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tables, mais dont la dernière impliquerait l’état de guerre avec les autorités du Duché.
Jérôme sera l’hôte peu désiré d’un évêque polonais qui verra, en lui le frère d’un Empereur ennemi du Pape et créateur de cet ersatz de sacrement qu'est le mariage civil. Propagateur du Code Napoléon, le roi de Westphalie est un persécuteur des ordres religieux, un catholique qui met ses sujets juifs sur le pied d'égalité avec les chrétiens et parfois leur livre les dépouilles des couvents. Jérôme ne s’en doute guère; mais apparaissant comme un niveleur imbu d'idées révolutionnaires, il ne peut guère être sympathique au clergé polonais.
Le roi et certains de ses officiers entreront aussi en contact avec des membres de l’aristocratie dont le patriotisme n’a pas l'aspect que revêtirait celui d’une puissante classe moyenne. Prête à recevoir des biens, des places, des titres de quelque souverain que ce soit, cette noblesse assure aïnsi sa pérennité et, étant l’épine dorsale du pays, elle en assure ainsi la continuité à travers tous les régimes, toutes les dominations, malgré toutes les catastrophes. A l'affût de tout changement, ses craintes lui donnent un flair trop subtil. Elle a vu de tels coups du sort de 1762 à 1812 qu'elle s'attend à tout avec la résolution de ne s’attacher à rien et de n’ajouter foi aux propos de personne. C’est un monde insaisissable que cette société très cultivée, très accueillante et d’une rare distinction, où Jérôme et les siens font leurs premiers pas. Au moment où le jeune roi va entrer à Varsovie, l’opinion publique polonaise a été travaillée de façon à atténuer les sympathies qu’il pourrait inspirer.
D'autre part, tandis que Jérôme et ses troupes ont parcouru ce terrain glissant, la lointaine perspective que semblait devoir être pour lui le commandement de l’aile droite, est devenue très vite une réalité. Chargé par l'Empereur d’une reconnaissance dans le sud de la Pologne, il à rencontré en revenant des ordres de concentration vers Varsovie qui donnent à ce voyage l’aspect d’une étude de terrain de manœuvre, à son commandement un caractère officiel, alors que les hostilités ne sont pas commencées. Pourquoi, chez Napoléon, ces dispositions nouvelles, directement contraires à celles des 16 et 25 mars ? Cette excursion à Cracovie, cette attribution officielle d'un commandement soulignent certaines vues qui ont déterminé l'Empereur à confier à son frère le rôle qu'on lui
voit et mettent en évidence l’un des éléments de la première phase de son plan de campagne. La nomination en pleine paix d'un chef de l’aile droite et de Jérôme à ce poste, est une double provocation à la Russie; la faible réputation militaire du frère de l’Empreur incite les Russes à une offensive immédiate et foudroyante.
A une date antérieure au 1* mai, Niemcewicz dépeint ainsi le séjour de Jérôme à Kalisz : « S. M. le roi de Westphalie depuis quelques semaines est à Kalisz avec toute sa cour et ses troupes : il ordonne qu’on approvisionne, et nourrisse gratuitement sa cour et son armée. Cette tête couronnée coûte 1.000 thalers par jour à la pauvre ville. Jusqu’alors, on a vu chez les rois de nobles injustices, mais pas de ces viles petitesses » 1. Toute sa cour ! Le Témoin oculaire des faits et gestes de Jérôme dit précisément : « Ce n’était plus cette pompe asiatique qu’on avait vue en 1809 dans les plaines de Leipzick. Jérôme ne traînait plus à sa suite ni comédiens, ni femmes, ni chambellans, ni voitures... 40 à 50 chevaux de bât portaient ses équipages ?. Masson qui nous a détaillé la garde robe du roi, depuis les 206 culoties jusqu'aux brosses à peau et au pot de nuit en argent, le tout placé sur 7 fourgons, à trouvé comme personnel de service 9 valets de pied et quelques huissiers #. C'était trop de domestiques pour un général en chef; mais Napoléon lui-même ne va-t-il pas vouloir faire cette guerre confortablement ? Jérôme doit d’ailleurs séjourner à Varsovie. Quoi qu’il en soit, le chroniqueur polonais des actes de Jérôme est une autorité et il a fait provision de sépia pour peindre le roi.
Il y a lieu de jeter un coup d'œil sur ce coin de Pologne où, en quelques jours, Jérôme a réussi à se compromettre.
() NIEMcEWICZ, Pamietniki, t. 1°, p. 308.
(2) Un témoin oculaire : Le royaume de Westphalie, p. 200-202.
(3) Massox, Napoléon et sa famille, t. 7, p. 295-6.
(4) Fezensac écrit : « Chaque officier du q. g. de la Grande Armée avait au moins une voiture et les généraux plusieurs; le nombre des domestiques et des chevaux étaient prodigieux » (Journal de la campagne de Russie en 1812. Paris, Galliot 1850, 200 p. in-8°, p. 6. Fain ajoute : « Les rois généraux ont des états majors très exigeants el il ne faut rien moins que la supériorité de l’Empereur et sa présence pour en bannir tout le luxe inutile. Je vous prie de vouloir bien me seconder, écrit le 18 mai Berthier au Ministre de la guerre : l’aide de V. E. m'est nécessaire pour résister aux demandes des rois commandants de corps d’armée en ce qui est contraire à l’ordre établi par l'Empereur » (Manuscrit de 1812, Paris, Delaunay 1827, 2 vol. in-8°, t. 1, p. 70, note 1). Jérôme n’est donc pas une exception.
