HEURES
de nous est exempt de ces goûts, la blâme. Je reconnais humblement que je ne m’en sens pas capable » *?. Qu'on accepte ou non ce jugement porté sur l'amie du Prince Joseph, il faut avouer qu'il est d’une personne étroitement liée à Mme de Vauban. D'autre part, Mme Trembicka remarque : « Les vétérans féminins de cette espèce de cour ont.porté jusqu’au dernier instant un caractère de commérage, d’intrigue, de fausseté qui faisait mal. Ma chère, tout le monde porte un masque à la Blacha, disaient les dames habituées à ce genre. Et à force d'en recouvrir une physionomie peut-être honteuse d'elle-même, elles en bannirent toute vérité d'expression » 20. Jérôme n'est guère accoutumé à jouer avec des femmes de cette force.
Le 44 avril, l'Inspecteur général du service de santé, Lafontaine, avait publié dans la Gazette de Varsovie l’appel suivant : « On manque de charpie et de bandages, c’est à moi qu'incombe le devoir d’avoir recours à toi, beau sexe, au nom de vos dignes fils ei frères ! pour que vous fournissiez ces choses au plus vite, convaincues que de véritables Polonaises sont toujours prêtes à rivaliser pour apporter de l’adoucissement à leurs maux ». Le 12 mai, la Gazette insère cette note : « Le 8 régiment d'infanterie ayant reçu de Mme Ia Comtesse de Vauban 1.500 bandages, de la charpie et de l’amadou, lui adresse publiquement ses remerciements ».224 Le 8° est un des régiments félicités par Jérôme. Mme de Vauban fait de la charpie avee ses nymphes et rappelle son existence.
Jérôme a-t-il fait une visite quelconque à la vieille dame avant le 6 mai ou après ? S'il ne l’a pas fait, elle a dû avoir une sérieuse crise de nerfs, et ceci a dû contribuer au « schisme » dans une large mesure. S’il lui avait rendu les hommages auxquels elle tient tant, tout l'élément féminin se serait rué sur ses ordres au Palais Brühl. Mais l'on voit que Jérôme s’est adressé à Madame Stanislas Potocka, à la femme du Président du Conseil : du moins Mme Nakwaska prétend que c’est Mme Stanislas qui invite les dames à faire visite au roi. C'est très protocolaire : Mme Chodkiewiez, femme du Commandant de place, Mme Nakwaska femme du préfet, Mme la Princesse Sa-
(202) Nacxwaska, Wyjatki z Pamietnikow, Gazeta Warsz. 1852, n° 213, 214, 205.
(203 TremBickxa, Mémoires d’une Polonaise, t. 2, p. 38.
(204) Gazeta Warszawska, 1812, 2 supplément au n° 30, p. 582 et supplément au n° 38, p. 675.
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pieha femme d’un chambellan de l'Empereur, 2% Mme Sulkowska femme d’un général. A noter que, le 9, Jérôme dinera à Jablonna avec Joseph dans son chateau à 15 kilomètres de Varsovie 26, Pourquoi pas Pod Blacha ? Parce qu’une demeure champêtre est plus agréable : en tout cas Mme de Vauban n'était pas présente.
Dans la maison du Président du Conseil, il n’y a pas que Mme Stanislas; il y a aussi leur belle fille, Mme Alexandre Potocka, née Annette Tyszkiewiez, l’auteur des Mémoires connus. La comtesse Anna Potocka à alors 35 ou 36 ans : petite, un peu bossue, ses traits masculins, ses sourcils épais, son front bas ne permettent pas d’abord de croire qu’elle ait fait tant de conquêtes. Mais les lèvres rient, le teint est frais, le regard pénétrant, gai, tendre parfois. Elle manie avec dextérité une arme à deux tranchants, l'esprit, dont elle accable ses rivales et leurs adorateurs; n’épargne personne, se fait une foule d’ennemis. Très versée dans toutes les littératures, mais ne connaissant de langue étrangère que le français, elle a le goût des arts, ne peint pas mal et se montre à Natoline architecte et ingénieur paysagiste. Très économe en attendant de devenir avare, elle a pour excuse d’avoir un mari sybarite, égoïste et ladre, des beaux parents qui reçoivent tout Varsovie, et chez lesquels elle peut tenir son « bureau d'esprit » pour leur plaisir et à leur grand honneur ».27 Mme de Vauban l’ayant engagée dans sa troupe d'amateurs, tout ce qui est spectacle, l’attire. Elle est l’âme de toutes les soirées : c’est beaucoup à cause d’eile que le salon des Potocki est si fréquenté. 28 Elle s’entend à corser les réunions par des tableaux vivants où elle joue un des rôles marquants, et que l’on reproduit ensuite ailleurs. Spectacles suggestifs : un jour elle est femme arabe, un autre la bacchante couchée, tenant une grappe et qu’épie, parmi les fleurs, un satyre.20°
Elle a un mari, épousé sans amour, et qui ne prend intérêt à rien de ce qui le fait sortir de ses occupations habituelles.21° Tête vide, privé de dons intellectuels, avare et fier,
(205) Skxazxowskir (Adam), Z nieogtoszonych listoéw, not i dekretôw Napoleona (Kwartalnik historyczny 1910, p. 559, Décret de Dresde, 22 juillet 1807.
(206) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 315.
(207) Fazxowski, Obrazy z zycia, t. 1, p. 122, 154-156.
(208) NaxwasxA, Wyjatki z Pamietnikow, Gazeta Warsz. 1852, n° 207.
