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jamais rétabli ». M. Waliszewski a été jusqu'à dire
« Alexandre aura poursuivi ces deux buts à la fois : mettre son allié en posture disgracieuse de prétendant éconduit et lui escamoter un engagement compromettant dans la question polonaise ». Ceite double offense publique, cette double revanche de Schœænbrunn eût fait du Corse un ennemi trop averti, irréconciliable et cela sans profit réel pour le Grec, le Byzantin. Deux offenses ne sont pas un but. Quand Roumiantsov, le 30 décembre, informe Caulaincourt que le tsar ne pourrait donner suite à la demande en mariage, si elle n'était présentée officiellement !??, il tend sans doute un piège, mais il pose surtout un ultimatum : pour avoir la fiancée russe, il faut abandonner la Pologne. Cela ne semble avoir été écrit
. nulle part, mais si ce n’est pas là le fond du débat, le conflit
se réduit à une absurde question de prestige. Le mariage russe envisagé de ce point de vue, est pour Jérôme d’un grand intérêt.
D'autre part les liens de parenté entre Catherine de West-
phalie et Marie Féodorowna valent que le problème soit abordé sous langle des relations qu’ils permettent.
Il y a lieu de remarquer d’abord que le divorce qui doit précéder ce mariage, s’il satisfait Jérôme, hostile comme tous les Bonapartes à Joséphine, inspire une sorte d'effroi à Catherine qui jusqu'alors, elle non plus, n’a pas donné d’héritier au roi de Westphalie. Napoléon l’a toujours traitée avec des égards tout particuliers, elle n’en craint pas moins pour ellemême le divorce 1%. Or, Napoléon ne pense à rien de tel : il convoque à Paris, non seulement Jérôme, mais Catherine, et c’est pour leur demander d’accentuer le rôle qu’ils ont joué à Erfurt. L'Empereur croit avoir pris à Erfurt « un engagement de tacite honnêteté » à ne point chercher d'autre
parti avant d’avoir repris et poussé à fond l'entretien avec
la Russie. Caulaincourt lui a écrit le 1* février 1809 que « la première démarche ostensible, comme l’officielle, s'adressent » en pareil cas à l’Impératrice-mère. Or, se jugeant trop fort et trop grand pour employer cette voie, et tenant pour impossible qu’Alexandre, maître de son Empire, ne le fut pas de sa famille, Napoléon chargera néanmoins
Caulaincourt de s'adresser au tsar, lui-même. Mais il ne
(122) Waziszewski : Le règne d’Alexandre 1°, p. 302 et 304. (123) Krewscamior, Geschichte des Kônigsreiches Westfalen, p. 347.
PGO
négligera rien de ce qui peut disposer favorablement Marie Féodorowna. Caulaincourt ayant signalé Kourakine comme l’homme qui écrit « au moins une fois par semaine à l'Impératrice-mère », Napoléon multiplie les caresses à Kourakine, fantoche aussi nul que peu intéressant. L’attitude de l'Empereur vis-à-vis de Jérôme et surtout de Catherine, est pour le même motif de plus en plus cordiale. Le Baron de Brockhausen, ministre de Prusse à Paris, est si frappé de ces bons traitements, qu'il en avertira Frédéric-Guillaume TIT 1%, Evidemment, Napoléon demande alors à Catherine, non de suivre Joséphine, mais d’agir sur Marie Féodorowna avec l’aide de tous les Wurtembergs qu’elle pourra mobiliser et faire manœuvrer en vue d’un enveloppement stratégique de l’Impératrice mère. Le Grand-Duc Michaïlovitch a vivement reproché à la famille Czartoryska et aux héritiers de Caulaincourt de n’avoir pas livré les secrets des correspondances qu'ils détenaient 1%. Il suffit de parcourir le volume que le Grand-Duc a publié sous prétexte de nous faire connaître la correspondance d'Alexandre 1 avec sa sœur Catherine, pour s’apercevoir qu’il nous en a caché l'essentiel 127. Sorel, Vandal, Driault, Waliszewski ont basé leurs raisonnements, et à juste titre sur les documents qu’ils ont lus. Il est des cas où Pabsence de certains documents finit par prendre un sens. Pourquoi a-t-on supprimé ou évité de publier la plus grande partie des lettres échangées par Alexandre avec sa sœur à cette époque, si ce n’est parce qu'elles révéleraient des défaillances de volonté en face de l’assaut donné par Napoléon et les siens ? Le « refus filé » du 4 février y perdrait son allure d'opposition irréductible à Napoléon : il prendrait figure de décision mesquine, prise après des tergiversations et suivie d’un dépit qui reste inexplicable, si l’on eut été fermement et délibérément résolu à refuser.
