ACTES
hostile à l'émancipation des masses. André Horodyjski, partisan énergique du Code Napoléon, des institutions françaises, de la suppression de la corvée, de l'élévation du paysan au rang de propriétaire, voulant être préfet à Cracovie, Stanislas Potocki, maçon, président du Conseil, le plus démocrate des ministres éerit à Breza : « Je n’ai rien contre Horodyjski; je lui crois même du talent; mais il est d’une secte, a tenu à un parti qui, faisant patte de velours, n’attend que l'occasion de sortir ses griffes ». Et Horodyjski ne fut pas nommé ?*. M. Grabski tout en disant que ce temps fut « un stade de sérieux affaiblissement des « Familles », des autorités politiques nées; de mise au premier plan du mérite, de l'intelligence », conclut « Mais qui sont ces gens de mérite envahissant la bureaucratie ? La szlachta (petite noblesse) qui seule a une tradition politique et l’expérience des affaires » 250,
Dans les bourgs où l’on peut le rémunérer, il y a un bourgmestre, maigrement payé par la communauté, mais nommé grâce à un propriétaire, et mieux rétribué par lui que par le pays. Dans les villages où l’argent manque, où l’on trouve difficilement quelqu'un pouvant lire une circulaire ou y répondre; où un employé étranger au lieu pourrait ne pas craindre de faire tort au propriétaire (obywatel), c’est ce dernier, généralement noble qui est le wojt. Ainsi, non seulement le pouvoir central est aux mains des nobles, mais il en est de même des pouvoirs locaux. Et le fonctionnement de tout l’organisme napoléonien en Pologne se trouve faussé de ce faites
Le portrait des gouvernants fait prévoir celui des gouvernés. On lit au titre IV du Statut : l’esclavage est aboli. Ce principe allait à l'encontre des intérêts de la noblesse. Un décret royal règle l’application de cette mesure. Le serf peut quitter la terre où il vit, mais doit en avertir son maître, les autorités et ne rien emporter : qu’il reste sur place ou s’installe ailleurs, il doit passer un libre contrat avec le possesseur des terres sur lesquelles il travaillera %?. Devenu fermier, il a des redevances à payer. Si d’ailleurs il a changé de propriétaire, il n’a plus à compter sur un traitement bienveillant de la part
(229) Limanowsk…r, Historja demokracyj polskiej, p. 111, noté 33.
(230) GraBsk1 (Stanislaw), Uwagi o biezacej Hhistoricznej chwili Polski, Varsovie, Barzynski, 1923, 160 p. in-8°, p. k
(231) SKARBEK, Dzieje Xiestwa Warszawskiego, p. 138, 198.
(232) DZIENNIK PRAW, t. 1°, p. 10-12 (21 décembre 1807).
du nouveau. Martin Badeni dit, en 1808, des paysans : « On leur enlève leurs chaînes, mais leurs bottes aussi » 2%. Les anciens serfs qui ne se lient par aucun contrat, deviennent des vagabonds errants d’un village à l’autre et misérables : leur départ du lieu d’origine le dépeuple; et là où ils apparaissent, ils font figures d’indésirables plus nuisibles qu’utiles. On leur a Ôté le servage, mais non la corvée; on leur a donné l'égalité, mais non la terre : ils ont perdu la protection de leurs maîtres qui ont perdu toute influence sur eux. Ces gens sans terre et sans appui deviennent les ennemis de leurs anciens patrons. Un certain nombre des jeunes profitent de leur liberté pour entrer dans l’armée et y sont un élément vivant; les autres sont dans le pays un ferment de désordre.