(209) Demsowsri, Moje Wspomnienia, t. 1, p. 341, 343.
{210) Porocxa (Ctesse), Mémoires, p. 50-51, 184-5. æ
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son ambition est d’être écuyer du futur roi de Pologne. $a grande passivité amène sa femme à vivre sans lui et aboutira à un divoree.211 Il a fait la guerre en 1807 et s'apprête à la recommencer. « Je m'attends, écrit le général Vincent Krasinski à sa femme à le voir se plaindre d’un mal de tête ou de cœur comme dans la campagne de 1807. »?1? En somme, tout le contraire d’un aigle. Le vif tempérament de sa femme, à laquelle il donne volontiers la clef des champs, attirant sur elle tous les regards, elle dût avoir des adorateurs.
Murat échoua, par excès de confiance en son prestige de bel homme, d'écuyer incomparable, de maréchal et prince de l'Empire, de tombeur de Prussiens, et aussi parce qu’alors s’établissait entre elle et Charles de Flahaut, fils de Mme de Souza et de Talleyrand 218 une sorte d'intimité ». « J’oubliais, dira la Comtesse Anne Potocka, et ce fut le plus grand de mes torts qu’une jeune femme ne doit avoir d'autre confident et d'autre ami que son mari. Mais aussi pourquoi le mien ne m'en faisait-il pas souvenir ? » Ce mari la laissa aller à Paris. Là elle fit visite à Mme de Souza : « Je fus choquée, notet-elle, d’une sorte d'intimité qu’elle voulut, dès le 1* jour établir entre nous trois. Elle avait de la fatuité pour son fils. On lui eut pardonné de l’orgueil. Mais la présomption avec laquelle elle semblait présager ses suecès n’était pas de bon goût. : nous nous quittâmes assez peu satisfaites l’une de l’autre ». Mais alors pourquoi ne rompt-elle pas ? C’est tout le contraire qui se passe : elle revient déjeuner chez Mme de Souza avec la Bédoyère et maintes fois avec l'abbé Morellet *#, savourant « le charme d’une affection pleine de mystère qui colorait les plus simples actions de ma vie. Ce court espace de temps resté dans mes souvenirs comme le plus heureux de ma longue carrière, que n’a-t-il pas duré ? » Mme de Souza la conduit chez une « magicienne » qui lui annonce : « Quelques mois après votre retour dans votre pays, vous deviendrez grosse ». Elle donna naissance à son fils Maurice en janvier 4812; d’ailleurs nous ignorons la date de son dé-
(211) Gasewski, Pamietniki, t. 1°", p. 200,
(212) Bibliothèque Krasinskich : Section des Archives n° 4380. Correspondance du Général Vincent Krasinski 1812, fol. 25, Opserat 22 juin.
(213) BouLancer (Marcel), Le duc de Morny, prince français. Paris, Hachette 1925, 247 p. in-8°, p. 9.
(214) Fort avancé en Âge, il parlait peu, ne venait diner que pour satisfaire un appétit féroce; après le diner il faisait la sieste, ronflait pendant une bonne heure (Potocka : Mémoires, p. 249).
part de Paris. « Charles » est-il pour quelque chose, lui qui était si beau, dans la naissance de cet enfant qui fut « beau » ? Elle a commis bien des erreurs chronologiques, même au sujet des événements les plus saillants de son existence. Justifions là des soupçons qu’elle semble se plaire à faire tomber sur elle-même, en reconnaissant qu’elle aime à risquer sa réputation au bord des abîmes (215, 216, 217),
Le Prince Joseph l'avait aussi attirée Pod Blacha : « il en perd, dit-on, le boire et le manger » écrit la Comtesse Krasinska; et l’intéressée reconnaît que le Prince avait pour elle « un sentiment plus tendre que l’amitié » 8, Pendant son voyage de Vienne à Paris, elle affola Pimagination du pauvre vieux M. de Narbonne, iout cela pour ne le payer que d’un « rire inextinguible ». On s’imagina même à Saint-Cloud que Napoléon, quoique nouvellement marié, pensait à elle 21°. Après 1815, le Prince Serge Galitsine s’étant un jour assis très près d’elle, elle lui dit : « Monsieur, éloignez votre fauteuil; vous me causez des maux de cœur : tout Russe sent le musc ou le goudron ». Et le prince de répondre : « El paraît, Madame, que vous les avez flairés de bien près » 22%, Divorcée,
elle se remariera avec ce Dunin Wasowiez qui attaché au Ca-
binet de l'Empereur?! avait ramené Napoléon en traîneau d'Oszmiana à Varsovie : elle-même étant fort riche et Wasowicz n'ayant rien que sa jeunesse, ce fut par patriotisme qu'elle fit ce mariage. Gajewski ajoute « qu’on pourrait beaucoup dire encore sur cette dame dont les mœurs s’inspiraient de l’époque de Stanislas-Auguste » 222.
Jérôme n’a pu échapper aux coups de langue dont, par précaution, elle honorait tout le monde; mais il ne fut ni son plastron comme Murat, ni sa conquête comme Flahaut. Dès le début du reste, si Mme Stanislas fait pour lui les invita-
(215) Porocxa (Ctesse), Mémbpires, p. 112-8, 204, 229, 237, 238, 248, 250-5, 263, 290, 38-40.
(216) Fazxowskt, Obrazy z zycia, t. 2, p. 235-6.
