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de ne pas courir après Jérôme qui est parti pour Bielany, « mais incognito, à cheval, sans escorte, seulement avec M. de Fürstenstein (qui paraît ne jamais le quitter, et qui est très aimable) et quelques aides de camp. Il s’approcha de notre calèche, dit la Comtesse Zamojska, causa avec ma sœur et avec moi et après avoir parcouru le bois qu’il trouva charmant, il est allé à Lazienki, où il va demeurer à présent » #01. Cette promenade et cette rencontre paraissent l’épilogue des journées précédentes.
Mme Potocka en a vu un autre : elle dit que Jérôme « voulut essayer de donner un bal ». Mais elle en est toujours à sa chronologie en forme de manoir à l'envers : « Les mêmes difficultés qui avaient arrêté M. de Pradt, se présentèrent ». Encore une fois, Jérôme’ est antérieur à de Pradt. Et en mai ou en juin, il y a assez de jeunes officiers dans Varsovie pour faire danser les belles qui le désiraient. Donc, ou ce bal eut lieu et on y vit bien des « individus en état de faire un tour de valse » *® ou ce bal doit être placé sous le règne de M. de Pradt.
Cependant, toute espèce de ragots courent sur le compte du jeune roi. Kajetan Kozmian trouve que Jérôme ne s’est pas conduit « royalement à Varsovie, car il y a vécu aux frais de la ville et s'y baignaiït, à ce qu’on disait, chaque jour dans du lait et du vin »°%. La comtesse Potocka, dans sa vieillesse, réédite cette histoire en ces termes : « On prétend que tous les matins il prenait un bain de rhum et tous les soirs un bain de lait; ses gens mettaient, disait-on, la liqueur en bouteilles et la vendaient au rabais ! » A la vérité, elle prend soin de dire préalablement : « Il n’y avait choses ridicules qu'on ne racontiât sur les habitudes de ce jeune roi » 4%, Mme Nakwaska, quand elle fait de De Pradt un « évêque in partibus de Malines » qui attend pendant deux heures en costume sacerdotal dans une antichambre que Jérôme veuille bien entendre la messe, affirme que ce prince envoyait vers elle et son .mari « son chef d’Etat-major, M. Delaville, pour élever mille prétentions : il voulait se baigner tantôt dans du vin, tantôt dans du lait, tantôt dans de l’eau de Cologne, et le tout gratis,
(301) Archiv. XX Czartoryskich, Lettre du 19 mai. (302) Porocka (Ctesse), Mémoires, p. 319, 317. (303) Kozmran (Kajetan), Pamietniki, t. 6, p. 78. (304) Porocka, Mémoires, p. 319-320.
aux frais de la ville » 3%. Le prince Léon Sapiéha qui a neuf ans en 4812 et qui écrira ses mémoires cinquante ans plus tard, écrit sans sourciller : « Si les Westphaliens se conduisaient mal, c’est que l’exemple leur venait de haut : lorsque Jérôme Bonaparte était à Varsovie, il ordonnait qu’on lui fournît chaque jour des bains de vin de champagne. Après le bain, il faisait vider la baignoire en sa présence afin que ce champagne ne servit pas pour le bain du lendemain » #%. Tous ces contes ont aussi peu de valeur que possible. Le procès de tendance qui vise à représenter Jérôme comme un efféminé est du reste difficile à gagner, quand on voit avec quelle facilité Jérôme, au lieu de se complaire nonchalamment au lit, au bain, au contact du linge délicat, se déplace facilement, se
lève tôt, monte à cheval, galope, passe des revues, participe à
des manœuvres. Bluffeur, il l’est; il veut parfois étonner par
son luxe. Mais ses réceptions de dames à onze heures, son grand lever à dix heures sont parfois bien oubliés par lui : à sept heures du matin à l'occasion, il a déjà enfourché son cheval. Le commandant du 8° corps, ou plutôt de l’aile droite de la grande armée et même le jeune Corse plein de vie, ici, faisaient tort au roi.
