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des pouvoirs civils. Un prêtre de Wigier suspendu pour mauvaises mœurs par le consistoire en appelle au tribunal civil. A Krotoszyn, la procession solennelle des Aigles polonaises s’arrête devant l’église uniate, puis devant la synagogue, puis très tard devant l'église catholique et le fonctionnaire présent, ne la trouvant pas assez illuminée, insulte le curé et le frappe du sabre. Une maison de tolérance ayant été placée à côté d’une église et le prêtre ayant demandé qu’on la transportât ailleurs, le sous-préfet de Plock le traite de fanatique et lui dit que, dans un pays de liberté de conscience, on devrait même pouvoir faire de telles choses dans l’église. A Slesin, un noble fait don aux juifs d’une maison pour en faire une synagogue, vient trouver le curé à la sacristie pour le forcer à assister à la conséeration, le menace de l’y faire amener par les habitants, voire de le chasser de sa cure °°.
Raczynski, fait non seulement archevêque, mais prince par le roi de Prusse (3 mai 1805), ne tarde pas à se plaindre que sous le masque de la tolérance et du libéralisme, des fonetionnaires sans foi, empoisonnés par les principes de la Révolution française attaquent la religion et corrompent la société polonaise 24, De 1808 à 1812 il multiplie les Mémoires de protestation : dès 1809 parmi les signatures des suffragants qui escortent la sienne, on voit celles de François Malezewski, évêque de Cujavie et de Grégoire Zachariaszewiez, vice-administrateur du diocèse de Varsovie 272, qui, sous la direction de Raczynski « combat vaillamment l’incroyance, l’athéisme, et l’anticléricalisme que développent dans toute la société polonaise des fonctionnaires sectaires et autoritai- TES
Raczynski cherche du reste en France les moyens de combattre cette influence française qu'il juge si pernicieuse : il a fait traduire du français une brochure « Sur les esprits forts » par laquelle il à réussi à vaincre la suffisance, le sansgène avec lequel en conversation on souffletait à la française toute modestie, on attaquait la sainteté des mystères de la foi et des rites religieux, et a ramené dans la société l’ancien ton de bienséance et de délicate politesse. Il à traduit lui-même
(270) Idem, p. 330-1, p. 202, 203, 204, 206.
. (271) Koryrkowskt (Ks Jan), Arcybiskupi gnieznieñscy prymasowie i metropolici polscy, t. 5, p. 253-259.
(272) Sze$cioletnia korespondencja, p. 40.
ie KorYTkowSkI, p. 265. Grinwasser : Le Code Napoléon, p. 156, note 4.
« Des erreurs du temps présent », œuvre de l'évêque français Jamin, l’a envoyée au roi Frédéric-Auguste qui fit exprimer à l’archevêque tout le contentement qu'il avait éprouvé à lire ce livre. Quelques mois après la police de Varsovie n’en confisquait pas moins l'ouvrage, ce dont se plaignit amèrement Parchevêque au roi (20 février 1812). En septembre 1810, revenant des eaux de Karlsbad, il s’est arrêté à Dresde, y a vu Frédéric-Auguste, et vraisemblablement encouragé par son accueil, il a redoublé d’ardeur à son retour contre ce qu’il appelle la persécution de l’église et de la foi? C’est par le clergé surtout que Frédéric-Auguste règne dans le Duché, et le clergé polonais en sera par là rendu plus défiant à l'égard de Jérôme.
À l’époque où apparaît ce dernier, on est en plein conflit au sujet d’un décret interdisant aux curés d’assigner qui que ce soit en justice pour leurs biens ou les biens des églises, sans | une permission du Conseil de préfecture alors qu’un laïque peut assigner un prêtre en se contentant d'aviser la préfecture (15 février 1812). Le 12 février 1813, Raczynski demandera au roi et obtiendra le retrait de ce décret, que le clergé regarde comme un encouragement à l’accaparement arbitraire des biens ecclésiastiques et à la suppression de fondations, consacrées par des siècles. Le clergé menacé dans son bien-être est inquiet, surexcité. Or, il ne se trompe pas; il ne rend point responsable de ce décret le roi, au nom duquel il est promulgué, ni le ministre de l’intérieur et des eultes qui la signé, mais le ministre de la justice Lubienñski, l’homme souple et double, dont l’extrême dévotion a conquis le roi et dont le zèle à servir le Code Napoléon paraît faire un champion en Pologne des idées françaises. Raczynski voit en lui un successeur des Pharisiens, un autre Siéyès, dans le fond un ennemi de l'église rejetant sur les autres l’odieux des mesures qu'il fait prendre; et il regrette la bienveillance avec laquelle était traitée l’église catholique par le précédent gouvernement encore que prussien et protestant 25. Cet état d'esprit est éminemment défavorable à tout ce qui peut toucher de près ou de loin le roi de Westphalie, le frère de l’empereur des Français.
