‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 53 sur 97 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

a gagné dans mon esprit; ce n’est pas un homme supérieur eb beaucoup de choses qu’il n’a point acquises, lui manqueront encore longtemps: mais il a et acquiert de la mesure : il peut prendre de la maturité et il a des qualités d’un homme de bien. Il a la confiance du Roi sans avoir beaucoup d'influence, soit qu’il ne veuille pas user son crédit, soit que le Roi ait trop le sentiment de sa propre supériorité; mais il serait à désirer que tous ceux qui entourent ce monarque valusseni M. de Fürstenstein » *. Sans doute, Reinhard ne tardera pas à se ressaisir : moins de deux mois après, il nous apprend que! Fürstenstein, « avec de lesprit naturel, des formes agréables, un caractère facile, n’a pu et ne pourra jamais remplir les lacunes de son instruction. Le sentiment de son insuffisance 4 lui donne une réserve qui s’accorde assez bien avec le postew qu'il remplit. Son défaut le plus impardonnable est de dilapider son temps et. de n’en réserver aucun pour l'étude. L’äge et l'expérience pourront donner de l’aplomb à sa légereté; mais comme il n’a, ni n’acquiert aucune connaissance positive, qu'il est mal secondé, il commet des fautes, souvent, qui sont remarquées et notées par ceux à qui il a affaire. Hors les affaires de cour et celles de son département, son influence, ! on peut l’en croire, est à peu près nulle, et-même sous ces deux rapports, beaucoup de choses se font contre son gré ou à son insu. Cependant il est devenu nécessaire au Roi qui a pris avec lui une habitude d’intimité et qui presque littérale-k ment à besoin de sa présence pour s’endormir. M. de Fürs-« tenstein ne fait guère d'autre mal que de ne faire guère de bien. C’est un excellent favori, c’est un mauvais ministre »‘%5.M Si Champagny a rapproché ces deux dépêches, il a pu s’éton-* ner des variations de Reinhard autant que de celles de Fürs-w tenstein. En fait, c’est fort simple : nous sommes alors après” la réception par Jérôme de la mercuriale envoyée le 23 juillet" par l'Empereur, et, Brunswick-Oels venant de traverser im-* punément la Westphalie, on s'attend à un nouveau coup des foudre de Napoléon : c'est le moment d’assommer ce créole” intrigant qui joue au comte et au ministre allemand. Que Holzapfel ait emprunté presque mot pour mot à Reinhard ses appréciations sur Fürstenstein *, cela prouve peu au point de

D A MGR ee RARE EE ET re 2e

(92) Idem, tome 4, Reinhard à Champagny, Cassel 13 juin 1809, p. 240.

(93) Mémoires de Jérôme, t. 4, p. 213, 8 août 1809, Reinhard à Champagny.

(94) Hozzarrez, Das Kônigreich Westfalen, D 158:

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vue strictement objectif. Le Suisse souffrant d’un prurit d’ambition et d'indépendance qui s'appelle Benjamin Constant, amant fantasque et incurable de cette ennemie furieuse de Napoléon qui a nom Mme de Staël, dîne chez Fürstenstein et n’a pas un mot grincheux à son adresse %.

Jérôme eut-il dû se soucier d’avoir à la tête de ses relations extérieures un émule de Talleyrand ? Pourquoi faire ? À quoi cela eut-il abouti ? À quoi a servi à Murat d’avoir pour ministre le rusé Gallo qui, avec les Campochiaro, les Zurlo, les Maghalla, se précipite dans les fissures survenues dans les relations de Joachim avec Caroline ou avec Napoléon. travaillant à en faire des abîmes, et qui a assez d’entregens et assez peu de serupules pour jeter des ponts dangereux entre le roi de Naples et les ennemis de l’Empire français *%. Jérôme est bien mieux servi et mieux protégé contre tant de folies par la réputation de droiture et de loyauté de son ministre qu'il ne l’eut été par l’habileté d’un demi Talleyrand. La réserve que donne à Fürstenstein le sentiment de son insuffisance, ne l’engagera à donner à Jérôme que des conseils de prudence à Varsovie : le roi de Westphalie n’a pas besoin d'autre chose.

Près de Fürstenstein se tient le directeur du Cabinet du roi « le baron de Sorsum (chevalier Bruguière), secrétaire du Cabinet français, homme instruit et de talents qui a acquis l'habitude du travail dans les quartiers généraux de l’armée française où il a été précédemment employé ». Ses relations avec Jean de Müller, on l’a vu plus haut, permettent d'accepter comme ressemblant ce portrait. Sorsum a près de lui M. Tilleul, auditeur au Conseil d'Etat, placé sous ses ordres.

