LIBRE
de travaux. Il nous fallait toutes nos ressources, toutes nos armées, le concours de toutes les forces du continent et sur nos derrières une sécurité absolue. Ce n’est point ainsi que se conduisit Napoléon. En donnant 41.500.000 âmes au Grand- Duché de Varsovie et 400.000 à la Russie, il livra son secret au monde. Il manifesia hautement son intention d'achever l'œuvre commencée à Tilsit, le rétablissement de l’ancienne Pologne. Il agita, passionna les peuples du Grand-Duché, de Lithuanie, Wolhynie, Gallicie, répandit l'anxiété dans toute la Russie, conspira avec elle pour précipiter le grand conflit du midi de la civilisation avec le nord de la barbarie. Alarmant l’Empereur Alexandre, il le rejeta violemment sur la pente qui lentrainait vers nos ennemis. À dater de ce moment, il ne fut plus maître de sa destinée; l’avenir lui échappa » #8, Ces idées offrent de l’intérêt, en ce sens qu’elles ont pu être exprimées devant Jérôme par leur auteur sous la forme atténuée et discrète de simples appréhensions, contre lesquelles il est revenu à la charge avec chaleur, et qu’elles l'ont, sinon fait changer d'avis, du moins amené à réfléchir. Bogdanovitch, dans son Histoire de la Guerre nationale, datera aussi du traité de Schoenbrünn la scission entre les deux alliés et signalera comme une offense la mention que, dans le territoire concédé par l’Autriche à la Russie, ne pourra être comprise la ville de Brody 11°, le seul point ayant quelque importance à cause de son commerce 12, Soloviev qui date du même moment la rupture réelle entre Alexandre et Napoléon, montre combien l’apparente confiance du tsar qui n’a voulu à Schœnbrunn avoir d'autre plénipotentiaire que Napoléon luimême, à été mal récompensée 1 : en fait, Napoléon n’ayant pas été dupe de cette suprême habileté, et ayant agi en conséquence, les deux rivaux étaient face à face et sans masques.
Au reste, les conversations avee Lefebvre n’ont pris fin que parce que Napoléon va parler du projet de mariage russe à Jérôme et à Catherine. À cette affaire se mêle intimement la négociation qui a pour objet d'obtenir la signature de Napoléon au bas de ce texte : « Le royaume de Pologne ne sera
(118) Leresvre, Histoire des cabinets de l’Europe, t. 4, p. 557-359.
(19) Lurosransxi, Les partages de la Pologne et la lutte pour l’indépendance, p. 284. Traité de Schœænbrunn, par. 5 de l’Art. III.
(120) BocpanovircH, Istoria Otietchestvennoiï voiny 1812, Petersbourg, Strugonnikov, 1859, 3 vol. in-8°, t. SR ep HE
(121) SOLOvVIEV (Serge), Imperator Alexandr I : Politika — Diplomacia. Petersburg, Stasiulevitch 1877, 560 p. in-8°, p. 203-204,