Kalisz a fait bonne impression sur Saxons et Westphaliens ; située sur la Prosna, au milieu de fertiles prairies, c'est une . des meilleures villes de Pologne : elle a 14.000 âmes, d’importantes fabriques de toile, une église intéressante, Saint- Michel 5. C'est le siège d’une préfecture : elle pourrait rivaliser, avec mainte ville allemande et contraste avec les bourgs polonais rencontrés jusque là 6. Ce contraste précisément a un peu trop parlé en faveur de Kalisz à ces officiers allemands qui viennent de traverser une région inculte, de trouver abri dans un château en ruines? ou dans de misérables villages dont les maisons de bois semblaient plutôt des étables à porcs que des demeures humaines: Giesse a peint avec un réalisme qui donne des haut-le-cœur une de ces « spelunkes », où il a cantonné parmi des teigneux, des pouilleux, près.du chien relavant les écuelles 8; Losshberg a renchéri si possible, déerivant les cabanes à deux chambres, où les oies, les volailles et les pores sont chez eux, même dans la deuxième, alors qu’un cochon d'origine germanique n'oserait pénétrer dans la première; affirmant que les soldats préféraient chercher asile contre les intempéries dans les granges, les greniers à paille ou à foin et évitaient les maisons, où ils avaient à défendre leur peau contre la vermine, où le linge de couchage n'existait pas. Ils avaient contemplé avec une pitié inquiète les pauvres paysans couverts de sales peaux de moutons, en loques, chaussés de bottes rapiéciées dont les morceaux recousus l’un sur Pautre indiquaient qu’elles devaient leur servir jusqu’à la fin de leur vie®.
Par contre, un mémorialiste polonais bien informé, mais qui a visiblement pris Kalisz en grippe, se montre impitoyable à l'excès. Le jeune Gajewski, officier, neveu du préfet Garezynski écrit : « Le Kalisz d’alors, célèbre par la multitude de ses rats, était une misérable bourgade, malpropre pleine de juiverie, n'ayant pas d’autres maisons de pierre que le marché, PHôtel Wælfl et l'Ancien Collège des Jésuites qu'occupait le préfet. Quel amas c'était, de chaumines et de boues ! La mairie à demi écroulée paraissait une ruine abandonnée
(5) BAUMGARTEN-CRusIUS, Die Sachsen in Russland 1812, Tagebuch des Leutenants von Wolffersdorf, p. 25.
(6) Giesse, Kassel-Moskau-Kustrin, p. 29.
(7) BAUMGARTEN-CRUSIUS, Idem, p. 24.
(8) Giesse, Kassel-Moskau-Kustrin, p. 24, 30, 31.
(9) LossBERG, Briefe vom russischen Feldzug des Jahres 1812, p. 5-7 de même Ruprer, Kriegsgefangenen im Herzen Russlands, p. 19,
au milieu du marché, et les quelques dizaines de maisons de pierre qui l’entouraient, constituaient tout l’ornement du siège des autorités départementales. Les marchands et les propriétaires d'hôtel à Kalisz ont dû, hériter de l’habitude d’écorcher le monde : le propriétaire de l'Hôtel Wælfl exigea de moi un prix atroce pour les quelques jours que j’y passai, quoique j'eusse très peu consommé, étant toujours chez mon oncle. Il eut dû faire une fortune extraordinaire, cet hôtel étant le seul de K., le prix des boissons et dîners y étant 4 fois plus élevé que dans les autres villes, et les Kalichois — aidés en cela par nos officiers — ayant pour les petits verres un goût bien connu. il était littéralement couvert d'argent, et n’en fit pas moins banaueroute plus tard ». Gajewski ajoute : « Sans mon oncle, je me serais enfui de grand cœur de Kalisz » 1. Si le neveu du préfet de Kalisz, est ainsi maltraité, que faut-il espérer des relations du roi de Westphalie, de son entourage et de ses troupes avec la population ?
Quelles sont d’ailleurs les mœurs de cette contrée que les Westphaliens et leur roi vont scandaliser par leurs dépenses ? Gajewski venant de Dresde à Kalisz rencontre entre Poznan et Kalisz un ami d'enfance, Pierre Zablocki, qui le retient chez lui : « C'était pour la première fois de ma vie, dit-il, que je me trouvais parmi la jeunesse polonaise. Quelle différence avec les Saxons ! Ici règne la gaieté, un peu trop même; des coupes dont je n'avais pas même idée ! Et chacun devait absolument vider à fond la sienne, que cela lui fût bon ou le fit mourir. Le maître du lieu veillait à ce que personne n’enfreignît la règle. Le dîner était copieux : de la viande à l'excès, un service détestable, des mouches, des cris, un tintamarre; chacun parlait sans écouter les autres; des manifestations d'amitié, les vivats les plus divers. Tout le monde ivre, on m'emporta sans connaissance dans ma voiture. Quand je me réveillai, stupéfaction ! à côté de moi un officier prussien. « Je suis dit-il, le frère de Zablocki, je ne pouvais vous laisser voyager seul dans cet état ». Remerciements émus; arrivé à Kalisz, il ne me lâche plus, s’installe dans ma chambre, boit à mon compte et m'amène sans cesse de nouveaux camarades qu'il faut régaler » 4. Bref, si les paysans sont dans la misère, ce n’est pas chez les hobereaux qu’on souffre du besoin.
(10) Gasewskr (Franciszek), Pamietniki, t. 1°", p. 152-153. (11) Gasewsxki, Pamietniki, t. 1% p. 152-3.
Autre chose : Gajewski a rencontré à Kalisz un homme qui eut une célébrité méritée, le major Fredro du 14 régiment de cavalerie. Fredro venu en congé à Kalisz semble fréquenter le préfet Garezynski, et s’ennuyer à Sieradz où il avait été mis en garnison par avancement. Il mène la vie la plus joyeuse qu'il peut, rayonne aux alentours, chasse, s'amuse avec les nobles, boit admirablement, cajole les femmes; et les femmes l’aiment, car il se moque d'elles. Très instruit, très amusant causeur, élevé dans les principes du 18° siècle, ne croyant pas à la vertu des femmes, il à des milliers d'amourettes et de correspondances amoureuses, ainsi que de nombreux cachets dont il use selon les circonstances; sur l’un était gravée près d'un homme brisant des chaînes, cette inscription : « Elles sont rompues ». Celui là lui servait chaque fois qu'il lâchait une femme. Aimé à Varsovie, il avait la nostalgie de cette société, où il avait passé sa jeunesse. Commandant du dépôt de son régiment, il ne fera pas la guerre de 1812, mais rejoindra à Cracovie le prince Joseph au début de 1813, puis Vandamme, avec lequel il sera fait prisonnier à Kulm !. Il n’y a pas d'indices permettant de croire qu’à Kalisz Jérôme ait éclipsé Gajewski, Zablocki ou Fredro.