Un autre groupe de serviteurs de Jérôme, c’est celui que forment « le Gouverneur de Palais, Comte de la Ville-sur- Illon », « le Préfet du Palais M. de Boucheporn », « le Maitre de la Garde-robe, le chambellan Baron de Marinville ». Yakovlev souligne le fait que le premier est « marié à la Princesse de Hesse Philipsiadt » : ceci s’inscrira certainement à son actif, lors des présentations. Boucheporn est donné uniquement comme « frère du maréchal de la Cour » 7, que le Témoin oculaire définit « bon homme, mais fort vain, fort

(95) BENJAMIN ConsTANT, Journal intime, p. 181.

(96) EsPrrazier, Napoléon et le roi Murat, p. 134, 139,.144, p. 151, 155, 171, etc.

(97) Glavny Archiv : Novia diela, 4602.

inepte ». Le Témoin explique d’ailleurs pourquoi des médio- | crités sont aux côtés de Jérôme : « la famille Boucheporn avait, eu autrefois des relations avec celle de Bonaparte en Corse ».. L’inévitable clientèle corse s’est incrustée fortement chez Jérôme Bonaparte comme chez les autres membres de la fa-, mille. De Marinville, point de bien à dire : « à peu près de, l’âge de Jérôme, il appartenait à une famille aisée de Paris, | avait passé sa jeunesse dans les mauvais lieux et remplis-, sait auprès du roi l'emploi du conseiller Bonneau, portant le. mouchoir aux femmes de la cour, aux grisettes et faisant, même plus au besoin » %. Jakovlev s’est borné à dire de lui. « autrefois l’un des secrétaires du cabinet, français de nais-" sance ». Il fait pendant, en plus léger, à Rautenstrauch. | Ce groupe moins intéressant que le précédent, devait néan-. moins, grâce surtout à Ville-sur-Illon, faire, sur le moment, bonne impression.

Venaient alors le général de division Marchand, chef de. l’Etat-major de l’aile droite de la Grande Armée et ses ad-, joints les adjudants commandants Mériage et Pelet. Pour. Marchand, Jérôme saura que dire en le présentant : il tient. de son frère que si Marchand n’est pas maréchal, il en vaut” quatre; du reste il a eu dès longtemps sujet de s’informers de lui, ce général ayant reçu en dotation un domaine à Calbe (Westphalie) %. Mériage en 1809 venant de Jassy par la Ga-# licie est passé par Varsovie où il s’est entretenu, le 7 avril,” avec le Prince Joseph de la situation politique et militaire sur” les confins austro-russes 1, Vandamme n’est pas là; mais il y à le Général Chabert « français et capitaine général de la garde westphalienne qui passe pour un officier de mérite et” s’est distingué au service de la France dans les campagnes qu’il a faites en [italie et en Allemagne » 101 Il y a aussi, l’un des grands favoris, Meyronnet comte de Wellingerode, eapitaine général des Gardes, l’ancien enseigne parti sur l’Epervier avec Jérôme pour les Antilles qui, depuis lors, ne la jamais quitté sur les mers, en Silésie; que son aventure

(98) Témoin oculaire, Le royaume de Westphalie, p. 27, 96.

(99) KieinscHMipr, Geschichte des Kônigreiches Westfalen, p. 504 semble très fier qu’un tel homme aït dirigé l’armée Westphalienne. HozzaPpreL, Das Kônigreich Westphalen, p. 134 relève le nom de Marchand parmi les possessionnés.

; con SHARE du Prince Joseph Poniatowski avec la France,

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(101) Glavny Archiv : Novia diela, N° 4602.

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d'Halberstadt a déconsidéré au point de vue militaire et réduit au rôle de grand maréchal du Palais; que lincendie du château a trouvé malade et fait mettre en disgrâce 1°. L’auteur des mémoires de Jérôme le présente comme un homme « fort obligeant, cherchant toujours à rendre service et qui, sans être d’une haute portée, ne manquait ni d'esprit ni de bravoure ». Reinhard dit : « Distingué par des formes douces et aimables, éprouvé par le roi depuis huit ans, il passe pour se prévaloir de la confiance de $S. M. pour faire entendre des vérités que quelquefois d’autres n'oseraient dire » 1%, Le Témoin oculaire estime qu'il « mérite la faveur de Jérôme : ce n'était pas un génie, mais il avait de la bravoure et de l'esprit naturel; on ne recourut jamais en vain à son obligeance, il fit beaucoup de bonnes actions, par conséquent beaucoup d’ingrats ». Lui aussi s'était dès le début « trouvé impatronisé, on ne sait trop comment, dans la famille Bonaparte » 1%, Un favori, mais un ami sincère, malheureusement un malchanceux, par surcroit plus mal portant que jamais. Il ne commencera même pas la campagne et rentrera à Cassel le 6 juin « dans un état à peu près désespéré » 1%. Ce n’est pas lui qui poussera Jérôme dans la voie des fanfaronnades et des aventures.

