand cette idée serait
(113) Niemcewicz, Mémoires, tome AD 17e:
(14) Krescamipr, Histoire du royaume de Westphalie, p. 313.
RTS
devenue chez $S. M. la base d’un calcul et la matière d’une espérance et ce n’est que dans ce Cas que je me crois tenu d’en parler à V. A. » 115, Ce départ du roi, puis de la reine pour Paris remplit dès lors « toute la ville de Cassel de bruits et de conjectures. Tantôt il s'agissait de vastes agrandissements tantôt d’un changement de trône » 16. Dans toute l'Allemagne des rumeurs analogues couraient, annonçant le renversement des Hohenzollern, le passage de Jérôme à Berlin, ou le retour de la Pologne à ses anciennes limites jusqu’à la Baltique 117. Jérôme allait-il être roi d’un état westphalo-prussien ? Il eut préféré une Pologne agrandie.
Ce rêve fut vivement mis en pièces par de rudes réalités.
Il s'était établi entre Jérôme et Lefebvre une sympathie qui n’existait pas entre le roi et Reinhard. Or, si Jérôme est revenu à la charge plusieurs fois, c’est qu’il a rencontré en Lefebvre, un interlocuteur plutôt effrayé que content des articles du traité relatifs à la Pologne. Tous les Polonais ont
reproché à Napoléon d’avoir trop peu fait à cette date pour
Icur pays, ou trop peu montré ce qu’il voulait faire, pour qu’on pût lui accorder une confiance sans réserve. Lefebvre date de 1809 et du traité de Vienne une rupture entre France et Russie qu’il atribue à un geste trop explicite de Napoléon. Son raisonnement est le suivant : Trois puissances restent irréconciliables, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse; on ne peut se fier à l’alliance de la Russie. Il s’agit de la remplacer par une autre assez forte pour tout contenir à la fois, maîtriser le nord tandis que nous maîtrisons le midi. Ni le Duché de Varsovie, ni la Saxe, ni la Westphalie ne sont de taille à remplir un tel rôle. Seule le pourrait une Pologne réorganisée sur ses anciennes bases, comprenant le Duché, la Gallicie, la Wolhynie et la Lithuanie. « Cependant si le rétablissement de la Pologne était la plus glorieuse et la plus profitable de toutes les entreprises, il n’y en avait pas qui fût hérissée de plus de difficultés, qui exigeât dans la conception plus de maturité, dans l'exécution plus de patience, de dissimulation et d’audace, de passion. Il importait surtout que l'esprit le plus pénétrant ne put deviner le dessein de l'Empereur... jusqu’à ce qu'il put le dévoiler sans péril. Ce jour n’était pas encore venu. Nous n’avions ni la tête ni les bras libres de soucis et (115) Mémoires de Jérôme, t. 4, p. 315, Cassel, 3 novembre 1809.
(116) Idem, t. 4, p. 317, Reinhard, à Champagny, 5 décembre. (117) DrrauzrT, Tilsit, p. 441.