‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 37 sur 97 · AT · texte numérisé non relu

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Roi, devant qui les ministres sont responsables. Le roi convoque, proroge, ajourne la Diète, convoque les Diétines ou assemblées de districts et les assemblées communales, préside le Sénat, quand il le juge convenable. Les membres du Sénat et les présidents des assemblées communales sont nommés par lui! Ce chef d’Etai est donc en principe un monarque de style napoléonien. En fait, c’est tout autre chose et ce n’est pas des pouvoirs dont il est revêtu qu’il tiendra sa force. Frédéric-Auguste a 62 ans : devenu électeur à 13 ans, il a appris presque aussitôt à fuir devant les Prussiens; sans aviser, Léopold, Frédérie-Guillaume et le Comte d’Artois ont choisi, pour y faire leur déclaration, Pilnitz en Saxe, le sachant trop trembleur pour protester; ses troupes furent aux côtés de l’armée prussienne qui reprit Mayence. Il est l'homme qui veut éviter de se compromettre et se compromet deux fois sur trois : sous le Directoire il refuse asile à Louis XVIII dans ses Etats; sous le Consultat, il demande à Louis Bonaparte d'éviter la Saxe et laisse d’Antraigues s'installer à Dresde. En 1806, quand son beau-frère l’électeur de Bavière s’alliait à Napoléon, quand Talleyrand offrait à Frédéric-Auguste d’être roi, celui-ci s’alliait à la Prusse. Après Iéna, une seule idée : fuir en Silésie avec ses trésors. En 1809, accueil enthousiaste à Bernadotte qui emmène le gros de ses troupes sur le Danube? et l’oblige ainsi à en lever d’autres : il fuit. Son hagiographe dit de lui : « Sa timidité avait résisté à sa générosité ». Cette formule nébuleuse ne lui messied pass. Venu quatre fois à Varsovie en cinq ans de règne, en dernier lieu de septembre à décembre 1811, il est étranger à l’élément le plus actif du pays, l’armée, « la plus précieuse posses-

Sion, la véritable richesse de la Pologne. Jamais il n’y eut

d'armée plus nationale, car il s’agissait pour elle de recomposer la nation » { : et il ne s’en doute que vaguement. Il méconnait les mérites de soldats qui ont cru à la Pologne, quand personne n'y croyait plus, auxquels seuls on doit l'intérêt pris par Napoléon à ce pays : « Il est un peu étrange, dit Bignon, que parmi le nombre assez grand de cordons distribués

(1) Dziennik Praw, Statut Constitutionnel, articles 6, 8, 9, 24, 61.

(2) BonNEFONS (André), Un allié de Napoléon, Frédéric Auguste, Paris, Perrin 1902, 514 p. in-8°, p. 51-53, 60, 67, 95, 111-113, 128, 165-167, 183, 284-5.

(3) Idem, p. 75.

(4) Bicnon (Baron), Souvenirs d’un diplomate. La Pologne, Dentu 1864, 436 p. in-16, p. 116-117. METIER

par le Roi, il n’en ait point été donné aux généraux Za] aczeck et Dombrowski. De quelque manière que l'esprit de coterie les juge, ce sont toujours deux hommes qui ont figuré honorablement dans la révolution de 1794, qui ont constamment servi sous les drapeaux de $. M. I. et ont reçu des témoignages éclatants de sa munificence » 5. Cette armée est pour lui un sujet de satisfaction, mais surtout étonnement. « Depuis deux ans qu’il n’était venu à Varsovie, dit encore Bignon, l'armée avait pris un aspect beaucoup plus important par Île nombre, l'instruction, l'éclat de sa tenue. Quelques sommes venues de France avaient permis d'accélérer les travaux des places. Le roi ne les supposait pas aussi avancés, quand il alla visiter Modlin. Il me disait en riant : « Ce terrain est vraiment admirable; il y croît à vue d’œil des soldats et même des forteresses : c’est dommage que l'argent n'y pousse pas de même »$.

Il s’entête du reste à des mesures qui n’aideront pas à entretenir cette armée : le conseil d'Etat, les ministres lui en représentent les fâcheux effets. « Si le Roi avait des moyens surnaturels pour faire vivre l’armée et le gouvernement pendant trois ou quatre mois sans recettes provenant du pays, il aurait raison de persister. En attendant, il est malaisé de prévoir comment on s’en tirera » 7. Public, généraux. soldats, le sentent : Frédéric-Auguste n’est pas le chef qui veut tout faire pour ses hommes. « Quand il les passait en revue, les troupes rendaient de grand cœur hommage aux vertus de cet excellent prince; mais leur génie tutélaire, le vengeur de leur cause, le libérateur futur de leur patrie, ce n’était pas en lui qu’elles le voyaient. Souvent les manœuvres commencées au cri de : Vive le Roi ! se terminaient par celui de : Vive l'Empereur ! »$. De ceci, il pouvait être frappé, non étonné. Et la prochaine campagne ne pourra qu’approfondir le fossé qui sépare le vieux roi de Saxe de la jeune armée polonaise.