Encore un homme et un fait : Reynier à précédé Jérôme à Kalisz. « FN s’est dit, Niemcewiez, fâché de ce que Garezyñski n’est pas venu à sa rencontre et a exigé en conséquence qu’une bouteille de vin fût donnée à chacun des officiers de la division » %. Que le fait soit vrai ou non, Niemcewicz, ni personne autre n’a cru pouvoir reprocher à Jérôme une telle susceptibilité, et un tel goût des représailles.
Le cas Jérôme ne doit pas être envisagé comme un fait personnel, mais comme la cristallisation autour d’un nom d’une inquiétude et d’un énervement communs à toute la contrée. Malgré l'insuffisance de la récolte de 1811, la misère des paysans, le peu de prévoyance des nobles, et aussi plus d’une fois leur manque de ressources #, les troupes sont approvisionnées sur leur passage en viande et en pain par les employés polonais 5, ce qui ne peut manquer d’indisposer les ha-
(12) Gasewski, Pamietniki p. 177-178. Gajewski le fait appartenir il # régt. de cavalerie qui n’exista jamais, GEMBARZEWSKI au 14° Dex):
(3) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1°, p. 308.
(14) BAUMGARTEN-CrusIUS, Die Sachsen in Russland 1812,/"p. 25.
(15) LossBErG, Briefe vom russischen Feldzug, p. 8.
bitants. Si ces troupes sont, par suite d'insuffisance de place, obligées de. cantonner, loin des lieux fixés pour l’approvisionnement, il en résulte des à-coups dont le choc en retour atteint la population : elle fuit dans les bois avec ses bestiaux, les femmes embrassent les genoux des officiers en suppliant; les nouveaux Corps survenants inspirent une terreur qu'ils ont peine à dissiper et parfois à s'expliquer. Il faut, ou rassurer par tous les moyens, ou se fâcher 6. Il se peut que Jérôme ait exigé à son arrivée l'entretien de son Etat-major et des services, tant du & Corps (254 Officiers et hommes : boulangers, bouchers, poste, hôpitaux, pharmacie, estafettes) 17 que de l’aile droite et alors une dépense de 1.000 thaliers par jour ne semble pas excessive : mais ceci ne dura que peu de jours, la dislocation ayant été rapide.
Or, on ne voit pas dans sa course certainement rapide de Cassel à Kalisz, où Jérôme a pu recevoir des fonds pour l’entretien de l’Etat-major de laile droite encore inexistante. Ceci relève, à vrai dire des intendants et des ordonnateurs et c’est à cette date du 13 avril qu’il faut se placer pour apprécier les fautes commises dans lle corps des administrateurs de l’armée. On lit dans les « Instructions dictées par l'Empereur sur les services administratifs de la grande armée » le 16 mars 1812 : « Un ordonnateur intelligent dont on me fera connaître le nom, doit spécialement être envoyé pour diriger l’administration des corps qui se rendent à Varsovie » 1. L'Empereur luimême a, ce même 16 mars, écrit à Berlin à l’intendant Général Dumas pour le charger de désigner et d'envoyer cet ordonnateur et en ce même temps pour qu’il obtienne du Prince Ministre Poniatowski que les 4.500.000 rations de farine et les 500.000 rations de pain demandées fussent prêtes au 1% avril. Or, ces deux ordres qui exigeaient une exécution immédiate, n'en ont pas reçu. Ce n'est que le 31 mars que Dumas écrit au Prince Joseph : « J’ai fait choix de M. l’Ordonnateur Trousset qui aura l'honneur de remettre cette dépêche. Les instructions que je lui donne pour remplir les intentions de $S. M. portent qu’il se rendra auprès de V. E. et des diverses autorités de Varsovie pour recueillir les renseignements relatifs aux ressources que ses troupes y trouvent pour leurs logements,
(16) BAUMGARTEN-CRUSIUS, idem, p. 23. Giesse, Kassel-Moskau-Kustrin, p. 23-24, p. 25-30.
(7) GiessE, idem, p. 14. :
(18) MARGUERON, La campagne de Russie, p. 463.
leurs subsistances en fourrages et aux moyens de transport qui leur sont dûs en cas de déplacement : il restera en conséquence dans le Grand Duché pour diriger toutes les opérations relatives à ces branches du service, duquel ïl doit constamment s'assurer qu’il sera pourvu dans toutes les circonstances. Il aura à surveiller la bonne qualité des fournitures de blé et à prendre les mesures que sa prévoyance pourra lui suggérer pour prévenir les plaintes ». Ce même 31 mars, autre lettre du même intendant au Prince Ministre au sujet des rations à tenir prêtes au 1* avril : « [l ne m'a pas été possible de vous adresser plutôt cette dépêche. M. le Commissaire ordonnateur Trousset qui se rend à Varsovie, aura l'honneur de vous la présenter. Je ne puis que prier V. E. de prendre les mesures les plus promptes pour que les farines et rations de pain soient rendus disponibles le plus tôt possible. M. l’Ordonnateur Trousset est chargé de vous seconder de tous ses efforts dans les opérations à faire et de veiller surtout à ce que les consommations de rations soyent faites avec le plus grand ordre et conformément aux Lois et règlements. Il aura aussi à s'assurer des bonnes qualités des farines et du pain afin que les intentions de S. M. soient exactement remplies » 1°. Toutes ces phrases ne pouvaient faire que les rations, et même l’ordonnateur fussent sur place avant le 1* avril. Le retard de Pintendant paraît difficilement excusable : en faisant le 20 mars, ce qu’il à exécuté le 31, on eût eu peine à être prêt. Le décalage de onze jours prend les proportions d’un désastre. Il eut certainement son contrecoup dans le département de Kalisz.
Mais Dumas accuse encore sa faute pour ce qui regarde Kalisz en particulier : alors que Trousset semble avoir pris le 6, possession de son poste à Varsovie, c’est seulement à cette date que l’intendant se décide à nommer un ordonnateur particulier à Kalisz et à en avertir le Prince Ministre, « M. l’ordonnateur Sartelon ? se rendra en poste à Kalisz à l’effet d’y diriger le service administratif des troupes qui devront être Stationnées dans cette place et aux environs. Je lui preseris de se concerter avec les autorités locales pour faire réunir les den-
(9) Archiwum Gtôwne Akt Dawnych, Ksiestwo Warszawskie, Korespondencja generaka intendenta armji Francuskiej, Dumas 1801-1813 r. Mr. 296 (420 pièces), 1812, pièces 10 et 9.