(274) Idem, p. 272, 260 et 41-48. Voir aussi Podreczna Encyklopedja Koécielna, tom 33-34, 1914, 399 p. in-8°, voir Raczynski. (275) Sze$cioletnia korespondencja, p. 148-165, note 1, p. 149, p. 171,
Ainsi done, ni le roi, ni les ministres les plus influents, ni les corps constitués — Conseil d'Etat, Sénat, Diète — ni les fonctionnaires, ni la noblesse, ni le clergé, ni l’ensemble de ces forces morales qu’on appelle en France l’opinion publique et qui constituent sous une forme moins large ce qu’on appelle en Pologne « spoleczenstwo » ne sont attachés sans arrièrepensée à Napoléon et ne sont prêts à faire à son frère un accueil d’une cordialité sans réserve. L’armée inquiète et divisée en autant de fractions peut-être qu’il y a de chefs d’unités, a besoin pour retrouver sa cohésion et acquérir le moral si élevé dont elle fera preuve, de la secousse violente que lui donneront l’arrivée de l'Empereur, ses ardents bulletins, ses ordres d’offensive vigoureuse. Le peuple illettré et miséreux ne peut voir dans les troupes étrangères qui s'avancent, que des envahisseurs dont les intentions lui échappent totalement. Peu de choses dans cette Pologne sont de nature à inspirer au roi Jérôme le désir d'abandonner pour elle la Westphalie, ou simplement à faciliter sa tâche de chef de l’aile droite.
CrapiTRE VI.
Napoléon 1° et la Pologne.
La situation de Jérôme et celle de la Pologne sont à connaître. Mais les intentions de Napoléon dominent la prise de contact de son frère et principal lieutenant dans le duché avec <e pays qui est l’occasion de la catastrophe où vont sombrer les forces et le prestige de l'Empire.
La question de Pologne a été pour Napoléon la pierre d’achoppement, non la grande préoccupation de sa vie. De 1796 à 1800, n'étant pas chef d'Etat, il n’a pas à y apporter de solution. De 1800 à 1806, éloigné du territoire polonais, il est hors d’état de rien modifier aux résultats des partages. De 1806 à 181453, il est trois fois amené à pied d'œuvre, mais sans l'avoir voulu. Chaque fois, cette intervention involontaire doit, d'après lui, être vers la solution définitive un pas de plus, pas toujours risqué pour lui, jugé trop court par les Polonais, qui de lui ont toujours douté ou attendu des miracles. Il à échoué, non pour s'être dérobé devant l’occasion, — qui ne s’est jamais présentée, quoiqu'il en ait dit, — de recréer la Pologne d'un seul coup, mais pour n'avoir pu éviter de convaincre ses adversaires qu'il profitait de chaque succès pour la recréer, pour avoir été amené par eux à fonder si vite une nouvelle Pologne, quand ils avaient mis vingt-cinq ans à détruire l’ancienne. Il a donc dû souvent agir autrement qu’il ne l’avait compté, s’appuyer sur des forces qu’il eut voulu combattre, en négliger dont il eut dû se servir.
Il passe pour s’être, en Pologne, surtout appuyé sur l’armée : or cette armée en 1812 ne ressemble en rien au noyau existant de 1796 à 1806. Les politiques polonais qui approchent l’Empereur, ne sont pas moins différents en 1806 et en 1812. La répercussion dans la Pologne de 1812 des questions confessionnelles posées par lui en 1806, ne fut pas celle qu’il avait es-
comptée. Sa politique financière trouvera dans le duché peu de sympathies. Et quiconque en Pologne pouvait rapprocher
ces divers faits, en venait presque fatalement à douter du bon
vouloir de l'Empereur.
Ce bon vouloir, réel pourtant, tient dans le cadre de ces trois formules : ne faire d'avance aux Pelonais aucune promesse précise qu’on ne puisse tenir; n’admettre aucune combinaison où la Pologne nouvelle soit sacrifiée; ne pas sacrifier la France à la Pologne.
En 1796, de Constantinople, Oginski pose la question de Pologne devant Bonaparte qui n’a pas encore qualité pour la résoudre, à bien des ennemis à vaincre, et, près de soi, un seul polonais. Bonaparte donne cette réponse orale qui, venue à nous par Sulkowski et Oginski, contient des exhortations, des promesses, un geste de doute aussi, n'engage pas son auteur et a pu prendre du relief en voyageant : « Que dois-je répondre ? que puis-je promettre ? J’aime les Polonais, j'en fais grand cas. Le partage de la Pologne est un acte d’iniquité qui ne peut se soutenir. La guerre finie en Italie, j'irai moimême à la tête des Français forcer les Russes à restituer la Pologne; mais les Polonais ne doivent pas se reposer sur des secours étrangers, ils doivent s’armer. Toutes les belles paroles qui les illusionneront, ne mèneront à rien. Un peuple ne peut se lever que les armes à la main »1t. C’est l’époque des phrases vaines.