Puis voici le colonel baron Borstel westphalien et le major Gautier, les chef et sous-chef de lEtat-major westphalien, et enfin la brillante suite des aides de camp, des officiers d’ordonance, des écuyers d'honneur. En tête des premiers, le Prince de Hesse Philipstadt, grand Chambellan de la cour, nommé colonel des chasseurs carabiniers pour sa fidélité lors de l’affaire Dôrnberg 15, le propre cousin du landgrave de Hesse, rallié de marque qui est là comme un témoignage parlant du prestige de Jérôme. Puis le Prince de Salm-Salm et le colonel Prince de Malsbourg qui a découvert la conspiration Dornberg, l’a révélée au roi aussitôt, assez profondément attaché à Jérôme pour lui reprocher, au risque de lui déplaire, ses prodigalités auxquelles il aurait pu avoir part « et peut-être y eut-il trouvé une excuse dans son peu de

(102) Mémoires de Jérôme, t. 105, 131, 380, 409, t. 2, p. 28, t. 5, p. 138: et 65.

(103) Mémoires de Jérôme, t. 3, p. 181, t. 4, p. 287. ; x

(104) Témoin oculaire (Un), Le royaume de Westphalie, p. 25.

(105) Archives Min. Affaires Etrangères, F W 1812, vol. 10, N° 344, Cassel 8 juin, Reinhard à Bassano.

(106) Mémoires de Jérôme, t. 3, p. 369.

fortune », — assez peu Hessois d’ancien régime pour faire « de l'Empereur son idole » 197. IL fait fonctions de grand écuyer : ni lui ni les autres aides de camp « n'ont encore eu l’occasion d'acquérir de réputation militaire » !%, mais leur attitude politique n'est-elle pas très parlante, éloquente même pour des Polonais bien informés de ce qu'ils sont.

Le groupe des officiers d'ordonnance, faisant fonctions de chambellans au Palais Brühl, était à peine moins décoratif il y a George de Lôwenstein-Wertheïm, « pauvre prince, pauvre mari et pauvre officier », mais dont la femme, la comtesse Ernestine de Puckler-Limbourg, dame du palais, et maîtresse de Jérôme « par beaucoup d’esprit de conduite, s'était faite une existence à part qui ressemblait un peu à celle d’une favorite en titre » 10. La comtesse est restée à Cassel, mais peut-être la verra-t-on en Pologne 1. Le comte d’Oberg, le baron de Bodenhausen, hanovriens, le baron de Schlicher, hollandais ont précédé tout le monde à Glogau 1! et doivent être connus.

Les écuyers d'honneur « placés dans des régiments.» sont là également. Ce ne sont pas des comparses quelconques : c’est le baron de Mohrenholz, fils du premier mari de Charlotte de Hardenberg dont Benjamin Constant est le troisième mari. Charlotte paraissait parfois à la cour de Jérôme où ses deux divorces et ses promenades à travers l’Europe à la poursuite de Benjamin Constant, fiancé récalcitrant entre les mains de Mme de Staël, avaient dû faire quelque bruit. Ce jeune homme près de Jérôme est le symbole d’un ralliement qui permet à une branche de la famille de Hardenberg de retrouver son équilibre moral. Le baron de Busche-Munch est un proche du ministre de Westphalie à Pétersbourg, le baron de Busche-Hennefeld. Le baron de Hammerstein est le frère cadet du général de Hammerstein qui a 200.000 francs de rente, est le chef de la famille la plus influente de Westphalie, et a gagné à Jérôme une grande partie de la noblesse 113,

Somme toute, suite assez imposante : des militaires fran-

(407) Idem, t3;.p.#369:

(108) Glawny Archiv, N° 4602.

(109) CHuquET (Arthur), Mémoires du Margrave de Bade, p. 12-:3.

(110) Arch. Min. Aff. Etr., F W tome 10, n° 63, fol. 127-198. Bulletin 30/VI 1812.

(111) KzescHminT, Geschichte des Kônigreichs Westfalen, p. 487.

(112) BENJAMIN CONSTANT, Journal intime, p. 155-180.

(113) Mémoires de Jérôme, tome 3, p. 283.

çais de valeur, de grands noms de vieilles familles allemandes, entre eux des Français ayant eu assez d’habileté pour devenir des agents de liaison solides entre la France et la Westphalie. Ensemble point disparate, composé d’éléments divers sans doute, mais entre lesquels il n’y a point de cloisons étanches, et dont tous sont sympathiquement attirés vers la personne de Jérôme, du chef, du roi, qui se présente bien ici comme roi de Westphalie et rien d'autre.

