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hantise de voir ses ennemis se réconcilier sur son dos. Sorel dira : « L'intérêt que prit Napoléon à la Pologne se subordonna toujours à ceux de sa politique en Russie, en Autriche, en Prusse. Et dernièrement Martel : « Il semble qu’il ait toujours hésité à consolider l’œuvre qu’il avait ébauchée ou à la sacrifier à l’amitié d'Alexandre » %. Pour réagir en tout cas contre cette continuelle diffusion de soupçons, d’inquiétudes, de rumeurs désagréables, ce n'était pas trop que la bonne santé, la jeunesse et l’optimisme naturel de Jérôme.
Le 13 mai est un jour de mise au point : il s’agit pour tout le monde d'agir avec prudence. Jérôme a dû avoir avec Vandamme un entretien sur les subsistances, la discipline, la nécessité de ménager l'aristocratie, surtout les biens des Potocki, la préparation de la revue du 17 : le chef du 8° corps semble avoir été retenu à déjeuner par le roi. Jérôme informé entre temps par Furstenstein des plaintes dont Niemcewicz s’est fait l'écho, au sujet de ses troupes et de ses officiers, cherche à donner l'exemple de la modération. Comme son séjour promet de durer, il estime devoir modérer ses exigences : « il a commencé à se nourrir lui-même ». Sans doute, il ne donne pas encore « la table à sa cour, la ville doit nourrir ce monde. Mais on s’est entendu avec M. de la Ville, préfet du palais pour 6 ducats par jour, d’autres exigent plus ou moins ». Le nouvel impôt pour lentretien de ces dignitaires « sera réparti sur tous les habitants de Varsovie ». Jérôme s’applique, non seulement à plaire aux grandes dames, mais encore à flatter le public en se mêlant à lui : « le soir, le roi et toute sa cour se sont promenés en tous sens dans le Jardin de Saxe » 56,
Le Prince Joseph a reçu M. Chevillard, inspecteur aux revues, qui lui à fait adresser à tous les chefs de corps et de services une circulaire l’autorisant à vérifier effectifs et livres pour s’assurer si, selon le traité du 28 février, l’augmentation de 20 hommes par compagnie a été réalisée, si la solde, la masse sont payées %7. Les démêlés du Prince avec Lubienski en 1811, sa récente histoire du régiment de euirassiers,
64) NieMcewicz, Pamietniki, p. 317.
4 G® HAE (René), La Pologne et nous, Paris, Delpeuch 1928, 448 p. 10H16 SD 0870
(56) Niemcewicz, Pamietniki, p. 318.
(7) Archiwum gtôwne Akt dawnych, liasse 1681, Prorkaz ogéluy n° 614, signée du Prince, date du 13 mai.
prouvent que pour lui comme pour bien d’autres, c'était là le genre de revues le plus désagréable.
On parle d’ailleurs plus que jamais de l’arrivée de l’Empereur. Kanikof, à Dresde, note comme un fait impliquant que Jérôme doit rester longtemps à Varsovie : « Le roi de Saxe a nommé maréchal de la cour du Duché, M. Broniec et 2 chambellans de sa cour qui sont à Varsovie pour faire le service près du roi de Westphalie pendant qu’il séjournera dans cette ville » 56. Et tout à coup, Niemcewiez signale le 18 mai : « Il à été fait savoir à Broniec, maréchal du Palais, qu’il doit tenir le château prêt à recevoir l'Empereur » 5. Le Conseil des Ministres, réuni en séance extraordinaire, voit déjà arriver non seulement l'Empereur, mais ses équipages, sa garde et en revient aux fourrages. Si cela manquait, «le mécontentement de ce Monarque pourrait entraîner les conséquences les plus désagréables, tant pour les gouvernants que pour le pays ». Décidé donc, non qu’on prendra des mesures aciuellement inefficaces, mais qu'on préviendra les autorités compétentes, Dumas, « de l'impossibilité de nourrir plus longtemps les troupes alliées sans un secours de la France, du manque de toutes choses auquel peut être exposée la garde imperiale en entrant dans le pays, de la nécessité d’obvier à ceci par des mesures appropriées » %0. Jérôme sait que tout ceci n’est qu’une feinte visant à donner le change aux Russes sur le point où l'Empereur veut attaquer : il ne peut donc que se réjouir de voir le Conseil prendre des décisions à ce sujet. On peut être sûr qu'une nouvelle ainsi prise au sérieux, ira jusqu'à Alexandre, ne fut-ce que par l'intermédiaire de la Famille.