(217) BouLeNGErR (Le Duc de Morny, p. 2) déclare Flahaut « chastement adoré par cette jolie femme la Comtesse Potocka, née Poniatowska
de haute vertu ».
(218) Fazxowskr, Obrazy z zycia, t. 2, p. 37 et 179.
(219) Porocxa (Ctesse), Mémoires, p. 192-5, 288.
(220) GAJEWSKI, Pamietniki, tie pe 200. ;
(221) DenniéE (Baron), Itinéraire de l'Empereur Napoléon pendant la campagne de 1812. Paris, Paulin 1842, 212 p. in-16°, p. 178.
(222) Gasewski, Pamietniki, t. 1, p. 200.
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tions aux dames, Jérôme rend des services appréciables EE cette famille qui, possédant le château royal de Willanôw, craint les exactions que les troupes westphaliennes pourraient commettre dans cette demeure et dans la propriété environ-. nante. Précisément, Vandamme était encore le 4 à Wolborz ?*,. d'où Jérôme paraît avoir reçu des rapports désagréables à son | sujet. Etant donné que le 8 corps se range le long de la Vis-. tule, il semble que Vandamme se dirige sur Willanow : au fait, pendant plusieurs jours, on ne sait où il est. Dès le 6, Marchand lui écrivait pour le prier d'indiquer où il établirait son Q. G. Les jours suivants, quand le roi demandera où est, Vandamme, Marchand ne pourra que répondre qu’il l’ignore ?*#. Dès le 6 au soir, Jérôme aurait écrit au Comte Stanislas pour lui exprimer son désir d’habiter Willanow. Le lendemain, il aurait dit à Bignon : « Si ce brigand de Vandamme vient à Willanow, il le détruira et le pillera de fond en comble. Il est donc préférable que j’y sois » 2%, Marchand interdit à Vandamme de venir à Willanow : en même temps Jérôme avant demandé l’établissement d’une ligne de postes de correspondance entre Varsovie et la Pilica pour que la communication avec Reynier fut prompte et assurée, Vandamme n’en fait rien. Il ne tient pas pour le moment à ce que les nouvelles parviennent trop vite : « Dans toute l'Espagne et l’AI-4 lemagne, il est fameux par ses vols, ses atrocités, ses brigandages. Le même jour, il justifia les craintes du Roi; s'étant” transporté à Obor, il mit au pillage le château, le presbytère,“ le village. Rien ne se peut comparer à la grossièreté et à la corruption des rustres westphaliens. [ls ont affreusement ba-« tonné M. Radolinski, homme considérable et grand proprié-« taire. Partout ils violentent les femmes, battent les hommes ». Bref, « le 8, le roi de Westphalie part à cheval pour Willanow qu'il élira sans doute pour demeure. Il le fait en partie par attention pour la famille Potocki : en s’installant là, il em-« pêche Vandamme d'y avoir son Q. G. »2%. On remarquera: que Vandamme et ses soldats prétendent traiter le châtelain d'Obor et Radolinski comme les villageois : il en résulte des excès dont Jérôme veut limiter l'importance et le retentisse-
(223) Arch. min. guerre, Lettre de Vandamme à Berthier d Î , I u 4 À : CEE Du Casse, Le général Vandamme et sa COTÉES Une 2, (225) NiEMcEwIcz, Pamietniki, t. 1, p. 314.
(226) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, Le 314.
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ment, en s'arrangeant pour qu’on ne touche pas aux biens des plus grands seigneurs.
Une véritable guerre de mouvements commence alors entre lui et Vandamme, et dont l’enjeu est Willanow. Malgré la letire de Marchand, Vandamme, s’est rendu à Willanow, et s’en prendra à Marchand des ordres qu’il a reçus et des termes dans lesquels ils sont conçus ??7. Le 9, Jérôme est fort loin, à Modlin et Jablonna : le chef du & corps n’osant rester à Willanow cherche aux environs et découvre Natolin qui, comme par hasard est encore une propriété de la Comtesse Anna Potocka. Le 10 au soir « la famille Potoeki reçoit de Vandamme une letire qui la plonge dans la terreur : il veut loger à Naiolin. C’est une maison qui n’est pas grande, mais étonnamiment belle, disposée avec le plus grand goût, pleine de beaux meubles; ses fenêtres ont des vitres en verre de glaces, des rideaux de châles : tout peut être la proie de l’avidité scélérate du général Vandamme » ?*8.
À la place d’une faisanderie, le Comte Stanislas Potocki avait dans ce site vraiment beau, fait consiruire par Mertiini un pavillon composé de quelques pièces décorées d’un joli stuc et proche déjà du style empire. Une coupole aplatie surmonte une loggia, sorte de salon d'été qui paraît comme creusé dans la maison. Une belle colonnade en hémicyele donne sur une haute terrasse gardée par des sphinx, d’où -l’on a une large vue sur une vallée boisée. Dans le parc rustique, on rencontre un pont qui débouche au pied de Ia statue d’une dame romaine représentant Nathalie Potocka, princesse Sanguszko. On y irouve aussi un temple grec, une métairie hollandaise : de là, un chemin de campagne mène à Willanow ?*?. Mme Alexandre Potocka ne pouvant s'entendre avec sa belle-mère, y était venu habiter avec son mari, dès sa deuxième année de mariage et avait commencé à transformer « cette délicieuse campagne ». « Je dessinais tous les plans, dit-elle, m’intéressais à tous les détails. Mon beau-père était mon guide et semblait fier d’avoir fait de moi une artiste. Je ne connus plus d’autre fantaisie; mon amour propre, mes prétentions se trouvaient concentrées à Natoline, dans ce petit chef-d'œuvre qui me semblait digne de l’immortalité. Lorsque
(227) Du Casse, Le général Vandamme et sa correspondance, t. 2, aie
(228) NrEMcEwWICz, Pamletniki, t. 1, p. 316.