Autre accusation : « On prétendit même depuis, que, peu difficile sur les créatures qu’il admettait à son intimité, il se trouva si bien dans un pays où la beauté des femmes n'est ni rare ni exclusive, que l'ambassadeur reçut un jour l’ordre de le faire partir » #7. Ce propos, Mme Potocka le donne pour ce qu’il vaut, comme une histoire racontée après le départ de Jérôme : jusqu'alors on n’a pas trouvé de correspondance échangée entre l'Empereur ou Bassano et de Pradt à ce sujet. Q'il ait fallu user de la voie diplomatique pour le rappeler à ses devoirs militaires et lui faire transporter ailleurs son Q. G. en l’arrachant aux délices de Capoue, cela semble inadmissible. Il y a un ordre de Berthier, daté de Dantzig 10 juin, qui enjoint à Jérôme de porter son Q. G. le 16 à Pultusk, le
(305) Naxwaska, Wuyjatki z Pamietnikéw, Gaz. Warsz. 1852, "n°218; . (306) SAPIEHA (Leon), Wspomnienia, p. 11-12. Le Comte Joseph Krasinski enfin conte que Jérôme « voulait se donner des forces, prenait chaque matin un bain dans un tonneau de vin rouge que la ville devait lui fournir. On dit même que ses laquais mettaient le vin en bouteilles et le vendaient aux marchands, ce qui fit que longtemps après le départ du roi, tout le monde craignait encore de boire du vin
FonEs > fe Zpomnien Jozefa Krasinskiego : Biblioteka Warszawska, 1912, HO SD De
(807) Porocxa, Mémoires, p. 318
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148 à Ostrolenka %%. Jérôme à la vérité n’est pas parti le 16. mais dans la nuit du 16 au 17 et peut-être le 17 à quatre heures du matin %%. Etant donné les ressources de Pultusk, il a préféré faire une bonne demi-nuit à Varsovie qu’une plus longue à Pultusk. Il n’y a qu’une bonne étape de Varsovie à Pultusk : il l’a vite franchie à cheval. Ce retard insignifiant n’a pu provoquer l'intervention d’un ambassadeur.
Ceci n'empêche pas qu’il ait pu recevoir au Palais Brühl « des créatures ». Le 23 mai, Niemcewiez parle d’un « berceau de verdure qu'on dispose pour le roi dans le jardin de Brühl, de rideaux de mousseline qu’il à envoyé demander à la ville pour ce berceau et que la ville a réquisitionné chez Mme Tarnowska propriétaire de Niemcewiez, laquelle a dû les enlever de ses fenêtres et les envoyer à $S. M. le Roi ». Ei Niemcewiez de s’écrier avec indignation : « Voilà le prince qu'on nous promet pour Roi » #1, Evidemment Jérôme n'avait pu prévoir que Mme la Comtesse Tarnowska serait invitée à fournir les rideaux destinés à abriter ses fantaisies d’un jour, à moins que ce ne soit ses relations avec Mme Escalonne.
Un accusateur très sûr : c’est le page Von Lehsten. Après de belles considérations sur Napoléon, il avoue « Les belles Polonaises me donnaient plus à penser que la politique ». Son mentor, le comte de Malsburg lui a infligé quelques jours d’arrêts, « ordre du roi ». Pas d’explications. Le page perplexe se rappelle enfin s’étre entretenu au théâtre avec une gentille blondine aux yeux bleus qui lui traduisait vivement en français les mots d’esprit de la pièce. Le Comte de Ville-sur-Illon l'avait signalé au roi. A son retour, à déjeuner, le roi aperçoit le page en petits souliers et grands bas derrière sa chaise « Eh bien ! comment se porte votre petite blonde ? ». Vandamme qui fait vis-à-vis au roi, répond : « Voilà un roi qui en sait trop pour ses pages ». Jérôme se montrait bien sévère en effet pour ces jeunes gens et le page en justifiant son maitre, l’accuse : « Peut-être qu'encore trop jeune pour résister aux fréquentes séductions auxquelles un jeune homme était alors particulièrement exposé, il lui semblait qu’il devait effacer le mauvais exemple donné par lui en redoublant d'’atten-
(308) Du Casse, Mémoires pour servir à l’histoire de la Campagne de 1812 en Russie, p. 67. ) | (309) Gazeta Warszawska, supplément au n° 49, p. 865. Varsovie, samedi 20 juin. NIEMCEWICZ, Pamietniki, p. 342, 17 juin.
(310) Nremcewicz, Pamietniki, p. 324, 22 mai.