(20) Né le 16 octobre 1770, commissaire des guerres pendant la Campagne d'Egypte, ordonnateur, puis secrétaire général de l’administration de la guerre. Biographie moderne t. 3, p. 238-9.
rées de toute nature nécessaires à la subsistance des troupes. J’ai pensé qu'il était convenable de former un approvisionnement pour 12.000 hommes et 4.000 chevaux pendant dix jours et de maintenir continuellement ces approvisionnements à cette hauteur. Je donne des instructions en conséquence à M. Sartelon. Je le préviens également que les distributions seront faites par les soins des autorités locales. Je Vous prie, Prince, de vouloir bien donner des ordres conformes à cette disposition et de prescrire aux autorités de Kalisz à faire droit aux demandes, qui leur seront faites par M. Sartelon » 2. Quand arriva l’ordonnateur, le département était traversé par les Saxons, les Bavarois, que suivaient les Westphaliens. Quand les ordres du Prince Ministre arrivèrent au Préfet, celui-ci avait déjà pris des dispositions, difficiles à annuler. Les ordres impérieux et tardifs de l’intendant général ne pouvaient faire qu'on réunit à coups de prescriptions des approvisionnements permanents pour 12.000 hommes, là où 70.000 hommes ve- naient de cantonner au moins huit jours. « Le Prince de Neufchâtel, écrira Vandamme à Jérôme le 23 avril, m'avait assuré qu'il existait des magasins à Kalisz. V. M. sait, qu'il n’y avait rien à l’arrivée du 8° corps » ??.
Serra, ministre de France à Dresde, fera annoncer le 23 mars par le roi de Saxe la nomination de Robinet comme ordonnateur à Poznan : le ministère polonais ne le sait que le 27. Alors, le Prince Joseph lit au Conseil une note de Davout, exigeant pour les troupes saxonnes et alliées qui vont entrer dans le duché, 2.700.000 rations de farine, 200.000 rations de fourrage, de l’eau-de-vie en proportion et, à Kalisz, ce qui sera nécessaire à 1.000 malades #. Tous ces ordres parviennent d'une façon très incohérente.
Du moins le préfet Garczynski est une des personnalités les plus solides de ce corps administratif, que le Grand Duché a formé pour le plus grand bien du Royaume de Pologne.
Excellent homme, très accueillant, dit son neveu Gajewski, il a pris dans ses bureaux de nombreux parents et amis, les a dressés et, sans s’en douter, préparés à devenir, Thadée
(21) Archiwum Glôwne Akt Dawnych, Ksiestwo Warszawskie, Nr. 296. Korespondencja generata intendenta Armji Francuskiej Dumas 1807-1813, pièce 12.
(22) Du Casse, Le Général Vandamme et sa correspondance. Paris. Didier 1870, 2 vol. in-8°, tome 2, p. 350
(23) Archiwum Akt Dawnych, Ksiestwo Warszawskie, vol. 71. Protokoi Rady Ministréw 1812, 346° séance, 27 mars, folio 128-9.
Garezyñski, comte et chambellan à da cour de Prusse, Bonaventure Garezyñski, colonel de landwehr prussienne; Radowski, gendre du vice-roi Zajaczek et héritier de sa terre d’Opatow 2, En attendant, il a une équipe bien en main. Le 24 juin 1811, Bignon écrivait au Duc de Bassano : « On nomme parmi les préfets celui de Kalisz, M. Garczyñski, comme un administrateur éclairé, ferme et intègre. Ce serait, selon toute apparence, le meilleur choix que l’on pût faire pour le Ministère de l'Intérieur » #%. A la mort du ministre £Euszezewski (juillet 1812) on continuera néanmoins à le trouver indispensable à Kalisz comme préfet. Au début de 1813, après la bataille de Kalisz, il passera en Saxe avec quelques notables et employés de sa préfecture et y mourra du typhus, après Leipzig ?. C’est un homme de tête, de beaucoup de sang-froid, peu commode, très adonné à sa tâche, l’homme de la circonstance. Avec tout cela, Jérôme n’est pas très rassuré; les chefs de corps rencontrés en route, ou dont il a passé les unités en revue, ne semblent pas lui avoir tû iles difficultés d’approvisionnement. Il a pu aussi juger de la misère du pays. À peine à Kalisz, il a fait venir le préfet : celui-ci qui, à l’arrivée des Saxons avait averti Reynier, le ministre varsovien et le roi de Saxe de la disette dans laquelle on se trouvait, réitère avec Jérôme ? auquel il déclare « qu’il n’a pu assurer les subsistances que pour huit jours; que tous les approvisionnements de cette partie du pays ont filé vers Posen et Varsovie et que la récolte de l’année dernière ayant été entièrement mauvaise, les habitants eux-mêmes sont sans ressources, puisqu'on consomme leurs grains de semailles et leurs bœufs de labour ». Jérôme aussitôt avertit l'Empereur de ceci, ajoutant : « Je ne dois pas cacher à V. M. que j’ai beaucoup d’inquiétudes.. Cet état des choses peut avoir des conséquences si importantes, que je m'empresse d’en rendre compte à V. M., persuadé qu’elle en est déjà instruite et qu’elle s'occupe des moyens d’y obvier. J'userai de mon côté de toutes les précautions pour ménager
ce qui existe et tirer parti de ce que le pays pourra Vous ONTITOMES:
(24) GasEWSki, Pamietniki, p. 152-158, (25) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, tome 1° p. 359 (26) Gasewski, Pamietniki p. 300. i ù : 02 A CEE ue Ne 1244, Kalisz, 24 avril 1812. Le préet du Département de Kalisz à S. E.
Cdt le 8° corps de la Grande Armée. Mes CORNE (28) Mémoires du roi Jérôme, t. 5, p. 303-4.