Chose non moins grave, il a contre lui les femmes. « Si quelques hommes sages, remarque Bignon, étaient touchés de ses intentions, les autres étaient ingrats par légèreté. Les

(5) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, tome 1, p. 423.

(6) Biaxon (Baron), Souvenirs d’un diplomate, p. 117, décembre 1811.

(7) HANDELSMAN, Instructions, tome 1°, p. 429, Varsovie 8 octobre 1811. SKARBEK (Dzieje Xiestwa Warszawskiego t. 2, p. 90) le montre en 1810, donnant aux contribuables un délai de 11 mois pour se libérer, et cela quand le trésor public est vide.

(8) BiGxox, Souvenirs d’un diplomate, p. 117.

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femmes surtout ne prenaient nul souci de dissimuler ce sentiment. Si je donnais une ‘fête pour l'anniversaire du roi « C’est fort bien, disaient-elles, encore cette année pour le roi de Saxe; mais l’année prochaine que ce soit pour le roi de Pologne ». L’austérité de sa Cour leur convenait peu. Elles se plaignaient que pendant les trois mois passés à Varsovie, le roi ne les eut pas fait danser une seule fois »°. Si l’on a parfois dansé au Zamek (château) en d’autres circonstances devant le roi, c'était si court, qu'on allait achever la soirée dans la maison voisine, chez le Prince Joseph Poniatowski : au reste les toilettes de rigueur étaient telles qu’elles semblaient faites pour qu’on ne püt danser; la danse la plus recommandée était le menuet que les nouvelles danses françaises avaient détrôné, et que les dames de Varsovie ne savaient plus. On prenait entre temps un café à la mode sous Auguste IL, dont le parfum emplissait la salle de souvenirs vieillots 1°. La Comtesse Potocka écrit sans façon : « En attendant mieux, nous avions un monarque d’une rare moralité qui s’occupait du bien-être de son pays avec une solliciitude sage et paternelle. Le roi et la reine déjà avancés en âge avaient un entourage qui ressemblait à la Cour endormie et surannée de la Belle au bois dormant. On eut dit que tous les rouages étaient arrêtés depuis cent ans » 1. Oh ! ces réceptions royales à Varsovie, revues passées par le roi, la reine, la princesse Amélie qu’escortaient chambellans et ministres tant polonais que saxons, des invités rangés en demi-cercle, les dames d’un côté, les hommes de l’autre, après quoi l’on jouait au whist ou au trois sept, en buvant de la limonade dite de Saxe, le maréchal Malachowski frappant le parquet de sa canne, quand on élevait la voix et le roi disant chaque fois, bonhomme : « Laissez-les s'amuser » 12. A la première réception, dit Niemcewiez, il y avait 9 dames; à la deuxième 14, y compris deux chanoinesses, surtout des personnes qui n'étaient pas de la haute société. Le roi ayant en vain attendu de 6 à 7 qu'il en arrivât pour jouer avec lui, murmura : « À ce que je vois, les dames m’abandonnent » #. Ceci

(9) Idem, p. 215.

0) Wyjatki z pamietnikow Wspolczesnych (1792-1815) : Gazeta Warsawska 1852, N° 213, 212.

(11) Porocka (Comtesse Anna), Mémoires (1794-1820), publiés par Stryenski, Paris, Plon, 11° édition 1911, XXXI-424 P. in-12, p. 292-3.

(12) Kozmian (Kajetan), Pamietniki. Warszawa, Bibljoteka, Dziel Wy-

borowych 1907, 6 tomes in-16, t. 6, p. 44. À (13) Nmcewicz (J. U.), Pamietniki, Poznan, Zupanski 1871, 2 vol.

in-8, t. 1, p. 279.

se passait fin septembre; le 13 novembre, Mme Nakwaska, femme du préfet de Varsovie, écrit à sa Sœur : « La Cour est toujours aussi ennuyeuse. Voilà déjà trois semaines que Je dois jouer aux cartes. Hier, je devais jouer avec la reine au whist. Imagine-toi ma tête : je me trompais à tout moment et parfois si grossièrement qu’à me regarder On n'eut pu s'empêcher d’éclater » 4. La reine Marie Amélie de Deux Ponts, femme sans horizon, « concentrée dans ses devoirs d'épouse », mais treize ans stérile, a des charmes dans les toasts officiels du Primat Dalberg; mais Niemcewiez et Kozmian la traitent en vieille fée : « La reine doit aller six ans avec les mêmes robes : la robe de satin blanc richement brodée dans laquelle elle se montre dans ses appartements, est très sale » 15, Voulant faire plaisir à la castellane de Poloniee, elle lui envoie « ses petits chiens, pour qu'on les Iui montre » 1. Que dire de l’infante Marie-Auguste-Amélie, très montée en graîne, 30 ans en 1812, la vieille fille ? Le Prince Joseph qui, en l’épousant eut doublé ses droits au trône de Pologne, avait reculé, encore que courageux. Pour qu’une jeune dame d'honneur vienne au bal pendant l’avent, il faut l’intervention de Bignon près du P. Schneider, confesseur du roi. On conçoit ce que dit Bignon : les Polonais « aimeraient mieux, disent-ils, payer plus d'impôts encore et avoir au milieu d’eux un souverain qui tint une cour brillante à leurs dépens. Les femmes surtout, en parlant de la patrie, respirent le rétablissement d’une cour où elles puissent reprendre l'influence qu’elles ont eue. Quel rôle y a-t-il pour elles dans une cour où préside la sagesse austère du roi de Saxe ? Ce sont des hommages, des plaisirs qu’il leur faut. Le maréchal de la Diète, Soltyk a dépensé 5.000 ducats en dîners énormes, mais c’est chez moi qu'ont été les soirées agréables. En attendant, selon le langage des femmes, que l'Empereur leur rende la Pologne, au printemps; c’est à l'agent de S. M. à leur donner des bals, l'hiver » 17. De ceci, Napoléon avait connaissance