L'ère des légions rapproche Bonaparte des Polonais; mais moins qu’on le croit. Il engage le Congrès de Milan à accueillir Dombrowski, à former une légion polonaise le 4 janvier 1797 : le pacte entre la Lombardie et Dombrowski est du 9; l'appel de ce dernier aux Polonais du 20. Le 9 février, il y à sous les armes 1127 Polonais ?, deux bataillons; le 30 avril, Bonaparte passe en revue # bataillons; mais l’armistice est déjà signé et c’est en vain que Dombrowski est allé à Graz demander au vainqueur de marcher sur Vienne pour soulever La Pologne. Léoben est trop loin de ce pays; les légions qui n'ont encore rien fait, sont un appoint trop faible, Compromettre pour elles les résultats acquis, eut été une folie. L’intervention de Kniasiewicz, lors du traité de Campo Formio ne pouvait avoir plus de succès près de Bonaparte qui ré-
(1) Ocinskr, Mémoires, t. 2, p. 211 (10 août), p. 229 (15 sept.).
(2) Boresxo-CHopzko (Léonard), Histoire des légions olonaises Paris, Barbezat, 1829, 2 vol. in-8°, t. 1, p. 202, 203-8: 2078) 209. |
MO I0 ee.
pète : « J’aime le peuple polonais », mais pose des questions embarrassantes : « Quels sont vos moyens d’action ? Comment contenterez-vous le roi de Prusse »%. Ce n'est qu’une prise de contact.
Retour d'Egypte, il écrit à Dombrowski après l’héroiïque campagne contre Suvorov : « Dis à tes braves compagnons qu’ils ne cessent d’être présents à ma pensée; je compte sur eux; j'apprécie leur esprit de sacrifice à la cause que nous défendons; je serai toujours leur ami, leur collègue » 4. Des caresses, mais pas de promesses d’ailleurs impossibles à tenir.
En 1800, le rôle intéressant est tenu par la légion du Danube (Kniasiewicz) : les Autrichiens en font déserter une partie; ses 3.000 hommes font leur devoir à Hohenlinden ÿ. Mais Hohenlinden et Marengo sont encore moins proches de la Pologne que Léoben. Si Lebrun a parlé en 1800 de refaire une Pologne avec Louis XVIII pour roi f, il a dit une sottise. À Lunéville, la France et l'Autriche refusant toute aide aux ennemis intérieurs de l’autre puissance, donc l’Autriche aux émigrés français, la France aux Polonais, le rapprochement franco-russe de 1801 rend chimérique l’idée d’une restauration imminente de la Pologne. Bonaparte devenu chef d'Etat, qu’il le veuille ou non, ne peut rien pour la Pologne.
Il ramène en Italie les légions qu'il disloque, en fait l’enjeu de diverses combinaisons, veut assurer leur sort, tout en faisant oublier leur but. Dombrowski veut les conduire dans les Balkans, y opérer des diversions utiles à la France, puis à la Pologne. Bonaparte y voit du désavantage, peu de profit : les Polonais ayant refusé de servir l’Etrurie, et ayant une organisation coûteuse, il les prend et les envoie à Saint-Domingue * où leurs pertes comme les nôtres seront cruelles. Il voyait en eux, tant qu'ils étaient en Europe des auxiliaires italiens, non des Français et leur refusait nos drapeaux. Il
(3) AsKENAZY, Napoléon a Polska, t. 2, p. 120-1, 201.
(4) Corresp. de Napoléon, t. 6, p. 51, Paris, 25 décembre 1799.
(5) AskENAzy, Napoléon a Polska, t. 3, p. 198, 221. — Askenazy, O sprawie polskiej w r 1812. Cracovie, Académie des Sciences, 1912, 24 p. in-8°, p. 3, 4, 5. Pour Bonaparte la solution est alors : la Pologne aux mains de la Russie. Les émigrés polonais crient : « Vive Bonaparte, Vive Paul ! qu’il y ait un roi de Pologne, n’importe qui, pourvu qu’il y ait une Pologne. »
(6) Askenazy, Napoléon a Polska, t. 3, p. 215.
(7) Idem, t. 3, p. 250-283. — Corresp. de Napoléon, t. 7, n° 5768, p. 338, 25 sept. 1801; n° 5785, p. 349, 7 oct. 1801; n° 6017, p. 541, 29 mars 1802; t. 8, n° 6445, p. 136, 28 nov. 1802; n° 6447, p. 138, 23 nov.