À son audience du soir, c’est-à-dire à son grand coucher, apparaît le Président du Conseil dont il à si aimablement invité la veille à Krolikarnia la femme et la belle-fille, dont il va le surlendemain et pour trois jours habiter le château de Willanow. Le vieillard parla de la venue imminente de l'Empereur; il dut aussi, et non sans gêne, présenter au roi, — le Conseil des ministres l'en ayant « requis », — le tableau rédigé par lui et lu en séance, de la conduite des Westpha-
(58) Gtéwny Archiw, n° 4784, Dresde 12 mai.
(59) Nremcewicz, p. 318. Le bruit de l’arrivée de l’Empereur traverse la frontière du Duché, le général Ilovaïski l’annonce le 15 mai à l’ataman des Cosaques Platov. (Rousskaïa Starina, Mai 1912, p. 430-444, En mai 1812). ER
(60) Archiwum Akt dawnych, Protokôl Rady Ministrôw, Séance 363, 13 mai, folios 204-206.
liens dans le Duché, suivi d’un exposé des mesures que le Ministre de l’intérieur proposait pour parer au mal et qu’il porte à la connaissance du Monarque » *. Le procès-verbal de la séance suivante du Conseil ne rend pas compte des résultats de cette audience. Le comte Potocki n’ignorait pas ce que Jérôme avait fait pour que ses domaines soient respectés. Le roi a pu le renvoyer à Marchand pour qu’il se rende compte des ordres donnés; il à pu ajouter que si l’on échangeait moins de lettres, si l’on délibérait moins en agissant plus dans des affaires comme celle de fakubowiez, les troupes seraient pourvues à temps et ne seraient pas obligées de s’approvisionner elles-mêmes d’une manière que tout le monde doit regretter.
Le lendemain 14 des lettres de Dresde apportent des nouvelles rassurantes. Le poids de la visite impériale sera réduit pour la capitale au minimum : « Frédéric-Auguste a ordonné à sa maison de préparer l’argenterie, les caves, les cuisines pour l’entretien de l'Empereur tant en route qu’à Varsovie; attention aussi noble qu’habile » remarque Niemcewiez 62. Effectivement, Napoléon pourrait-il à Varsovie détrôner au, profit de Jérôme ou de qui que ce soit, le roi qui l’y héberge ? L'événement paraît proche. Le roi de Saxe a désigné les wo= jewodes Wybicki et Sobolewski pour recevoir Napoléon à la frontière du Duché avec mission de l'accompagner et de lui faire rendre partout les plus grands honneurs. Batowskis l’homme auquel Talleyrand aurait demandé un pourboire pour rétablir la Pologne, est chargé des fonctions de chambellan de l'Empereur. La Garde est déjà à Poznan. « Le manque de vivres est si grand, que nos troupes même, dit Niemcewiez, ayant vidé leurs magasins et leurs réserves, vivent à discrétion, c’est-à-dire, prennent tout ce qu’elles trouvent dans les maisons » %. Ceci excuse beaucoup les Westphaliens.
Le 15, Jérôme part pour Willanéw où il reste 3 jours. Avant son départ, un avis officiel est arrivé de la nomination, d’un commandant de place français à Varsovie, le Général Du taillis, qui doit s'entendre avec le Gouvernement du Duché, or ganiser la police militaire parmi les troupes françaises et al"
(61) Archiwum Akt dawnych, Protok6l Raly Ministrow, sé 4 folios 204-206. < É Poue
(62) Nremcewicz, 14 mai, p. 318.
(63) Idem, 15 mai, p. 319.
— ÀBST —
liées 5%. Il y a déjà un commandant de place polonais — le colonel Chodkiewiez, un commandant d'armes, le général Stanislas Potocki 5 : mais Varsovie, ne contenant plus comme troupes polonaises, que des dépôts insignifiants, ils devaient avoir peu d'autorité sur la garnison; la nomination de Dutaillis s’imposait done. Il à commandé la place de Munich en 1809, il est depuis lors devenu sénateur de Seine-et-Marne arrivé le 5 mai à Dresde, il aurait dû en partir le 8 pour Varsovie. Amputé du bras droit, impropre à un service actif, ce n’est cependant pas un personnage négligeable : c’est un ami intime du Prince de Neuchâtel $6. Quand Jérôme rentrera, il le trouvera exerçant depuis le 17 des fonctions, qui sont d’un gouverneur et d’un préfet de police 57. Si Kanikof est informé des puissantes relations de Dutaillis, Jérôme et même les ministres polonais en doivent bien savoir quelque chose. Son arrivée paraît annoncer une répression ferme des désordres causés par les troupes %, mais aussi une diminution de pouvoir des autorités du Duché, une nouvelle mainmise par les Fran- -&ais sur la capitale. À peine installée, on lui attribuera un projet d'arrêté portant « qu’on ne nourrirait pius les officiers français et alliés. Lui-même, il n’a pas voulu recevoir sa table de la ville »%. Or en 1807, Gouvion Saint-Cyr, gouverneur de Varsovie et du département, était entretenu aux frais de la ville et du département ©. Ce bruit semble plutôt traduire les désirs de la population que les intentions du nouvel arrivant.