nul doute qu’il n’ait, en mars, chapitré à ce sujet Jérôme qui certes n’avait pas besoin de l’être et était, de tous ses agents,

(14) Fazxowsktr (Juljusz), Obrazy z zycia kilku ostatnich pokolen, Poznan, Zupanski, 1877, 5 tomes in-8°, t. 3, p. 282.

(15) NIEMCEwICZ, Pamietniki, t. 1, p. 280.

(16) Kozmiïan, Pamietniki, tome 6, p. 38-39. |

(17) HANDELSMAN, Instructions et dépêches, tome 1‘, p. 483-484, 27 déc. 1811. Bignon à Bassano.

le plus capable de réussir là où Frédéric-Auguste était si piteux.

La dévotion surannée, spécifiquement saxonne, du roi, est impropre à le rapprocher des Polonais. Il « édifie ses sujets »; partant en chasse ou en voyage, il se lève plus tôt pour « remplir ses devoirs religieux »; à Pilnitz, l’été, « il retourne ordinairement après dîner dans sa chapelle » ‘8. Pour lui la piété était chez un fonctionnaire une garantie de régularité, de conscience, de loyauté politique. Ceci ne lui attirait à Varsovie que quelques habiles résolus à le mener par le nez. Le Comte Lubienski, élève des jésuites, ayant de la religion comme du patriotisme une conception « barométrique » a su, par le P. Schneider, devenir le ministre préféré : ayant à son passif d’audacieuses trahisons qui eussent dû lui fermer toute carrière, il a apporté de Dresde en 1811 « le choix d’un maréchal de la Diète à sa convenance », mais dont la nomination causa des tempêtes; et pour lui-même « l’espoir d’être nommé président du gouvernement..., idée qui semble avoir été celle du Roi » et que Bignon lui fit voir comme « la plus déplacée des démarches ». Le Comte Zamojski fait du roi et de la reine les parrain et marraine de son dernier né et fait accepter 1.000 ducats au P. Schneider ? au grand émoi de Lubienski.

Quand on cherche partout de l'argent, le ministère ordonne au préfet de Kalisz de fournir 200.000 florins en engageant la vieille argenterie de l’abbaye de Czestochowa qui en vaut près de 1.200.000 et que les moines cèderont volontiers contre une indemnité en domaines. « Sous les règnes précédents, le trésor de Czestochowa a été d’un secours précieux. Stanislas-Auguste en a tiré plusieurs millions et jamais il n’a été question d’appliquer cette ressource à un plus digne usage qu'aujourd'hui ». Néanmoins, le roi, pris de scrupules, fait suspendre l'ordre donné *. C'était là interpréter à rebours la vénération des Polonais pour leur sanctuaire national.

Lors de la diète de 1811, le roi s’est montré inapte à régler l’antinomie entre les institutions démodées auxquelles P aristocratie tient et les nouvelles dont Napoléon exige la mise progressive en vigueur. Il a changé le personnel ministériel;

(18) GLEY ee ), Voyage en Allemagne et er Pologne, Paris, Gide, 1816, 197 p. in-8°, p. 85.

(9) Fonte Obrazy z zycia. Poznan 1882, tome 2, je 100-106.