(124) VANDAL : Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 174-5, 180, 176.
(125) KLeINscHMipr : Geschichte des Kônigsreichs Westfalen, p. 348 : « Man muss bedenken dass dieser Bruder des Kaïsers augenscheinlich am besten von der Familie behandelt wird. Er macht sich seine Gessellschaft zu einer Art Gewohnheiïit, denn er erscheint ôffentlich nur mit ihm. Die Kônigin steht ebenso gut bei dem Kaiser angeschrieben, er zeichnet sie sehr aus, macht ihr Besuch und behandelt sie herzlich ».
(126) Nicoras MicnaiLovircH, L'Empereur Alexandre 1°, p. 56 et 85.
(127) Nicoras MiCHAILOvVITCH, Perepiska Imperatora Alexandra I s siestroï Iekaterinoï Pavlovnoï. Comparer notamment la correspondance au sujet du projet de mariage de Catherine en 1807, projet d’ailleurs inconsistant, avec celui d’Anne en 1812. Pour ce dernier une seule lettre, rien ensuite sur le mariage autrichien conclu, sur sa célébration, sur leur commun dépit.
Le 22 décembre, le Baron de Brockhausen fait savoir à Frédéric-Guillaume ITT, par dépêche chiffrée qu'en cas de succès de sa demande en mariage, Napoléon enverra Jérôme épouser par procuration la Grande-Duchesse Anne à St-Pétersbourg selon le rite catholique. Une autre correspondance chiffrée apporte sous une forme plus dubitative la même nouvelle de Dresde l#. Or, Jérôme et Catherine quitteront Paris le 1° janvier et seront à Cassel Le 6 12. Quand on voit le brouillon Murat, si peu estimé de Napoléon, assister au Conseil de famille du 29 janvier et y parler haut, comment ne pas s’étonner de n’y pas voir Jérôme qui vient d'être si bien traité ? Pourquoi Jérôme a-t-il fait voyager Catherine à cette vitesse ? Tout ceci semble indiquer que les souverains de la Westphalie ont à jouer un rôle plus actif que celui de figurant dans la revue à grand spectacle du 29 janvier. Et pourquoi Napoléon -<hoisit-il ce moment pour annexer le Hanovre à la Westphalie (14 janvier) ? 0. Précisément l'affaire avait été amorcée à Erfurt, où Alexandre avait déclaré par lettre ne prendre « aucun intérêt à l'exécution de l’article du traité de Tilsit » comportant un dédommagement à la Prusse en cas d’annexion du Hanovre à la Westphalie #1, A l’agrandissement de la Westphalie, ne correspondra donc aucun agrandissement de son ennemie la Prusse : ceci, Jérôme le doit au bon vouloir d'Alexandre qui le met dans la position d’un aimable obligé. Napoléon ajoute à la puissance, c’est-à-dire à la dignité de ce frère qui l’aide en ce pas difficile, du seul qui soit en état de le faire, et qui en cas de réussite le représentera au moment de la première cérémonie près de la famille impériale.
Le 18 février, quand l’échec du projet sera connu, Catherine de Westphalie écrit à son père : « C’est M. de Wolfradt qui vous remettra cette lettre. Je puis done avee plus de liberté vous parler de la grande nouvelle qui occupe tous les esprits. Je vous avouerai que je suis bien fâchée de toute manière que la première alliance projetée n'ait pu avoir lieu. Il me paraît que nous y trouvions un bien autre avantage personnellement;
(128) (KzeiNscHMipT, Histoire du royaume de Westphalie, p. 347 et note 4
(29) KLeINscHMipT, Histoire du royaume de Westphalie, p. 351. — Mémoires de Jérôme, t. 4, p. 441. Jérôme à Napoléon, Cassel, 9 janvier
(130) Idem, p. 351, 356-360. Mémoires de Jérôme, t. 4, p. 444-482.
(131) Tariscuerr, Alexandre 1° et Napoléon, p. 457. Erfurt, 14 octobre 1808.
d'ailleurs je suis désolée de voir ma tante éprouver un aussi grand désagrément » #?. Qu'est-ce à dire ? Pour Catherine, la tsarine-mère était-elle donc favorable au mariage ? La reine at-elle pris pour argent comptant de belles phrases ? Est-ce sérieux ?
