‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 2 sur 97 · ALT RE · texte numérisé non relu

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rapports polono-russes : témoin, pas absolument passif, de la création du Duché, — état jumeau de la Westphalie — il a reçu des Polonais des services qu'il a appréciés et il en à rendu à leur souverain, Frédéric Auguste, roi de Saxe; pour de multiples raisons, il ne peut avoir d’ambitions à satisfaire en Pologne. Il semble donc être pour les Polonais ce que les maîtres de la Russie, de l'Autriche et de la Prusse ne peuvent être sincèrement, — un allié sympathique. D’autre part, une Pologne forte, capable de tenir en respect la Prusse, de résister à l’Autriche, est évidemment désirable pour le roi de Westphalie, comme une Westphalie solide est utile au Duché. On est donc en droit de s'attendre, en 1812, à une collaboration étroite, active, cordiale, féconde, entre le Duché et le roi Jérôme mis en contact journalier d'avril à fin juin, appelés sans doute à bénéficier de la guerre et paraissant inspirés du même esprit napoléonien.

Effectivement, Jérôme est alors dans le Duché le personnage central autour duquel, au premier acte du drame, se groupent et agissent lès autres acteurs; il est celui dent les moindres gestes, la présence seule, suffisent à préciser, d’une façon inat-

tendue, des situations jusque-là incertaines. II faut, en tout

ceci, tenir compte des intentions de Jérôme à l’égard de la Pologne, de l’état politique, social, moral de ce pays, de la ligne de conduite adoptée par Napoléon vis à vis des Polonais. Tout cela n’a d’ailleurs que la valeur toute spéculative de postulats, tant que le frère de l'Empereur n’est pas parvenu en Pologne. En ce pays, sa présence, sa personnalité, ses attributions provoquent des réactions infiniment plus fortes que les intentions peu claires de Napoléon et que les siennes même qui, affirmées sur place, n’ont pas paru vraisemblables.

. Jérôme est le frère de l'Empereur, et son envoi én Pologne, si longtemps avant le 24 juin, dans la période de surexcitation de l’avant-guerre, ne peut pas ne pas être un évènement. Il est aussi le frère de Joseph que l'Empereur a transplanté de Naples à Madrid; le beau-frère de Murat transféré de Berg à Naples. Que Napoléon ou Jérôme le veuillent ou non, le roi de Westphalie paraît être candidat au trône de Pologne. Ceci, à la rigueur, suffirait à faire converger vers lui l'attention de tout ce pays. Mais il est, par sureroît, le chef de l'aile droite de la grande armée, aile presque seule appelée à opérer dans le Duché, ce qui met Jérôme et ses subordonnés en relations avec la majeure partie du territoire polonais et fait pratique-

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ment de lui le chef de la région militaire où pourra se produire le premier choc avec l'ennemi. Il est, en attendant l’arrivée de l'Empereur, seul chargé sur ce terrain des opérations envisagées contre les Russes, de concert avec Davout, dont le rayon d'action d’ailleurs est plutôt la Prusse orientale. Il est enfin le chef des troupes du roi de Saxe, duc de Varsovie, des troupes promettant la collaboration la plus active, le dévouement ie plus entier. Que cette aile formée des Westphaliens, des Saxons, des Polonais, constitue, en dehors de l’armée française, le groupe qui mérite le plus l'attention des Polonais, ce n’est pas douteux. Qu'elle ait pour chef Jérôme, frère de l'Empereur, ceci doit leur paraître un fait capital.

Ce n’est pas tout. Jérôme, la plupart du temps, réside à Varsovie : or, ni Davout, ni l'Empereur, souvent annoncés, ni aucun personnage de premier plan, ne paraîtront dans la capitale. Jérôme sera donc seul en relations directes et personnelles avec les gouvernants du Duché. Ceci donne à son séjour à Varsovie une extrême importance. Celle du séjour de Napoléon à Dresde a été soulignée par tous les historiens : cette réplique d’Erfart ne lui a cependant apporté que de plats hommages et la confirmation de la réalité des difficultés qui l’attendent. Celle de son séjour à Wilno n’a pas moins frappé : or, il s’est opéré, là surtout, un échange de déceptions entre Napoléon et les Polonais. Le long séjour de Jérôme à Varsovie est plus intéressant que ces brillants et décevants levers de rideau : ce n’est pas une courte rencontre. Le roi et son armée d’une part, les Polonais et leurs gouvernants de l’autre, doivent cohabiter, collaborer. Tâche difficile, prise de contact suggestive, quant aux tendances qu’elle révèle dans le personnel gouvernemental polonais sur lequel Napoléon doit s'appuyer, et quant à l'orientation que Napoléon et Jérôme doivent prendre. Jusqu'alors, on a glissé trop discrètement sur ces faits.

L'Empereur et le roi se rapprochent de la maison Czartoryska, la plus importante à gagner, puisque, depuis un demisiècle, elle tient dans ses mains le sort de la Pologne. Jérôme est lié à cette famille par des liens de quasi parenté : il est jeune, aimable; ses qualités d’homme du monde le rendent propre à agir dans la société polonaise : personne dans la famille impériale, parmi les chefs d'armée, les diplomates français accrédités jusqu'alors à Varsovie, ne peut rivaliser avec lui sur ce point. Cet essai de séduction place une fois de plus Jérôme, d'avril à fin juin, au centre même des relations francopolonaises.

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