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“demande à Talleyrand qu'il ne soit pas, dans l’état des Puissances inserites sur l'Almanach national, fait mention de la Pologne, cela étant « d'une inutilité absolue » *. I arguë de la disparition de Venise et de la Pologne pour faire nommer par le pape des cardinaux français. Îl trouve peu convenable que dans la République italienne, moitié des troupes soient des Polonais autrichiens °. Tout ceci implique, sinon que Bonaparte soit indifférent à la Pologne, du moins qu’il lui est utile, de 1801 à 1803, de paraître ne s'en soucier nullement. L’attitude de l'Angleterre et de ses alliés de 1803 à 1806 l'invite à moins de discrétion. [Il commande à D’Hauterive une brochure sur les « Changements survenus en Europe depuis 25 ans », relevant ce que la Russie et l’Autriche ont gagné, la France perdu par le partage de la Pologne. En expulsant les Russes sans passeports, il ajoute : « On peut avoir des égards pour les Polonais pas trop mauvais. Le prince Sapieha en est. Ayez l’état des Polonais qui sont à Paris ». Il se méfie assez des Polonais agents de la Russie; mais au moment de guerroyer en Autriche, il écrit à Eugène : « Ayez toujours un dépôt pour recruter les Polonais. On en augmenterait sur le champ la légion » 1°. Cette légion continue donc à se recruter en 1805; mais les Polonais restent nombreux chez les Austrorusses. On fait prisonnier un général Przybyszewski à Austerlitz 4. Et sans doute, il n’est pas plus question de la Pologne . à Presbourg, qu'à Lunéville et à Campo-Formio. Mais si, de l'Italie, Napoléon pouvait vite intervenir dans la Dalmatie, embryon de Yougo-Slavie arraché à l'Autriche, par contre pour défendre une Galicie libérée, il eut fallu réaliser chaque fois cette double merveille, Ulm et Austerlitz. Chimère que tout cela ! Tant que Napoléon n’a pas mis le pied sur le sol polonais, un projet de reconstitution, même partielle, de la Pologne ne peut paraître sensé, ni à Napoléon, ni aux Polonais. Avant la campagne de Prusse, la légion polonaise se bat pour Joseph Bonaparte à Naples, sans toutefois être brillante. Napoléon ordonne de n’employer de Polonais ni en montagne,
(8) Corresp. de Nap., t. 7, n° 5955, p. 487, 14 février 1802, n° 5816, p. 374, 17 oct. 1801.
te Idem, n° 6204, p. 677, 25 juillet 1802; t. 8, 6596, p. 280, 21 février
(10) Jdem, t. 9, n° 7883, p. 553, 29 juillet 1804; t. 10, n° 8081, t. 9, A. Fouché, 3 oct. 1804; n° 8588, p. 401, 5 avril 1805; t. 11, n° 9295, p. 253, 16 sept. 1803.
(11) Idem, &. 11, p. 565, n° 9550, 33° bulletin, Austerlitz, 1° déc. 1805.
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ni en Calabre, de les caserner à Naples, Tarente : « En les mettant à Naples, il sera convenable d’y placer le général Dombrowski; vous en serez plus sûr, quand il sera là ». Influence toute morale d’ailleurs : « Dombrowski laisse ses malades dans un tel dénuement qu’ils n’ont pas de paillasses. Il est incapable de commander une province : un major français y vaudrait mieux. L’idée que des malades sont aussi abandonnés et manquent de tout, est terrible » 12. Pourtant, Napoléon, prêt à fondre sur la Prusse, ne cesse de penser au recrutement polonais. Il y à tant de déserteurs qu’on peui espérer former plusieurs légions. Il fait rédiger des proclamations « provoquant à la désertion sans jamais prononcer le nom de Pologne »; promettre aux soldats d’être « employés sur le continent, traités comme les Français, aux sous-officiers de conserver leurs grades s’ils le méritent ». Il met à Landau Zajaczek à la tête de la Légion et appelle à lui Dombrowski #. La Prusse est battue; Napoléon touche enfin le sol polonais. Mais ce n’est pas un fait prémédité : il a fallu que la Prusse lui déclarât la guerre et tombât foudroyée par deux désastres en un jour pour amener là Napoléon #. La création du Duché paraissant la punition efficace à infliger à la Prusse, punition point passagère, l’état nouveau étant un embryon susceptible de vie, la question de Pologne se posa pour l'Empereur et eut un sens précis.
Le duché, né de la majeure partie de la Pologne prussienne va-t-il rester tel ou grandir, n'être que le vivant châtiment de la Prusse ou être une menace lancinante pour l’Autriche et la Russie. A Tilsit, Napoléon a pris ses précautions pour que la menace ne parût pas exister 5, Il est pourtant dans la
(12) Corresp. de Nap., t. 13, p. 382, n° 10578, 31 juillet, A Joseph; p. 81, n° 10635, 12 août, idem; p. 108-9, n° 10672, 10673, 20 août; p. 248, n° 10.807, 17 sept. 1806.