(20) HANDELSMAN, Instructions et dépêches, t. 1, p. 47 , 16 déc. 1811,

p. 480, 24 décembre. j (21) Idem, tome 2, p. 73, 9 avril 1812.

mais, en nommant aux finances Thadée Matuszewicz, il à mis dans la place un agent de la « Famille », un champion de l'aristocratie. Bignon avoue : « Le roi est le plus respectable des souverains, mais ses vertus ne sont pas celles qu’il faudrait pour le pays et les circonstances. Il peut être propre à entretenir le mouvement d’une machine bien montée; mais point à mettre en jeu une machine nouvelle, surtout à faire tourner dans un même sens les rouages mal agencés encore de l'administration du duché. Dans la sainteté de ses sentiments paternels, ce bon prince ne se donne aucun repos, toutes ses heures sont remplies; mais c'est une activité inactive qui ne produit point de résultais ». Ses conseillers saxons, Manteuffel, Marcolini, Senfft, manœuvrent en vain pour faire tomber le ministre de la police Alexandre Potocki; sans ascendant sur le roi, ils ne peuvent le persuader de s’assurer des « parleurs principaux de la Diète par des caresses, des diners, des promesses, quelques grâces », ce que suggère aussi le président du Conseil Stanislas Potocki. Résultat : des attaques rejaillissant jusqu’au roi. Bignon constate alors qu'il est d'autant plus urgent de « mettre arrêt au triomphe absolu de la haute noblesse qu’elle est déjà maîtresse de toutes les avenues, qui conduisent au Roi. M. de Senfft se trouve naturellement lui être livré par ses liaisons journalières et domestiques » 22. Dès 1810, paradoxe inoui, le Comte Zamojski beaufrère d'Adam Czartoryski membre du Conseil intime du tsar, est parvenu à se faire charger par le roi d’une mission extraordinaire près de Napoléon #. En 1810, le but réel du voyage royal en Pologne à été Pulawi, capitale des Czartoryski : Frédéric-Auguste a été ainsi à Canossa. Pendant les débats de la diète de 1811, loin de dominer la situation, il passe des moments pénibles. À la fin, les « antisaxons » au cercle de la Cour remarquent malignement chez le roi un air de satisfaction qu'il n'avait pas au début : « C’est, disent-ils, le chagrin de nous quitter ». « Propos, note Bignon, injustes pour un prince qui se consacre aux travaux les plus assidus pour améliorer la situation du pays. Le roi se voit arrivé à la fin d'une corvée pénible, il est juste qu’il sente le besoin d’un peu

(22) HANDELSMAN, Instructions et dépêches, t. 1, p. 425, 6 octobre 1811; p. 443, 7 novembre; p. 471-475, 16-19 décembre; p. 479, 24 décembre. .

(23) Boxnerows, Un allié de Napoléon, p. 317. — HANDELSMANK, Pod znakiem Napoleona, Warszawa, Wende, s. d. 300 p. in-8°, p. 117-143. «

de repos et en jouisse un peu d'avance » ?{. En somme Bignon, tout en critiquant les antisaxons, confirme leur impression pour Frédéric-Auguste, gouverner la Pologne est une corvée. Dès 1808, le Varsovien, né malin, a appelé son roi, « le Médecin malgré lui » #. Peu sûr de lui, le vieillard ne voit, comme les Polonais d’ ailleurs, qu'un remède à tous les maux : « Lorsque dans nos conversations, écrit Bignon, il est question de l’état du Duché... le roi voit toujours au fond du tableau l’'Empereur venant au secours de ce pays, le soutenant dans sa détresse. Le fond de sa pensée se réduit aux termes suivants : « Je fais pour le mieux, du reste je m’en remets au ciel et à l'Empereur » *.

Le pire, c’est que le roi étant rarement dans le Duché, les affaires doivent aller lui demander une solution à Dresde « Le respect qu’on porte à ce vertueux prince très jaloux de son autorité, ne permet pas le moindre empiètement sur ses prérogatives; on ne fait absolument rien sans ordre de Dresde; la délicatesse du Roi qui veut tout voir, porte une longueur mortelles dans les déterminations, il se forme un arriéré d’affaires toujours croissant. Les torts du Roi, si ce sont des torts, tiennent à ses vertus. C’est le désir de faire tout bien qui l'empêche de tout faire; ce n’est pas à Varsovie qu’on est le plus capable d'apprécier ce qu’il y a de précieux dans cette manière de procéder méthodique et circonspecte. Cependant cette réserve bonne et qui est dans le tempérament du Roi, s'y trouve doublement renforcée par son âge et la distance, en sorte que le bon côté de la chose disparaît, tandis ue son mauvais devient plus sensible » ?7.

Les choses se gâtent tout à fait, quand le premier initie saxon M. de Senfft en réfère pour une affaire varsovienne « à un conseiller saxon qui démontre qu'en Saxe, en telle année, on à agi de telle façon et en conclut qu’on doit aujourd’hui agir de même dans le duché, tout cela sans s "apercevoir de la différence des temps, des pays, de leur situation et même des puissances environnantes. En attendant, les choses restent en

(24) HANDELSMANN, Instructions ei dépêches, tome 1°, p. 484, 27 décembre.

(25) BonNEFONS, Un allié de Napoléon, p. 239.

(26) HANDELSMANN, Instructions et dépêche, t. 1°, p. 459, 4 décembre.

