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la noblesse et du clergé arrachera le campagnard à sa situation désespérée : avant tout, il doit posséder sa terre en propre; du moins un si haut degré de servitude doit être amoindri. Tant que le paysan n’a rien à espérer, il ne se rend pas compte de son état. Il ne forme pas une classe : ce n’est qu’un outil, sans volonté, de la noblesse à laquelle le clergé qui en dépend. prête une aide intéressée ». Et Lossberg ne conclut pas qu’une révolution de 1789 est imminente, même possible, mais signale « combien il serait dangereux pour le gouvernement d’avoir contre soi le clergé et la noblesse que le paysan suit sans réserve. De ce paysan, il est facile de faire, vu son éducation, son genre de vie, sa bravoure innée, un bon soldat obéissant aveuglément à ses supérieurs en toutes circonstances » 255. Le Statut et le Code Napoléon ont provoqué des velléités de réformes; mais aucune réforme réelle n’en est encore sortie en 1812. Les serfs sont devenus des vagabonds ou de misérables tenanciers, presqu'aussi esclaves que jadis. C’est pour des motifs de ce genre notamment que Zajaczek avait raison de dire, dès 1807, qu’il eut fallu un roi français, c’est-à-dire point embarrassé de serupules au sujet des ennuis qu'une réforme causerait à la noblesse. Poser des principes, c'était peu : il eut fallu mettre là l’homme qui eut voulu et réalisé un changement radical. Frédéric-Auguste voit sans joie poser ces nouveaux principes; il n’est pas homme d’action, il est absent. Non seulement, il n’y à pas de roi français, mais il n’y à pas du tout de roi. Le personnel ministériel composé de riches terriens, semble vouloir réaliser les nouveautés annoncées, mais atermoie et se dit absorbé par le règlement quotidien de difficultés administratives. La noblesse -— donc, les fonctionnaires — voit d’un mauvais œil le développement possible des idées que supposent le Statut et le Code : suppression du droit d’aînesse, partage des fortunes, etc. La présence de Napoléon, même celle d’un de ses proches, est donc plus inquiétante que réjouissante pour la noblesse; et si le prestige de l'Empereur empêche toute affirmation de mécontentement devant lui, la jeunesse et la réputation de Jérôme seront im-
(253) LossBerG, Briefe von russischen Feldzug des Jahres 1812, p. 7-8. Kobierczyko, 17 avril 1812. Une preuve qu’on peut tout faire avaler au paysan, c’est l’audacieuse proclamation du roi de Prusse (24 juillet 1807) aux Polonais qui cessent d’être ses sujets : « Il fallait que ce que des liens formés par des siècles, ce que les vertus de nos ancêtres, des traités, l’amour et la confiance avaient jadis uni, fut rompu » (D’Angeberg : Recueil des traîtés, p. 485).
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puissantes à le protéger contre un mauvais vouloir insaisissable, mais réel. Les impondérables vont jouer contre lui.
L'état politique et social dans la catholique Pologne, est d’ailleurs compliqué par la situation religieuse.
Si Napoléon en 1812 a encouru la désaffection du clergé français, s’il a contre lui le clergé espagnol, on ne saurait s’étonner que le clergé polonais voie en lui autre chose qu'un bienfaisant libérateur.
Dombrowski qui n’était pas un dévot, avait engagé le clergé à remercier avec lui la Providence qui amenait Napoléon en Pologne, et à lire trois dimanches en chaire un vibrant appel aux Polonais à servir sous le héros invincible grâce auquel ils allaient bientôt adresser dans la liberté et la paix leurs actions de grâce au Très Haut #5. Là était la note juste, le clergé pouvant beaucoup pour le ralliement du peuple à l’idée de renaissance de la patrie sous l'égide de l'Empereur. Mais il eut fallu organiser le clergé en organisant le duché même. Et sans doute, c’est à l’église de Pologne que sont consacrés les trois premiers articles du Statut proclamant « la religion catholique, apostolique et romaine, religion de lPEtat », divisant le duché en 6 diocèses, un archevêché et 5 évêchés; mais affirmant : « tous les cultes sont libres et publics ». Là toutefois s’est arrêtée l’action de l'Empereur : l’organisation de l’église en Pologne est l’une des choses qui portent le moins l'empreinte de sa volonté.