tion et de sévérité à notre égard, en s’efforçant à tous points de vue de faire de nous des jeunes gens bien élevés ».$" S’agit il du mauvais exemple donné en Westphalie ou à Varsovie ? Holzhausen a parlé comme tout le monde, mais sans citer ses sources, des loisirs dont disposait Jérôme et a écrit « Lorsque en juillet, il commit la lourde faute d'arriver trop tard pour couper la seconde armée russe commandée par Bagration, le corps westphalien murmura que son roi avait, dans les bras des belles Polonaises, trouvé trop court le temps passe à Varsovie et à Grodno » #12, Ce qui s’est passé à Varsovie n’a pu avoir aucun effet sur l'issue de la campagne; d'autre part le troupier, en fait de commérages et de lancements de rumeurs sans fondements, est supérieur aux bonnes femmes les plus imaginatives. Quelques pages plus haut, Von Lehsten dit : « En somme, Jérôme devait s’ennuyer à Varsovie; car des grandes fêtes et des plaisirs d’autrefois, il n'était plus question ». Tout ceci ne concorde pas pleinement : « le service de cour avait été rétabli, comme il fallait »; si Jérôme eut des aventures, elles n’ont guère pu échapper aux pages %. Il faut admettre tout au moins qu’il s’imposait une tenue correcte aux yeux du publie et en exigeait autant de son entourage : « Rien, dit Von Lehsten, ne lui était plus odieux que de nous voir, nous pages, en relations familières avec des subalternes, écuyers, valets de chambre, laquais ». Ce page étant tombé malade à Pulawi, on le mit au retour dans une voiture; un laquais s'étant trouvé mal y monte aussi, d'autant qu’il pleut à torrents. À l’étape, le roi voit les deux jeunes gens : « Pourquoi mes pages vont-ils avec les laquais ? Qui a ordonné cela ? 24 heures d’arrêts au page, une punition au laquais »#, En vain d’ailleurs Jérôme surveille les fréquentations de cette jeunesse : elle lui glisse entre les doigts. Lehsten prend à l'Hôtel de Saxe, près de l’aimable fille d'un castellan, des leçons de polonais qu’interrompra malencontreusement l’ordre de départ du 15 juin. Mais le roi a raison : « le jeune page Comte de Sehulenburg, resté à Varsovie après le dé-
(311) BoLENSTERN, Erinnerungen eines Pagen, p. 76-777.
(312) HorzHAUSsEN (Paul), Les Allemands en Russie avec la Grande Armée, p. 34
(313) BoLTENSTERN, Erinnerungen eines Pagen. Il se contente de dire « Ob nun die Vergnügungen in stillen Genuss bestanden, kann ich nicht beurteilen », p. 73-74.
(314) BoLTENSTERN, Mémoires d’un Page, p. 77.
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part de Jérôme, abandonné à lui-même, s’adonna à la débauche et vida trop vite la coupe des plaisirs » 515,
Quant au roi, il semble qu'on ait surtout parlé de ses prouesses amoureuses avant son arrivée et après son départ. Quw’il se soit quelque peu amusé dans l'intimité, c’est croyable : il a près de lui « la demoiselle Alexandre, mariée Escalon » venue de Cassel exprès, restée, semble-t-il à Varsovie jusqu’au départ de Jérôme, et bien faite pour être un instrument commode de ses plaisirs. Ledit sieur Escalon apparaît pour la 1° fois sur les compies du Dépôt westphalien à Varsovie les 9 et 10 juin avec un détachement du 7° régiment, détaché aux convois. On le retrouve du 12 au 15 inclus; puis il disparaît totalement #1, Le 30 juin, Reinhard s'étonne à Cassel de voir « Mme Escalonne revenue subitement avec sa mère, pendant qu’on était encore occupé à expédier d’ici des cadeaux que le Roi, disait-on, lui destinait. On ne sait pas encore comment expliquer cette séparation soudaine, lorsque Mme Escalonne paraissait encore jouir d’une faveur trop prononcée pour faire croire que le moment était arrivé où S. M. s’en dégoûterait » %17, Le dégoût de Jérôme coïncide en fait avec son départ vers des bourgs sans confort, où l’on arrive par des chemins affreux vers les célèbres boues de Pultusk pour la pénible concentration qui précédera l'attaque de l’armée géante sur le Niémen. Escalon détaché aux convois a dû être chargé de la réexpédition ‘d’un bagage devenu encombrani.
Cinq jours après l’arrivée du roi à Varsovie, Bignon avait ainsi présenté à Bassano l'attitude du roi et de sa cour « Pendant le séjour de S. M. à Kalisz, on avait atiribué aux personnes de sa suite des propos qui annonçaient assez ouvertement aux Polonais la prochaine réalisation des grands événements qu’ils désirent. Depuis que S. M. est à Varsovie, je ne remarque point que ce bruit ait dû être fondé. II me semble que l’exemple de la juste mesure observée par le roi est assez bien suivi par sa cour. En général, on est frappé ici du ton prudent et réfléchi du langage de S. M. en qui on n'aurait pas été surpris de voir un peu plus de jeunesse peut-
(315) Idem, p. 78. ï
(316) Archiv gtowny Akt dawnyckh, n° 1773, Woijsko Westfalskie (Maj) n° 1774, Wojsko westfalskie, Czerwiec.
(317) Archiv Aff. Etr., Fonds Westph. : Reinhard à Bassano, n° 68,
fol. 127-8, 30 juin 1812. Rien d’inédit sur le couple Escalon dans Turquan (Joseph), Un joyeux souverain, le roi Jérôme frère de Napoléon.
Paris, Taillandier s. d. 300 p. in-8°.