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murs ensoleillés dans l’onde bleue. » La façade méridionale, donnant sur la terrasse ornée de statues et d’orangers se joue dans la lumière, se déploie en plusieurs plans, avance, recule, s'ouvre en portique aux colonnes corinthiennes; « tandis que la terrasse même finissant par un large escalier, qui descend
dans l'étang, donne à l’ensemble l’aspect d'une réplique de
« l’'Embarquement pour Cvthère ». Vainement la façade nord, gardée par deux lions accroupis, prétend à « un caractère plus sobre, plus solennel, par son uniformité classique, surgissant directement de l’eau, qui vient baigner ses marches de pierre » à l'ombre des grands arbres, sous l’étang verdâtre. L'ensemble est d'une élégance souriante, qui ne rappelle que Lancret, Boucher ou Watteau. Et l’intérieur répond pleinement au cadre.
Le Prince Joseph y montra sans doute à son hôte le « Baiser à la dérobée » de Fragonard, le très beau buste de Mme du Barry par Houdon, le grand panneau de la salle de Salomon montrant le vieux roi d'Israël devenu idolâtre sous l'influence des femmes. Parmi ces femmes, il put montrer une Sapieha, une Potocka, une Radziwill et sa propre sœur Tyszkiewiez, que leurs costumes stylisés n’empèchent pas de reconnaître. Il put montrer de même, parmi les beautés prenant leur bain, sur la paroi d’un boudoir à la Maison Blanche, Mme Grabowska, femme morganatique de Stanislas Auguste, mère du général Michel Grabowski venu à Kalisz saluer Jérôme.
Mais ces romanesques évocations d’une histoire récente et d’un art proche du nôtre, furent gâtées par un retour à une réalité moins agréable. Le Prince Joseph mit sous les yeux du chef de l'aile droite une letire que lui avait « directement écrite » Davout, lequel lui donnait des ordres comme à quelqu’un relevant de lui. % Le chef du 5° corps sait mettre une aisance princière dans sa modestie, dans l'affirmation de son esprit de discipline, l'expression d’étonnement de son regard interrogateur. Le 1% avril, Davout avait au nom de l’Empereur donné à Poniatowski des ordres affirmant clairement son autorité sur le corps polonais. #7 Le maréchal est alors le lieutenant de l’Empereur dans toute la zone des armées et
(36) Voïenno outchony Archiv, otd 2, n° 4305, Quinze lettres du roi de Westphalie J. N. au Mal. Davout, Pce d’Eckmühl, 1° lettre, Varsovie 12 mai 1812. ; !
(37) MarA»E, Corresp. de Davout, t. 3, 16 mars, p. 333, l'Empereur à Berthier.
semble devoir l'être aussi longtemps que Napoléon ne sera pas sur les lieux. Le 2 mai, Jérôme arrive à Varsovie porteur d'ordres pour le Prince : il y a une aile droite, le chef en est le roi, l'armée polonaise en fait partie. Le Prince « a donné officiellement connaissance » à Davout qu’il est sous les ordres du Roi. #8 Cet avis a été reçu au plus tard le 7 par Davout : et le 8 ou le 9, d’Elbing où il est, le maréchal continue à commander au Prince Joseph qui voit tous les jours son chef, Jérôme.
Le premier mouvement du roi fut de répondre lui-même à Davout : « Mais, peu porté, dit il, par un juste sentiment des convenances, à me livrer à de futiles démêlés, J’ai préféré passer cela sous silence ».%? Il laisse donc le chef du 3 corps répondre à Davout : il le laisse sous l'impression. de son propre énervement et d’une sorte d’impuissance en face du maréchal qui a « vice régné » à Varsovie en 1808. Le commandement de Jérôme dans le gracieux décor de Lazienki prendrait volontiers figure d’un titre de parade, auquel ce jeune homme tendrait vainement de donner une. apparence de réalité. Un fait de ce genre autour duquel se groupent les vices de sa situation, contribue à opérer peu à peu contre Jérôme la mobilisation des impondérables qu'il. attirait cependant à lui en grande partie. |
Le 12 mai, tout se gâte à l’envi. D'abord Jérôme reçoit directement de Davout une lettre de supérieur à subordonné, : et cette fois répond, séance tenante : « Mon Cousin, Le Prince Poniatowski avait déjà mis hier sous mes yeux la lettre que Vous lui avez directement écrite J’ai préféré passer cela sous silence. Votre lettre d'aujourd'hui est trop claire pour que je puisse encore faire de même. Il me paraît, qu’en cas d'hostilités, Vous pensez que c’est à Vous de couvrir Varsovie et de prendre le commandement en chef. Cependant, les instructions que j’ai reçues directement moimême de l'Empereur, m'’ordonnent particulièrement de couvrir Varsovie, et dans ce cas, si les opérations militaires né-' cessitaient l’action simultanée des deux corps d’armée et que ce fut à l’un de nous deux à prendre le commandement, je ne pense pas que l’on püt mettre en question à qui il appartiendrait. En résultat, Mon Cousin, sans vouloir rien préjuger
(38) Voienno outchony Arch, n° 4305, même lettre. (39) Voïenno outchony Arch., idem, même lettre.