Cette double revue passée des deux côtés de la rampe, il ne reste plus qu'à donner ce lever de rideau qui fut court. Enfin, la porte s'ouvre; « le roi sort : svelte, élégant, très ressemblant à son frère, avec cependant un regard plus doux. Sa cour est apparue toute en broderie et aussi son écurie en tout cela, un grand air et beaucoup d’ordre. Il à passé en revue le personnel civil et militaire ». C’est donc une audience touie en présentaions, une suite de conversations entre Jérôme, Stanislas Potocki et chacune des personnes qu’ils se présentent. Ni avant, ni après ces présentations, Niemcewicz qui est là, ne fait mention d'aucun discours : ce jeune roi, susceptible d'intempérances de langage, a su s’abstenir. Puis « après un léger salut, il est rentré dans ses appartements ». Niemcewiez est favorablement impressionné par la personne de Jérôme, par la tenue de son entourage; mais plus son impression est heureuse et plus il eut voulu voir Jérôme s'engager, se livrer, jouter avec ses partenaires polonais. Jérôme a trop été un Napoléon; il a passé une revue et posé sans doute des questions, mais on n’a pu lui en poser, ni par suite deviner dans quel but l'Empereur l’a envoyé à Varsovie ? Quelles sont ses idées personnelles à ce sujet ? Y aura-t-il un roi de Pologne ? Est-ce lui ? Pourquoi a-t-il avec lui, outre un état-major, des chambellans et surtout son ministre des relations extérieures ? Niemcewiez est charmé et déçu. Jérôme s’est arrangé pour supprimer toutes les difficultés que comportait sa situation : c’est vraiment trop commode; « en somme, c'est assez facile d'apprendre à représenter » 114, À son point de vue polonais, Niemcewicz a cent fois raison, mais Jérôme, à son point de vue personnel et au point de vue français, a agi avec tact et prudence. On ne fait pas de déclarations à l’étranger, — même quand on est chargé d’en faire, ce qui ne paraît pas avoir été son cas, — quand on

(114) Niemcewicz, Pamietuiki, t. 1°, p. 312.

ne connaît pas encore le milieu dans lequel on doit évoluer. Il devait prendre son rôle par le côté facile : en face des vieux routiers de la politique qu'il avait devant lui et dont beaucoup avaient juré fidélité aux gouvernements les plus et les moins nationaux, quel jeu de dupes c’eût été, de faire des promesses ou même d'émettre des espoirs qu'on eut appelés promesses, quand il ne pouvait exiger de ces personnes aucun engagement, encore que leurs engagements fussent de si faible valeur ! Ou le roi a agi de lui-même très politiquement et il faut l’en féliciter, ou c’est Fürstenstein et Wellingerode qui lui ont conseillé d'agir ainsi et ils ont prouvé par là qu'ils n'étaient pas des sots. Bignon l’a sûrement guidé et l’Em-

pereur lui avait sans doute fait ses recommandations à Paris :

mais alors il s’est laissé docilemnt dirigé, comprenant qu’il le fallait; en face de cet imposant concours de personnages venus pour le saluer, il n’a pas été victime du vertige des grandeurs, et c’est déjà un grand point. Jérôme a donc bien mérité de Napoléon en une telle journée qui eut pu être fatale avec un Murat.

Jérôme 2 d’ailleurs ouvert une porte aimable dans le mur un peu froid de sa réception officielle : « le même jour, il a prié à dîner chez lui à six heures le Président du Conseil Stanislas Potocki et le Prince Poniatowski. Ils ont mangé à trois seulement. Le jeune roi a parlé de tout et bien et sensément ». On est de plus en plus surpris, quand on a vu Masson si persuadé qu’il avait affaire à un écervelé. Ainsi Jérôme s’est épanché au sujet de la Pologne dans une conversation toute intime avec le Président du Conseil et le Ministre de la Guerre. Il était là plus à l’aise, tout en sachant que ses propos passeraient ensuite de bouche en bouche : il n’a pas cherché à déchaïîner l'enthousiasme, il s’est contenté de plaire à ses hôtes, à ces deux oracles, en parlant « bien et sensément »

ceci en l'absence de tout guide, même de Fürstenstein. Et qui.

dit cela ? Niemcewiez dont la peu bienveillante sévérité a poursuivi le roi de Kalisz à Hélénôw en passant par Wolborz et Ujazd. C’est curieux.

À la vérité, Niemcewicz qui n’a pas été long à savoir les choses, a encore des regrets à exprimer : « on n’a pas parlé cependant de notre misère, des oppressions subies par nous, des délits commis par les troupes de passage »115, Cest

(115) Niemcewicz, Pamietniki, t. LP HJ 12:

croyable et regrettable. Mais qui eut pu aborder ce sujet ? Jérôme n'avait là dessus que des notions fragmentaires — celles concernant les Westphaliens et pas toutes : on lui cachait ce qu’on pouvait. — Potocki avait en mains tous les éléments, c’est à lui que va le reproche : mais il s’est dit que le jour était mal choisi pour des récriminations, qu’il fallait d'abord établir des relations cordiales; que, cela fait, les questions épineuses pourraient être abordées et tranchées sans peine. Ce Polonais de haute marque était avant tout un homme d’infiniment de tact.