(229) PrzEzpzIECcKk1 (Renaud), Varsovie, p. 346-347.
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nous manquions d'argent, je vendais des diamants afin d'acheter du marbre et du bronze. Mon mari semblait partager mes goûts et, quoique froid, peu susceptible d’enthousiasme, jouissait avec orgueil de mes créations » ?°. : TE
Précisément Jérôme n’est pas à Varsovie : il a pris à cheval le chemin de Natolin à 4 heures de l'après-midi, mais n'a poussé que jusqu’à Krolikarnia. En fait, Vandamme ne se montre pas à Natolin : mais ie 12 le général Tharreau vient avec onze officiers occuper cette villa et ordonne qu’il lui soit -servi chaque jour 24 bouteilles #1 et un diner convenable. Pendant ce temps, Jérôme visite le pare de Lazienki, tandis que les plaintes au sujet des dommages, vols et violences des Westphaliens se multiplient. Les jeunes Potocki, Alexandre et Anna, ont ce jour là à déjeuner Fürstenstein et Niemcewiez. Ce dernier qui a été en Amérique, a connu à Elisabethsiown des Martiniquais que Fürstenstein-Lecamus connaît. Une certaine intimité s'établit : Niemcewicz en profite pour parler des excès des troupes westphaliennes. Fürstenstein de s’étonner que les ministres polonais ne lui en disent rien. Le même soir, il en entretient Jérôme, et Niemcewiez se félicite de linitiative qu'il a osé prendre **. D’autre part est arrivé une lettre de Vandamme au roi, dans laquelle il se plaint des fausses interprétations qu’on donne à ses intentions et à sa conduite, et des préventions de Marchand contre lui ?#. En fait, il semble que ni lui ni ses troupes ne se livrent à aucun brigandage, mais ils réquisitionnent d'autorité, et qu’ils s’agisseni de Willanow, de Naïolin ou d’Obor, dans cette plaine de peu de ressources, ils veulent s'assurer des ilots où elles sont certainement nombreuses.
Dès le 12, Jérôme, informé, essaie de mettre les choses au point. Il fait écrire à Vandamme une fois par Marchand, et deux fois Fürstenstein. Ce dernier fait observer au chef du 8 corps « que tout ce que $S. M. ordonne doit être poncetuellement exécuté, que toute négligence à cet égard est sujette à de nombreux inconvénients, qu’il faut que $. M. soit assurée que ses ordres irouveront toujours le commandant de l’armée sur le point qu’il lui a été prescrit d'occuper ». « Quels
(230) Porocxa (Ctesse Anna), Mémoires, p. 87. (231) Il n’est pas dit « de vin ».
(232) Nremcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 315-316.
Étes Casse, Le général Vandamme et sa correspondance, t. 2,
que soient vos sentiments particuliers à l’égard du chef de V'Etat-major, S. M. pense qu’ils doivent être étrangers au service et que les ordres qu'Elle le charge de transmettre doivent être exécutés avec autant d'exactitude que si Elle les adressait directement. S. M. espère que, comme militaire, vous sentirez la justesse de ce raisonnement et que vous n'’atiribuerez point ses observations à un mécontentement personnel » %%#, Marchand de son côté signale à Vandamme que ce n’est pas une bonne méthode que d'opposer un mutisme absolu aux ordres donnés : il en résulte que ces ordres « restent sans exécution. D’après cela, il est impossible que le service puisse se faire et les inconvénients les plus graves peuvent en résulter. Je ne connais pas les raisons que vous avez d'en agir ainsi; mais si cela doit durer, je vous prie Ge me le dire franchement, parce qu’il est juste que je puisse me justifier, si je suis hors d'état de remplir le poste qui m’a été confié. Il serait indispensable que vous me fissiez connaître la dislocation de votre corps d'armée en m’indiquant les différents Q. G. de vos généraux afin que je puisse répondre aux questions de $S. M. » #5,
Jérôme rassure d’ailleurs Vandamme sur le caractère des remarques qu’il lui fait : « S. M. n’est point portée à donner aucune fausse interprétation, ni à vos intentions, ni à votre conduite, et vous avez la preuve de sa confiance dans la demande qu’Elle a faite de vous pour commander ses troupes » 2%, Et dans sa seconde lettre Fürstenstein dit à Vandamme : « S. M. désire de vous voir demain à son lever à 9 heures 1/2 » #7, Il est donc improbable que Jérôme ait traité Vandamme de brigand : mais il veut éviter que des réquisitions trop dures indispose l’aristocratie. Marchand du reste a reçu l’ordre de faire aussi sa paix avec Vandamme : sa « profession de foi » est que n’ayant aueune prétention, ne cherchant que le bien du service, il « se renferme absolument dans les ordres et volontés du roi ». « Je vous prie de mettre de côté toute prévention, parce que vous ne pouvez trouver en moi qu'un bon et france camarade » ?##,
TE Casse, Le Général Vandamme et sa Correspondance, t. 2,
(235) “Tdem, "p.399.
(236) Du Casse, Le Général Vandamme et sa correspondance, t. 2,
(237) Arch. Min. Guerre, Furstenstein au Général Vandamme, Varsowie, 12 mai.
