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Raczynski ne nous veulent aucun bien. Niemcewicz, secrétaire du sénat et autre chroniqueur du temps, se défie des libérateurs de son pays. Membre du Conseil supérieur de l’instruction publique, de la Société des Sciences, écrivain justement réputé, c’est une sommité. Il a vu l'Allemagne, l'Italie, la France, l'Angleterre, fait deux séjours aux Etats-Unis. Aide de camp de Kosciuszko, blessé comme lui, prisonnier avec lui à Pétropavlovsk; aide de camp aussi du vieil Adam Czartoryski, hôte de Pulawy entre deux séjours en Amérique, ni Kosciuszko, ni la Famille ne le rapprochent des Bonapartes. Ce petit sénateur jovial, coutumier des plaisanteries et des farces les plus incongrues ?!#, très populaire, est, à notre égard, tout en points d’interrogations ?
Le président du Sénat, Thomas Ostrowski a T1 ans 21° ancien colonel et chambellan du dernier roi, invité par Murat en 1806 à présider une Commission militaire, il « élude » la chose, Napoléon ne s’engageant pas assez vis-à-vis des Polonais. « Homme prudent et politique expérimenté », il renvoie à Murat sa nomination, mais fait entrer son fils dans la commission. Depuis 1809, le duché prenant tournure, il s'arrange pour devenir président de la diète, puis du sénat 22. Il prend en face de Lubienski, homme de progrès ‘et réformateur, l’attitude du représentant de l'esprit national, pur de tout alliage étranger. Les aristocrates fréquentant son salon, fréquentent aussi la cour de Saxe. Il croit être le citoyen auquel le pays doit de n'avoir pas perdu sa personnalité, quand la
(217) Statut constitutionnel, articles 23-26. Pour Raczynski, voir Grinwasser, p. 138.
(218) DemBowsxi, (Moje Wspomnienia, t. 1°, p. 360-2. — Sto lat Mysli Polskiej, Varsovie, GEBETHNER et Worr, 1906, .10 vol. in-8°, t. 1°, p. 260-2. — Revue de littérature comparée (janvier-mars 1928) : Koz- LOwSkI (Niemcewicz en Amérique et sa correspondance inédite avec Jefferson (1779-1810), p. 29-45. Niemcewicz est membre de l’American Philosophica Society, traducteur du poème de Pope « The Rope of the Fock ». La Rochefoucault-Liancourt qui l’a vu à New-York dit : « Il est par la noblesse des sentiments, l’agrément de l'esprit, l'étendue des connaissances, un homme intéressant avec distinction. On dit qu’il tient le premier rang parmi les poètes de son pays. >» (p. 29-32). Czartoryski écrit à son fils aîné le 20 octobre 1802 : « Niemcewicz nous est arrivé. Songe avec quel plaisir je l’ai reçu. Il n’a en rien changé; il à retrouvé son humour parmi ses anciens amis. >» (Listy Kstezny z Br. Flemingôw, publiées par Séverine Duchinska : Kronika rodzinna 1887, Varsovie, Gebethner et Wolf). À L NE
(219) FazxowsKki (t. 2, p. 143) le fait vivre à la cour de Lunéville et à Versailles où Leszezynski l’aurait recommandé. Boyé (La cour de Lunéville) n’en dit rien. u
(220) Creszxowsxi, Senatorowie… p. 54.
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destruction par Lubienski d’une législation désuète l'y exposait; le sage qui empêche ses compatriotes de suivre derrière Napoléon « la folle du logis ». On se pique chez Jui d’habitudes patriarchales. Ni « homme de guerre, ni révolutionpaire, ennemi des moyens violents, ami vrai du peuple, il calcule mathématiquement » ?*1 ce qu’on peut tirer de lempereur. Il ne confond pas Dieu avec Napoléon comme tels prédicateurs; apporte, dans ses hommages et dans ses rapports avec l’empereur ou des agents, de la réserve; comme homme ou fonctionnaire ne compromet pas sa dignité. Il a fait de même avec Stanislas-Auguste, Frédéric-Auguste et plus tard Alexandre. C’est un républicain doué des vertus d’un Caton, d’un Aristide et d’un chrétien ??; en somme, personnage difficile à séduire, à enthousiasmer. IL y a plus : en 1798, il a été fait comte par le roi de Prusse. Quelle comparaison faire entre ce bienfait et les charges temporaires reçues dans le duché 2%, Et comme on conçoit l’indignation de son fils, quand à l’entrée des Français, Wybicki a osé enlever du Château de Varsovie le portrait de Frédéric-Guillaume en s’écriant : « Precz z tym balwanem » 24 ! Le souvenir de ce que doit cette famille à la Prusse, fera accepter à un comte Ostrowski d’être, de 1915 à 1918, corégent de Pologne sous la tutelle de Guillaume IT.
