‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 22 sur 97 · HO · texte numérisé non relu

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vembre : le 3 décembre, Caulaincourt peut en entretenir le tsar; le 3 janvier Alexandre qui était la veille à Gatchina, prétend n’avoir encore rien osé dire à sa mère, craignant de se lancer dans un dédale d’ennuis ? #6, Ayant perdu tout un mois, quand Napoléon dit être pressé, il montre un mauvais vouloir évident. Mais, quand il dit cela à Caulaicourt, il ment : sa lettre de ce même 23/3 janvier à sa sœur en est la preuve irrécusable #7, Et il ment pour empêcher l’ambassadeur d’en parler directement à la tsarine. De même, quand Caulaincourt le prie d'apprendre à sa mère que Napoléon a fait une demande expresse, Alexandre dit qu’il n’en fera rien : « N’étant pas sûr de la discrétion de sa mère, il fallait que ce secret restât avec lui, si la chose ne réussissait pas » #8, Comment décider une mère à donner son consentement sans lui faire part de la demande ? De quelle chose autre que ce consentement, —

où la volonté du tsar, — peut dépendre la réussite de cette affaire ?

On lit dans le Mémorial : « Alexandre eut certainement

donné sa sœur en mariage à l'Empereur, sa politique l’y eut déterminé, si même son inclination n’y avait pas été » 1. La reine de Westphalie croit que l'échec de ce mariage fut un « grand désagrément » pour sa tante, mais ne dit mot d'Alexandre. Les Cases a-t-il compris ? Napoléon en exil ne se nourrit-il pas d'illusions rétrospectives ? La reine écrivant le 18 février 1810, a-t-elle bien réfléchi ? Elle trouve si beau pour sa tante et pour Anne ce mariage français qu’elle ne peut croire qu’Alexandre l’ait brisé de ses mains : « Je crains beaucoup écrit-elle, pour la nouvelle Impératrice qu’elle ne soit victime des mêmes intrigues qui l’ont appelée sur le trône au préjudice de ma cousine dont on redoutait les moyens » 1%. Elle n’est pas loin de considérer la rupture du mariage russe comme un épisode de la lutte entre Bonapartes et Beauharnais, simple supposition qui ne tiendra pas devant les faits. En somme, c’est Jérôme et Catherine qui sont les mieux placés pour juger de l'hostilité irréductible à laquelle est voué Alexandre à l’égard de Napoléon.

s’avise de me parler ici d’un mariage entre son maître et ma sœur Mémoires du comte de Moriolles, p. 255).

(146) VanpaL, Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 258-9, p. 287.

(147) Nicozas MicHaiLovircn, Corresp. d’Alex. avec sa sœur, p. 27, -n © ÿ (148) Vanpaz, Napoléon et Alexandre, t. 2, p. 259.

(149) Las Cases, Mémorial, t. 2, p. 576 (150) Mémoires de Jérôme, t. 4, p. 449.

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Le récit du grand-duc Nicolas 151, si bref, comparé à l’histoire de Speranski qui y fait suite, si faussement clair, s’abstient d'indiquer le responsable. Le prince historien vient en aide au tsar au moment où il s’agit de sauver la face : ces précautions sont une présomption en faveur de Catherine de Westphalie.

En fait, qu’on se figure Alexandre entre Catherine Pavlovna de plus en plus disposée à régner à Moscou, Anne mariée à Napoléon, douce, bonne, soumise à son mari “?, devenue son instrument, et Marie Féodorowna acariâtre, despotique 153%, affamée d’égards; entre Madame Narychkine et la tsarine Elisabeth qui le bernent. Son existence d'homme et de souverain n'eut guère été enviable. Il n’y a qu’une personne dans son Empire qui doive tout faire pour empêcher ce mariage, c'est lui.

L'affaire manquée, Catherine de Westphalie voit clair quand elle remarque : « Cet événement-ci va produire un tout autre ordre de choses et la situation entière de l’Europe me paraît devoir changer du tout au tout ». Au grand Conseil de fin janvier, Cambacérés avait fait prévoir que la guerre était inévitable avec la monarchie à laquelle l'Empereur n'aurait point demandé son impératrice 15%, Lefebvre, écho assez fidèle des sentiments de Catherine et de Jérôme écrira : « A tout prendre, ce fut un grand malheur pour Napoléon qu’il n’ait pu s’unir par les liens du sang avec Alexandre : même en admettant que cette alliance n’eut point détourné le cours des événements, elle l’eut certainement ralenti, en eut modéré la violence, eut ajourné la solution des graves difficultés que le dernier traité de Vienne avait soulevées entre les deux Empereurs. N’eut-elle produit que ce résultat, c’eut été immense : gagner du temps pour l’Empereur, c’était tout. Libre pour quelque temps du côté du Nord, il eut employé son génie et ses forces à pacifier l'Espagne, à vaincre l'Angleterre. Ces deux ennemis abattus, il fut devenu le dictateur de l'Europe. Sa puissance fut devenue si prodigieuse qu’Alexandre n’eut probablement pas osé la braver, heureux sans doute d’accepter les dépouilles de l'empire ottoman, en dédommagement

(151) Nicoras MicaïLovirTen, Alexandre 1, t. 1 D. 179: (152) VanDar, Napoléon et Alexandre, t. 9, p. 277, Rapport de Cau-

laincourt, 1 février 1810.

(153) Idem, p. 228.

(154) Sorez, L'Europe et la Révolution, t. 7, p. 431.

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