La première chose à faire, était de débarrasser le département des troupes, qui n'avaient plus à y séjourner. Le 13 et le 14, il y a encore des troupes saxonnes au repos à si peu de distance de Kalisz que des officiers viennent visiter la ville ?. Il est clair qu’il doit y avoir dès ce moment un commandement de l’aile droite, si l’on veut que les corps d'armée ne se coupent pas l’un à l’autre l’herbe sous les pieds, au propre et au figuré. Le 14, Jérôme confère avec Marchand et Vandamme, tandis qu'arrivent les troupes Westphaliennes. Marchand écrit à Reynier : Mon cher Général, $S. M. le roi de Westphalie me charge de Vous faire part que d’après les dispositions générales qui lui ont été communiquées, Votre corps d’armée doît être porté entre la Pilica et la Vistule, la droite vers Sandomir, la gauche vers Pulawi. Ces pays Vous offriront de très bons cantonnements, où Vous pourrez placer Vos troupes comme Vous le croirez le plus convenable : le roi désire, que Votre mouvement s'opère avec le plus de rapidité possible. S. M. vous prie de lui communiquer l’état détaillé de l'emplacement des troupes aussitôt que Vous l’aurez arrêté, afin de prendre les dispositions, qui pouraient devenir nécessaires suivant ie besoin des circonstances; elle croit aussi convenable, que Vous donniez connaissance de Votre position au prince Poniatowski. S. M. me charge de Vous annoncer que le & corps va être placé entre la Sosna et la Wartha, la droite aux environs de Sieradz, la gauche vers Dobra, le Q. G. de ce corps d'armée sera à Wartha; le quartier de S. M. à Kalisz. Le roi désirerait que Vous ayez la complaisance de lui envoyer un aperçu de l’état des subsistances dans le pays que Vous allez occuper » #0. Voilà donc affirmée l'existence de l'aile droite, d’une façon d’ailleurs discrète et cordiale.
Tandis que ces ordres s’exécutent, les Wesiphaliens arrivent : Holzhausen a relevé dans une lettre de Lossberg l’impression, sous laquelle ils vivaient depuis leur entrée en Pologne, à la vue des villages, des steppes de sable et des bois de pins, « impression toute contraire à celle des enfants d'Israel, quand ils virent le pays de Chanaan. De ce moment cessèrents chants et plaisanteries dans le régiment (dans toute l'armée on fit la même remarque). Cette jeunesse de 22 à 26 ans pensait à ses heureux foyers qu’elle doutait revoir
(29) BAuMGARTEN-CRUSIUS : Die Sachsen in Russland, p. 25. (30) Archives du Ministère de la Guerre, au Q. G. de Kalisz, le 4
avril 1812.
jamais » 1. Ruppel a dit le lourd ennui, qui pesait pour les cavaliers et les chevaux sur ces longues marches dans des plaines de sable, marches que n’animaient point le bruit des sabots sur la pierre #. Le 15 avril, la 23° division (1°) se trouve rassemblée en avant de Kalisz : après les dernières journées … passées dans la saleté, elle a fait toilette et par bonheur voilà qu’il fait beau temps. Voici le Roi : le soin qu’il a toujours pris de l’armée est connu, il est arrivé deux jours avant la. troupe, il s’est sûrement préoccupé de ses besoins; dans ce pays éloigné, si différent de la Westphalie, le voir, c’est évoquer des souvenirs de Cassel et autres lieux aimés, d’un Heimat, qui pourrait devenir un Vaterland avee le temps : « Les. soldats, dira la Gazetie de Varsovie %, par les acclamations les plus vives, attestèrent la joie, que leur causait la présence de leur monarque ». Reinhard, qui en aura des nouvelles à Cassel, l’écrira à Bassano : « S. M. a été reçue par l’armée avec enthousiasme » %. Après la revue, le roi réunit les officiers et leur fit un petit discours aimable, qui produisit sur eux une très bonne impression %. La Gazette de Varsovie et la dépêche de Reinhard nous en laissent deviner la teneur. Le. roi est très content de l’état où il a trouvé l’armée. Les troupes ont fait route dans l’ordre le plus parfait, supportant avec constances toutes sortes de fatigues, n’ayant presque pas de malades et presque point de déserteurs — 49 sur toute l’armée. Tous les corps rivalisent d'endurance et de bonne volonté : leur conduite est digne d’éloges; leur bonne mine partout où ils passent, attire l'attention %. Et sans doute il a ajouté, c’est à la valeur des soldats qu’on juge le mérite des chefs.
Le lendemain, ce fut le tour de la 2% division. Si nous en croyons Reinhard et la Gazette de Varsovie, les choses se passèrent tout à fait comme pour la 23%. La garde royale constituait une bonne partie de cette 24° division. Néanmoins, les troupes fatiguées n'étaient pas très contentes d’avoir à se mettre en grande tenue. Par conire la ville leur produisit bonne im-
(31) HoLzHAUSEN. Les Allemands en Russie avec la Grande Armée p. 33. — Lossberg : Briefe von russischen Feldzug p. 5.
(32) Rurpez, Kriegsgefangen im Herzen Russlands, p. 22.
(33) Gazeta Warszawska, supplément au N° 37 p. 635.
(84) Arch. Min. Af. Etr., T. W. N° 334, fol. 27-28, Cassel 24 avril.
(35) LossBerG, Briefe vom russischen Feldzug, p. 7.
(36) Gazeta Warszawska, supplément au N° 3 Î Etx, N° 334. PP d” et Arch. Min. Af.
pression, et leur parut très animée par la présence du quartier général ?7.
Ce même 16 avril, nouvelle lettre de Marchand à Reynier. C'est Allix maintenant qui est chargé de l'artillerie de l’aile droite : « Nommé au commandement en chef de l'artillerie dans l’armée dont notre corps doit faire partie en cas d’hostilités, l’ordre a été expédié à ce général de se rendre auprès de Vous pour prendre les renseignements les plus détaillés sur tout ce qui a rapport à l'artillerie dans le corps que Vous eommandez. Il est essentiel que S. M. connaisse tous les détails si nécessaires aux succès de l’armée. Vous voudrez donc bien donner au général Allix les moyens qui dépendront de Vous pour remplir sa mission le plus tôt possible » #8.
Le même jour se présente à Jérôme le général Grabowski, envoyé par le Prince Poniatowski, agissant comme commandant en chef #, non comme ministre, et porteur de la lettre suivante : Venant d’être informé de l’arrivée de V. M. à Kalisz, j'ai chargé M. le G. de Brigade Grabowski de lui offrir l'hommage de mon dévouement, ainsi que celui de l’armée polonaise. Daïignez, Sire, en agréer avec bonté l'expression et croire, que je m'estimerai heureux de trouver l’occasion de äonner à V. M. des preuves de ces sentiments, comme de ceux du profond respect que je Lui ai voué » #1. Voici donc amorcées les relations du chef de l'aile droite avec le chef du 5° corps. Michel Grabowski, fils naturel du dernier roi, done cousin du Prince Joseph, cavalier de belle tournure, aux cheveux noirs, aux traits réguliers est un des élégants qui font l’ornement des salons varsoviens, un ami du Prince et de la Comtesse Potocka, un de ces hommes, qui jeunes encore s’attirent l’affection de tous. « Colonel en 1806, brigadier à Dantzig, il
(37) G1ESSE, Kassel-Moskau-Kustrin, p. 29.