Quand Varsovie était capitale de la Pologne, il n’était pas le siège d’un diocèse; son premier évêque date des temps prussiens (1797). Or, cet évêque, Miakowski, étant mort en 1804, l'archevêque de Gniezno, Ignace Raczynski, arguant du titre de primat de Pologne, se mit à administrer le diocèse sans y faire nommer d’évêque *%. On était devant une table rase en y nommant en 1807 un évêque, ou, comme lPobtiendra Alexandre en 1817, un archevêque; en choisissant pour ce poste, un prêtre ayant la largeur de vues d’un Staszie et en organisant un clergé nouveau adopté au nouveau régime, on eut donné à ce germe de Pologne napoléonienne une puissance de vie et de rayonnement contre laquelle les efforts des copartageants se fussent brisés.
PE Moscicki, Dzieje porozbiorowe Polski w aktach, p. 91-2, 2 déc. D.
(255) Podreczna Encyklopedja Koscielna, Varsovie, Gebethner, t. XLI- XLII, 1915, p. 141, Warszawa.
Mais ni les ministres, ni le roi, ni Napoléon ne semblent avoir rien voulu réaliser dans cet ordre d'idées. L'autorité suprême du Duché fut done Raczynski nommé jadis évêque de Poznan (1793), puis archevêque de {iniezno {1805) par le roi de Prusse. Il habite, non son palais archiépiscopal en ruines, mais le château de Ciazno *. De ce coin, d’où il ne voit rien, où il ne peut comprendre l’évolution en cours dans la vie de la Pologne et de l’Europe napoléonienne; où lui parviennent surtout les plaintes de ses subordonnés; où il est plus près du dévot roi saxon que de Varsovie, il préside aux relations entre le clergé et les pouvoirs civils. Entre Ciazno et Dresde, à Breslau, son parent, le comte Raczynski, est le principal meneur d’un foyer d’agitation antifrançaise; cet ancien maréchal de la diète, dévoué à la Russie, à la Prusse, suspect à Davout reçoit les mécontents du duché #7. Dans le primat de Gniezno, le résident, De Serra, voit « un des hommes qui, regrettant le régime prussien, nous feront beaucoup de mal, si l’occasion s’en présentait et s’ils peuvent cesser de craindre. Couvrant d’une bigoterie affectée sa conduite passée, méprisé par tous les gens estimés, il vient de dire dans une des premières sociétés, qu’un saint ecclésiastique lui a révélé que le monde va finir dans 12 ans, que l’Antechrist existe; qu'il doit se servir de ses armes spirituelles pour aider à l'édification, à la réforme des hommes » 28, Près de lui, « l’abbé Wolicki, nonce de Posen à la diète, homme à talents, protégé par tout ce qu’il y a d’hommes en place de la Grande Pologne où nous n’avons guère de chauds partisans », a osé dire pendant la session de 1809. « C'est aux légions polonaises que nous devons notre embarras actuel. Si l’empereur ne les avait pas vues en Italie, il n’aurait jamais pensé à notre pays; nous serions tranquilles ». Raczynski et Wolicki jouissent de la faveur du Roi **. L'empereur informé de tout ceci a mérité, le reproche, non d’avoir partout imposé ses fidèles, mais d’avoir toléré les agissements de trop d’ennemis.
Lubienski s'était servi de l’évêque in partibus Albertrandi
(256) Koryrkowskt (Jan), Arcybiskupi gnieznenscy prymasowie ïi metropolici Polscy od roku 1000 az do roku 1821 czyli do polaczenia arcybiskupstwa gnieznienskiego z biskupstwem Poznanskiem. Poznan, Drukarnia Kuriera Poznanskiego, 1892, 6 tom in-4°, t. 5, p, 377, p. 258-
(257) BonNEroNs, Un allié de Napoléon, p. 333.
(258) HANDELSMANN, Instructions, t. 1, p. 145, Varsovie, 16 mars 1809.
(259) HANDELSMANN, Instructions, t. 1°, p. 145, note 2 et 146.