(27) Idem, tome 1, p. 316, 15 avril 1811. Un conflit ayant éclaté entre le Conseil d'Etat et le Ministre des Finances Weglenski au sujet d’un projet de loi, Frédéric remet la rédaction de ce projet à son voyage plus ou moins prochain à Varsovie (KozMIaN, Pamietniki, t. 6, p. 47).

l’état, le peuple souffre : le mal devient plus grand, le remède plus difficile » 28. Avec ce système, on arrive au chaos : « Le roi lui-même agit en ces affaires contre sa propre manière de voir. On ne sait d’où partent les mauvaises mesures prises. Des projets mal digérés sont envoyés d'ici, refaits à Dresde par des financiers tout aussi mal habiles et le roi croyant satisfaire au désirs du duché sanctionne sans les appprouver des dispositions ruineuses pour ses sujets ». De ce fait, on roule à labîime. « Il est difficile à un gouvernement gêné de s’arrêter, quand il a fait un mauvais pas et qu’un nouveau dans le même chemin lui présente des ressources faciles. S’il est un souverain dont le caractère doive rassurer contre une telle chance, c’est le roi de Saxe, mais s’il est une nation propre à se laisser entraîner à des expédients ruineux, c’est la nation polonaise et, qui répond que l’ascendant du roi sera toujours assez fort pour modérer sa marche ? »

Or, les Polonais s’en prennent à leurs gouvernants immédiats : « On crie beaucoup contre les ministres du Duché; mais ceux-ci rejetant tout sur les ordres de Dresde, c’est le roi qu’on accuse; c'est au souverain allemand qu’on impute toutes les souffrances actuelles » ?. Ce pauvre homme passe pour si peu désiré de ses ministres, que des bruits d'une guerre « prochainement inévitable » courant à la veille de son voyage à Varsovie, on prétend « que ce sont les ministres du Duché qui font courir ces bruits afin que leur transmission à Dresde effraye le Roi et le détourne de venir à Varsovie.…., idée un peu étrange, mais enfin, dit Bignon, elle circule et m’a paru assez remarquable pour être recueillie ».

Chacun cherche l’homme qui jouerait à Varsovie le rôle que le roi ne peut jouer de Dresde. « On voudrait que le résident de S. M. fut le surveillant des ministres, prit une part active aux affaires. On appelle l’ascendant français autant qu’on repousse l'autorité saxonne. On voudrait presque n’obéir qu'à l'Empereur ». Mais l’action d’un résident ne pouvant être qu’indirecte et officieuse, d’autres vont plus loin : « On me répète souvent, dit Bignon : pourquoi l'Empereur ne nous donne-t-il pas un gouverneur général et qui soit français ? On laisse entendre clairement qu’on ne voudrait ni du Prince Poniatowski, ni d'aucun Polonais ou Saxon. J’élude ces questions

(28) HANDELSMANN, Instructions, t. 1, p. 422, 4 octobre 181

de (29) Idem, Instructions et dépêches, t. 1, p. 376, 17 juillet 1811; p. 371-2, 12 juillet; p. 410, 411, 10 août 1811.

indiserètes par des périphrases constitutionnelles; mais les hommes qui ont la volonté de marcher droît, ont la conviction que le bien ne s’opérera ici que par une action directe de S. M. l'Empereur » *°.

Tout ceci, c’est le son de cloche des interlocuteurs de Bignon, qui ne sont pas le peuple — Bignon ne parle point polonais, — qui sont gens du beau monde et de trois sortes les francophiles sincères et de toujours, dont le langage est modéré; les admirateurs récents de l'Empereur qui par position sont tenus d’être les plus outranciers; les Polonais non encore ralliés qui prennent le langage des précédents pour donner des coups de sonde dans les projets français et savoir comment s'orienter. Il y a intérêt du moins à les voir parler à Bignon.

« Quelques personnes désireraient bien un vice-roi; mais serait-ce un prince de la maïson de Saxe ? On n’aurait rien gagné à un tel arrangement. Il ne se permettrait aucun acte qui n’eût été approuvé par le Roi. Un Polonais ? difficulté plus grande encore. Les rivalités seraient aussitôt en jeu et quelque fut la personne choisie, il y aurait nombre de mécontents. Cependant, le besoin d’une augmentation d'autorité, d’un principe immédiat de force qui agisse sur toutes les parties du Gouvernement est senti. par des personnes rarement d’accord sur tout le reste, le Comte Stanislas Potocki et le Prince Joseph Poniatowski. Les ministres, le Conseil d'Etat ont demandé au Roi de leur donner une plus grande latitude. La place de président du Conseil est absolument nulle » 51. Skarbek dit de même : « Le Conseil des ministres ne tranchait rien; ses délibérations n'étaient qu’une simple entante entre les membres sur les projets à soumettre au roi » #2. Au reste nul coup d'Etat n'eut été nécessaire pour nommer ce Vice-roi, dont l'existence est prévue par le Statut constitutionnel du Duché, ainsi que ses rapports avec les ministres, le Conseil d'Etat, et dont les pouvoirs sont « révocables à la volonté du roi » %#. Une espèce d’aboulie générale, fait qu’on ne s’y résout pas.