(238) Du Casse, Le Général Vandamme, t. 2, p. 359.
Pourtant quelques sanetions sont prises et qui sont celles que Jérôme peut prendre : il nomme le colonel des Grenadiers de la garde, Legras, général de brigade, et alors, bien qu’il n’en soit pas fait mention, il semble que Meyronnet, comte de Wellingerode, malade et sans autorité sur les troupes, n'ait plus de commandement. Le major Müldner remplace Legras. Jérôme qui ne peut pas leur manifester autrement son mécontentement, intervertit les divisionnaires : Ochs passe. à la 2% division et Tharreau à la 1 2%.
Ceci fait, Jérôme retourne à Krolikarnia et juge opportun de faire une gracieuseté à la famille qui se comporte le mieux avec lui : il envoie chercher à l’improviste pour déjeuner Mmes Stanislas et Alexandre Potocka, ainsi que plusieurs Polonais. Les dames l'ont trouvé fort civil (grzeezny); les hommes dans leurs conversations avec lui ont trouvé qu’il faisait preuve d’un clair bon sens (czysty rozsadek), avait la compréhension facile, du bon vouloir et un bon cœur; et Niemcewiez qui, à Varsovie, habite une aile du Palais Potocki, et, à la campagne, Ursynow, propriété située entre Natolin et Krolikarnia, aussitôt informé, écrit le soir dans son Journal : « S'il doit nous gouverner, Dieu veuille lui donner toutes les qualités » 240, Et ce dut être vraiment une délicieuse journée, tant pour Jérôme que pour ses invités, arrivant par le pont que gardent des lions de marbre, et par l’allée menant directement au palais dont les murs blancs, le péristyle à colonnes ioniques et la haute coupole apparaissaient au fond d’une pelouse. De là, sur l’autre façade s’étagent pittoresquement des terrases descendant vers la plaine de Willanow : la vue s'étend ample et large sur la vallée de la Vistule. Cette résidence élevée par le même Merlini qui fit Natolin et Lazienki, à l’emplacement d’une garenne, dans le style de Stanislas-Auguste qui n’est autre que l’aurore du style empire, évoque elle aussi les charmes de la campagne romaine. Le propriétaire Thomatis de Valère avait été jusqu'à planter des vignes, et construire des cuisines rappelant la belle tombe de Cecilia Metella sur la voie Appienne. Stanislas-Auguste et toute la haute société de Varsovie se rendait jadis aux fêtes champêtres qu'on organisait 1à. En 1812, Krôlikarnia appartenait au prince Mi-
(239) Arch. Min. Guerre, Furstenstein au Général Vandamme, Varsovie 12 mai. -
(240) NiEmcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 315-6.
chel Radziwill, palatin de Wilno #1. Et Jérôme en y venant. en empêchant son occupation par des troupes, des services, ou des officiers se rendait sympathique à la puissante famille des Radziwill dont les biens immenses couvraient une grande partie de cette Lithuanie où il allait faire campagne. Il ne manquait pas alors à Varsovie de représentants de cette illusire lignée et ils ne pourraient qu'être sensibles à cette délicate attention. Mme Alexandre Potocka ne pouvait qu'être ravie de cette réception champêtre, évocatrice du temps idéal de Stanislas-Auguste. Mme Stanislas ne l'était pas moins. Il y avait toujours lutie entre la jeune femme et la belle-mère qui, maîtresse de maison, seule à inviter et à payer, se refusait à passer au second plan derrière sa tumultueuse bellefille #2, Jérôme était à son aise : il pouvait flirter sans se laisser entraîner trop dangereusement.
Les 13 et 14, Jérôme est obligé d’être à Le mais le 15, il part soudain à Willanow pour la nuit : de là, il va voir Naiolin ?#. Il ne semble pas qu ’il ait eu à y regretter des dévastations. Tharreau et son état-major pensaient à des réquisitions : rien ne-les invitait à des destructions. Après le: départ de son mari pour l’armée, la Comtesse Potocka viendra avec ses enfants dans sa « délicieuse résidence » : elle y recevra magnifiquement MM. de Pradt, de Brévannes et de Pannat, sans faire allusion au moindre ravage, ce qu’elle n'eut pas manqué de faire, s’il y avait eu lieu ?#f,
Jérôme revint donc au galop à Willanow où il passa les 15, 16 et 17 mai. « Là, dit la Comtesse Sophie Zamojska, née Czartoryska, il à donné de petits dîners de huit à dix couverts, où on a invité 3, 4 dames de celles qui se sont fait présenter; l'étiquette est comme à Paris, qu’on n’invite pas mari et femme ensemble. Il paraît que même deux sœurs ne sont point priées le même jour et jugez comme j'ai été strapiona 245, quand tout à coup ma sœur et mon mari ont reçus des cartes à 2 heures, qu’à 5 heures ils étaient priés de venir diner avec le Roi à Willanow, a ia 3 dtugim nosem zostatam %*$ avec la terrible
(241) PrzEzpziEcki: (Renaud), Varsovie, p. 342-4. (242) FarkowsxI, Obrazy z de, RS DD LOI" (243) NremMcEwicz, Pamietniki, t. 1, p. 318.
(244) Porocxa, Mémoires, p. 322-325.
(245) Afligée.