pour donner le 1« mai 1808 à la promulgation du Code Napoléon tout l’éclat désirable. Albertrandi étant mort le 10 août Raczynski aussitôt délègue pour administrer le diocèse l’évêque in partibus Zachariasiewiez. Puis il écrit : « Quand Moïse reçut de Dieu lui-même sur le mont Sinaï Jes lois destinées au peuple d’Isragl, il n’ordonna pas de cérémonie de promulgation. Le ministre a dû trouver bien admirables celles de Napoléon pour les avoir entourées d’une pompe plus grande que la procession de la Fête-Dieu. Chacun s’est étonné que ce livre de lois dût être béni dans une église et devint ainsi un livre saint. Le bon clergé catholique en a conclu qu’il serait le bouclier de notre sainte religion. Quel fut son étonnement de voir qu’il n’y était pas fait mention de la religion et n’a servi qu’à imposer au clergé des fonctions civiles. On en vient à dire qu'on aurait dû, non le bénir, mais l’exorciser » 260,
En mars 1809, Raczynski présente au roi un Mémorial de protestation contre le Code et les abus qu'il provoque, signé des sept évêques ou fonctionnaires épiscopaux. Puis il se plaint des ministres et administrateurs des caisses publiques, qui laissent des mois — jusqu'à deux ans — des prêtres sans traitement, quand les employés civils sont payés 21, Il se plaint des fonctions civiles confiées aux prêtres et qui les ont distraits de leurs devoirs religieux ou atteints dans leur dignité sacerdotale. Devenus employés de l’Etat-civil, ils ont dû donner le pas à l’acte civil sur les cérémonies religieuses 262 : des autorités civiles ont interdit au curé de baptiser un enfant malade avant d'établir son acte de naissance 2. Les maires sont chargés de publier les actes de divorce, de marier les divorcés, ’Eglise ne reconnaissant pas le divorce 24; maïs ces officiers laïques de l’état-civil apprennent aux citoyens que le mariage
(260) Wielka Encyklopedia, Varsovie, Drukarnia gazety Handlowej 1904, t. 35-36, p. 939-41, Kodeks Napoleona, w Polsce. Albertrandi, membre de la Commission de traduction officielle, devait savoir à quoi s’en tenir (Grinwasser, Le Code, p. 141).
(261) Szescioletnia Korespondencja wladz duchownych z rzadem swieckim Xiestwa Warszawskiego, sluzaça do Historji Kosciola Polskiego, s. 1., s. n. 1816, 570 p. in-16. Anonyme, mais publié par Raczynski, p. 28-40. Mémorial au roi, 3 mars 1809; p. 79-80. Mémorial au roi, 18 mai 1810.
(262) Dziennik praw, t. 1%, p. 195-201. Décret du 23 février 1809 sur la taxe à percevoir par les employés laïques ou religieux pour l'Etat civil Art. let 2:
(263) Szescioletnia Korespondencja, p. 197, 25 avril 1810, lettre au Ministre des cultes.
(264) Dziennik praw, t. 17, p. 195-201, même décret, art. 4.
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civil conclu, il n’est pas nécessaire de célébrer un mariage religieux %. Les pouvoirs civils nomment comme fonctionnaires des prêtres sans prendre avis de leurs supérieurs et font choix de sujets indignes %%. Peu à peu les préfets et les sous-préfets en viennent à demander aux ecclésiastiques non seulement d'enregistrer les naissances, mariages et décès, mais encore de les renseigner au sujet des couples vivant en désaccord et dont on veut faciliter le divorce; un tribunal exige que le mariage civil et religieux soit accordé à des divorcés. Les curés reçoivent ordre d’opérer le recensement des feux de leurs paroisses, celui des conscrits, la mensuration des hommes de 16 à 50 ans. Le préfet de Kalisz leur enjoint (22 mars 1810) de lire du haut de la chaire où ils doivent parler de Dieu, ses circulaires relatives aux veaux, aux cochons et aux lapins 267.
Il en résulte une mainmise progressive et parfois arbitraire, scandaleuse des autorités civiles sur le clergé catholique que Fon brime, parfois au profit des autres confessions. Tout ceci rend fort impopulaires, la nouvelle Constitution, le Code Na- poléon, et les institutions françaises en général. Des fonctionpaires remanient les paroisses, les démembrent sans en parler à l’évêque; d’autres font peser sur les prêtres, même sans terres, des contributions en impôts ou en fourrages pour Parmée 8. Un sous-préfet interdit aux Augustins de prendre des novices, « le gouvernement ne voulant pas que s’accrût le nombre des paresseux »; une administration de district distribue les bénéfices sans l’avis de l’évêché : on prend l’église des religieuses dites Norbertanki pour en faire un magasin à foin; on expulse d’un cloître deux chartreux pour le louer au fabricant de toile Mulochot qui y installe une brasserie ?5?. Gliszezynski, préfet de Bydgoszez, malmène les prêtres catholiques, et se montre aimable pour les pasteurs allemands; Orlowski, sous-préfet de Kutno, convoque tous les prêtres du district pour les obsèques de Malachowski, les renvoie à jeun et ouvre un bal (un vendredi). Un noble de Leczyca giffle publiquement le curé, et l’archevêque ne peut obtenir satisfaction
(265) Szeécioletnia Korespondencya wtadz duchownych, p. 202.
(266) Idem, p. 199, p. 215, p. 203.
(267) Idem, p. 212-215, 220; voir aussi l’établissement des listes électorales pour les diétines, p. 211.
(268) Idem, p. 217, 190.
(269) Idem, p. 208, 212, p. 404.