A la veille de larrivée du roi, Bignon signale : « T’ad-

(30) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, tome 1, p. 360, 24 juin 1811 et p. 398, 28 août 1811.

(31) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 1, 318, 15 avril 1811.

(32) SkARBER, Dzieje Xiestwa Warszawskiego, t. nn p. 198-9

(33) Dziennik Praw Xiestwa Warszawskiego, t. 1, 326 P. in-16, Varsovie 1810, Imprimerie des Pijari. Articles 6, 7, 8, 12, 82

ministration offre ici de grandes difficultés. Il y à une disette effroyable de travailleurs : il s’en faut beaucoup que ce soit l'intelligence qui leur manque, c’est Pesprit d'ordre, de suite, de persévérance... La présence du roi pourra bien donner quelque impulsion; mais l’effet en sera temporaire... On est presque obligé de convenir avec les habitants qu’il leur faut un souverain à Varsovie ou un gouverneur général ferme et invesii d’une grande autorité ». La présence du roi à Varsovie ne fait pas même subir d’éclipse à cette idée : « M. de Senfit et moi, dit Bignon, sentons combien il serait utile d'avoir à la tête du Gouvernement un personnage plus énergique que le Comte Potocki; mais nous n’en apercevons aucun qui réunisse les conditions qu’un tel poste exige; un nom distingué, de la richesse, de la tête. On est donc obligé de s’en tenir au Comte; mais il continuera à y exister une anarchie résultant de l’indépendance des divers ministères dont l’action locale est sans surveillance et la responsabilité à Dresde. Quelques personnes ennemies du Comte Stanislas ou mécontentes de son peu d’influence pour le bien, voudraient que le Roi nommât un viceroi, mais alors la question devient plus embarrassante » 5. Il y aurait une solution plus radicale : profiter des événements pour installer, non un vice-roi, mais un roi qui ne fut pas FrédéricAuguste. Napoléon ne se fait pas d’illusions sur ce fantoche % : à une date où il ne lui sert de rien de paraître en garder, le 28 octobre 1813, à la veille de la bataille de Hanau, il harangue les officiers polonais à cheval autour de lui, les rassure sur l’importance que semblait avoir pour eux le fait que Frédéric-Auguste était resté à Leipzig, au lieu de suivre l’armée dans sa retraite; et contre l’attente de leur chef, Sulkowski, il les entraîne ainsi jusqu’en France. Il y a plusieurs versions de ce discours; mais elles varient peu en ce qui concerne Frédéric-Auguste. On lit dans le texte publié à Paris par Skalkowski : « Vous êtes inquiets de n’avoir point des ordres de votre roi. Il est resté à Leipzig. C’est moi qui l'ai voulu. Il a désiré me suivre, mais si je l’avais amené, les Saxons se seraient donné le duc de Weymar pour roi. Au reste le roi de Saxe, votre duc de Varsovie, n’était qu’un souverain

(34) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 1, p. 408-9, 6 août 1811; p. 448, 16 novembre 1811.

(35) WyBickr (Jozef), Lycie moje, p. 293. A Dresde, le 22 juillet 1807, dans le palais royal même, il dit à Wibicki : « Je sais que ce n’est pas un roi pour vous; ce n’est pas un soldat ».

de circonstance. Je savais bien qu’un Allemand ne vous convenait pas. C’est moi qui suis votre due. Le roi de Saxe est un homme sans épaules. Ce n’est pas l’homme qu’il vous fallait » 56. Le texte publié antérieurement à Lwow par M. Askenazy est plus complet et non moins édifiant : « Vous sentez-vous obligé de retourner dans votre pays, parce que le roi de Saxe est resté ? mais enfin, le Roi de Saxe n'a jamais été votre Roi; ce n’était qu’un Roi provisoire. Quand la paix a été faite à Tilsit, je ne pouvais donner le duché ni à un Français, ni à un Polonais à cause de la jalousie des autres puissances. Vous avouerez que C’est moi qui ai été votre véritable Due. C’est un pauvre diable que le Roi de Saxe, un honnête homme, il est vrai, mon ami particulier, mais faible par ses moyens et sa puissance. Que peut-il contre sa nation, son armée, ses généraux… Enfin MM. les Polonais, quoique votre Roi soit resté, vous ne devez pas vous en affliger, car il ne pouvait faire autrement et puis il n’était qu’un Roi provisoire, c’est moi votre véritable Duc. Et quand même le Royaume de Pologne aurait existé, le Roi de Saxe n’y aurait jamais été Roi, on aurait établi cela suivant les circonstances. Vous me parlez du Roi de Saxe, qu’il est votre souverain, qu’il ne vous a pas donné des ordres pour me suivre; mais il vous a rendus à moi; il m'a voulu suivre lui-même. Qu'’aurais-je fait de lui ? D'’ailleurs, MM, c’est moi qui suis Due de Varsovie. Je le lui ai donné au traité de Tilsit pour ne pas donner d’ombrage à la chose; c'était un prince vieux, Allemand. Mais si j’avais fait un royaume de Pologne, pour une nation comme la vôtre, j'aurais donné un tout autre Roi. Le roi de Saxe est un brave homme, vertueux, mon ami, je l’aime, mais c’est un vieillard sans énergie » %7. Dans toute cette affaire, Frédéric-Auguste ne pèse donc pas lourd; mais pour l’opporiuniste déterminé qu’est l'Empereur, il y a les circonstances, ces circonstances qui vont Ge la préparation de la guerre à la conclusion de la paix. Si