En même temps est annoncée la venue du Général de Latour-Maubourg, chef du 4° corps des réserves de cavalerie.
(64) Protokôt Rady Ministrow, Séance 364, 15 mai, le Prince Joseph n’est pas présent.
(65) Archiwum gtôwne Akt dawnych, liasse 1681, Ordre du jour de St. Potocki du 3 mai à son ancien régiment le 16° après qu’il est nommé æénéral.
(66) Gtäwny Archiw, N° 4517, Dresde 8 mai, Kanikof à Roumiantsow.
(67) Niemcewicz (p. 319) dit d’un ministre de la police.
(68) Il est précédé d’un ordre du jour du Prince Joseph, invoquant la décision par laquelle l’empereur avait créé le 16 avril à Magdebourg “un dépôt pour tous les déserteurs étrangers, avertissant les commandants de place de les saisir et les pouvoirs civils de faire de même avec le concours de la garde nationale, en vue de les faire parvenir à Magdebourg (Archiwum Gtôwne Akt. dawnych, X. W. liasse 298, 15 mai, Rozkaz Okôlny, imprimé).
(69) Niemcewicz, p. 319. RC :
(70) Rosrworowskr, Materjaly do dziejéw Komisyi Rzadzacej z r. 1807, 28 janvier p. 22
Autre figure, autre symbole : sept régiments polonais (2, ge: me, 11e, 14, 15e, 16°) 71 vont être détachés de l’armée du Duché et joints aux cavaliers saxons ou westphaliens pour constituer le 4 corps. Cette opération de dépeçage une fois commencée, elle ne s'arrêtera plus : aux 4° et 2° corps de réserve de cavalerie sont rattachés les 6e, 8, 10 régimenis de cavalerie polonais; le 9 régiment de cavalerie, les 5°, 10° et 11° d'infanterie forment la division Grandjean du 10° corps (Macdonald) 2; les 4e, 7, 9% régiments d'infanterie formant la Légion de la Vistule et revenant d’Espagne ® traversent alors Dresde et vont entrer dans le 9% corps (Victor). Le régiment des chevau-légers polonais de la Garde également revenu d’Espagne 4, échappe aussi au commandement du Prince Joseph son ambitieux et ombrageux chef, le Général Vincent Krasinski, fera iout pour être directement atiaché à la personne de l'Empereur. Le 8 mai, encore sous Glogau, il est impatient de « marcher le plus tôt et trouver l’occasion de servir notre Empereur et notre patrie. Tu n’as pas d'idée, écrit-il à sa femme, comme le temps m’est long sans lui et toi ».®. Il est tel chroniqueur polonais de cette guerre, dont l’aigreur conire Napoléon a commencé à la vue de ce déchiquèiement de l’armée polonaise 76. Combien ceci devait être amer pour le Prince Joseph !
Napoléon avait sans doute des raisons très sérieuses d'agir ainsi : ce 4 corps de cavalerie est l’avant-garde de l'aile droite, ses mains tendues en avant, ses yeux; pour opérer en avant de puissantes et lointaines reconnaissances, il faut une
(71) Lacowsxt1 (P1oTR), Pamietniki wypadkôw r. 1812 od m. kwetnia, Rekopis 5 6/29 (Section des manuscrits de la Bibliothèque de l’université de Varsovie) Eagowski diffère de Skarbek dans cette énumération en ce qu’il y ajoute le 1° chasseurs à cheval et en retranche le 14° lanciers. Ces 7 régiments sont chacun à 750 hommes sauf le 16°, qui est à 650, leurs chefs sont les colonels Comtes Przebedowski, Tyszkiewicz, Laczinski, Zawadzki, Comte Adam Potocki, Krzynski, Comte: Tarnowski (15 avril 1812).