Alexandre s’étant abrité derrière sa mère, et celle-ci derrière sa fille aînée Catherine, il faut revoir la question en partant de celle-ci. La grande-duchesse singe la grande Catherine dans l’« application studieuse par laquelle elle se prépare à régner un jour »; elle a « beaucoup d’empire sur son Auguste Frère » qui lui écrit avec l’exaltation d’un amant plus qu'avec la tendresse d’un frère. « Il n’y a pas de doute qu’en cas d'événement, il y aurait un mouvement général pour cette princesse : il n’en coûterait pas beaucoup de gagner les troupes ». Dès novembre 1809, un général dit des gardes : « Les janissaires sauront faire raison à la nation de cet homme faible qui se plaît à l'avilir » 1%. La haute société russe, — la nation, — depuis un siècle s’est habituée à être régie par des femmes : en face d'Anne la sanglante, d’Elisabeth, de Catherine, qu'ont été les tsars ? Elles ont longtemps régné, sont mortes dans leur lit; eux ont peu régné, mal fini. Ce n’est pas de l’histoire ancienne. Paul a régné cinq ans; Alexandre en est à la 8 année d’un règne où les hontes ne manquent pas. Le règne des femmes est autrement intéressant pour les dignitaires, amants possibles qui espèrent régner sous leur nom. Or, en 1807, elle a voulu épouser François 1%. Le tsar le lui peint « vieux, laid, sale » et, « traitant ce sujet avec une sorte de douleur » dit : « Il m’est cruel de penser qu’un ange tel que vous, tombera en partage à un être comme j'Empereur ». Elle répond : « Cest un triste époux. Mais la race princière étant divisée en trois — les ânes bonnes gens, les gens d'esprit méchants, les Jean sans terre, le choix est facile. Si sa diablesse de moitié lui a fait faire toutes les sottises, pourquoi ne pourrais-je lui faire faire quelque chose de raisonnable? » #, Ce serait le premier grand mariage des Roma-
(132) NicoLas MicxaiLovircn, L'Empereur Alexandre 1‘, t. 1°, p. 378-9. Saint-Julien à Metternich, 29 mars/10 avril 1810. D’après Rabbe, Napoléon aurait affirmé qu’il y aurait eu concurrence entre la Russie et PAutriche pour lui donner une épouse (Histoire d’Alexandre 1" Pariss Treutter et Wurtz, 2 vol. in-16, 1826, t. 2, pAMG)E
(33) Nicozas MicaaiLoviren, L'Empereur Alexandre 1*, t. 1°, p. 378-9. St-Julien à Metternich, 28 nov. 1809 et 10 avril 1810.
(34) Nicozas MicaiLovireH, Correspondance d’Alexandre 1‘ avec
Me CRE
novs : elle gouvernerait à Vienne. La chose ne se fit pas. La rumeur l'ayant (1807) fiancée à Napoléon, elle eût régné à Paris. Survient la scène de Bayonne: Napoléon lui fait peur; elle dit : « J’aimerais mieux être la femme d’un pope que: souveraine d'un pays sous l'influence de la France » 1%. Elle épouse le Grand-Duc d’Oldenbourg, presque Fean sans terre et pense devenir une Catherine IT : ce sera sa carrière. Quant au mariage de sa sœur Anne en 1810, Alexandre, tout en consultant Catherine, en la laissant consulter par sa mère, veut l’y rendre hostile : « Mon opinion est que vu tous les embar-
ras, les tracasseries, la mauvaise volonté et la haine qu’on:
porte à l'individu, il y a moins d’inconvénients à décliner qu’à accepter de mauvaise grâce » 16, Or Catherine sera néanmoins pour le mariage d'Anne avec Napoléon #7.