La question des approvisionnements pourtant n'est pas de celles dont on peut remettre à plus tard la solution. Or, nous prenons cette fois Dupleix en faute : il a voulu voir peut-être Varsovie et les premières réceptions. Il reçoit le 4 de Vandamme cette letire : « Je suis étonné de ne point vous voir encore arriver ici et ne puis deviner pour quels motifs vous tenez consiamment à rester en arrière. Ce n’est cependant - point là que vous parviendrez à assurer les subsistances de l’armée. Vous donnez des ordres, mais je vous le répète, ce n'est point par correspondance qu’il est possible de sortir aujourd’hui du pas difficile où nous nous trouvons. C’est en avant que vous devez être, en Galicie, sur tous les points qui peuvent présenter quelques resources, que vous devez vous transporter et faire agir par &@es employés sûrs dont l’intelligence et l’activité vous soient connues. Toute l’administration reste tranquille au moment où nous sommes dans les transes les plus cruelles. Généraux et officiers font le métier des administrateurs et ce n’est que par des mesures illégales et souvent peu certaines qu’ils cherchent à nourrir leurs troupes. Je serais fâché de faire sentir mon autorité à l’aäministration, mais je serai contraint de sévir, si désormais le service n’est pas mieux assuré ». Vandamme conceluait en disant que, les autorités locales promettant sans cesse et ne tenant pas leurs promesses, il ne répondait plus des troupes, si on les laissait sans vivres 6,

D'autre part, l'état-major ne chôme pas, même en ce jour de grande réception. Jérôme tient à préparer un prochain mouvement en avant. Marchand prescrit le 4 à Vandamme « D'après les ordres de S. M. le roi de Westphalie, vous vou-

(116) Du Casse, Le général Vandamme et sa correspondance, t. 2, p. 356-7.

: — 404 — drez bien porter la cavalerie du 8 corps sur la rive gauche ©? de la Vistule à six milles en avant de ce fleuve et la placer de manière à ce qu’elle couvre le front de vos deux divisions d'infanterie. Cette disposition n’aura lieu qu'après la construction des ponts sur la Vistule entre Varsovie et Pulawy ».. Cette lettre se croise avec une lettre de Vandamme au Roi, prévoyant la même éventualité, lettre suivie d’une autre sur le même sujet au Major général. Nous y apprenons que dans le 8 corps, « il n’existe que 100 cartouches par homme et 200 coups par pièce. Il manquerait 6.000.000 de cartouches et 15.200 coups en comptant sur 20.000 hommes y compris la brigade qui vient de Dantzig et 38 bouches à feu, en calculant qu'il faut 400 cartouches par homme dont 200 dans la giberne et à la suite de l’armée et 200 dans les dépôts à l’arrière, 600 coups par bouche à feu dont 200 aux pièces, 200 au pare de réserve et200 aux dépôts ». En faisant connaître cette situation au Roi, Vandamme a prié S. M. de prendre les mesures qu'elle jugerait convenables pour compléter notre approvisionnement auquel il serait plus difficile de pourvoir, si nous sommes destinés à avancer davantage H$.

Le même jour Marchand enjoint semblablement à Reynier.” « D’après les ordres de $S. M. vous voudrez bien porter votre cavalerie sur la Wieprz de manière à couvrir le front de vos divisions d'infanterie. Vous établirez des communications avec le Général qui commande à Zamosc et avec la cavalerie du 8° corps qui se trouve à votre gauche. Vous devez également vous mettre en communication avec le Général qui commande l’extrême-gauche de l’armée autrichienne. L’officier porteur de cette letire ne vous la remettra qu'après son retour du quartier général de Lemberg où il a été envoyé. Vous pourrez prendre de lui tous les renseignements qui vous paraîtront nécessaires tant sur cette armée que sur le pays qu'il aura traversé et sur l’établissement de vos communications. Votre cavalerie ne commencera son mouvement qu'après la construction des ponis sur la Vistule entre Varsovie et Pulawy “. Puis, ayant reçu de Reynier un rapport qu’il soumet au Roi, Marchand écrit le matin du 8 au même Reynier (117) Marchand a sans doute voulu dire : rive droite. (118) Archives du Min. de la Guerre, Au Q. G. à Varsovie, le 4 mai

1812, Marchand à Vandamme; Wolhorz 4 mai, Vandam: B Alex. Bertier P-ce de Neuchâtel. d MR ee

à (119) Arch. Min. Guerre, Au Q. G. à Varsovie, 4 mai 1812 Marchand à Reynier. é

« J'ai fait part au roi des dispositions que vous avez prises tant pour l'emplacement de votre corps d'armée que pour assurer sa subsistance et protéger l’arrivage du convoi destiné pour Varsovie. $S. M. a été très satisfaite des moyens que vous employez pour tous ces objets. Je ne saurais trop vous recommander de penser à Varsovie qui ne peut tirer des vivres que par la Vistule. Les fourrages sont au moment de manquer entièrement. Je vous prie de donner des ordres sévères pour qu’on respecte absolument les convois qui seront destinés pour cette ville, d'autant que nous avons 12.000 chevaux à nourrir. Le Général Allix à reçu ordre d'établir 4 ponts sur la Vistule dont 2 sur le front de votre corps d'armée; donnez des ordres pour que les ouvriers pontonniers soient mis à sa disposition » 120.