(72)EAcowskr met dans le corps de Macdonald le 8° lanciers (Colonel da Dominik Radziwill), le 10° Hussards (Colonel Kaminski) (15 avril
QE pote (Comte Frédéric), Dzieje Xiestwa Warszawskiego, r. 2, p. -181.
(74) Glawny Archiw, N° 5.046. Dresde 17 mai, Kanikof à Rumiantsof.
(75) Bibliothèque Krasiñnska, Correspondance du Général Vincent Krasiñski avec sa femme N° 4380, 1812, lettre 15, Oberherrendorf sous Glogau, 3 mai 1812.
(76) GNoixski (Bolestaw Zygmunt), Ze wspomnienñ mojego dziadka. Pamietnik z wojny 1812, Piotrkôw, Trybunalskie wydawnictw Kroniki Piotrkowskiej 1910, 100 p. in-16, p. 4-6.
cavalerie où les Polonais dominent, où ils puissent mettre à profit leur connaissance de la langue, des mœurs, du relief du pays. Les 1% et 2 corps de cavalerie, qui joueront le même rôle pour l’armée que commandera en personne Napoléon, doivent de même avoir des corps polonais d'éclaireurs. Quant aux régiments d'infanterie rattachés à Macdonald et à Victor, ils seront fort utiles à ces maréchaux commandant de troupes surtout prussiennes ou allemandes : ils seront l’élément agissant sur la fidélité duquel on peut compter et sans lequel le chef du corps d'armée risquerait de n'être qu’un otage entre les mains du subordonné douteux. Tout ceci n’était pas contraire à l'intérêt de la Pologne.
Il n'empêche que cela blessaïit le sentiment polonais et il n'est pas sûr, que l'intérêt de Napoléon et de la Pologne eut été plus mal servi par la réunion de toute l’armée polonaise en une seule masse, qu’eut commandée le Prince Joseph. Au lieu de ce rêve, qu'on s’imagine l’état d’esprit de Poniatowski, réduit à commander le 5° corps, à obéir à un jeune roi de 28 ans, que Davout traite légèrement : cette re-vue de Modlin, où il a présenté les troupes à Jérôme, devient presque pour lui un souvenir pénible. Et voici maintenant qu’il va falloir partager l’autorité avec Dutaillis et Latour- Maubourg.
Brochant sur le tout, voici l’intendant général Dumas, qui écrit au Prince Joseph à l’instigation de Dupleix en faveur de la dame Jakubowiez. Dumas n’envoie ni argent, ni ordres, ni conseils permettant une fourniture rapide de fourrage. Il a appris que « cette dame a même consenti à assurer un service important de fourrages jusqu’à l’arrivée des denrées attendues de Galicie, si le Gouvernement saxon lui accordait un acompte sur les sommes considérables, qui lui sont dues » et il prie le Prince de « vouloir bien faire les démarches nécessaires pour faire accorder les secours qu'elle sollicite ». S'il faut aller à Dresde pour avoir la solution et metire là-bas en mouvement la machine dont « tous les rouages étaient arrêtés depuis cent ans », il faut se résigner à voir périr les chevaux des quatre corps d’armée. Il y à un point sur lequel Dumas s’exprime clairement : « Il m'est interdit de toucher aux approvisionnements formés par le Gouvernement prussien en exécution de la convention du 24 février. Je ne puis dans aucun cas donner mon assentiment à ce que le gouvernement effectue des versements à Varsovie et encore moins
à ce qu'ils soient mis en distribution sous quelque prétexte que ce soit, puisque ce serait non seulement une violation de la convention, mais encore une désobéissance formelle aux ordres donnés par l'Empereur, qui veut, que Paile droite de l’armée tire sa subsistance de la hauté Vistule et de la Gallicie ». Sa conclusion est pour prier le Prince de » prescrire aux autorités locales de redoubler d'efforts pour assurer par leurs soins le service des fourrages » et « d’avoir la bonté de lui faire connaître les résultats de ses démarches qui, je l’es- … père, procureront à l’armée les ressources, dont elle éprouve le plus grand besoin » 77. Ainsi, il y a des magasins militaires pleins de fourrages, mais on ne doit pas y toucher; il y a à
la campagne des maisons de riches propriétaires où l’on ne ré-
quisitionne pas. Et l’on s'étonne des résultats : les magasins militaires sont assez bien gardés pour qu’on n’y puisse toucher, mais les particuliers ne pourront éviter la réquisition qu’en risquant le pillage. On s’imagine l’état d'esprit de Poniatowski après lecture d’une telle lettre.
