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sur Ce qui peut avoir lieu, je me borne aux instructions que j'ai reçues; elles me donnent — et Vous en avez été positivement instruit, — le commandement de l’aile droite composée des 5°, 7e, 8 corps et du 4° grand corps de cavalerie. Ce principe étant reconu, il me paraît que Vous ne pouvez avoir écrit au Prince Poniatowski ainsi que vous l'avez fait, sans supposer que je ne commande que pour la forme. Cependant, je erois avoir donné des preuves en plus d’une occasion, que si je sais par devoir et par plaisir obéir à l'Empereur, je sais également commander à ceux qui sont sous mes ordres. Je vous prie donc, Mon Cousin de vouloir bien à l’avenir ne plus correspondre directement avec les généraux que l’Empereur a mis sous mon commandement, par la raison toute simple que je ne corresponds pas avec les vôtres. Sans doute, il est nécessaire de bien s'entendre pour marcher d’accord vers le même but et pour cela Vous n’avez qu’à communiquer franchement avec moi, comme je Vous y ai invité, et comme je Vous en ai donné l’exemple; mais je ne souffrirai dans aucun cas que personne commande à ma place. J’espère, Mon Cousin, que Vous ne verrez en ceci que l'expression sincère du désir que j'ai, que tout soit bien convenu entre nous, afin de ne point nous exposer à des méprises qui pourraient être plus que fâcheuses dans la circonstance actuelle. Cette lettre n'étant à d'autre fin, je prie Dieu qu’il Vous ait, mon Cousin, en sa sainte et digne garde, Votre affectionné et bon cousin, Jérôme Napoléon » 4. De l’apprenti général en chef, Jérôme, au stratège éprouvé qu'est Davout, le ton de cette lettre est, à plus d’une ligne, déplacé et hors de mesure; mais moins Jérôme a de titres à imposer son autorité à ses subordonnés, et plus il faut éviter tout ce qui est de nature à lui en ôter. Il faut respecter son commandement ou le lui enlever, mais non pas le regarder au milieu de circonstances si hérissées de difficultés, comme un enfant auquel on a donné un hochet. Il proteste contre un tel traitement en termes juvéniles, plus ou moins justes; mais il a raison. Si sa réponse a trop de virulence, c’est qu’on peut être sûr qu’une première attaque réussie de Davout, serait suivie d’autres plus fortes. Jérôme a done tenu à riposter : au moment où Berthier taille des croupières au Prince d’Eckmübhl, c’est de nature à rendre Davout prudent. Le plus désagréable en tout ceci, c'est que
(40) Voïenno outchong Arch, otd. 2, n. 4305, Varsovie 12 mai 1812.
le Prince Joseph soit mêlé au débat. Les différends des maréchaux en Espagne ont été fâcheux : du moins avaient-ils lieu entre Français. Ici, le chef d’un corps allié entre dans un conflit d'autorité comme témoin et presque objet du litige. Ceci, trop fréquent à l'étranger, ne profite jamais aux Français. Le malentendu semble avoir porté sur le point suivant : dans ses instructions à Berthier, Napoléon dit le 25 mars : « Si les Russes n’attaquent point et ne déclarent point la guerre. mon intention est, que le roi de Westphalie reste inconnu à Kalisz et ne prenne aucun autre commandement, que celui de. son corps; dans le cas contraire, qu’il se rende à Varsovie pour prendre le commandement de la droite; il est à cet effet porteur d'ordres pour le Prince Poniatowski et le Général Rey-. nier; il est donc nécessaire qu'aussitôt que le Prince d’Eckmühl apprendrait la déclaration de guerre par la marche des Russes sur les frontières du grand duché ou de la Prusse, il en prévienne le roi de Westphalie » #. Davout en est resté là, comme d’ailleurs Frédéric Masson, qui écrit : « À Petrikau,” Jérôme trouve un ordre de l'Empereur prescrivant la concen-*
tration sur Varsovie et il en conclut qu’il prend le comman-* dement » #. Sans doute, la guerre n’est ni commencée, ni déclarée; mais l’ordre de concentration des trois corps amène la nécessité d'un chef commun. L’envoi de Jérôme à Varsovie, « son installation au Palais Brühl, semblent indiquer une situa-« tion supérieure. Pour un simple rôle décoratif ou une situa- * tion militaire moindre, il eut suffi de le faire résider à Willa-«
now. Enfin Bignon, Bassano, Berthier, l'Empereur se seraient émus, si Jérôme avait outrepassé ses pouvoirs. Or ni avant, ni après lincident Davout, on ne voit que Jérôme ait été tancé pour ce fait.
Napoléon a dit le 16 mars : « Il c£t nécessaire, qu’on ignore jusqu'au dernier moment, que le roi de Westphalie doit commander ma droite ». Cest done qu'il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’un commandement réel, dont l'attribution Voilue par l'Empereur comporte des dangers. Etant donné les mouvements qui se font, les responsabilités qu’ils entraînent il faut une unité de direction à l’aile droite. Il faut un chef. un chef avoué par l'Empereur, reconnu par les autorités Jo cales, par les chefs de corps. Ceci étant, il n’y a plus et ne
(41) Correspondance de Davout, t. 3, p. 336, note 1. (42) Masson, Napoléon et sa famille, s 15 D. 299.
peut plus y avoir de secret. La nomination de Jérôme comme chef de l’aile droite est rendue publique le 8 en fait, le 4 officiellement. Or, Kanikof écrit de Dresde à Roumiantsow dès le 22 avril-4 mai : Les Westphaliens sont placés non pas comme on l'avait supposé à la droite, mais à la gauche des Saxons, qui se trouvent maintenant à l'extrémité de l'aile droite. Les chefs de l'administration militaire ici n'ont dit, que les troupes saxonnes, westphaliennes et celles du duché de Varsovie, sont maintenant sous les ordres du Roi de Westphalie. L’artillerie réunie des deux premiers corps est commandée par le général westphalien Allix ». Aïnsi les Saxons. le savent, le disent au Ministre de Russie et la nouvelle passant par Vienne en arrive à Wilna le 13/25 mai. Et il n’y a pas à incriminer Jérôme : la dépêche de Kanikof contient un renseignement faux, que Napoléon veut précisément faire passer aux Russes et il vient d’un subordonné de Jérôme : « Un payeur de l’armée westphalienne, qui venait de Kalisz, passé il y a deux jours par Dresde, allant à Cassel à dit ceci, que le Q. G. du roi se transportait à Pulawy » #. Le même 25 mai, à Wilna, on recevra une seconde dépêche de Kanikof, confirmant la première en ces termes : « Le roi de Westphalie se trouve à Varsovie où il établit dit-on, pour le moment son Quartier Général. Le comte de Senfft m'a confirmé qu'il commande les troupes saxonnes, westphaliennes et varsoviennes, qui forment ensemble l'aile droite » #. M. de Senfft parle done du commandement de Jérôme comme d’une chose qu’il n’y a lieu ni de contester, ni de cacher. Il n’y a plus là qu’un secret de polichinelle, qu’il était utile de taire en avril, qu'il est utile de proclamer haut en mai. Davout le connaît depuis longtemps; au reste; peut-il croire aux secrets, lui qui écrit à Berthier au sujet du traité du 24 février avec la Prusse « Quant au secret à garder sur ce traité, je ne puis que Vous réitérer ce que je Vous ai déjà dit : il est très public. Plusieurs commissaires prussiens en ont eu des copies que j'ai lues et c’est de cette manière que j’en ai eu une copie lorsque j'étais à Stettin » #. C’est donc en pleine connaissance de cause et pour faire sentir le poids de son bras, que Davout traite Jérôme en subordonné.
Est-il candidat ? Non, en ce sens, qu'il ne songe pas à se
(43) Glawny archiw, N° 4445. k (44) Idem, N° 4517, 26 avril 8 mai. à (45) Correspondance de Davout, t. 3, p. 341, Thorn, 16 avril.
présenter comme tel, s’oppose à toute manifestation faite en ce sens, et se contente d’être Davout. Le 8 avril, il écrivait à sa femme : « J’ai trouvé dans tous les villages polonais que j'ai traversés, les maires avec les bannières et la population dehors. J'ai écrit au préfet de Posen pour lui observer, que de tels honneurs ne se rendent qu’à l’Émpereur et au Roi de Rome et que je le prie, à Posen et ailleurs d'empêcher ces inconvenances » 46. Mais il a de sérieux partisans, notamment Kamieniecki, chef de la 48 division, qui le 14 octobre 1809, a organisé une fête anniversaire des batailles d’Iéna et d'Auerstaedt et qui finit son toast à la santé de l'Empereur. par le cri : Vive le Duc d’Auerstaedt 47. Mme la comtesse de
Blocqueville tient de « Henri comte de Kra… » fils ou neveu d'Antoine Kra.… qui enleva si héroïquement le passage de Samo-Sierra les propos suivants : « La grande majorité de la Pologne honorant les grands talents militaires et la fermeté de caractère du maréchal Davout.… voulait le faire roi de Pologne absolument. L'Empereur en fut jaloux et proté- | geait le prince Joseph Poniatowski... Les Polonais persistaient dans leur projet, ce qui vexait l'Empereur. Le colonel Lagowski voulait avec ses amis, secrètement, par une négocia- . tion, offrir la couronne de Pologne à Davout. Un de ses amis, « qui avait quelques connaissances à l'état-major de l’Empereur, lui conseilla de laisser tout cela aux temps plus propices, attendu qu’il s’exposait à être fusillé s’il persistait dans son projet. On voulait faire une insurrection contre la Padolie (sic); ou voulait détacher les cosaques de la Russie et après avoir couronné Davout comme roi de Pologne, prier S. M. d’ordonner sous peine de mort, au feu prince (Czartoryski) de faire sans délai hommage à Davout et de ne plus la paralyser... J’ai plusieurs fois rencontré dans des auberges et même des cabanes de la Pologne russe, en Lithuanie, le portrait de Davout, devant lequel les paysans s’inclinaient comme devant leur roi. Les partisans de Davout voulant faire son nom po-
(46) BLrocquevizze (Mme de), La Russie et Hambourg, p. 135.
(47) Idem, Années de commandement, p. 269, Voir aussi Zaluski (Joseph), La Pologne et les Polonais défendus par un ancien offficier de chevaux-légers polonais de la garde de l’Emipereur Napoléon. 1* contre les erreurs et les injustices des écrivains français, MM. Thiers, Ségur, Lamartine, Paris, Dumineray, 1856, p. 118, 134-137, 160. Quand en avril 1812, Davout a dû « par ordre faire courir le bruit » qu’il doit doit se rendre à Varsovie, le Comte Stanislas Potocki lui fait offrir sa maison » (Mme de Blocqueville, Russie et Hambourg p. 137).
pulaire en Lithuanie et même dans le midi de la Pologne, ont distribué une grande quantité de ses portraits. Le colonel Lagowski, qui avait à cœur de prolonger en Pologne la dynastie de Davout, protégea sous main cette idée dans les colonies militaires. Quand elles envoyèrent une députation de 22 officiers au Gouvernement national polonais en 1831, deux d’entre eux voulaient proposer d'offrir la couronne polonaise à la postérité de Davout et, à défaut de fils, à une de ses filles, qui devait épouser un Polonais de son choix, devenir reine de Pologne et laisser des héritiers de ce grand nom, tant le conspiraiteur Lagowski avait travaillé cette idée » 4. Nous sommes ici en pleine légende, en plein carbonarisne polonais. Davout n'eut pas écouté deux minutes Lagowski qui, loin de pouvoir lui offrir la couronne de Pologne, n'était pas même colonel, mais simple capitaine #. Le fait qu'il pouvait craindre d’être fusillé pour ceci, atteste le peu de poids de l’homme. Un seul texte semble partiellement confirmer ces contes, la note des Mémoires de Langeron affirmant qu’au lieu de rétablir la Pologne, Napoléon voulait ériger les trois grands duchés de Varsovie, de Lithuanie, de Volhynie, destinés au roi de Saxe, au maréchal Davout, au Prince Poniatowski 5.
En réalité, Davoui semble n’avoir d'autre ambition que de rester égal à lui-même, tout en éprouvant un plaisir évident à froisser sans merci les vanités plus ou moins creuses passant à sa portée. Et ce sentiment qui se conçoit chez un homme de sa valeur, l’expose en l'occurence à être malfaisant, quand il se croit utile.
Pendant que la position de Jérôme est attaquée du côté français, on sent sourdre dans les phrases de Niemcewiez le désir qu’a la population de voir partir cette aile droite qui se repose sur elle et l’écrase, que l’on voudrait en plein envol « Et les troupes sont toujours sur place et Dieu sait combien de temps elles vont y rester. Les uns disent qu’elles attendent le nouveau foin, d’autres la nouvelle moisson. La grandeur des préparatifs, la multitude des iroupes, 400.009 hommes en voie de transport, le fait d'emmener avec soi des artisans aussi
(48) Bzocquevizze (Mme de), Années de commandement p. 274-276.
(49) GEMBARZEwWSkI, Wojsko polskie. Liste des noms des officiers de l’armée du Duché p. XXIII. Voir aussi Archiwum gtéwne Akt dawnych, XII, n° 425 Dyzlokacja Wojsk 1808-1813, contenant la liste des généraux et colonels en exercice le 25 mars 1812. : ;
(50) LANGERON, Mémoires, Campagnes de 1812, 1813, 1814, Paris, Picard
1902 CXX, 524 p. in 8, p. 71 note 2. e
bien pour le superflu que pour le nécessaire des horlogers, des paveurs, — des vivres, 400 voitures chargées de tablettes de gélatine, tout cela annonce une guerre longue, à perte de vue, presque inconcevable. On construit un pont prés de Gôra il faut donc s’attendre à ce que les sauterelles passent de Pauire côté et que d’autres prennent leur place » 1. Ici Jérôme et ses soldats ne sont plus seuls en cause : c’est tout l'effort demandé par Napoléon qui pèse au chroniqueur polonais. Ce n’en est que plus redoutable pour Jérôme en qui s’incarne tout l'odieux des exigences élevées sur place.
Le 12 est ce jour où Vandamme repoussé de toutes les résidences des magnats polonais et se vengeant de ce traitement en laissant ignorer à Jérôme et Marchand le lieu où il a pris quartier, est invité par Marchand et Furstenstein à faire la paix et à se présenter le lendemain au lever du Roi, Le 12 voit la reprise: de l'affaire Iakubowicz. Matuszewiez perdant espoir de s'entendre avec la livreuse de fourrage et et de recevoir des fonds, a déclaré à Marchand ne pouvoir lui donner satisfaction, vu le refus du Général Dessoles et l’urgence d’autres dépenses. Marchand n'admet pas qu’on ne puisse payer 100.000 zlotys, déclare qu’il y a mauvais vouloir et que le ministre aura à répondre de ses actes. Matuszewicz riposte que cette somme représente le quart de la totalité de l’encaisse du trésor, qu'il y a d’autres dépenses aussi pressantes et que pour décider de l’urgence d'une chose, en l'absence du roi de Saxe, c'est le Conseil des Ministres qui tranche. Ce Conseil se réunit et Luszezewski y apporte une nouvelle lettre de Marchand demandant d'urgence du fourrage. Il n’a pas répondu, mais proposé à Jérôme d’user momentanément du dépôt du foin acheté par des fournisseurs prussiens et mis en réserve. Jérôme a avisé ses services et Luszezewski sait déjà que l’ordonnateur Trousset ne permettra pas, même s’il en reçoit l’ordre, qu’on touche à ce magasin : il demande done à la livreuse 5.000 quintaux de foin à crédit sur des fonds attendus de Cracovie, et compte avoir dans 10 jours un con-voi venu par la Vistule. Quand au Prince Joseph il déciare qu'on ne peut changer la destination des fonds déjà insuffisanis pour les besoins de l’armée, mais que le besoin de fourrage pour les alliés et les Polonais est tel, qu’en n’y satisfai- Sant pas on peut causer des pertes irréparables. Décidé qu’on
(61) Niemcewicz, 12 mai p. 317.