(38) Arch. du Min. de la Guerre, Kalisz 16 avril. C’est alors le colonel Ulliac, commandant en second l'artillerie et le génie westphaliens qui est le chef de ces services du 8° corps. (Lettres, interceptées par les Russes durant la campagne de 1812, publiées par Goriaïnov, annotées par Hennet et le Cdt Martin, préface de Masson. Paris, La Sabretache, 1913, XVI-440 p. in-8°. Lettre n° 4, p. 4 Mme Ulliac à son mari, 29 juillet 1812. <
(39) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 435. Jérôme à l’Empereur, Kalisz 16 avril.
(40) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 2, p. 81, Bignon à Bassano N° 354, Varsovie, 20 avril.
(41) Archiwum gtéwne akt dawnych N° 2019. Correspondance de 3 princes français. Varsovie, 14 avril 1812. A. S. M. le Roi de Westphalie,
folio 33.
se fera tuer à l’assaut de Smolensk #. Pour le moment, il est le messager le plus capable de préparer J érôme à sympathiser avec le Prince Joseph, avec l'aristocratie polonaise, avec la Pologne. Avec cela, sa mission, toute de politesse, se Complique d’une autre, moins engageante. Il est chargé de prévenir toute demande d’approvisionnement, que pourrait faire J érôme, en l’inforn:ant « de la part du Prince, de l'embarras où il se trouve à Varsovie par suite du manque de vivres et surioui de fourrage » #3. Evidemment, le chef du 5° corps n'oublie pas qu'il est ministre du Duché : il avertit les occupants d’être économes en matière d’approvisionnement. C’est son droit dailleurs, et même son devoir. C’est aussi une invite aux Westphatiens à rester le plus longtemps possible dans le Département de Kalisz où Garezynski se tirera d'affaire comme il pourra.
Ceci fait, Grabowski apporte des nouvelles militaires. «Il m'a aussi rendu compte, écrit Jérôme à l'Empereur, d’après les dernières nouvelles qu'il avait de la Russie, que les généraux Bagration et Elsen (sic) se trouvent chacun avec un corps de 30.000 hommes opposés à la droite; que l’armée russe, ayant déjà consommé les vivres, qui se trouvaient sur les frontières, s’était retirée, en emportant tout ce qui pouvait en être resté, sur la seconde ligne de magasins; qu’il règne beaucoup d’indécision et de division dans le conseil militaire de l'Empereur; que les troupes désertent, et qu’on a formé sur les frontières une ligne de Cosaques pour arrêter les désertions. Votre M. sera sans doute à même d'apprécier ces nouvelles mieux que moi » #4,
Tout ceci, exact ou erronné, intéresse le chef de l'aile droite et il transmet à l'Empereur.
Cependant « l'armée avance toujours » # vers des cantonnements, qui s’échelonnent de Sieradz à Dobra. Le 18 Vandamme rend compte au Major Général Berthier, que « conformément à ses ordres » il à « mis à la disposition de M. le Général de Division Lorge la brigade des cuirassiers westphaliens commandés par le Général Comte Lepel, avec 6 pièces
.(42) GasEwski, Pamietniki, t. 1°, p. 225. DEMBowsKi, Moje wspomnienia, t. 1”, p. 217-218. Anna Potocka : Mémoires, p. 316.
(43) Mémoires de Jérôme : t. 5, p. 435.
(44) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 435.
(45) Arch. Min. Af. Etrang. F. W. N° 334, Cassel 24 avril, folio 27-28. Reinhard. à Bassano.
d’artillerie légère » #. L’exécution de ces ordres aboutit donc à la formation du 4° corps de réserve de cavalerie, l’un des éléments constitutifs de l'aile droite.
Du fait de la coexistence de différents corps d’armée sur le territoire exigu du Duché, du fait de l'existence d'un Etatmajor de l'aile droite, du fait qu’il y a des ordres à exécuter, l'aile droite naît. En dépit de l'intention de l'Empereur « que le roi de Westphalie reste inconnu à Kalisz et ne prenne aucun commandement, que celui de son corps », transmettre des ordres et insister pour leur prompte exécution, c’est déjà commander. Quand Marchand le fait, il doit le faire au nom de quelqu'un; il invoque l’autorité du roi et signe le Général de Division, chef d’Eiat-Major de S. M. le roi de Westphalie. Il y a là toutefois une situation, qui deviendrait rapidement embarrassante, s’il survenait des complications. A remarquer, que ie 12, Marchand envoie à Berthier un compte rendu, qui ne concerne que le & corps : « S. M. a placé le & corps à cheval sur la rivière de Wartha, occupant les deux villes de Widawa et Sieradz sur la route d’étape de Varsovie. La meilleure discipline règne dans ce corps d’armée; tous les soldats sont animés par le désir d’avoir une occasion de se distinguer » “7. Il se maintient donc encore dans la limite des ordres de l’Empereur en date du 25 mars.
Le 20, Marchand enjoint à Reynier :« S. M. me charge de Vous envoyer l’ordre de porter Votre corps d’armée à Radom et en avant : Vous aurez soin de ne pas dépasser par Votre gauche la rivière Radomka et par Votre droite la rivière... Vous occuperez le pont de Pawlowice sans occuper la ville, ni aucune partie de la rive droite de la Vistule. Vous tirerez Vos vivres de Sandomierz, Zawichost, Solec et de leurs territoires par la Vistule. L'intention de S. M. est, que Vous évacuiez totalement le pays sur la rive gauche de la Pilica, sans y conserver aucun établissement quelconque, comme aussi que Vous renvoyiez de suite tous les chevaux et voitures appartenant au département de Kalisz, où va passer l’armée d'Italie. Votre . mouvement commencera le 23 » #8. Cet ordre porte une empreinte, qui paraît personnelle; s’il suppose des instructions
(46) Arch. Min. Guerre. Kalisz 18 avril. Vandamme au Prince de Neufchâtel.