Le 15, autre lettre du même Dumas au même prince : ordre est donné à l’ordonnateur Trousset « de faire confectionner d'ici au 31 juillet prochain, s’il est possible, 300 voitures à la. Comtoise, destinées au complètement du matériel des trois dernières compagnies du 15 bataillon des Equipages militaires, qui arriveront incessament à l’armée sans matériel ». Il faudra « faire marcher ces travaux de front avec ceux du 16° bataillon ». Dumas demande à Poniatowski de « coopérer de son influence à faire hâter la confection pour qu’à leur arrivée à l’armée ces compagnies puissent trouver leur matériel disponible sur la Vistule ». Il y a peu ou point de bois de charronnage autour de Varsovie, qu'importe. Il n'y a pas d'argent :. « J'ouvrirai à M. Trousset les crédits nécessaires pour payer ces voitures ». Toujours le futur, et la conviction, qu'avec le « concours » du prince, on obtiendra des résultats satisfaisants , Les corps, que durent servir ces compagnies des équipages, étaient appelés eux aussi à beaucoup souffrir. Le Prince Joseph, sentant monter le flot des impossibles réalisations, était fort à plaindre.
Au reste, on parle de l’arrivée de l'Empereur à Dresde. Le
(77) Archiwum Gtôwne Akt dawnych, X. W. 296 Revues et intendance générale de la Grande Armée, pièce 48. Posen 14 mai 1812.
(78)) Archiwum Gtéwne Akt dawnych, X. W. 296. Revues et intendance générale de la Grande Armée, Pièce 47, Posen 15 mai 1812.
ministre de Russie en cette ville en a vent le 8 mai et, le, 12, l’annonce pour le 15 ®. Lubienski en a dû être informé aussitôt par Breza. Les 13 et 14 arrivent à Dresde plusieurs équipages de l'Empereur, des voitures chargées de vaisselle, d’effets, les bureaux de Bassano, deux aides de camp de Berthier. Le bruit court, que la reine de Westphalie viendra : Kanikof s’en émeut, s'enquiert près de Siméon, ministre de Westphalie en Saxe, qui prétend ne rien savoir ®. Si Kanikof croit devoir parler de ceci à Roumiantsof, on peut s’imaginer l'intérêt qu’y prennent es ministres du Duché. Les dames à Willanôw expriment à Jérôme le désir de voir la reine à Varsovie : il la leur promet pour novembre. Personne ne comprend, mais tout le monde cherche à comprendre.
Pendant ce temps, les services de l’aile äroite continuent à fonctionner : en attendant l’arrivée de Latour-Maubourg, Jérôme a groupé près de Plock la cavalerie légère polonaise, qui doit faire partie du 4° corps de réserve, il à demandé à Reynier de préparer l'établissement de la sienne, et a « approuvé entièrement » ses dispositions. Marchand écrit à ce dernier : Siiôt que le pont volant, que Vous faites préparer à Pulawy sera établi, l'intention du roi est que Vous fassiez de suite porter votre cavalerie sur la Wieprz.… Le Roi pense également qu'il sera indispensable de couvrir le pont que Vous établissez sur la Vistule par une bonne tête de pont. Vous ne ferez passer de l’autre côté que l'infanterie nécessaire pour la garder afin de ne pas donner de l’ombrage aux Russes » 81, D’autre part Allix rapporte, que Reynier ne se prépare pas à établir « le pont dans lendroit qui avait été désigné par le Roi d’après deux renseignements, que S. M. avait fait prendre sur les lieux ». Marchand écrit donc à Reynier pour le ramener à la conception du roi : « L'établissement de ce pont à Borch présente de très grandes difficultés : dans ce point la rive droite de la Vistule est très marécageuse. Il serait nécessaire d'établir une chaussée assez longue à travers les marais, au lieu qu’au-dessus du Wieprz, sur le point fixé par le Roi, il y a un espace où l'on peut mettre facilement 8.000 hommes en bataille et couvert par la nature du terrain de manière qu’on ne peut y arriver que par deux chemins qui existent déjà. D'ailleurs, quand le point que Vous avez choisi serait plus propre à rece-
(79) Gtawny archiw, Nr. 4517, 4784.