(36) Supplément à la Correspondance de Napoléon 1%. L'Empereur et la Pologne, préface d’Adam Skalkowski. Paris, Bureau de l’agence polonaise de presse, 1908, 52, p. in-8°, p. 44.

(37) Kwartalnik historyczny 1899, p. 73-83. Szymon ASskENAZY, Napoléon, a wojsko polskie w 1813, p. 76-81. N’est-ce pas encore à Frédéric Auguste que Napoléon fait allusion lorsque, pendant la retraite de Russie, il dit à Caulaincourt : « Certainement, je voulais la Pologne; mais je ne pouvais la vouloir avec un roi qui aurait tremblé devant la Russie et qui au bout de deux ans se serait mis sous sa protection >» (Revue des Deux Mondes, 1 juillet 1928, p. 41, En traineau avec l’Empereur).

insignifiant que soit le roi, il entre, lui, ses tenants et aboutissants pour quelque chose dans ces circonstances : Napoléon doit en tenir compte, ne pas se le mettre à dos. Précisément l'instinct de conservation rend clairvoyant le vieux roi qui paraît avoir médité sur ce sujet; et Bignon qui l’observe, constate : « Il n’est pas aisé de dire de quel œil le roi envisage par rapport à sa personne les changements qu'une guerre pourrait amener; mais... il regarde les peuples polonais placés sous son administration comme un dépôt que lui a confié S. M. I. C’est pour lui un devoir religieux de consacrer tous ses instants à leur bonheur; mais dans cette pureté de ses intentions, son âme élevée n'est point indifférente au plaisir de régner sur une nation nombreuse. Tout ce qui porte ici une empreinte de puissance au-dessus de ce que lui offre la Saxe, fait sur lui une impression flatteuse » %$. Si neutre, si inutile, si nuisible qu’il soit à l’état varsovien, il ne désire donc point le quitter. Un divorce discret et de donne compagnie paraît chaque jour plus inévitable entre le Duché orienté vers la Lithuanie et la Saxe tourné vers l’ouest. Le roi n’est pas l’homme autour duquel peuvent se cristalliser les bonnes volontés, qui déchaîne les enthousiasmes, électrise les masses hésitantes. Il n’y a pas entre lui et la Pologne le mariage de raison qui peut être fructeux, pas même l’interadaptation née de la cohabitation. Il fournit un contingent inférieur au contingent polonais, en vue d’une guerre qui doit rendre la liberté à de nombreux Polonais. Il dort royalement au Conseil d'Etat et ne s’éveille que quand Staszic parlant des routes à réparer accumule les onomatopées donnant la sensation des plus affreux ue %, Mais il lui déplairait de ne plus régner sur les Poonais.

Il garde du reste des partisans parmi les traditionnalistes

(38) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, tome 1, p. 459, 4 décembre 1811. Ceci ne concorde guère avec l’opinion du Baron Fain qui affirme : < On sait que le roi de Saxe ne tient pas à la souveraineté du grand duché; il s’en est plusieurs fois expliqué sans réserve »; mais un envoyé qui lui sera dépêché avec des instructions « l’assurera de nouveau que de la part de la Saxe, aucun sacrifice ne restera jamais sans compensation ». (Baron Faïin : Manuscrit de 1812, contenant le précis des événements de cette armée pour servir à l’histoire de l’Empereur Napoléon. Paris, Delaunay 1827, 2 vol., in-8°, t. 1er, p. 50). C’est Fain qui se trompe, plutôt que Bignon. Napoléon dira lui-même à Gourgaud : € Le roi de Saxe tenait beaucoup à la Pologne. A Leipzig, après la bataille, il m’engageait à ne pas abandonner les Polonais ». (Journal inédit de 1815 à 1819, t. 1°", p. 338).

(39) KozmraAN, Pamietniki, tome 5, p. 111.

pour lesquels les rois Saxons Auguste IT et Auguste III représentent quelque chose : lors de la première diète, il avait pu rappeler que cinquante ans ne s'étaient pas écoulés depuis que sa famille avait cessé de régner sur la Pologne. Niemcewicz avait pu rappeler aussi qu’en 1792 la diète avait, par acclamation, proposé de faire de Frédéric-Auguste un roi de Pologne #. Lors de la diète de 1811, Thomas Ostrowski, président du Sénat, avait cru devoir s’adresser à lui en ces termes : « Monarque chéri et si désiré » #1. Il parle polonais, avec difficulté, lentement, quoique grammaticalement; on doit lui traduire les rapports importants, ce qui lui donne l’occasion d’être induit en erreur par de mauvaises traductions #; mais il parle. Le discours du trône à la dernière diète comme à la première # émeut les Polonais parce qu’il est en leur langue et cela se conçoit. Au Conseil d'Etat, fréquemment, Kochanowski se mettant à parler en français pour faciliter les choses au roi, celui-ci l'interrompt chaque fois pour dire : « Parlez polonais, je vous prie : M. Rzadkowski ne comprend pas » #. Ceci plait infiniment.