Mais c’est peu de commander aux Westphaliens et aux Saxons; le moment est venu d'exercer coram populo le com- -mandement qui a été donné à Jérôme en Pologne sur les Polonais et rendu officiel et public par les ordres du jour des 3 et 4 mai; ce même mardi 5, le chef de l’aile droite de la Grande Armée se rend à une heure de laprès-midi dans la plaine de Wola pour y passer en revue une division polonaise : trois régiments d'infanterie, 2 de cavalerie et de l’artillerie 1. Coïncidence curieuse : c’est dans cette plaine entre Wola et Powazki que se faisaient jadis les élections des rois au milieu d’un appareil non moins guerrier qu'électoral. Sans coute, bien des gens virent dans le choix de ce lieu une muette, mais très parlante suggestion; beaucoup d’autres, sans supposer la chose faite avec intention, ne purent néanmoins s'empêcher d'évoquer, à ce propos, ces souvenirs historiques. De fait, la région située à gauche de la Vistule et ou nord-ouest de Varsovie, ayant été assignée par l'Empereur à l’armée du Duché, on ne pouvait guère près de Varsovie la faire manœuvrer qu'à Wola. Quoi qu’il en soit, l’endroit donnait à cette solennité militaire un incontesiable cachet. De plus, cette journée de printemps étant belle, le public y vint en masse pour voir les troupes (Division Zajaczek) et le roi on y vit même de grandes dames, la Comtesse Zamojska 122 et

(120) Arch. Min. Guerre, Varsovie, 5 mai, Marchand à Reynier, (121) Nremcewicz (Pamietniki, t. 1, p. 313) dit 2 régts d’infanterie; il

ressort du récit de Brazkowskr (Pamietniki starego Zolnierza 1805-1814,

Gebethner 1903, 500 p. in-8°, p. 206-8) qu’il y en avait trois. (122) Zamogska (Zofia z Czartoryskich), Pamietniki (Kronika Rodrinna

n° 22, 15 listopada 1887, p. 673-746), p. 714.

vraisemblablement aussi sa sœur, son inséparable Marie de

Wurtemberg, l’ex-tante par alliance de Jérôme.

Le roi fit exécuter aux troupes « des évolutions de sa composition » dit Niemcewicz, qui, faites pour la première fois « ne furent pas très réussies comme on peut s’en douter ». Très bluffeur, ce jeune général. Du reste, « il passa dans les rangs sans rien dire; mais, par l'allure et les gestes, il copiait son frère ». Les choses se passèrent tout autrement le capitaine Antoine Bialkowski nous apprend que le 12 régiment qui est le sien, le 8 et le 3° furent passés en revue par Jérôme après quelques exercices. Le roi ordonna au 3 « de faire face à droite par compagnie, puis de serrer à demi les intervalles et enfin de se former en carré » 1%. Biatkowski trouve la manœuvre facile, mais constate que les unités se trouvèrent tellement confondues que le régiment n'était plus qu’une masse incapable de manœuvre et que les officiers durent reprendre les hommes un à un pour les remettre en ligne. Non seulement le roi manifesta son mécontentement, mais le publie se mit à crier aux hommes : « Faïinéants, galafres ! Qu'est-ce que le pays à à attendre de vous, quand, n'étant pas encore devant l’ennemi, vous vous embrouillez à ce point ? Tant d'efforts et de sacrifices qu’on fait pour vous ! Vous nous

faites honte ». Et plus tard quand on rencontrait en viile des.

officiers de ce régiment, ils étaient l’objet des critiques des passanis.

La même manœuvre exécutée par le 8 fut supérieurement réussie. Quelques autres corps méritèrent également l’approbaiion du roi et les applaudissements de la foule. Le 12% marcha sur une seule ligne formée des trois bataillons, baïonnette au canon au pas de charge et s'arrêta net en un alignement parfait. Jérôme les forma ensuite en colonnes d’attaque, leur fit exécuter des feux de compagnie. Chaque fois, il exprimait plus hautement sa satisfaction. Enfin, il appela le colonel Weissenhoff et l’embrassa cordialement aux applaudissements du public qui, entourant le 12% d'infanterie, le remerciait au nom de la ville et du pays. Une semaine après, Weyssenhoff était promu chef d'état-major de Zajaczek 1°. En somme, Jérôme s’est bien acquitté de sa tâche : l’inter-

(123) Brarkowski, Pamietniki starego Zolnierza, p. 206-208, (122) WeyssexHorr (General Jan) Pamietniki, Varsovie, Gebethner et Wolff 1904, 251-V p. in-12, p. 136 et note.

prétation que donne de ses actes Niemcewicz n’en est que plus symptomatique.

Il faut d’ailleurs constater que l’aile droite n'est pas une fiction, que Jérôme et Marchand s'efforcent d’en faire une entité et la tiennent en haleine. La grande plaie de la situation, c’est la difficulté des approvisionnements. La solution est une question de délimitation des pouvoirs des administrateurs militaires, et de délimitation des zones territoriales où les divers corps ou services doivent puiser leurs ressources. Dans une région où les réserves alimentaires sont si restreintes, où une si grande partie échappe en fait aux réquisitions, tout chevauchement d’atiributions ou de circonscriptions aboutit à une catastrophe locale dont le retentissement est douloureux. Or, ces chevauchements vont être formidables.

Bepuis le 6 avril il y a à Varsovie un ordonnateur fran- Ççais, Trousset, chargé de faire tenir prêtes à tout instant 4.500.000 rations de farine et 600.000 rations de pain, chargé de recueilir tous les renseignements relatifs aux subsistances, fourrages, moyens de transport, de surveiller la bonne qualité des fournitures, de prendre les mesures que sa prévoyance . pourra lui suggérer. Le 9 avril, nous le voyons collaborer avec le Prince Joseph à l’organisation du 14 bataillon du train des équipages et acheter des chevaux dans ce but : il a reçu de Davout 430.000 frs tant pour sa formation que pour celle du 16° qui sera rattaché à Danzig 1%. C'est là sans douté une question de transports; mais organiser à Varsovie le 16° bataillon pour Dantzig c’est perdre du temps et des ressources. Le 12 avril, Trousset met en mouvement les Généraux Poniatowski et Hebdowski pour savoir « où en est le complètement en hommes et en chevaux des divers corps polonais d’après les augmentations convenues avec l'Empereur et dont la levée se fait pour le compte et aux frais de S. M. et presser cette levée par tous les moyens propres à en accélérer le complément » 1%, Ceci est nettement en dehors des atributions de Trousset : et c’est si vrai qu’un commissaire des guerres envoyé spécialement pour surveiller l’application de la conven-

(125) Archiwum gtôowne Akt dawnych, X. W, 296, Revues et intendance générale de la Grande Armée des années 1807, 1812, 1813 : 420 pièces, fol. 15. Berlin 9 avril 1812, Dumas à Poniatowski.

(126) Archiwum glowne Akt dawnych, X. W. 453, Rozkazy dzienne, folio 252, n° 353. Ministre de la guerre à Gal Hebdowski.

tion du 23 février 27 entre la France et le roi de Saxe, est à Varsovie. Ce commissaire, Genet, est en liaison avec Hebdowski : il se rend sur place dans les régiments *$. Trousset disperse son activité sans raison : pendant ce temps, il se fait dans le rayen confié à ses soins des approvisionnements considérables qui vont arrêter les siens et contre lesquels il eut dû protester. Il ne se pouvait guère que Dupleix ne vint pas à Varsovie et au Q. G. de l’aile droite pour se rendre Compte de l’ensemble de la question approvisionnement; mais ceci fait, il devait dans les vingt-quatre heures rejoindre Vandamme.

À ce moment où la situation alimentaire de Varsovie est si médiocre, le ministre de l'intérieur, £Euszezewski, saisit le Conseil de la nécessité de subvenir aux frais d’entretien de la Cour de S. M. le roi de Westphalie, des généraux Marchand et autres : il est décidé que la charge doit retomber sur la ville et qu’on y doit satisfaire « par une contribution modérée sur les habitants tant propriétaires que locataires en vue de l’entretien du Q. G. des troupes alliées à Varsovie 1. . C'était une faute : la taxe eut dû peser sur les commerçants qui seuls profitaient de la présence des troupes et de la cour, alors que la cherté de la vie due à cet afflux de monde était déjà pénible aux locataires et aux propriétaires.

Aussi, au moment où Jérôme est acclamé à Wola, la ville est « toute en plaintes au sujet de l'entretien de la cour ». Les esprits étaient montés : une même nouvelle arrivée de la province par plusieurs voies se transforme en une série de faits distincts : « sans cesse parviennent des informations au sujet des pillages et violences commises par l’armée westphalienne. Partout on force, on emporte : à Nieborow, on a batonné l’économe ct le maréchal (intendant). Le Général Vandamme, célèbre par ses exactions, autorise toute espèce de méfaits » 10, Ostrowski s’en prend aussi à Vandamme « fameux par son goût pour le pillage », à « toute la racaille armée » qui est passée par Ujazd et y a « laissé des traces encore visibles de son brigandage ». Mais il parle de troupes arrivées là avant Jérôme, fait de Vandamme le commandant

(27) Pour cette convention, voir Margueron, Ca : tome IV, p. 276-277. re ampagne de Russie,

(28) Archiwum gtôwne Akt dawnych, X. W. 453, folio 250, Ministre de la Guerre à Général Hebdowski, 11 avril et folio 263, id. 24 avril.

(129) Archiwum Akt Dawnych, Protokél Rady Ministr, 359 sé 5 mai 1812, folio 191 verso. É “ Ka SEAACS

(130) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 313.

des Saxons et s'étend en général « sur la fanfaronnade, l’insolence et les exigences des troupes allemandes qui ont fait plus de mal que des troupes ennemies » 181, S'agit-il là du 8° ou du 7° corps : c’est difficile à dire. Pour le moment, c’est Vandamme qu’on incrimine, en attendant Jérôme, à défaut de Napoléon.