(47) Arch. Min. Guerre, Kalisz 19 avril 1812. A. S. A. S. Monseigneur le Prince Alexandre. :
(48) Arch. Min. Guerre, Au Quartier Général de Kalisz, le 20 avril 812. !
concernant le passage du 4 corps, il suppose aussi une entente avec le préfet Garezynski. En fait, là, où ils ont passé « les Saxons ont tout enlevé, bestiaux, voitures et chevaux, et n’ont rien renvoyé » #. Obliger Reynier à restitution ne sera pas une affaire commode.
Ayant à obéir à des ordres, il demande que Jérôme justifie de ses pouvoirs, demande parfaitement légitime d’ailleurs. Et Marchand, ce même 20 avril y répond ainsi : « S. M. me charge de Vous adresser la lettre ci-jointe du Major Général d'après laquelle le corps Saxon que Vous commandez, se trouve sous les ordres directs du Roi. Quoique lenvoi de cet ordre soit officiel, S. M. veut qu’il n’ait pas de publicité et que vous le gardiez par devers Vous jusqu’au moment où la composition de la Grande Armée sera connue et où le roi prendra le commandement de l'aile droite. Veuillez envoyer à $S. M. Vos rapports et Vos états de situation et entrer en correspondance avec moi. Le Roi désire encore, que Vous lui envoyiez un reçu de l’ordre ci-joint » 5°, Si Reynier veut être assuré des pouvoirs de Jérôme, celui-ci en échange veut être assuré, que Reynier ne pourra se dérober à ses ordres. Voilà donc une situation nette. |
Son premier avantage est de permettre de voir plus clair dans la question des approvisionnements du 8° corps, resté dans le département de Kalisz. Vandamme, lui aussi, a vu Garczynñski, a écouté son exposé de la situation du département, est entré en correspondance avec lui51. D’autre part, outre l’ordonnateur Sartelon, dont les pouvoirs ont un caractère régional, il y à à Kalisz un inspecteur aux revues, ordonnateur en chef du & corps, Dupleix. Masson a écrit hardiment à son sujet : « Outre qu'il ne connaît rien au métier, il ne quitte pas le roi, il fait figure à sa cour et ignore qu’il a une armée à nourrir » ©. Reinhard au contraire en 1809 avait cru pouvoir affirmer que « dans l'administration militaire, Du-
(49) Idem, Au Quartier Général à Widawa, ce 22 avril 1812. Le Général Baron d’Ochs, commandant la 1° Division du 8° corps, au Général Comte Vandamme commandant en chef ledit corps sous les ordres du Roi de Westphalie.
(60) Arch. Min. Guerre, Au Général de Kalisz, le 20 avril 1812, Le Comte Marchand au Général Comte Reynier.
(51) Idem, Kalisz 24 avril, Le Préfet à Vandamme.
(52) Masson, Napoléon et sa famille, tome 7, p. 301.
(53) Mémoires de Jérôme, tome 4, p. 290. Reinhard au Ministre des Affaires Etrangères, Cassel 10 août 1809.
Le Général MARCHAND Chef de l'Etat-Major de l'aile droite de la Grande Armée.
(Gravure de Forestier).
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pleix jouit d’une bonne réputation » % ce contre quoi s’inserit en faux le témoin oculaire 54.
. Or, le rôle de l’ordonnateur en chef de l’armée westphalienne semble avoir été le suivant : il à fait prendre à Glogau des vivres de réserve; il est « convenu avec les chefs de COTPS
“ : : ; ; qu’il les garderait le plus longtemps possible » étant donné, que la viande et le pain étaient fournis par les autorités polonaises ; la viande salée touchée à Glogau était en tonneaux pour mieux en assurer la conservation; une grande partie du pain perçu était à demi biscuité. Dupleix constata, que tous les corps partis de Kalisz le 22 avaient encore cet approvisionnement. Il en conclut militairement « que ce que les uns avaient fait, les autres auraient pu le faire. il en a été autrement, les chefs de corps ont manqué de prévoyance » 5%. En quoi il à tort, les autorités polonaises ayant pu être hors d’état à certains endroits de faire leurs distributions, et les chefs de corps ayant pu être dans la nécessité de faire consommer à la troupe des vivres de réserve. À la vérité, il déclare avoir acquis la certitude, que depuis le départ de Glogau, les corps ont reçu journellement ce qui leur revenait »; d’autre part les réceptions faites dans cette place, représentaient quatre jours de vivres 56, c’est-à-dire paraient à un déficit possible, qui n’a pu être pour aucune troupe si considérable entre Glogau et Kalisz. Il ajoute : « Jusqu'ici les distributions de vivres et de fourrages se sont faites régulièrement, je dirai même avec profusion. Le 20, il affirme à Vandamme avoir « employé les moyens en son pouvoir pour assurer les divers services, et connaître les ressources locales » 57. Le 22, répondant à Van-
(54) D. employé des vivres-buches, fournisseur poursuivi pour dettes, venu se cacher aux armées d’Allemagne, commis des bureaux de la guerre en Westphalie, commissaire des guerres, inspecteur aux revues, chef de division, conseiller d’Etat, intendant du trésor. Il avait tant dévoré d’affronts qu’il était parvenu à conserver sa place de chet de division du matériel. En faisant le chien couchant, il calculait qu’une chance pouvait amener le départ du Général Eblé; il calculait juste. L'administration de l’armée Westphalienne surpassait tout ce qu’on peut concevoir de plus mauvais en ce genre. On fit d’un certain chef de division de la guerre un intendant général. Après lui, venait tous les pillards aux ongles crochus, ils croyaient aussi bien que leur chef s’enrichir des dépouilles de la Russie » (Un témoin oculaire : Le royaume de Westphalie p. 32, 74, 202-3).
(55) Arch. Min. de Guerre, Kalisz 22 avril 1812, 8 corps, Subsistances N° 130. L’inspecteur aux revues, ordonnateur en chef du 8° corps, au Général Comte Vandamme.
(56) Idem, Kalisz, 22 avril 1812, à 5 h. du matin, 8 corps, N° 126, du même au même.