(13) Idem, t. 13, p. 302, n° 10858, 22 sept. 1806. — BRoOTONNE, Dernières lettres, p. 227, n° 485, Mayence 1° octobre 1806.
(14) Wygicxi (Jozef), Zycie moje, p. 261. Dombrowski est touché par cet appel le 5/10/06.
(15) Et il l’a regretté à Ste-Hélène : Je n’aurais pas dû passer la Vistule; c’est la prise de Magdeburg qui m’a porté à entrer en Pologne. J’ai mal fait : cela m’a entraîné dans de terribles guerres, mais la pensée du rétablissement de la Pologne était belle >» (GourGaup, Journal inédit de 1815 à 1818. Paris, Flammarion, 2 vol. in-8°, t. 2,
p. 111). 0 , : < (16) AsKENAzY a montré combien c’était vain, en citant le mot de Karamzine : « La Pologne sous aucune forme ne peut subir aucun
changement; il eut mieux valu consentir à ce que Napoléon prît la
bi) Diem
nature du Duché d’être une menace. Napoléon le sent, en est gêné : il donne à Davout pour instructions de faire comprendre qu'il ne se laissera pas orienter dans cette voie par les Polonais : « Faites mettre dans les journaux de Varsovie que la meilleure intelligence règne entre l'Autriche et moi: faitesle mettre de toutes les manières, prenant pour texte le séjour du grand duc de Wurzbourg à Fontainebleau, la prochaine remise de Brauneau et en parlant de l’ambassade de Vienne. La meilleure intelligence règne également entre les Russes et moi. Mais dans les circonstances où nous sommes et dans le
pays où vous êtes, où l’on désire la guerre, il faut porter une
grande attention à redresser constamment les esprits ». Mêmes instructions à Bourgoing, à Dresde : « tenir un langage pacifique, ôter toute alarme aux Autrichiens, calmer les Polonais galiciens en disant que je suis bien avec l’Autriche, la Russie; faire que ces puissances soient contentes de son langage » 17. Il honore les Polonais en baptisant deux bateaux, la Ville de Varsovie, le Polonais 8; mais il n’y a pas de bateaux « Pologne ».
Il évite d'autre part de laisser croire aux Polonais qu'ils sont pour lui des jouets sans valeur. Bourgoing doit « faire connaître en toute occasion au Roi, aux gens du pays que je ne laisse les troupes françaises que pour leur plaire; qu’aussitôt qu'il aura vu le pays, et qu’il sera prouvé qu'elles n’y sont plus nécessaires, je les ôterai tout à fait. Tel doit être son langage constant ». Il réitère à Frédéric-Auguste : « Une division de mes troupes dans le Duché s’est déjà rapprochée de l’Oder; l’autre évacuera aussitôt que V. M. le jugera utile » %, Une combinaison financière lui fait utiliser en Espagne une partie de l’armée ducale, et ne voulant pas que cela parût une réédition de Saint-Domingue, il consent de luimême que les Polonais ne puissent « être embarqués pour un service de iner ou de colonies » 2, La violation du territoire du duché par les hussards de Neypperg et les efforts des Russes
Silésie, Berlin même, que de reconnaître le Duché de Varsovie ». « Que les étrangers pleurent le partage de la Pologne; nous, nous avons pris ce qui est à nous » (O sprawie polskiej w 1812, p. 13). (hiCorresp. de Nap;nt.16/"p136, 00213293 28 oct 1807 D alt, nM3902 27Moct- (18) Idem, p. 368, n° 13535, 7 février 1808; t. 17, p. 181, n° 13926; p. 253, n° 14005; t. 18, p. 16-17, n° 14402 et 14408. (19) Idem. t.. 16, p. 143, n° 13302; p. 227, n° 13389, 16 déc. 1807. (20) Idem, t. 17, p. 20, n° 13755, A Davout, 17 avril 1808.
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pour récupérer des Polonais prisonniers passés au service de France provoquent de sa part des ordres énergiques ?!. II veut qu'on respecte le duché. L’autoritarisme de Davout à l’égard du roi de Saxe et des fonctionnaires polonais, l’agace ??. Plus il prévoit que la guerre d’Espagne lui coûtera, plus il fait croire à la force des Polonais. Il écrit à Davout : « Je vous ai donné le commandement de la Pologne et de la Silésie vous auriez une ‘armée de 100.000 hommes. Saxons et Polonais valent bien les Autrichiens ». « L'armée polonaise doit occuper tous les postes, mon intention étant de retirer mes troupes sur la gauche de l’Elbe. Il n’y a rien à craindre pour la Pologne; d’ailleurs cela regarde le roi de Saxe qui enverra autant de troupes que cela est nécessaire. Eviter tout mouvement pouvant faire penser aux Russes que nous nous méfions d’eux. Je suis au mieux avec la Russie et n'ai rien à craindre des Autrichiens » *#.