(246) Et j’ai fait un nez grand commie cela.
perspective que j'y serois priée un autre jour sans eux » *T. Voilà de grandes dames — d’incontestables grandes dames — bien impressionnées par ce cadet de l'Empereur. Terrible perspective ! Mme Nakwaska écrit de même à sa sœur : « L'invitation arrive avant le dîner, et il faut aussitôt monter en voiture et partir. On peut penser quelle perplexité, quand un tel honneur tombe sur la tête à l’une d’entre nous. Il y à 2 ou 8 messieurs, on est en tout 8 personnes à table » ?#. Les privilégiés ainsi invités font un bruit énorme autour de la réception dont ils ont été honorés. Marie de Wurtemberg, l’ex tante de la reine Catherine a été invitée le 15, elle « mande » sans tarder, au vieux Prince Czartoryski, son père « comment son dinné s’est passé » ??.
La comiesse Zamojska fut effectivement invitée le lendemain : « Je fus priée, dit-elle, avec la Princesse Sulkowska.…. Nous y allâmes ensemble, dodawatysmy sobie odwagi iedna drugiej et nous avons fini par être tout à fait à l’aise, car le Roi est on ne peut plus aimable, il cause beaucoup et parfaitement bien sur des choses intéressantes et agréables. Après dinné, il nous fit promener jusqu’à 40 heures du soir po miesiacu ?%, Nous n'avons cessé de parcourir tous les coins de Willanow, toujours marchant très vite et sans cesser de causer un seul instant, na wolowej skorze bym nie spisata 21 tout ce qui s’est dit, mais en général bard:0 dobrze à zabawne rzeczy powiedziat ??, ne manquant jamais de dire des choses aimables pour le pays et la nation et les femmes polonaises, z olazyi Willanowa mowit o historyi Polskiej, ktôra zdaje sie umiec doskonale®#5?, il à cité différentes époques, a parlé de nos Rois, des grands hommes et même sans estropier les noms, 0 wszysthkim bardzo dobrze à rozsadnie mowi ». « Przytym on voit jak sie rozgada %* qu’il est bien jeune et qu’il aimerait
(247) Arch. Dom. XX Czartoryskich w Krakowie : bez liczby. Szafa 7, potka 3. Wycinki z listow, zawartych w obwolucie zoïtym z napisem na grzbiecie : Listy Ordynatowej Zamoyskiej do Xiecia. Lettre de la Comtesse à son père datée du 19 mai 1812.
(248) Fazxowski, Obrazy z zycia, t. 4, p. 12.
(249) Arch. Dom. XX Czartoryskich, Même lettre du 19 mai.
(250) Nous nous sommes données du courage l’une à l’autre; au clair de lune.
(251) Je ne copierais pas sur une peau de bœuf.
(252) Il conte très bien et de façon amusante.
(253) A propos de Willanow, il a parlé de l’histoire de Pologne qu’il semble connaître parfaitement.
(254) Il parle de tout très bien et sensément. De plus… quand il s’échauffe,
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beaucoup à être gai et à s’amuser, il a beaucoup parlé chevalerie » 2%, Niemcewiez qui continue à suivre de près les faits et gestes du roi, s’en tient le 17 à sa précédente appréciation : « le roi qui est depuis trois jour à Willanow a prié à nouveau quelques dames à diner. Il paraît que sa conversation est agréable, courtoise, spirituelle, familière » 256.
Au reste, si la comtesse Zamojska ne s’est rendue qu'avec crainte à cette terrible invitation, c’est que le grand homme du Ministère et le dévoué serviteur de la Famille, Matuszewicez « qui a eu plusieurs conférences avec » le roi Jérôme, en a parlé à cette dame comme d’un homme qui est loin d’être un freluquet à tête vide : « Il parle de tout très bien et sensément, wWchodzi w kazda rzec3 z uwaga i Sadzi najlepiej » 257. Tous ces juges dont les sympathies pour Jérôme sont très mitigées, sont ici cinématographiés dans une attitude qui plaide franchement en sa faveur, très différents en cela des auteurs de mémoires qui après sa chute et celle de l'Empereur l’ac- €<ablent sans merci *$.
Les sujets de conversation entre Jérôme et ces dames ne manquaient pas dans cette villégiature royale de Willanow où sont toujours présents, tel Louis XIV à Versailles, Sobieski et sa reine française, Marie Casimir de La Grange d'Arquien ! Tant d'élégances françaises s’y affirment à la polonaise : dans le cabinet des miroirs, Marie Casimire, — Marysienka, — trônant en « Flore » au plafond, couronnée de roses et entourée de trois amours qui sont ses trois fils; dans le salon amarante, parmi les personnages planant dans les nues, Marysienka encore, personnifiant l'Eté qui préside aux moissons; ailleurs Marysienka à cheval, coiffée à la turque, ailleurs entourée de tous les siens, ailleurs environnée des médaillons de grandes dames françaises, Mmes de Lafayette, de Lude, etc. Dans une salle, le portrait en pied du Roi Soleil lui-même, peint dans la manière de Rigaud; dans une autre des Gobelins représentant le Loup et l'Agneau, fable de M.
(256) Nremcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 319-820.
(257) Il entre dans chaque chose avec attention et juge le mieux du monde. Arch. dom. XX Czartoryskich, même lettre du 19 mai.