Aux gens désireux de fêtes de cour, d’autres « plus raisonnables disaient : Remerciez Dieu d’avoir un roi qui évite la dépense » #. Kozmian, référendaire au Conseil d'Etat qui parle ainsi, est en état de juger de la situation aussi bien que Bignon.

En somme, chef d'Etat sans prestige, sans autorité, mais point d’appui possible d’une résistance à une influence étrangère; chef d'Etat fait pour une aristocratie républicaine par cela seul qu’elle ne tient ni à obéir, ni à assumer des responsabilités, mais seulement à agir à sa guise au mieux de ses intérêts personnels.

Le Statut est muet sur les attributions des sept ministres du Duché : ministre secrétaire d'Etat, placé à Dresde près du Roi; président du conseil; ministres de l’intérieur et des cultes, de la police, de la justice, des finances, de la guerre. Tout au plus parle-t-il d’eux en tant que membres du Conseil d'Etai.

(40) SkARBEK, Dzieje Xiestwa Warszawskiego, t. 1, p. 224 et 223; et BonNeroNS, Un allié de Napoléon, p. 226. :

(41) SkARBEK, Dzieje Xiestwa Warszawskiego, t, 2, p. 104.

(42) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 1, p. 348, Bignon à Bas-

sano, 12 juin 1811. i (43) SxARBEE, Dziege Xiestwa Warszawskiego, t. 1, p. 224, tome 2,

(44) Kozmian, Pamietniki, tome 6, p. 46.

(45) KozmIAN, Pamietniki, t. 6, p. 43-44.

Ces ministres ont suecédé à la Commission provisoire de 1807 dont les Varsoviens appelaient les membres « les sept frères dormants » 4. Il reste quatre frères dormants parmi les ministres à portefeuilles.

Le ministre d'Etat, Stanislas Breza, a 60 ans en 1812 jadis membre de la diète de 4 ans (1788-1791), il a trouvé en Frédéric-Auguste un protecteur capable d'assurer sa tranquillité au milieu des malheurs de la Pologne et a su en 1798 devenir comte saxon. Son dévouement au roi est done absolu : il restera près de lui jusqu’à la chute du duché. Le premier résident de France à Varsovie, Vincent, l’a signalé comme ayant, étant membre de la Commission provisoire gardé trois semaines en portefeuille, quand les vivres manquaient à Varsovie, les ordres à adresser aux départements en vue des subsistances pour les troupes et les habitants. Il s’est abstenu d’avertir le ministère varsovien de l'acceptation des lettres de créance du deuxième résident, De Serra, ce qui oblige celuiei à passer outre à toute reconnaissance; pour lui faire plaisir, le ministère de la justice Lubienski attaque De Serra. Le troisième résident, Bignon, le déclare soumis aux volontés de Lubienski qui le nourrit d'idées noires au sujet de la France, et de l’occupation militaire du duché par nos alliés 47. Il est Pintermédiaire naturel, non seulement des officiels polonais avec le roi de Saxe, mais encore de tous les agents saxons intriguant en Pologne. Jérôme ne le verra pas; mais dès son arrivée, ses faits et gestes seront signalés à Breza.

Le président du Conseil est le comte Stanislas Kostka Potocki, « un des beaux noms de Pologne et un véritable grand seigneur » ##. Il a 60 ans : long, très maigre, goutteux depuis longtemps, délicat, il soigne infiniment son régime #. Il a été écuyer de la couronne, puis un des membres marquants de la diète de quatre ans‘, qu’il quitta du reste en 1789 pour aller en mission à Paris. Général d’artillerie, il donna une fois

(46) HANDELSMANN, Pomiedry Prusami a Rosja, DE

(47) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 1, p. 37, 9 oct. 1807; p. 38, même date Vincent à Talleyrand et note; p. 64, 29 mars 1808, De Serra ; p. 170, 9 maï 1809, Lubienski à Brera; p. 175; 19 déc. et 485, 28 déc. 1811, Bignon à Bassano; t. 2, p. 48 note 2, et 88 note 2, Lubienski à Brera; 20/2 et 6/5/1812.

(48) DE Prapr, Histoire de l’ambassade dans le grand duché de Varsovie, p. 83,

tu Porocxa (Ctesse), Mémoires, p. 43 et 72 et Fredro : Tozy potory, P. .

(60) Ocnsxr, Mémoires, t. 1, p. 26 et 64.

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