La guerre de 1809 éclate, du fait de l’Autriche, non de Napoléon. Il en profite pour recruter des Polonais parmi les prisonniers dès avril, former une 2° légion à 6 bataillons, dont il envoie une partie en Espagne *“; et pour infliger à l’Autriche le même châtiment qu’à la Prusse : il lui faut ôter à l'Autriche l’envie de récidiver et fortifier d'autant Pallié varsovien dont l’action n’a pêché que par faiblesse de ressources et qui y à suppléé en faisant appel aux Galiciens: Il ampute l'Autriche d’un morceau de Galicie, opération plus difficile que celle qui a suivi Iéna. Le tsar se sent menacé, à son tour et ceci affaiblit de plus en plus son goût pour l’alliance française. Avant même que l'Autriche ait tiré l'épée, Napoléon écrit à Caulaincourt : « Il serait possible que la Pologne Autrichienne pût devenir un objet d'inquiétude à Pétersbourg; mais elle n’est un obstacle à rien. On pourrait la partager entre la Russie et la Saxe ou former un état indépendant », donc l'enlever à l’Autriche sans l’annexer de suite au duché, rassurer le troisième copartageant pour qu'il ne passe pas à l'Autriche. Et plus la guerre approche, plus Napoléon est accommodant. « Si nous sommes unis, nous ferons ce que nous
CDÉldenvet. 2 RD-26len0 18 785bep5l n0019791;2p 00 Sn 8 70; p. 150, n° 13892, Bayonne 18 mai 1808.
(22) Idem, t. 18, p. 203, n° 14646, 4 janvier 1809.
(23) Corresp. de Nap, t. 17, p. 539, n° 14269, 23 août 1808; t. 18, p. 21, n° 14410, 25 oct. 1808 et p. 216 n° 14.664, A. Clarke, de Valladolid.
(24) Corr. de Nap. (Picard), t. 3, p. 29, n° 3119, 25 avril. — Corr. de Nap, t. 19, p. 263, 326, n°° 15504, 15572.
voudrons. Vous êtes autorisé à signer toute convention qu’on voudra proposer. Si la Galicie est conquise, l'Empereur peut en garder la moitié, l’autre peut être donnée au duché de Varsovie. Enfin je ne veux point d’agrandissement; Je ne veux que la paix maritime et l’Autriche armée est un obstacle à la paix » %, C’est lui qui oriente les troupes du duché vers la Galicie, avant que la campagne soit commencée; il veut aussi y voir les Russes © pour des raisons stratégiques, mais aussi parce qu'il les voudrait confiants et voudrait pouvoir clamer très haut que leur collaboration a été effective, pouvoir les en payer. Il s'irritera contre Jérôme qui lui dit que la Russie trahit ?7.
A Matuszewiez, il dit sans ambages : « Aujourd'hui que la Pologne est partagée, comment la ‘rétablir ? Vous êtes si loin; votre climat est plus froid que nous ne pouvons le supporter; les nations sont essentiellement égoiïstes, il leur faut un ennemi qu'elles soient accoutumées à regarder comme tel et à combattre. Que fait la Russie à la France ? sa puissance ne m'arrêterait pas; j'irais bien, moi; mais les éléments, la nation, l’armée. J'ai fait le Duché, j’y était engagé d’honneur : je l’ai insurgé, je ne devais pas le laisser sous la verge d’un caporal prussien. Je l’ai voulu, j’ai été vainqueur, je Pai fait. Mais j’ai été bien aise de faire la paix de Tilsitt; j’avais 150.000 Autrichiens à dos; ce fou de roi de Suède, il vous à. perdus. Si avec 20.000 hommes il avait voulu faire une diversion, j'aurais passé le Niemen, insurgé la Lithuanie; vous seriez aujourd'hui bien autre chose. Aujourd'hui, je ne dois pas vouloir la guerre avec la Russie; si Alexandre m'avait éccouté à Erfurt, s’il avait, comme je le lui ai dit, rappelé son ministre à Vienne, il n’y aurait pas eu de guerre. Ce duché est un épouvantail pour la Russie, c’est lui qui met de la gêne, du froid entre Alexandre et moi; cependant, au lieu de se joindre contre moi, il a fait la guerre telle quelle... Il ne faut pas vous bercer d’espérances chimériques. En politique, on ne se gouverne pas par la métaphysique, le sentiment, je suis porté par inclination, par intérêt à rétablir la Pologne; mais je ne dois pas vouloir la guerre avec la Russie. Je ne me suis
(25) Corr. de Nap. (Lecestre), t. 1°", p. 288-291, n° 419, 6 1809; p. 296-9, n° 427, 24 mars. A. int ; LINE R
(26) Corr. de Nap., t. 18, p. 360, n° 14848: Q ; p. 215, n° 15452. H oÙ, n ; p. 372, n° 14864: t 19,
(27) Idem, p. 285, n° 15525, Schænbrünn, 14 juillet 1809.