La tsarine-mère est donc seule en cause : c’est le personnage important pour la reine de Westphalie et pour Napoléon. Elle a fait le mariage oldenbourgeois pour soustraire sa fille
à l’opprobre de partager sa couche avec « l’infâme usurpa-
teur corse » 5. Ne dirait-on pas que les Anhalt Zerbst, les Holstein Gothorp étaient les plus hauts potentats du globe ? Elle était duchesse point régnante en Wurtemberg; la tsarine Elisabeth est fille d’un margrave de Bade. Et qui done n'avait
| pas usurpé le pouvoir en Russie ? À de tels mots, un homme | peut se tenir; ils n'empêchent pas une une femme de changer | d'avis. Napoléon l’a connue « des plus passionnées » contre
lui, surtout « livrée aux contes ridicules » répandus sur lui à plaisir : « Comment, dit-elle, marierai-je ma fille à un
| homme qui ne peut être le mari de personne ? Un autre
homme viendra-t-il donc dans le lit de ma fille, si l’on veut avoir des enfants ? » 1%. Napoléon impuissant eût-il divorcé, recherché une union brillante, dit, répété qu'il était pressé d’avoir des enfants ? Il y a la question religieuse, la chapelle orthodoxe aux Tuileries : Champagny a levé par avance ces difficultés. D'ailleurs la tsarine était née luthérienne; Fran-
sa sœur Catherine, p. 8, 26 avril 1807; p. 9, 5 mai; p. 12, 11 mai; p. 14, 13 mai; p. 15, 19 mai; p. 16-17, 23 mai.
(135) Vanpaz, Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 254-255.
(136) Nrcozas Micarzowicz, Corresp. d'Alexandre avec sa sœur, p. PAT 23 déc., 1809.
(137) VanpaL, Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 254-5.
(138) Tariscerr, Alexandre 1° et Napoléon, p. 519.
(139) Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, t. 2, p. 576.
Ve
çois 4 qu’elle avait voulu pour gendre était plus catholique que Napoléon; d’ailleurs, c’est Alexandre qui imagine tout cela, avant, prétend-il, d’avoir parlé du mariage à sa mere. Il ya le divorce de Napoléon : la tsarine-mère en avait parlé à son cercle à Gatchina, en termes judicieux, approuvant, louant 1. fl y a la jeunesse d'Anne : Alexandre s’est marié à 16 ans, sa femme en ayant 1514. Il y a les doutes sur la fécondité des grandes duchesses : l'aînée Marie à eu à Weimar en 1805 un gros garçon 1#. [1 y a l’autorité toute puissante d’une tsarinemère; or elle éerit à Alexandre : « Vous êtes souverain, despote, maître de vos peuples et de votre famille. Vous pouvez disposer du sort de votre sœur, même de votre mère » Æ#. Il y a l’horreur du parvenu corse; or elle aurait dit : « On se trompe sur l'opinion que j’ai de l'Empereur Napoléon : je suis mère, je voudrais que mes fils lui ressemblent, non seulement comme grand capitaine, mais comme homme d'Etat : on ne gouverne pas mieux » 1##, La préférence donnée par Napoléon à la maison régnante de Russie, loin d’être une offense est l’hommage le plus grand qu’elle aït jamais reçu. Bien des nobles le prennent ainsi et les avis que demande autour d'elle Marie Féodorowna, l’inclinent vers ce mariage. Elle résiste pourquoi ? En mère, pour se rendre elle et sa fille plus intéressantes. Alexandre pressé par Caulaincourt dit : « L’impératrice ne met aucune opposition réelle ». La reine de Westphalie aurait donc raison.
Le responsable du refus du 4 février 1810, le seul serait Alexandre 1. La demande dictée par Napoléon est du 22 no-
(140) VanDar, Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 257. On n’aurait invoqué ensuite ceci que comme un prétexte. Caulaincourt écrit à Champagny, le 18 février 1810 : « Après avoir approuvé même les formes du divorce, elle se serait en définitif gendarmé contre l’idée de marier sa fille à un prince divorcé; ce ne serait qu’un piège que l’empereur Napoléon tendrait à la Russie: la princesse pourrait être renvoyée au bout de quelques années; si l'Empereur avait voulu ce mariage, il n'aurait pas abreuvé l’empereur Alexandre de dégoût à cause des Polonais. L’empereur Napoléon ne tient pas du tout à la Russie. L’alliance actuelle n’est qu’une chose de circonstance pour paralyser le nord, pendant qu’il soumet le midi ». (Arch. Aff. Etr.: Fonds Russie, 1812, folio 287).
(141) ALExEIEV (F. N.), Aleksandr, iego litchnost, pravlenie i intimnaïa jizn. Londres 1908, 53 p. in-12, p. 45.
(142) Nicoras MicHaiLovircH, Corresp. d'Alexandre avec sa sœur, p. 4, Pulavy, 22 sept. 1805.
(143) VanDaL, Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 278, note.
(144) VanDAL, Idem, p. 257.
(145) Dès le début, il prédispose son frère Constantin contre cette union : « Que pensez-vous, lui dit-il, de ce fat de Caulaincourt qui