Entre le paysan resté fermier dans une situation aussi fâcheuse que celle du serf, et le noble mécontent, apparaît une classe formée de militaires, d'employés subalternes, de marchands, d'artisans, de propriétaires non nobles auxquels s’ajoutent quelques prêtres. Ces gens qui ne vivent pas au compte d’un noble constituent un embryon de bourgeoisie ?%. Biernacki, député à la diète, très favorable aux paysans, divise le peuple en trois classes : noblesse, bourgeoisie, paysans ?%. Cette bourgeoisie renforcée de quelques nobles, se penche vers le paysan misérable pour le défendre. En 1808, l'abbé Miètelski ose dire dans un sermon que s’il y a de bons maîtres parmi les nobles, ils ne sont qu'une poignée dans la masse des possesseurs de terres; que si la constitution du 3 mai 1791 avait mis le bas peuple sous la protection des lois et de l'Etat, elle n'avait pas été, comme le Statut du duché jusqu’à proclamer ce peuple libéré de la servitude #5. II note que les nobles avouent l’illégalité de leur pouvoir sur les paysans, mais par un intérêt mal entendu, arrêtent l'application de la loi, se demandant : N’est-il pas nuisible de donner aux paysans la liberté avant l'instruction ? Les résultats matériels ne seraientils pas fâcheux ? Et Miételski de répondre : « Ce qu’on risque, c’est que les villages soient plus peuplés, les champs mieux cul-
(233) Limanowskr (D' B.), Historija Demokracyi polskiej, p. 107-110. — GRINWASSER : Le Code Napoléon, p. 144.
(234) SkARBEK, Dzieje Ksiestwa Warszawskiego, t. 1°, p. 190-1, p. 175, 145.
(235) BrernNacki (J. G.), Uwaga nad zaprowadzic sie mianym Rzadem Polski. S. LL. Grünauer 1812, 30 p. in-16, p. 5.
(236) Voir pour la situation du paysan, Grinwasser : Le code Napoléon dans le duché, p. 146-149, 153.
tivés, les récoltes plus riches. La liberté a peuplé les marais de Hollande, bâti Venise en mer, planté l'Helvétie sur ses rochers, Dantzig sur son ilot. Comme dit Jérémie, soyez justes pour vos semblables, délivrez-les de loppression; faites en vos frères; cessez de les mépriser. Faites plus : vous possédez la terre, ils ne peuvent vivre sans cela; devenus libres, ils n’ont pas même gagné la place où ils se dressent; n'abusez pas de leur misère. Vous vous êtes laissé prévenir par cette loi; ayez votre revanche, agissez en gens de bien humains, facilitez leur l’aequisition de la terre » #7, L’abbé Kollontaj estime « bons le Statut et le Code Napoléon qui rapprochent la Pologne de l'Empereur d'Occident, les mots devoir, responsabilité, récompense, punition n'ayant de sens que pour l’homme libre. On eut pu réaliser plus tôt ce bienfait : c’est une honte pour la nation qu'il aît dû venir du dehors ». Et encore n’at-on pas tout tiré des prémisses incluses dans le Statut : « Des ministres indignes ont fait dévier une affaire bien commencée : la question paysanne reste un boulet aux pieds du peuple » #$. Le plus grand des Polonais d'alors, prêtre, mais point noble, Staszie à fait mieux : prêchant d'exemple, il a sur ses économies acheté à Hrubieszow une terre et l’a donnée en toute propriété à quelques centaines de paysans #°. Il n’en passa que mieux pour une sorte de phénomène, un type d’original estimable, mais excentrique ?#°.
Dès 1807, Surowiecki justifie le paysan de son manque de soin : « Peut-il en être autrement, quand il sait que sa cabane même n'est pas à lui? S'il est voleur, fait-il autre chose qu’exercer une reprise sur ceux qui le dépouillent ? Le servage étant supprimé, le paysan doit pouvoir acheter de ia terre, en user à son gré «#1, Et Surowiecki fait assez d’impression pour qu’on l’appelle à Dresde, où il travaille au Ministère #**. En 1808, Klimontowiez émet l’idée de grandes
(237) ReMBowski, Z zycia Konstitucyjnego, p. 54-55.
(238) KOLLONTAI (Hugo), Uwagi nad terazniejszem polozeniem tej czesci Ziemi Polskiej Ktora od pokoju Tylzyckiego zaczeto zwac Ksiestwem Warszawskiem. Leipzig, 1808, 222 p. in-16, p. 200-204.
(239) Sraszic (Stanisiaw), Pisma pedagogiczne. Lublin, Gebethner, 1926, 352 p. in-8°, édité par Kukulski et Chrzanowski. I Autobiographie de Staszic, p. 7-8.
(240) Kozmiax (Kajetan), Pamiçetniki, 5° partie, p. 21-115.
(241) REMBOWSKk1I, Projekta reform wloscianskich w Ksiestwie Waron ose (Przewodnik naukowy, 1905, p. 507-520 et 605-
(242) LimanowsKkr, Historja Demokracyj, p. 111. Rapport de Suro-