(80) Idem, Nr. 4893, 2/14 mai, Kanikof à Roumiantsof. (81) Archiv. Min. Guerre, Marchand à Reynier, Varsovie 14 mai.
voir le pont, que celui qui Vous à été désigné par le général Allix, d’après l’ordre qu'il a reçu du Roi, ce ne serait point une raison pour s’écarter des intentions de $S. M. parce qu'à la guerre une fois qu’un ordre est donné, quelqu'inconvénient qu’il présente, il doit être exécuté; sans cela... on serait toujours dans l'incertitude sur l’exécution d’une disposition prise ou d’un mouvement ordonné, ce qui est la chose pire que l’on puisse rencontrer à la guerre. Vous savez tout cela aussi bien que moi et Vous avez dû souvent Vous irouver dans le même cas de Vous convaincre, que ce qu’il y a de plus. nuisible dans les armées est le défaut d'ensemble. Il faut done que tout aboutisse à un centre commun et le centre, c’est le Roi pour l’aile droite. C’est un principe dont il n’est jamais permis de s’écarter sans s’exposer aux inconvénients les plus graves. Et je Vous le répète, Vous le savez tout aussi bien que moi, c’est surtout ce principe à l’observation duquel le Roi tient le plus fortement. Ainsi, l'intention formelle de $S. M. est que le pont sur la Vistule soit établi à Stezica.. Les ordres du Général Allix pour ce qui a rapport à l'artillerie doivent être respectés comme étant donnés en conséquence de S.M. » ®. Jérôme, Marchand, Allix, sont évidemment dans le vrai. En tout ceci, ils ne commettent qu'une erreur : Napoléon a prévu la construction de ponts, il ne la pas ordonnée. Dans l’empressement de Jérôme à faire construire des ponts à Gora devant le 8° corps, à Stezica devant le 7, il y a quelque chose de la hâte qu’il a, de voir ses troupes cantonner dans des régions encore pourvues de ressources, peut-être plus encore que de lardeur du chef qui veut sans retard courir à l’ennemi.
Il se passe alors, Jérôme étant à Willanoow du 15 au 18, une étrange chose au Conseil des ministres. Le Conseil tient ses séances tous les deux jours : parfois, si le programme est chargé, ou s’il y a urgence, il se réunit deux jours de suite. Il y à eu séances les 1*, 3, 5, 8, 10, 19, 13 et 15 mai. Le 16 veille de la Pentecôte a lieu une séance extraordinaire, dont Niemcewiez rend ainsi compte : « Le conseil des ministres ayant estimé que son autorité n’est pas respectée, que le sol-. dat étranger gouverne en autocrate dans la ville et dans le pays, que les observations et les plaintes du Conseil au roi de Westphalie ne produisent aucun effet, et n’ont amené aucune
(82) Arch. min. guerre, Au Q. G. de Varsovie 15 mai 1812, Marchand à Reynier.
punition, a envoyé, sur la proposition du Prince Joseph, son aide de camp en courrier à Dresde pour signaler au roi notre lamentable situation, l'anarchie générale, les rapines, les meurtres commis par les troupes westphaliennes; que si le roi ne leur vient pas en aide, les ministres, jugeant qu’ils ne servent à rien, qu'ils attirent seulement sur eux par leur impuissance les malédictions du peuple, se démettront de leurs fonctions » %. Cette séance semble donc la suite de celle du 12 au cours de laquelle on a adressé à Jérôme des plaintes au sujet de ses troupes et un avis des mesures qu'on se proposait de prendre pour parer au mal.
Ce qui surprend dans ce compte rendu de Niemcewiez, c’est que tout semble indiquer ici une initiative résolue et poussée à fond du Prince Joseph contre le roi Jérôme. Ceci n’est guère dans la manière du Prince : et se pourrait-il, que profitant de l’hostilité de Davout contre Jérôme, il ait cru devoir se signaler aux sympathies de ses compatriotes en portant à ce dernier un coup, qui attirant sur lui la colère de l'Empereur, le mettrait hors de cause, comme candidat possible ?
Le Conseil du 16 a été effectivement réuni à la demande du Ministre de la guerre, mais le motif avoué esi autre : le Prince déclare qu’on ne peut plus payer la solde des troupes, catastrophe effroyable en un tel moment, qui briserait chez le soldat ce ressort moral, sans lequel il n’y a pas de confiance, et qui aurait les plus graves répercussions partout, jusque dans les hôpitaux, lesquels deviendraient « l’habitacle de la misère, du désespoir et de la mort ». Il attire l'attention de ses collègues sur la situation « devenue dernièrement telle, qu’ils seraient des criminels de vouloir continuer à en prendre sur eux la responsabilité, quand il est douteux qu’ils puissent remplir leurs devoirs.» Et il propose de « déléguer le Ministre du trésor, comme étant à la source des revenus et des dépenses pour présenter à Notre Roi le tableau véridique de la situation du pays. et en recevoir l’appui de l'Empereur son allié, afin que celui-ci, qui a déjà dans le duché son Intendant Général, y comprenne dans son administration le gouvernement militaire, qu’il connaisse la véritable situation du pays, les sacrifices que ie peuple à faits jusqu'alors et est encore prêt à faire avec la plus grande abnégation. Et puisque
{83) Nizmcewicz, Pamietniki, t. I, p. 324, à la date du 24 mai.