(258) La princesse Mathilde rend de même homimage à son père, sans lequel elle eut été élevée à coups de gifles, qui lui a fait éviter de « mépriser ceux qui ne sont pas de naissance illustre. Le soin a été très développé en nous, l’occupation préconisée. Mon père estimait les travailleurs; il répétait souvent ce commun proverbe qu’il n’y a pas de sot métier, mais de sottes gens. >» (Revue des Deux Mondes, 15 déc. 1927,
de Lafontaine : presque partout la France se marie à la Pologne dans ce cadre italianisé. De multiples souvenirs d’une cour brillante et francisée par certains côtés, jaillissent de ces murs, des allées du parc, de ses charmilles. Jérôme y entend conter par ses invités des deux sexes les galantes aveniures dont fut témoin Willanow, et les fêtes somptueuses que devait plus tard illustrer le pinceau de Brandt. : : Bref, à un certain moment, si nous en croyons Niemcewiez qui le tient sans doute de Mmes Stanislas et Alexandre Potocka, évidemment présents, Jérôme « a promis que la reine Catherine elle aussi se rendrait à Varsovie aux environs de novembre » 25%, Qu'est-ce à dire ? On le lui a done demandé avec insistance : il a poliment résisté, puis promis. Qui a lancé cette idée ? La comtesse Anna Potocka, rêvant d’une cour qui ne serait pas le château de la Belle au bois dormant, où l’on jouerait la comédie, où l’on donnerait des tableaux vivants, où la reine ne porterait pas la même robe six ans, où l’on aurait chance de voir réapparaître « Charles » ? Ou l’une des princesses Czartoryska à laquelle l'accueil fait à ce ballon d’essai permettrait de juger des desseins des Napoléon en Pologne, et d’augurer de ceux que peut réaliser son frère Adam ? Publier la letire complète de la comtesse Zamojska, et celle surtout de Marie de Wurtemberg sur ce sujet, serait d'un extrême intérêt. Le moment et le cadre étaient bien choisis pour faire dire à Jérôme, s’il songeait à trans-
former ces réunions intimes en brillants galas de cour, si le
Kônig pensait à devenir Krôt 260.
Enfin, après s'être promené dans tous les coins de Willanow avec ses invités « à 10 heures, dit la Comtesse, il nous mena dans la cour, fit avancer nos voitures et prit congé de nous : j'avoue que j'étais rendue ».
Le 17, jour de la Pentecôte, Jérôme offrit aux Varsoviens, tant invités par lui que curieux, un spectacle militaire en face du bel hémicycle de Willanow « dans les magnifiques et verts pacages de Blonia » où il passa en revue, dit Niemcewiez, ses gardes, 5.000 hommes tant d'infanterie que de cavalerie, bien vêtus et superbes, hommes et chevaux. Mais ces soldats westphaliens paraissaient sans âme et la charge des ulhans dans l’arène fut vraiment lamentable » 261, La Comtesse Za-
(259) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 320.
(260) En polonais, roi.
(261) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, DAR910:
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mojska écrit de son côté : Dans ces prairies « cela faisait un effet charmant, et la troupe est fort belle à ludzie piekni à konie sliczne, l'infanterie est très belle, mais la nôtre me paraît plus belle encore. C’est peut-être une prévention patriotique. Après la revue le Roï a invité à un déjeuner chez lui tous les généraux et colonels de notre armée qu’il avait fait prier d’assister aux manœuvres » #2, Jérôme a voulu rendre sympathiques aux Polonais de marque ces soldats westphaliens qui ont si mauvaise réputation près des riches du pays : il n’y a pas complètement réussi. Ce sont de beaux hommes, mais sans âme et qui paraissent trop préoccupés de se bien nourrir. C’est du reste par le récit de cette revue que la Comtesse commence sa lettre à son père, préférant l’ordre d'importance à l’ordre chronologique.
Et c’est par un mot de caractère politique également que cette lettre finit : « L'Empereur de Russie est à Wilna, le Grand Due Constantin est tout près de nos frontières. Le roi (Jérôme) nous disait l’autre jour : « Il se fâche beaucoup. On dit qu’il veut venir nous chasser d'ici. Nous verrons, nous verrons : moi, sans me fâcher, je lui ferai voir que cela n’est pas si facile. S'il veut me faire visite, à la bonne heure. Pour des grands dinnés, il en aura tant qu'il voudra » 2%, Jérôme peut se permettre ces paroles : il a reçu ce jour même un mot de Berthier l’assurant de la part de l'Empereur, avoir reçu de Lauriston avis de Roumiantzov qu’Alexandre (24 avril) n’était pas disposé à commencer les hostilités 264 D’autre part, ce Constantin à tu et à toi avec Jérôme à Erfürt, grand amateur de revues comme Jérôme, pas plus foudre de guerre que Jérôme, encore que très bravache, et qui n’a risqué sa vie ni à Eylau ni à Friedland, alors que Jérôme sera blessé à Watterloo, peut être sans aucun doute traité sur ce ton de pair à égal par le frère de Napoléon. Mme Zamojska ayant écrit ceci deux jours après l’événement, à son père, son frère Adam, l’ancien ministre du tsar, en sera informé cinq minutes après. Novosiltsov ou le tsar lui-même ne tarderont guère à connaître les paroles de Jérôme. Elles pouvaient déclancher une attaque brusquée ou une visite non
(262) Arch. dom. XX Czartoryskich, même lettre du 19 mai. Les hommes sont beaux, les chevaux superbes.
(263) Idem, lettre du 19 mai.
(264) Archive du Min. de la Guerre, A. S. M. le Roi de Westph. 10 mai 1812, Copie non signée : c’est une réponse à une lettre de Jérôme annonçant à l'Empereur que le tsar était arrivé à Vilna le 27 avril. L’Empereur fait dire que c’est impossible.
moins brusquée de l’impulsif Constantin, si toutefois Alexandre l'y autorisait, ce qui était la chose la moins vraisemblable du monde. Une telle lettre devait néanmoins inquiéter le tsar, plus par les détails qu’elle contenait sur Jérôme et son entourage, et l’estime qu’ils inspiraient aux Polonais que par cette invitation juvénile à une bataille ou à un banquet.