(57) Arch. Min. de Guerre, Rapport n° 108 à Vandamme.
damme, il avoue : « Ces ressources, je le crois, ne sont pas très grandes; mais je suis fondé à croire que le mal n’est pas à son comble. J’espère même que les agents que J'ai chargé les inspecteurs divisionnaires de mettre en campagne, parviendront à découvrir des denrées, sinon dans les cautionnements de l'armée, du moins à quelques lieues aux environs. La 1" division du convoi de biscuit arrive ici aujourd’hui; la 2° arrivera demain, la 3° après-demain. Il est nécessaire que je voie dans quel état sont le convoi et les chevaux de l’escadron du train. J’aurai soin de faire rapport à ce sujet à V. E. Je me porterai ensuite partout où je croirai que ma présence pourra contribuer à assurer les services » 58.
Le 22 encore, il répond à une lettre de Vandamme
« Je ne vois pas la pénurie dont me parle V. E. Pour la prévenir et la faire cesser autant que les circonstances et les ressources le permettent, 200 quintaux de seigle ont été envoyés hier à Sieradz. Aujourd'hui, l’on y dirigera 22 bœufs; demain matin à 6 heures, 2.000 rations de pain; après-demain 36 bœufs. Le même jour, 20 bœufs partiront pour Blasky, ainsi que 200 quintaux de seigle. Le Préfet qui m'avait promis bien positivement que le magasin de Widawa serait approvisionné pour l’arrivée des troupes, me donne encore sa parole qu’il le sera après-demain en vivres et fourrage. Mais comme je ne veux rien donner au hasard, jy envoie demain 8.000 rations de pain qui y arriveront après-demain sous l’escorte de la gendarmerie. En prévenant M. Bénard de cette disposition par lettre ci-jointe, que je prie V. E. de lui envoyer, je le charge de me faire connaître sans retard la situation des magasins, les moyens employés pour les approvisionner et les ressources du pays. V. E. remarquera que toutes ces expéditions se font des magasins de Kalisz qui bientôt peut-être vont se trouver épuisés. Alors, il ne nous restera plus que notre farine et nos biscuits qui nous serviront 8 jours, passé lesquels je ne sais ce que nous ferons, si les troupes ne peuvent subsister dans leurs arrondissements, et si les nouveaux cantons, sur lesquels le préfet vient de frapper des réquisitions et dont plusieurs sont éloignés de 40 lieues des magasins, ne nous apportent point de denrées. Le & corps a devant et derrière lui d’autres corps qui, éprouvant les mêmes besoins, ne viendront pas à
(68) Idem Kalisz, 22 avril, 5 h. du matin, n° 126, Dupleix à Van- «damme.
son secours. Si done, il ne peut subsister dans les positions qu’il occupe, je défie qui que ce soit de le préserver de la disette. Je prie V. E. d’être persuadée que je partage ses craintes et sa sollicitude et même, en ayant fait mon devoir, je m’estimerais le plus malheureux des hommes si les troupes de S. M. venaient à manquer de vivres » 5,
En somme, situation pas brillante, mais péril pas immédiat. L’ordonnateur paraît connaître son métier, faire ce qu’il peut, sans se faire trop d'illusions. Il est arrivé à Kalisz avant les troupes, et n’accompagne nullement le roi dans sa randonnée à Cracovie : si bien que, quelques jours après, la situation des subsistances paraîtra meilleure. Quant à Garezyñski, il fait « tous les efforts possibles pour procurer les subsistances aux armées »%. Si les activités conjuguées de Marchand, Vandamme, Dupleix et Garczynñski n’avaient pas abouti à une détente, c’est qu'il n’y aurait rien eu à faire.
Cependant « les chambellans, transformés en officiers d'ordonnance, trouvent les lits mauvais à Kalisz, la chère détestable, la saison et le climat affreux ». Et leurs plaintes parvenues à Cassel passent dans la correspondance de Reinhard à Bassano ft. On ne voit pas pourquoi ils eussent dû, moins que Gajewski, souffrir de l’hôtel Woœælfl.
Mais quelles sont les relations, entre Jérôme et les gouvernements polonais ? Il n'est pas que chef d'armée, il est roi de Westphalie; et le chef de l’armée polonaise l’ayant fait saluer, « le ministère ducal a eu pareïllement l’idée d’envoyer une députation ». Mais Jérôme a ordre de se terrer à Kalisz dans un strict incognito, et les autorités ne peuvent décemment faire un tel pas qu’au nom du Duc-Roiï qui du reste a déjà fait complimenter Jérôme : « Ces félicitations sans doute auront été faites au nom du Roi de Saxe et du Duc de Varsovie. Le ministère du Duché en se permettant l’envoi de députés en son propre nom ne blesserait-il pas la sensibilité de son souverain ? et il y a dans cette circonstance un motif particulier de délicatesse envers le Roi, qui a retenu le ministère. Les bruits populaires donnent un Roi à la Pologne. Tantôt, c’est S. M. le Roi de Naples, tantôt le Prince Vice-Roïi, tantôt S. M. le Roi de Westphalie et, dans ce moment-ci, cette
(59) Arch. Min. Guerre, Kalisz 22 avril, Dupleix à Vandamme n° 130. (60) Idem, Garczyñnski à Vandamme, Kalisz, 24 avril, n° 1244. (61) Arch. Min. Aff. Etr., F. W. n° 334, fol. 27-28. Cassel 24 avril,
Reinhard à Bassano.
dernière supposition est la plus répandue. Dans cet état de l'opinion, le Roi de Saxe n’aurait-il pas pu voir une démarche, non ordonnée par lui, du ministère ducal, une sorte de promptitude peu décente à saluer le soleil levant » Bref, le ministère demanda des ordres à Dresde 6 : tout ceci se fit même hors séance, car il n’en est pas fait mention dans les procès-verbaux du Conseil des ministres 5, non plus que de la réponse qui put être faite.
La lettre de Bignon à Maret annonçant que « l'opinion » …
attribue à Jérôme le trône de Pologne, et que ceci a assez d'importance pour gêner le ministère dans son désir de s’ac-
quitter de ses devoirs de politesse protocolaire, est du 20 avril. »
Le même jour une autre lettre du ministre de la justice Lubienski à son ami Breza, ministre secrétaire d'Etat donne à croire que l’entourage de Jérôme et que peut-être lui-même