nous avons dépassé les limites de la possibilité et de la vraisemblance, tous les Ministres déposeront aux pieds du trône
les pouvoirs, qu’ils ne sont plus en état de bien exercer, comme :
l’exigeraient l'honneur, le devoir et l'attachement au Monarque ».% , ;
Il ne peut être question de nier la disproportion existant entre les ressources du gouvernement du Duché et les charges, qui pèsent sur lui à cette date. Ce qui étonne seulement, c’est que cette impossibilité de payer la solde n’ait pas paru un fait actuel, lors de la séance du 15, et que ce spectre de banqueroute se soit tout à coup présenté au Prince dans la nuit du 15 au 16. Sans doute, les troupes polonaises commencent à la date du 15 à recevoir la ration de campagne #, ce qui implique un surcroît de dépense. Mais ce surcroît a dû être prévu et calculé à une date assez antérieure, pour que cette journée du 15 n'ait pas eu des effets aussi catastrophiques. Cette démission du Ministère entier proposée par un ministre qui n’est pas le Président du Conseil, offre quelque chose d'assez anormal aussi. Un seul personnage surnage au milieu de ce naufrage général, Matuszewiez, qui, chargé d'exposer la situation au roi et à l'Empereur, sera sans doute chargé de constituer un nouveau gouvernement. Et dès lors, il apparaît qu'à ce moment décisif le Prince Joseph impressionné par les besoins croissants de l’armée et le manque de ressources permettant d’y satisfaire, s’est laissé manœuvrer par lhabile et audacieux Matuszewicez.
Stanislas Potocki directement menacé comme chef du gouvernement, répondit en faisant remarquer, que l'Empereur pouvait arriver à Dresde, et qu’au lieu d'envoyer là le ministre des finances, il suffirait d'envoyer par un courrier au nom du Conseil un exposé rédigé par Matuszewiez du tableau loyal fait par le ministre de guerre de la situation du pays et des immenses besoins, auquels il est invraisemblable qu'on puisse encore satisfaire sans aide et sans conseil. Il était d'autant plus difficile de prétendre que Matuszewicez avait amplement le temps de se rendre à Dresde, que tout semblait annoncer l’arrivée imminente de l'Empereur à Varsovie, et que, la veille, on avait pris note d’un décret royal du 9 mai
(84) Protokôt Rady Ministrow. Séance 365, 16 mai, folio 211.
(85) Bibliothèque de l’Université de Varsovie : section des manuscrits. Nr. 56/29 Lagowski Piotr, Pamietniki wypadkéw r. 1812, mai 15.
(86) Protokôt Rady Ministrôw, Séance 365, 16 mai, folios 211-212.
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relatif à la réception du « César des Français, roi d'Italie, Protecteur de la Ligue du Rhin, dans le duché de Varsovie et dans sa capitale ».87 Bref, les ministres écartèrent l’idée d’une démission collective « non parce qu’il leur était désagréable de quitter leurs fonctions, mais parce qu'ils se faisaient scru-pule d'abandonner des affaires dans un état si critique ».5$ Le coup tenté par Matuszewiez n’a pas réussi : Potocki reste en selle, la Famille Czartoryska n’a pas encore conquis la totalité du pouvoir. Ce sera pour une autre fois.