Mme Zamojska a trouvé Fürstenstein « fort aimable »; elle a vu dans Marchand « un provençal qui a une figure fort honnête et agréable », iuz niebardzo mtody, zdaje sie zacny À grzeczny cztowiek; (a) elle juge le Général Lorge « un peu bavard, mais parlant bien; on en dit du bien »; note la présence de quelques princes allemands, un de Hesse et d’autres venus là « comme chambellans et à d’autres places; to wszystko w przedpokoju siedzi, stuza À drza przed krolem (b), qui à parfaitement l'habitude de sa place ». Et elle revient une seconde fois sur les Princes de Salm, de Hesse i rozmaite Westfalczyki do$é prystoyne (ce) que je n'ai fait qu’entrevoir » 265, Cette revue du 17 mai à Willanow, préparée par les réceptions des 15 et 16, paraît avoir été une solennité militaire et mondaine réussie : l'entourage du roi a paru digne d'un roi, et le roi n’en a pas pâti. ,
Vandamme commandait les troupes participant à la revue; mais sa personne n’est l’objet d'aucune appréciation. Il a une nouvelle histoire désagréable : il à pris en réquisition le papier trouvé dans une fabrique de papier timbré à Jeziorna, au sud-est de Willanôw; le Ministre du trésor, Matuszewiez, s’est adressé à l’autorité dont dépend Vandamme — Marchand ou Jérôme — et le papier est restitué 266,
En dépit du schisme et des personnes qui ont pu le fomenter, le séduisant Jérôme a fait son chemin dans l'opinion du 2 au 17 mai. Il a conquis certainement Mmes Stanislas et Anna Potocka; la Princesse Sutkowska est venue en personne qui veut faire oublier les fâcheux souvenirs du Sutkowski de 1807. Mais il y a là la Princesse Marie de Wurtemberg, la Comtesse Zamojska, il y a même la Princesse Dominique iadziwill. Qui sont ces dames et par suite quel résultat réel
. @65) Archiv. dom. XX Czartoryskich, lettre du 19 mai: a) plus très jeune, maïs distingué, semble-t-il, et courtois; b) tout cela attend dans l’antichambre, sert et tremble devant le roi; c) et divers Westphaliens d’assez belle mine.
(266) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 320. Et la lettre du 19 mai.
— ÀAAT —
auront eu pour Jérôme ces belles journées de la Pentecôte de: 1812 ?
La princesse Marie de Wurtemberg, quoique divorcée, a gardé ce nom : elle reste la mère d'Adam de Wurtemberg, cousin germain de la reine Catherine de Westphalie; d’autre part, il ne s’est rien passé entre elle et le tsar depuis 1805, époque où il l’appelait gentiment : Ma petite tante. Son fils, on l’a vu, est colonel des hussards de la garde impériale russe, et son rôle en 1811-12 entre son père, sa mère, Buxhowden, Jérôme est plutôt louche #7, Elle croit bien qu'il lui échappe autant que son peu intéressant mari. Elle cherche des distractions à Vienne l'hiver, à Pulawy l'été. En 1806, le vieux prince Adam s'était confiné à Sieniawa en Galicie, et son fils Constantin s'étant mis dans le duché à la tête d’un régiment, la princesse Marie, sa sœur Sophie et son beau-frère Zamojski sont venus à Varsovie pour se rendre compte du cours des événements. Marie sans mari et sans enfants s’est alors déc<idée à rester : elle recoit, se met au diapason d'Anna Potocka. Le 6 mai 1808, à une fête en l’honneur du Prinee Joseph, une jeune fille en costume catalan chante un solo qu’un chœur d'hommes accompagne au son des tambourins et des castagnettes : c’est Marie de Wurtemberg qui a 44 ans. « Tout eomme Mme Chodkiewiez, dans le petit appartement qu’elle a à Leszno, elle ne reçoit que des hommes ». Pendant le carnaval de 4811, Mme Nakwaska, après avoir décrit une foule de jolis costumes, écrit : « La Princesse de Wurtemberg, Mme Fiszer et Mme K. se distinguaient par leurs accoutrements fantasques et fort laids. La première avait sur la tête une sorte d’assietie, garnie d’un voile bordé d’une grossière broderie d’or : cela frappait les danseurs et les spectateurs à l'entour; on craignait de s’approcher d'elle » 28. Chez elle, nulle magnificence, c’est dans les autres salons qu'elle fait montre d'esprit et d'élégance : sa maison n’est fréquentée que par la coterie des geñs en relations avec Putawy, c’est un groupe assez fermé, son accès est une distinction octroyée à des gens qu’on veut honorer ?%. D’autre part, Marie de Wurtemberg a accepté la surveillance morale des pensionnats de demoiselles du 4° arrondissement de Varsovie 27. Signe parti-
(267) Demsowskir, Moje Wspomnienia, t. 1, p. 16, 108, 189, 278. — Sto- Hat mysli Pols.i, t. 2, p. 361.
(268) FazkxowsSk1, Obrazy Z ZyCia, t. 2, p't58%et t..3up. 289.
(269) Naxwaska, Wyjatki z Pamietnikow. G. W. 1852, n° 245: