‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 41 sur 97 · SONT NE · texte numérisé non relu

SONT NE

ventes de terre aux paysans autour de Chelm 2#. Biernacki déclare pénible pour l’amour-propre national, la pitié des étrangers à l'égard des paysans polonais, de leurs défauts, de l’improductivité de la terre, de l'aspect chétif du bétail, et affirme qu’à la liberté du paysan gagneront le paysan et le noble?##, Le baron Manteuffel l’assure : « Si l’on donnait aux paysans de la terre et de l'instruction, ils seraient partout actifs et aisés.» *#, Plusieurs historiens polonais, russes, ailemands ont du reste confirmé cette opinion en parlant de la Pologne agonisante d'avant les partages 246,

La difficulté, c’est que, dans l’ensemble, les nobles sont loin de reconnaître la nécessité de la suppression du servage. Ils ne ménagent pas leurs reproches directs ou indirects à Napoléon : « Quel besoin d’une nouvelle Constitution aux Polonais, qui en ont déjà une mieux adaptée à leur mentalité ! Quel profit, de donner la liberté à la masse, qui n’y est pas préparée, n'y connaît rien, en mésusera, tout cela en ruinant les propriétaires terriens et l’agriculture ! A quoi bon le Code Napoléon à un pays, qui avait déjà ses vieilles lois » 247, En

wiecki, intitulé Uwaga wzgledem poddanych w Polsce i projekt do ich uwolnienia, Varsovie, 1807.

(243) REMBowskI, Projekta reform., p. 608. Projet intitulé « Projekt zawarcia umowy wlascicieli z wloscianami » par Jakob Klimontowicz.

(214) RemBowsxi, Idem, p. 610. Aloiz Prosper Biernacki (Odrowaz); « O zamianie zaciagow na daniny zbozowe lub pieniezne » Wloclawek,

(245) REemBowski, Idem, p. 618. Rapport pod dniem 25 pazdziernika 1808, tajnego radcy finansow barona Manteuflla wzgledem débr narodowvch Ksiestwa Warszawskiego.

(246) BoBrzynskr (Dzieje Polski, t. 2, 3° édition, p. 280, 348, 353) estime que le paysan ayant perdu tout sentiment de dignité, a aussi perdu tout esprit d'initiative : c’est une masse morte que rien ne peut plus électriser. — Kosromarow (Poslednia gody Rietchi Pospolitej, t. 1”, p. 18 etc.) ajoute que de là sont résultés la décadence de l'Etat, la démoralisation des nobles, enfin les partages. — Pour SyBEL (Geschichte der Revolutionszeit, Stuttgart, 1898, t. 2, p. 212), le servage a rendu le paysan indifférend, hostile parfois à l’Etat polonais. — Pour WarszAwski (Die Entwicklung der gutsherrlichen Verhältnisse in Polen, p. 122-3), si la Pologne n’a pu évoluer et vivre, c’est faute d’avoir modernisé son armée, ses finances, d’avoir eu un tiers état. — Pour Rurkowski, le servage fut la cause indirecte de la chute de la Pologne. L’infériorité militaire tenait en partie à l’état du trésor qui tenait en partie à l’organisation agraire, donc au servage. Ce pays était de ceux où l'Etat percevait le moins d’impôts, les paysans étant seuls à en payer. La corvée enfin était la principale ressource des seigneurs (Rutkowski Jan : Poddanstwo wloscian w XVIII wieku w Polisce i miektorych Krajach Europy. Poznan, Gebethner, 1921, 156 p., in-8°, p. 456, 138, 141, 155). Voir aussi HANDELSMANN, Rozwoj narodowoséi nowoczesnej, Varsovie, Gebethner, 1923, 1267 p. in-16, p. 125 et 208.

1809, cette opposition se renforce par l’annexion au Duché de territoires où se trouvent les principales possessions des familles Zamoyska et Czartoryska. La formule qui fait loi est : « En donnant des terres aux paysans, nous ruinerons les propriétaires et nous ne contenterons pas les paysans » **. M. Handelsmann a suffisamment caractérisé la tendance de linfluence de ces deux familles sur l’ensemble de la noblesse du Duché, pour qu’il n’y ait pas à y ajouter #*. Peu à peu on évite, en parlant de la misère du peuple, d'en rendre le noble responsable. En 1811, Owidzki se répand en considérations sur les coupables, qui laissent retomber tout le poids des impôts sur les paysans; mais il attaque surtout les usuriers, agioteurs, capitalistes, spéculateurs et plaint même les propriétaires terriens, qui manquent de « métal » 2°, En 1811 encore, Godlewski, député de Mariampol, arrive à faire signer par 136 membres de la diète sur 160, une adresse au Roi contre les abus de pouvoir des ministres, l’insubordination des préfets à leur égard et le peu de considération des employés pour la misère du peuple #1. Ce n’est pas la classe noble qui est attaquée, ce sont les fonctionnaires. Skarbek, historien, mais comte, reconnaît la nécessité d’affranchir les paysans, mais proclame que c’est impossible, dangereux et conclut qu’il faut moins songer à les affranchir qu’à les protéger contre les abus de pouvoir de leurs maîtres ??,

Bref, le mouvement qui s’est produit dans les sphères éclairées, n’a pas soulevé la masse paysanne. Le major Lossberg de l’armée de Jérôme nous rapporte à ce sujet une conversation typique avec un noble polonais, son hôte, ancien officier. Cet « homme cultivé » pense comme le major que « c’est par une toute autre organisation seulement que ce peuple pourra prendre rang parmi les nations civilisées : actuellement, un propriétaire isolé a beau voir les défauts de son pays; il n'y peut remédier. Seule l’action conjuguée de

(247) KoOLLONTAI, Uwagi, p. 81-82.

(248) RemBowsxi, Z Zycia konstytucyjnego p. 90-91. — GRINWASSER a bien montré le rôle de Zamojski et celui de Szaniawski devenu adversaire du Code, p. 165-7.

(249) HANDELSMANN, Les idées françaises et la mentalité politique en Pologne au XIX* siècle. Paris. Alcan 1927, 218 p. in-16, p. 2-22. Voir le Robotnik du 29 mai 1930.

(250) Owipzki (Joachim), Spostrzeienia, uwagi i myéli Obywatela w zaciszu domowem przysziemu Sejmowi podane. Lublin, Pruski 1811, 62 p. in-16, p. 25-28.

(251) RemBowski, Z Zycia konstytucyjnego p. 156-157.

(252) SkaRBEk, Dzieje Xiçestwa, t. 1, p. 187-189.

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