La Diète ne se réunit que tous les deux ans sur convocation du roi; sa session ne dure que quinze jours; elle n’en a eu que deux, en mars 1809 et décembre 1811; la troisième n'aura lieu qu'après que Jérôme aura quitté Varsovie pour entrer en campagne. Son action se borne au vote de la loi de finances, aux modifications à la législation civile ou au système monétaire. Elle compte 160 députés dont les 3/5 de nonces élus par les diétines ou assemblées des nobles de district, et les 2/5 de députés des communes (dont 8 pour Varsovie). Elle est présidée par un maréchal élu dans son sein, mais qui doit être nommé par le roi. Les membres du Conseil d'Etat et de la Commission des nonces ont seuls droit de prendre la parole. Aïnsi, les députés des communes sont toujours assurés d’être en minorité et n’ont aucune possibilité de faire prévaloir ou
MAD AA ToMAszA OSTROWSKIEGO, t. 1°, p. 237, 297-300: t. 2, p. 10-13.
(222) Idem, t. 2, p. 16-18, 25-6.
(223) Creszkxowski, Senatorowie…. p. 55.
(224) Zywor ToMAszaA OSTROWSKUGO, t.
; 1%, p. 238 « A bas cet imbécile ! ».
d'exposer leurs idées. D’ailleurs le roi nomme le citoyen qui préside les assemblées communales. D’ailleurs le mot citoyen, souvent employé dans le texte français du statut, traduit le mot. polonais obywatel qui signifie surtout propriétaire terrien, c’est-à-dire en général ncble. Qualifier d’obywatel un serf, un ouvrier agricole affranchi, voire un paysan ayant sa cabane et son champ est une idée qui ne viendra à personne, sinon par dérision. En fait, les assemblées communales sont donc dirigées par les nobles. De plus, il ne peut y avoir dans les diétines et assemblées communales aucune discussion, aucune délibération, pétition ou remontrance : on ne doit s’y occuper que d'élections. Les assemblées communales ne sont pas convoquées en même temps dans toute l’étendue d’un district il y à un intervalle de 8 jours entre les réunions de chacune d'elles, sauf à Varsovie où l’on peut en convoquer deux à la fois ?#. Aucun grand mouvement ne peut donc se produire pendant ces élections parmi les non nobles, surtout parmi les paysans. Niemcewiez a imaginé l’histoire d’un paysan qui, un jour d'élection aurait dit : « Assez longtemps la noblesse à gouverné pour le malheur de la Pologne; essayons à notre tour ». Le discours aurait fait sensation et la diète aurait élu le paysan (1809). En réalité, Rembowski ne trouve qu'un député non noble dans cette diète et c’est un marchand de Czenstochowa ?*. Donc, même les députés des communes sont nobles; il n'y a pas un paysan à la diète; les bourgeois n’ont qu’un représentant. Au Conseil d'Etat, un seul roturier, l’abbé Staszic; au Conseil des ministres, aucun°°7. Cette situation place la Pologne de 1812 loin en arrière de la France de 1789. Si soucieux que Napoléon se soit montré d'empêcher un retour à l'anarchie ?’8, ce n’est pas lui qui est responsable de cet état de choses, mais bien un état social qui eut dû être changé d’abord, si l’on voulait moderniser la forme du gouvernement. L'Empereur a divisé le pays en départements, districts, communes qu’administrent des préfets, sous-préfets, des bourgmestres ou des vojts. Préfets et sous-préfets sont nobles, les nobles étant souvent seuls à pouvoir remplir ces fonetions. Même noble, on ne devient guère préfet que si l’on est (225) Statut constitutionnel, art. 21, 22, 35, 36, 39, 46, 62, 63, 59. (226) RemBowskr Z zycia Konstytucyjneso w Ksiestwie Warszawskiem, Varsovie, Fiszer 1905, 258 p. in-8°, p. 63, 64.
(227) Remzowski, Z zycia Konstytucyjnego, p. 46-7. (228) Wyæicxr (Jozef), Zycie moje. Krakôw, Drukarnia ludowa 1927,
356 p. in-12, p. 292.