Un second conseil des ministres eut lieu l’après-midi : le ministre de la police, Sobolewski, proposa d’abatire des bœufs du pare de réserve pour hâter les distributions de viande. Le Prince Joseph s’y opposa, vu la nécesité de conserver pour les troupes en marche une réserve de 20 jours de vivres. On charge £Luszczewski de faire distribuer, dès le lendemain, ja viande et l’eau-de-vie disponibles aux troupes polonaises. Le reste de la séance se passe à chercher les moyens d’approvisionner les troupes tant polonaises qu'étrangères. L’on fait un tableau effrayant de la dévastation, de la misère; on trouve invraisemblable que l’on puisse entretenir, dans le pays et par ses moyens, des troupes si nombreuses, surtout en <avalerie, le fourrage manquant » #?,

De fait, il eut fallu un dictateur puissant, Napoléon ou Davout, pour arrêter la mainmise par des intrus sur les approvisionnements en aval et en amont de Varsovie. Le 17 avril, le Général-major et conseiller intime prussien Comte Lothum écrit à l’Intendant Général Comte Dumas : « Pour effectuer les versements qui doivent avoir lieu dans les magasins de Thorn et de Modlin, des achats considérables ont été faits dans le Duché; cependant d’après les avis que j’en ai reçus, il y a lieu de craindre que le Gouvernement du Duché ne s'oppose au transfert de cés Provisions et ne les comprenne sous le séquestre général qu’il a mis sur toutes les denrées : une prohibition de ce genre mettrait le gouvernement prussien dans l'impossibilité de remplir ses engagements. Je n’ai pas besoin de vous faire observer que l'obligation de fournir les magasins français en pays étranger, suppose nécessairement (la faculté de pouvoir faire ces achats dans ces mêmes pays. Cette opération loin de pouvoir être comprise dans les défenses d’exportations, se borne à un commerce jusqu'ici très ticite dans l’intérieur et ne peut que tourner à l’avantage du Duché de Varsovie, vu que l'établissement des magasins effectué par

(131) Zywot Tomasza Ostrowskiego, t. 2, p. 184-187. (132) Protokél Rady Ministrôw, séance extraordinaire 360°, 5 mai soir.

notre intervention, lui épargne la nécessité de remplir ces

mêmes magasins. J'ose prier V. E. de vouloir bien obtenir du Gouvernement du Duché qu'aucun obstacle ne soit porté aux versements des Provisions destinées pour les magasins de Thorn et de Modlin qui sans cela ne pourraient être pourvus dans les termes et les quantités dont on est convenu » 1%. La convention du 24 février avec la Prusse est muette sur la faculté de faire dans le Duché les achats de la Prusse, mais le Duché ayant été réparti par l'Empereur en zones dont chacune était affectée à l’approvisionnement d'un corps de la Grande Armée, Dumas aurait dû depuis longtemps prévenir Lothum d’avoir à éviter d'opérer ses achats en Pologne. Si ce général avait résisté, il n’y avait qu’à donner aux articles 8 et 9 de la convention une extension assez grande pour procéder en Prusse même d'office à ces achats 14,

Au lieu de cela, Dumas très galamment transmet au Prince Joseph la lettre de Lothum, et ajoute à son plaidoyer : « Je regretterais beaucoup que V. E. fût dans l’impossibilité d'accéder à la demande de M. de Lothum » 1%. Il fait cela, dès le 18, et récidive le 24, en notant que « les sieurs Meyer et Wolff qui se sont engagés à verser dans les magasins de l’armée à Modlin et Thorn les denrées achetées dans le duché

de Varsovie pour le compte du gouvernement prussien, crai-

gnent que les défenses qui existent dans le duché de Varsovie el les mesures auxquelles ce gouvernement pourrait se porter, ne les mettent dans l'impossibilité de satisfaire à leurs engagements » 1%, Le bruit à couru, et peut-être n’était-il pas sans fondement que les agents prussiens ne se bornaïent pas à acheter des denrées pour Thorn et Modkin, mais en ramenaient en Prusse. Pourtant le Gouvernement du Duché cède, le Prince Joseph l’écrit à Dumas qui s’empresse de le remercier en lui donnant cette assurance : « Je prendrai toutes les précautions qui dépendent de moi pour qu’on ne puisse en aucune manière abuser de la faculté accordée aux agents Prussiens chargés des fournitures des denrées destinées à l’approvisionnement de la Grande Armée » #7, Le Prince Jo-

(133) Archiwum Gtôwne Akt dawnych, X. W. n° 296, Revues et intendance générale, pièce 23, copie. Berlin 17 avril.

(134) MARGUERON, Campagne de Russie, t. IV, p. 272.

(135) Archiwum Gtôwne Akt dawnych, X. W. 296, n° 22.

(136) Idem, n° 32, 1% mai.

(137) Archiwum gtôéwne Akt dawnych, X. W. 296, n° 32, 1* mai.

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