En attendant que Matuszewiez rédige son rapport, et que le courrier parte, le Conseil cherche séance tenante des ressources pour payer la solde jusqu’à la fin du mois. Il faut 700.000 zlotys. Chose bizarre, le Prince Joseph trouve tout de suite 200.000 zlotys, Matuszewiez 100.000; Sobolewski, ministre de la police en déniche quelques dizaines de mille. L'on déterre le décret royal du 24 avril, relatif à l’utilisation du trésor du couvent de Czestochowa % et une résolution du 4# mai du Conseil à ce sujet. On propose d'accepter et d’exiger des contribuables en retard le tiers de l’arriéré d’impôts dû par eux. On décide d'interdire aux préfets de rien laisser: sortir des caisses départementales. On demande enfin au ministre des finances de faire, dans le rapport qu’il va rédiger, mention de l’argent redû au Duché par le Gouvernement français depuis 1807.90
Ainsi donc, on avait de quoi conjurer tout danger immédiat : il n’y avait pas catastrophe brusque ressemblant à une bataille perdue, à un tremblement de terre, à un raz de marée. On eut pu remettre au 19, c’est-à-dire après la Pentecôte, cette séance du 16. Pourquoi done tout ce bruit ?
Il s'agissait de la conquête du pouvoir à Varsovie; il s’agissait aussi pour Matuszewiez d’être à Dresde, d'y jouer un rôle d’observateur, et d'y agir. Sans doute il y aura là des tractations d'importance capitale pour la Pologne. On y règlera son sort. Et sans doute il y a là Frédéric-Auguste, le souverain du Duché et son ministre des relations extérieures Senfft; il y a là Breza; mais aucun membre du Gouvernement rési-
(87) Idem, Séance 364, 15 mai, folio 209-210.
(88) Idem, Séance 365, folios 211-212.
(89) Représentant une valeur d’un million de zlotys (Zéttowski, Die: Finanzen des Herzogtums Warschau, 2 vol., p. 88-89).
(90) Protokôt Rady Ministrôw, Séance 365, 16 mai, folio 212. Les ministres l’évaluent à 7 millions, Zéttowski (t. 2, p. 114-5) l’évalue à 7.500.124 fr. 77. -
dant à Varsovie. On verra un M. d’Olindski, sujet russe, gentilhomme lithuanien, s’y faire présenter à Napoléon par Kanikof; le colonel autrichien Kinski s’y faire présenter à l’'Empereur par le prince hongrois Esterhazy. Le Duché à Dresde pendant le séjour de Napoléon, n’est représenté que par M. Batowski, grand échanson du Duché, ministre du roi de Saxe en Espagne 2. Cest là une situation intolérable, qui rappelle trop Tilsit : il faut qu'il y ait là un Polonais de marque, Invité ou non. Le Prince Joseph ne peut quitter son poste; Lubienski est trop détesté de ses collègues; Stanislas Potocki, chef du gouvernement, est trop purement décoratif, trop peu agissant, trop hypnotisé par le génie de l'Empereur et pour le moment trop Jéromiste, soit par lui-même, soit par sa femme et sa belle-fille, soit par Willanow, qu'il met en ce moment à sa disposition. Pour la Diète, le Sénat, le Conseil d’Etat, la noblesse entière, il ne peut être question, comme représentant de la Pologne à Dresde, que.de Matuszewiez. Et il faut faire vite : décider de tout cela le 19 seulement, pouvait-être esquisser un geste devenu vain. D'où cette séance brusquée du 16.
L’inquiétude est grande partout au sujet de cette guerre, dont on voit les immenses préparatifs et qui ne paraît pas devoir rapidement se déclancher : « Je ne sais pas jusqu’à quel temps nous resterons ici : on nous laisse sans ordres », écrit le Général Krasinski. « Je ne peux concevoir quelle est la raison de notre séjour prolongé ici : déjà dans l’année 1809 nous nous sommes battus après la prise d’Esling le 22 mai et aujourd'hui nous restons tous dans une inactivité désespérante. On parle de la paix et je commence à y croire » °2. « Si cela finit par la paix, dit Mme Nakwaska, nous sommes perdus » *%, Il faut, en tout cas, en finir vite, autrement le poids des armées écrasera le pays; en finir et donner aux Polonais une Pologne, — non telle qu’elle plaira à l'Empereur d'Autriche, au roi de Prusse, même au roi de Saxe, — mais une Pologne telle que les Polonais la veulent. Il faut en finir et leur donner un chef, un roi qui soit des leurs, non plus Frédéric-Auguste, encore moins Jérôme Napoléon.
(91) Glavny Archiv, Nr. 5080, Dresde 6/18 mai. Nr. 5478, Dresde 14/26 mai, Kanikof à Roumiantsof.
(92) Bibliothèque Krasinska, Correspondance du Général Vincent Krasinski, Nr. 4380, lettre Nr. 15, 3 mai; lettre Nr. 18, 22 mai 1812.
(23) FaLkOwsky, Obrazy z 2ycia : t. 4, p. 10. Lettre de Mme Nak- Was£a.